Droit, justice - Page 9

  • Libération, l'amour, Charlie et le vivre ensemble

    image.jpgJe ne connaissais pas Remo Bodei jusqu'à hier et la lecture d'une chronique dense et fouillée du dernier bouquin traduit en français de ce philosophe italien dans Liberation, que je ne lis que trop rarement faute de temps. La dernière fois c'était jeudi 29 janvier.

    Libé a publié ce jour-là un numéro entièrement illustré de caricatures plutôt gentilles, des BD en fait de la ligne claire qu'on peut laisser traîner sur la table du salon, sous ce titre un brin angoissé: "Charlie, où est la relève?" Lourd point d'interrogation. Dans le même numéro, on apprenait que l'équipe rescapée de la tuerie du 5 janvier, un mois déjà qui paraît comme une éternité, ne reprendrait le crayon au mieux qu'à  lami-février et plus vraisemblablement quand le traumatisme serait passé.

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  • L'impossible réforme de la fonction publique genevoise

    SCORE, la réforme de l'échelle des traitements de la fonction publique, est mort. Du moins dans son identité et sa forme actuels. Le député Edouard Cuendet, la voix des banquiers, la soutient du bout des lèvres, mais il sait que le couple PLR-PDC n'a plus le pouvoir au Grand Conseil comme la séance d'hier soir du parlement la brutalement illustré.

    Roger Golay, le président du MCG a lui carrément annoncé l'acte de décès de la réforme, hier soir au micro d'un Pascal Décaillet, trop girond de montrer que la politique se faisait devant lui - que dis, je grâce a lui - lui, qui sait si bien profiter des rumeurs de la rue et souligner combien le parlement, juste à côté, mouline dans le vide. Dérive classique d'un fou du roi qui se prend pour le roi et qui se réjouît d'une manifestation peu suivie pour d'évaluer le suffrage universel. 

    Mais c'est ainsi qu'on gouverne désormais à Genève. SCORE, un projet lancé et défendu par David Hiler, naguère donné comme le meilleur conseiller d'Etat du précédent gouvernement, finira au panier. Et peu importe qu'un Pascal Broulis, usant de la même méthode qu'il s'était appropriée quand le ministre vaudois des Finances et de la Fonction publique (il a aux dernières élections cédé ce dicastère à sa collègue Nuria Gorrite) était chef du personnel de la Banque cantonale vaudoise, ait réussi à mettre en œuvre la réforme "Decfo-Syrem", un SCORE à la vaudoise.

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  • Grèves, le Conseil d'Etat a donc cédé

    com coneil etat 28 janv.pngLa grève des notes pourrait donc s'arrêter le jour de la grève générale de la fonction publique. Voilà ce qu'on lit dans mon journal préféré. Selon les syndicats, le gouvernement aurait accepté de ne pas licencier de profs en raison de la coupe linéaire décrétée par le Grand Conseil - à ma connaissance, il n'a jamais été question de licenciement. Autre revendication acceptée, fixer un nombre maximal d'élèves par classe, ce qui, toujours selon le syndicat qui fait donc la com du gouvernement*, coûterait 5 millions.

    Le citoyen contribuable apprendra-a-t-il demain par la bouche du président du Cartel que le gouvernement a accepté de partager les clés de l'évaluation des fonctions, puisque le projet SCORE est la principale raison - si tant est que d'en soit une en ces temps troublés par une décision que la BNS n'a partagée avec personne - de la grève à laquelle appellent les syndicats?

    Mais il est vrai que les leaders syndicaux ne se battent pas pour eux-mêmes, mais pour la qualité des services publics qu'une majorité de députés démocratiquement élus met en péril. Je suggère donc à cette majorité, qui sert si mal le peuple, de dresser une statue à ce Cartel si clairvoyant et ordonne qu'on se décoiffe à sa vue en signe de respect, puis de se saborder et d'abandonner le pouvoir à ce dictateur éclairé.

    Au moins, la "République" de Genève s'économiserait le ridicule d'une grève, alors que les entreprises et leurs employés se battent conte le franc fort.

    PS: Mais où est donc cette majorité qui a voté le budget. Pourquoi ce silence assourdissant des autorités?

    *Aucune mention n'est fait de cet accord dans le communiqué de presse du Conseil d'Etat publié mercredi à l'issue de sa séance hebdomadaire. Aucune information visible non plus sur le site du DIP. Pas plus de communication sur le site du DF, où le vaste projet SCORE, objet de toutes les crispassions n'est même pas cité.

  • Euro soit qui mal y pense

    euro 1.jpg"On n’en serait pas là si on avait adopté l’euro comme monnaie! Sa faiblesse doperait notre économie au lieu de la pénaliser."

    Le propos va faire hurler la droite nationaliste MCG et UDC, les deux ne faisant plus qu'un selon la Tribune de ce lundi, qui constate que le MCG s'ancre à droite, ce qui est le port d'attache naturel de la plupart de ses élus.

    La citation ponctue en fait, en guise de conclusion, une tribune libre du conseiller national écologiste et lausannois Luc Recordon, que publie 24 Heures ce même 19 janvier

    Un propos qui tranche heureusement avec les pleureuses qui croyaient que la Banque nationale allait pouvoir encore longtemps tenir la parité de 1 fr 20 pour un euro. Luc Recordon, qui a de la mémoire longue comme Marian Stepcynski qui dit à peu près la même chose dans sa chronique économique du lundi dans la Tribune, se félicite de l'indépendance de la Banque nationale tout en constatant qu'elle ne nous protège pas toujours.

