Médias

  • Faut-il démanteler l’Eglise catholique? Non, l’institution s’effondre


    Plus de 300’000 personnes abusées par des clercs et des laïcs salariés de l’Eglise de France et aucun catholique ne semble ému ou préoccupé de ce côté-ci de la frontière *. Est-ce de l’indifférence à l’heure où l’Eglise catholique suisse lance la même enquête? Est-ce le résultat de ce culte du secret, dans lequel l’Eglise s’est enfermée, et du linge salle qu’on lave en famille - ou plutôt qu’on laisse traîner, qu’on recouvre d’une pudique aube blanche ou encore qu’on tient enfoui, étranglé par ce col romain, signe de la discipline qu’on voue à ce boys club, que serait l’Eglise catholique, selon le terme du sociologue français Josselin Tricou, réfugié à l’EPFL, qui était mardi sur le plateau d’Infrarouge et qui déclare au journal Le Temps: «L’église est un boys club, mais aussi une gérontocratie »

    «Abus, faut-il démanteler l’église? » a demandé un brin provocateur Alexis Favre, producteur d’Infrarouge cette semaine.

    Inutile, elle s’effondre d’elle-même.

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  • «Nous n’étions pas des victimes, nous étions des résistants»

    24B5931C-2F54-45B4-9738-250C8F65B6BD.jpeg« On disait toujours : « Je ne suis pas une victime, je suis un résistant. Je ne suis pas un martyr, je suis un combattant. » Ça aide énormément et dans toutes les situations. En ce moment, j’ai des problèmes de santé. Si je me jette par terre en pleurant, je meurs dans les quinze jours ! J’ai encore des choses à dire et à faire, j’ai envie de les terminer. »

    « Si je me jette par terre en pleurant, je meurs dans les quinze jours! » La femme qui dit ça a 97 ans, elle est aveugle et ne peut plus écrire. Sa détermination me frappe en ce temps présent, où les victimes sont au premier plan, objet de toues les attentions et de tous les discours. 

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  • 100, sang, sans

    AE99232F-4210-492F-8BAC-0E5DC188E8BF.jpeg100, c’est le centième numéro de l’hebdomadaire du quotidien La Croix. Je le lis toujours avec grand intérêt. Il se dénote semaine après semaine des news magazines et offre à ses lecteurs des articles et des rencontres qu’on ne trouve nulle part ailleurs ou si peu (La Vie, Aleteia, L’Homme Nouveau et d’autres blogs et revues spécialisées)

    Sang, c’est le sang des martyrs, des victimes, des malheureux que le sort (quoi d’autre: leur karma, Dieu, la Nature?) a fait naître au coeur des tragédies de ce monde. Ils sont nombreux, très nombreux, trop nombreux. Que faire? Question éternelle. 

    Sans, ce n’est pas (pas encore?) le mot d’ordre des manifestants du climat. Sans CO2 certes, mais pas sans chauffage. Que dirait-on d’un propriétaire qui afficherait ces jours à l’entrée de son immeuble: « En raison du réchauffement climatique, le chauffage sera enclenché le 15 novembre et coupé le 31 mars. Ou, à choix, maintenu à 18 degrés durant la saison froide? » Que voteraient les locataires?

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  • Le Temps parle de Bardonnex

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    « Bardonnex, c’est une tache verte dans un océan de bitume», dit l’ancien maire Alain Walder, qui réapparaît bizarrement dans le journal Le Temps ce matin. Le quotidien entame par ma commune un tour de Suisse à vélo électrique, histoire de raconter le pays aujourd’hui, 23 ans après la fondation du journal en 1998, né de la fusion du vénérable Journal de Genève et du Nouveau Quotidien. Une Suisse, dit Serge Michel, qui ne connaissait alors ni le smartphone ni la trottinette ni le 30 km/h dans les villes ni les influenceurs sur les réseaux sociaux. 

    Bardonnex, une tache verte. Sans doute. Et même bio, puisque les quatre maraîchers de Charrot ont tous pris le parti de laisser les herbes folles, le panic des marais, la renouée persicaire entre autres, envahir leurs champs. 

