France - Page 6

  • France: le jour d'après

    assassin creed.pngQue faire des quelque millions de marcheurs et des dizaines de millions de téléspectateurs qui ont retrouvé, l'espace d'un dimanche, un état de communion républicain jamais vu depuis la Libération? La France se réveille en ce 12 janvier, interrogeant les raisons d'une mobilisation populaire aussi puissante, d'un partage cathartique aussi profond.

    L'assassinat des dessinateurs de Charlie, de policiers et de consommateurs juifs dans une superette casher a agi comme un électrochoc. La France l'attendait comme tous ceux, dont je suis, qui aiment ce pays plus que tout autre et qui se désolaient de voir la République - car la France incarne plus que tout autre l'idée de la République - se déliter.

    Sur France Culture ce matin, Régis Debré et Caroline Fourest ont tenté une première analyse. Que faire, a demandé le chroniqueur Brice Couturier, pour que le soufflé ne retombe pas? Leurs réponses ne m'ont pas convaincu.

    "Cesser de parler de gouvernance, un mot copié collé du monde des affaires, et parler davantage de gouvernement", a dit le médialogue: Arrêter de bourrer les discours politiques des chiffres balancés par Bruxelles. Et puis oser enfin évoquer le fait religieux dans les écoles et l'interroger rationnellement. Il faut plus de prof de philo aussi.

    Dans la même veine, Caroline Fourest a suggéré d'augmenter le nombre de profs de dessin. Et d'apprendre aux élèves qu'une caricature qui s'en prend au bon dieu ou à ses saints, ça n'est pas du racisme envers une communauté. Il faut armer les profs à répondre aux élèves dont la culture est faite de slogans répétés en boucle.

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  • Brouet

    Deux millions, trois, quatre millions, des Français, des Européens, quelques Américains, aucun Chinois. Des premiers ministres et des présidents par dizaines, dont quelques-uns qui piétinent les droits de l'homme au pied, des millions de téléspectateurs aussi, dont moi. Nous voilà tous prêts pour un Patriot Act à l'européenne. Et avec les applaudissement du public.

    J'ai regardé d'un oeil la TV et d'un autre le fil Facebook et Twitter. Aussitôt la différence m'a sauté aux yeux. Je ne vois pas le même événement. Du côté de la télé, le ton est à l’empathie avec les gens. Exceptionnel, historique est l'événement. Belle unité nationale. La communion entre le mass-média et le public est totale. Aucune interactivité. Le téléspectateur est captif, voit ce qu'on lui montre. C'est spontané. Encadré. Digne. Chaleureux. Impressionnant!

    Sur les réseaux sociaux, la diversité s'exprime. Les opinions s'échangent. les débats s'enchaînent. Et surtout des informations retweetées  glacent. Comme cette nouvelle tuerie au nord du Nigeria perpétrée par Boko Haram. Ou ce blogueur, Raif Badawi, qui a reçu, samedi, les 50 premiers des mille coups de fouet auxquels un tribunal d'Arabie Saoudite l'a condamné parce qu'il avait eu l'audace d'évoquer les droits de l'homme et aurait donc de ce fait "insulté l'islam".

    http://www.lesinrocks.com/2015/01/10/actualite/boko-haram-detruit-16-villages-et-fait-2000-morts-au-nigeria-11545330/

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  • Les dévots de l'argent ne sont pas des Charlie

    Les assassins sont morts. Justice n'est pas faite, contrairement à ce qu''écrit l'éditorialiste du Figaro ce samedi 10 janvier. D'abord parce que la menace demeure. Que des Français et des Européens croient sérieusement que leur combat et leur mort leur ouvrent les portes du paradis - quand donc les imams dénonceront-ils cette supercherie? - et parce qu'un procès, aussi difficile soit-il, est porteur de vérités que l'émotion des derniers jours a occultées.

    Une qui n'est pas tombée dans l'émotion, c'est la bourse de Paris, qui, relève Le Monde, n'a pas réagi à l'action terroriste. Les dévots de l'argent ne sont pas des Charlie.

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  • Téléréalité

    image.jpgEn direct! Des millions de spectateurs scotchées, des heures d'attente, d'approximations, de supputations. Quelques minutes intenses. Et des heures encore d'images, d'histoires, d'émotions, en boucle, des platitudes, un peu d'analyses, le nez dans le guidon, des condoléances, sincères, la gloire des forces spéciales, le sursaut national, fragile, la solidarité des démocraties voisines, téléphonée, le cloisonnement des cerveaux, surtout ne pas diaboliser l'islam. Ce n'est pas une guerre de civilisation. Vraiment?