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  • Femmes, soyez soumises…

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    Nous sommes six lecteurs à l’église de Compesières. C’est mon tour ce dimanche. Dieu, selon Einstein, ne joue pas aux dés. Cependant le hasard ou le calendrier liturgique nous propose de lire la fameuse lettre du grand Paul où l’on trouve cette injonction bien connue et controversée: « Femmes soyez soumise à vos maris? »

    Que faire? Prétexter d’une jambe gourde pour se défiler, se soumettre sans mot dire, refuser de lire ce texte… Et si je proposais à la poignée de fidèles qui seront à Compesières à 17h de choisir, une fois n’est pas coutume, entre trois versions: C, E ou F.

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  • Trop de concurrence, trop de journaux

    E5EFD1D0-3E81-41B2-9BA3-D073FD6E823C.jpegLire est un travail, avait écrit Ignacio Ramonet, dans un éditorial du Monde Diplomatique*. Lire prend du temps et de l’énergie. C’est en effet un travail si, de surcroît, la lecture appelle des réflexions, suscite des questions, invite à les noter dans un carnet, à les partager sur les réseaux, au café, au téléphone, dans un blog, comme naguère dans une correspondance épistolaire. Ce temps qui fuit n’est alors plus disponible pour la lecture des journaux classiques. C’est là, associé au prix devenu prohibitif des abonnements en comparaison avec les nombreux jukebox musicaux  et cinématographiques, sans parler des jeux vidéos, une des principales raisons sans doute de la lente mais inexorable disparition de la presse quotidienne. A quelques notables et heureuses exceptions-près.

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  • Un journal suisse romand disparaît

    C6AD0528-F13D-483A-A372-DE4F34281C4A.jpegÉdito, le magazine suisse des médias comme il se sous-titre, qui est l’organe du syndicat des médias et de la communication, consacre son édition no 2 de cette année, diffusée en juin, au journalisme local, tandis que les Chambres votent 178 millions dans le cadre de la révision de la loi sur les médias* et que le Conseil des Etats met le journalisme d’investigation sous la menace d’un recours accru à l’interdiction anticipée de publication par voie judiciaire**, tout cela sur fond de polémique sur la neutralité perdue des journalistes.

    Thèse principal, le journalisme local est mort sauf exception. Au banc des accusés, les grands éditeurs qui ont rapatrié les rubriques non locales au centre, soit à Zürich et à Lausanne, et qui désormais dictent à leur rédaction locale de rédiger des papiers pouvant être lus sur une vaste portion du territoire national. Autant dire que les compte-rendus des conseils communaux ou municipaux et même des Grands Conseils des petits cantons, qui n’intéressent qu’un lectorat local, risquent de passer à la trappe. Rebref, c’est la démocratie qui est en danger.

    Ce choix de la focale - l’audience - détermine en effet en bonne partie le choix des news dans un canard. Seuls les nouvelles les plus sexys, capables de soulever la paupière de lecteurs devenus paresseux et adipeux trouveront place dans les pages des quotidiens par ailleurs toujours plus minces. 

    Ambiance plombée donc pour Édito, qui affiche en couverture le monde d’avant: des liasses de journaux fraîchement sortis de presse. Et voilà que j’apprends la mort de Domaine public. Le magazine des socio-démocrates suisses meurt au combat après 58 ans de bons et loyaux services. 

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  • La photo que Blick en français a manquée

    1D50B4D7-1A29-48BF-86D7-706E04795B95.jpegLibéré, délivré… chante la reine des neiges. En ce 1er juin, jour commémoratif de l’adhésion de Genève à la Suisse en 1814, le Conseil fédéral a fait enlever les blocs de béton qui ont obstrué la frontière genevoise durant le confinement du printemps 2020. La cammionneuse et son grutier commis à l’opération devant chez moi ont débarqué ce soir à 20h. «C’est notre dernier bloc qu’on enlève, dit-elle soulagée. Mais les Genevois les reverront ces prochains jours en ville pour la visite au sommet Poutine Biden.»