    Q'auraient été nos longues guerres de religion sous l'œil permanent des caméras de télévision, sous le déluge des tweets, des sms? Objectif?

    Et pendant ce temps, les Palestiniens demeurent sous occupation, l'Arabie Saoudite nourrit le wahhabisme et ses fondamentalismes satellites, la société musulmane tient la femme en dépendance, le monde occidental -ou plutôt les grandes firmes sans frontières? - impose encore son impérialisme dans l'économie, la technologie, la science. Pour combien de temps? Déjà il ne domine plus par sa culture et plus beaucoup par sa politique.

    The show must go on. Mercredi prochain, le numéro de Charlie Hebdo, 10'000 abonnés au bord de la faillite, sera normal, disent les survivants au 20 heures de TF1. "Comme si rien ne s'était passé, à la limite", ajoute le réd en chef de Libération, qui accueille les naufragés.

  • Une bonne guerre....

    image.jpgLa guerre donc. C'était le titre de l'éditorial du Figaro du 8 janvier. C'est l'option subliminale du journal Le Monde qui consacre toute son édition du 9 janvier à l'attentat qui a fauché 12 personnes chez Charlie Hebdo. Et fait sa une sur le 11 septembre. Le 11 septembre a déclenché la deuxième guerre d'Irak et la chasse à Ben Laden. Avec les conséquences que l'on sait.

    C'était de bonnes guerres, des combats pour la démocratie et pour la liberté. Surtout la liberté du commerce dont les effets peuvent être meurtriers. Aux États-Unis, le Patriot Act n'a pas particulièrement élevé le degré des libertés individuelles... Dégâts collatéraux d'une guerre juste, d'une guerre sainte...

    Tout de même, une bonne guerre, ça remettrait pas de choses en place. Non?

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  • L'état du monde à notre connaissance

    Nous voilà donc tous des Charlie. Saine réaction face à la brutalité meurtrière de deux hommes qui donc ont "vengé le prophète". Réaction virulente surtout, analogue à celle d'un corps agressé qui mobilise toutes ses ressources pour affronter la menace, expulser le virus. Réaction exceptionnelle donc, comme les Une et les dossiers que les médias déroulent depuis ce funeste mercredi 7 janvier 2014, que d'aucuns ont déjà décrit comme le One Seven de la presse, en référence au Nine Elleven des tours de New York.

    L'image est forte. Est elle objective? 

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  • 2015, élections par-ci, par-là: Grèce, France, Genève, Suisse, GB, Espagne...

    Capture d’écran 2015-01-04 à 11.29.21.pngOn ne parlera que des pays où les élections ont encore quelques chances de changer sinon le cours des choses du moins les hommes et les femmes - un peu plus nombreuses en politique qu'à la tête des armées tout de même - qui tiennent le gouvernail démocratique. Par ordre d'entrée en scène, la Grèce, la France, Genève, la Grande-Bretagne, la Suisse et encore la France et l'Espagne, l'Italie peut-être... J'en oublie sans doute.

    Dans tous les cas, les populistes de gauche et de droite vont gagner du terrain. Sauf en Suisse peut-être. Partout, sauf en Suisse, la crise économique est profonde, meurtrière. L'avenir paraît bouché et sans espoir à beaucoup.

    Les dettes accumulées dans les dernières décennies, alourdies par le sauvetage des banques (2,5 milliard de francs pour sauver la Banque cantonale à Genève), privent les Etats des moyens d'action classiques. L'Europe va peut-être davantage injecter des fonds dans le circuit, si l'Allemagne y consent, mais, alors que le remède est discuter, il sera sans doute trop tard pour que l'effet s'en fasse sentir et dissuade les électeurs de sanctionner les partis au pouvoir.

    Partout, également en Suisse, une crise de sens désécurise la population. Elle est plus grave. Pour la conjurer, on s'éclate dans la consommation et ont grossi de rancœur.

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  • Défaite de Montebourg, défaite du Grand Genève?

    forfaits fiscaux.jpgBons, mais pas bêtes, les Suisses! Les Zurichois avaient décidé de renoncer aux forfaits fiscaux. L'extrême-gauche du cru et les socialistes suisses, qui lui ont emboîté le pas, surfaient sur ce vote et expliquaient que l'abolition de l'impôt sur la dépense, accordé à quelques riches étrangers soucieux en migrant chez nous d'optimiser leur facture fiscale, ne coûterait pas grand chose aux collectivités suisses, faisant mine d'ignorer que deux tiers des budgets servent à financer le social, la formation et la santé. Mieux, un oui aurait, disaient-ils, montré notre vertu, si décriée sur le plan bancaire, en anticipant sur la prochaine exigence de Bruxelles.

    Il est vrai que les forfaits sont un peu la cerise sur le gâteau étatique, lequel est, en Suisse, l'un des plus petit des États de l'OCDE. Une cerise qui vaut un milliard, a calculé le ministre vaudois des Finances, qui additionne la TVA que paient nos forfaitaires sur la TVA. C'est peu en regard des quelque 190 milliards de francs que collectent et dépensent bon an mal an les communes, cantons et Confédération réunies du pays. Mais c'est toujours bon à prendre en ces temps où l'antienne des lendemains qui déchantent est le refrain préféré des gouvernements. Genève n'a pas fait cavalier seul. Le Canton s'est même payé le luxe, sous l'influence du bloc nationaliste (?) de refuser le durcissement de l'accès au forfait.  

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  • Le pain augmente, c'est un scandale

    image.jpgL'été a été pourri. Les blés ont germé. Il va falloir importer. Donc préparez-vous, braves consommateurs, à voir les prix monter. La logique économique semble imparable. Elle sert les intérêts des meuniers et des boulangers. Deux raisons permettent pourtant de la mettre en doute.

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  • La France, sauce hollandaise

    Chacun le sait, il est facile de rater une sauce hollandaise. Francois Hollande n'a pas raté la sienne: réchauffer lentement deux et demi de déni, ajouter peu à peu des yakas et des fokons, servir aussitôt à pleines louches et avec le sourire. Sacré Hollande! Ce qui pose problème, c'est, ce soir, que TF1 reproduise l'incroyable malédiction francaise, celle d'attendre tout d'un seul homme.

    Monsieur le président fut donc tour à tour spécialiste en emploi, en chômage de longue durée, en pauvreté, en fiscalité des entreprises, en relance de la compétitivité, en concurrence internationale, en simplification administrative, en production agricole, en écologie, en urbanisme, en régionalisation, en état de droit, en RSA, en ASS, en dialogue social, en création de richesse, en place de la France dans le monde, en migration, en bombe atomique et lutte contre le terroriste, en, en, en, en tout! N'importe quoi! Pauvre France! Quand donc saura-t-elle décentraliser, déconcentrer, défaire la technocratie, déparisianiser! Élire de vrais gouverneurs de province, de vraies assemblées regionales. Comme partout ailleurs!

    Quelques minutes avant l'intervention, TF1 démontrait qu'un Français sur cinq était sous le seuil de pauvreté. Comment créer cinq ou six millions d'emplois? En baissant les salaires et les rentes des plus aisés?

    Et le Figaro qui pushe: "Hollande ne se représentera pas en 2017 si le chômage ne baisse pas." N'est-ce pas indigne? Le feu est à la maison a dit la cheffe d'entreprise. Merde, quoi!

  • Les deux faces de Libération

    Capture d’écran 2014-10-24 à 20.32.03.pngJ'ai acheté hier Libération en papier. 1€ 70 en France, 3 fr 30 à Genève... 0€79 par abonnement sur iPad... Que vaut l'information? Il paraît que le prix Nobel 2014 a précisément étudié le casse-tête des entreprises à clients multiples, celles comme la presse qui vendent à des lecteurs mais aussi à des annonceurs. Sans parler des politiques qui, sans les médias, n'existeraient tout simplement pas.

    Ainsi pour revenir à nos préoccupations "Vu du Salève", Léman Bleu a jusqu'à l'an dernier diffusé les séances du Grand Conseil genevois pour 200'000 francs, sans ajouter une once de plus-value rédactionnelle, tandis que la Tribune a délégué régulièrement un journaliste qui publiait une synthèse des débats (ce qui est généralement un tour de force), gratis pour la République.

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  • 44 tonnes d'or

    Dans le journalisme, il est toujours difficile d'illustrer les grands nombres, d'offrir aux lecteurs des images évocatrices et pertinentes. Ainsi dans l'histoire de l'or qu'on n'a hélas pas (encore?) découvert dans le tunnel de Champel, l'image du lingot s'est imposée soudain. Un sacré lingot!
    Que représente le 1,6 milliard du CEVA? Près de trois années d'investissements de l'Etat de Genève, la moitié du prix des 22 Gripen suédois, de quoi connecter tous les élèves suisses avec une tablette (voir ma note précédente). 1,6 milliard, c'est aussi un peu plus de deux mètres cubes d'or, soit 44 tonnes du métal jaune... Et le surcoût? Devra-t-on ajouter un mètre cube pour régler la facture?

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