    Ce jour est aussi la première édition en français du Blick, le journal de boulevard que jadis les employés de banque zurichois cachaient dans la NZZ pour découvrir dans le secret de leur bureau la pin-up de la page 3. Le Blick s’est assagi. Il est vrai que les pin-up sont largement disponibles sur le net dans des postures qui n’ont pas encore suscité de manifestations féministes. 

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  • L’info à la RTS: sans goût et sans histoire

    443C2E25-1859-4381-8E6C-A15F13FBFBDC.jpegA suivre notre chère RTS, que nous n’avons pas la liberté de quitter, contrairement aux autres journaux imprimés ou en ligne, le monde va mal. Ses journalistes - heureusement pas tous - nous le répètent en boucle. Certains y mettent le ton, qui souvent fait la chanson. Féminicide, discriminations de genre, sans abris menacés de se retrouver à la rue, catastrophes climatiques imminentes, pesticides, Covid, Gaza, dont Mise au point nous livre ce soir un reportage unilatéral. Et bien sûr cet abandon de l’accord cadre avec l’UE, une catastrophe forcément. Une décision incompréhensible  du Conseil fédéral que l’on somme de présenter un plan B. Au fait, avez-vous vu le cours du franc vaciller?

    Egrenée au quotidien, l’information prend des tonalités de fin du monde ou de fin d’un monde. La nostalgie d’un passé mythifié et d’un avenir redouté est-elle la mesure de nos reporters?

    C’est peut-être qu’ils oublient ou qu’ils ne savent pas ce qu’était ce fameux passé. Mais en le cachant, ne fabriquent-ils pas des news biaisées, excessivement alarmistes, attrape-nigauds?  

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  • Petits et grands influenceurs

    71D899A3-1B0B-42F1-8BF9-4085B526C04C.jpegPour vivre heureux vivons cachés. Les influenceurs, les créateurs en ligne, les blogueurs et autres tweeteurs ne sont pas amis de cette maxime. Ils ont tous besoin d’être vus, lus, entendus, likés, de faire le buzz et le ramdam. Et assument cette autre maxime: qui expose s’expose. Certains en font un métier, une poignée en tire profit.  La dernière livraison de The Economist consacre un long article sur ces serfs de la création, dont les réseaux sociaux tirent leur fortune. Facebook le premier d’entre eux dans le monde non chinois, c’est 2,8 milliards de contributeurs gratuits et 92 milliards de chiffre d’affaires. 

    Mais voilà que des serfs plus doués et alertes que les autres s’émancipent et se font payer et courtiser pour s’afficher. Rien de très nouveau au fond: les coachs et prometteurs de bien-être vivent du crédit de leur client  - les médecins patentés du corps et de l’âme sont même remboursés par la sécurité sociale - mais de nouveaux acteurs profitent des dernières apps mis en ligne par tout sauf des philanthropes qui cherchent fortune eux-aussi sur les réseaux. Je retiens l’histoire de ce journaliste sportif Craig Morgan.

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  • France 2 et les nomadjunkies de Madère

    2FA5B1EA-C6CD-49CD-A88C-853DEEA48C64.jpegCinq à six millions de Français regardent la grand messe du 20 Heures sur France 2. Un plus le dimanche. Un peu moins que TF1. À elles deux, les deux chaînes de télévision captent l’attention d’un Français sur cinq. Plutôt bien au temps des réseaux sociaux et de la fatigue de l’info, un effet collatéral de la pandémie. 

    Sur la chaîne publique, le séduisant Laurent Delahousse sait emballer son audience, donner du crédit à sa petite sélection d’infos, avec ce clin d’œil, cette touche d’émotion, ce brin d’exotisme qui font son charme.  Mais la séquence sur Madère ce soir au 20 Heures de France 2 m’a fait sortir de mes gonds. 

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  • Plantu à Médialogue

    4E87C79E-2FA7-45E5-AE1E-294B3441F024.jpeg«Je suis un dessinateur qui se prend pour un journaliste dans un monde médiatisé qui devient de plus en plus une caricature.»

    LE Plantu du journal LEMonde est sur Médialogue. Un petit bonheur mais aussi quelques questions, notamment celle-ci: le fou du roi peut-il devenir roi?

     

     

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