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  • La Pâquerette, Charlie, la BCGE and Co

    image.jpgConfiance excessive, confiance trahie, confiance aveugle... Risque thérapeutique, risque sécuritaire, risque d'entreprise. Liberté, fraternité, prospérité.... L'émission de la RTS sur l'affaire Adeline nous apprend que le meurtrier qui avait commandé un cure-pied chez Victorinox (?) avait lui-même modifié sa commande par internet sans que personne ne le sache. C'est, me semble-t-il, la seule nouvelle révélation dans la mort tragique de la physiothérapeute. Le reste figure dans les deux rapports rendus sur l'affaire par Me Ziegler et le prof Chappuis.

    Est-ce que cette révélation suffit à condamner quelqu'un en particulier dans la chaîne de responsabilités? Sans doute pas.

    L'émission fait la part belle à la famille, très digne, et surtout aux accusations du comité justice pour Adeline à l'encontre de l’État qui ferait tout pour protéger l'institution, alors qu'elle veut un coupable.

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  • Où sont les femmes?

    debat uni bastions 14 sept.pngTrès bon débat ce midi à dans l'amphithéâtre principal, comble, d'Uni Bastions. C'était quelque part une gageure que de placer côte à côte des journalistes et des professeurs d'université, tous habiles babilleurs, autour d'une question aussi explosive que Sommes-nous tous Charlie? Exercice réussi par les responsables du GSI, Nicolas Levrat et Frédéric Esposito. On n'a pas vraiment reçu de réponse mais un ensemble de considérations que j'ai tenté de tweeter en life.

    Une remarque. La seule femme invitée sur l'estrade était l'incontournable Lucia Dahlab, emmitouflée dans son voile. Présentée comme vice-présidente de l'Union des organisations musulmanes de Genève, l'enseignante, conseillère municipales écologiste à Vernier, s'est empressée de dire qu'elle ne représentait qu'elle-même. Elle a aussi affirmé être un ferme défenseur de la liberté d'expression. Bref pas de quoi introduire dans l'université l'universalité des opinions qui peuplent et déchirent notre univers actuel. Entre gens du monde, on a donc pu échanger des points de vue sans s'agresser.

  • France: le jour d'après

    assassin creed.pngQue faire des quelque millions de marcheurs et des dizaines de millions de téléspectateurs qui ont retrouvé, l'espace d'un dimanche, un état de communion républicain jamais vu depuis la Libération? La France se réveille en ce 12 janvier, interrogeant les raisons d'une mobilisation populaire aussi puissante, d'un partage cathartique aussi profond.

    L'assassinat des dessinateurs de Charlie, de policiers et de consommateurs juifs dans une superette casher a agi comme un électrochoc. La France l'attendait comme tous ceux, dont je suis, qui aiment ce pays plus que tout autre et qui se désolaient de voir la République - car la France incarne plus que tout autre l'idée de la République - se déliter.

    Sur France Culture ce matin, Régis Debré et Caroline Fourest ont tenté une première analyse. Que faire, a demandé le chroniqueur Brice Couturier, pour que le soufflé ne retombe pas? Leurs réponses ne m'ont pas convaincu.

    "Cesser de parler de gouvernance, un mot copié collé du monde des affaires, et parler davantage de gouvernement", a dit le médialogue: Arrêter de bourrer les discours politiques des chiffres balancés par Bruxelles. Et puis oser enfin évoquer le fait religieux dans les écoles et l'interroger rationnellement. Il faut plus de prof de philo aussi.

    Dans la même veine, Caroline Fourest a suggéré d'augmenter le nombre de profs de dessin. Et d'apprendre aux élèves qu'une caricature qui s'en prend au bon dieu ou à ses saints, ça n'est pas du racisme envers une communauté. Il faut armer les profs à répondre aux élèves dont la culture est faite de slogans répétés en boucle.

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  • Les dévots de l'argent ne sont pas des Charlie

    Les assassins sont morts. Justice n'est pas faite, contrairement à ce qu''écrit l'éditorialiste du Figaro ce samedi 10 janvier. D'abord parce que la menace demeure. Que des Français et des Européens croient sérieusement que leur combat et leur mort leur ouvrent les portes du paradis - quand donc les imams dénonceront-ils cette supercherie? - et parce qu'un procès, aussi difficile soit-il, est porteur de vérités que l'émotion des derniers jours a occultées.

    Une qui n'est pas tombée dans l'émotion, c'est la bourse de Paris, qui, relève Le Monde, n'a pas réagi à l'action terroriste. Les dévots de l'argent ne sont pas des Charlie.

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  • Une bonne guerre....

    image.jpgLa guerre donc. C'était le titre de l'éditorial du Figaro du 8 janvier. C'est l'option subliminale du journal Le Monde qui consacre toute son édition du 9 janvier à l'attentat qui a fauché 12 personnes chez Charlie Hebdo. Et fait sa une sur le 11 septembre. Le 11 septembre a déclenché la deuxième guerre d'Irak et la chasse à Ben Laden. Avec les conséquences que l'on sait.

    C'était de bonnes guerres, des combats pour la démocratie et pour la liberté. Surtout la liberté du commerce dont les effets peuvent être meurtriers. Aux États-Unis, le Patriot Act n'a pas particulièrement élevé le degré des libertés individuelles... Dégâts collatéraux d'une guerre juste, d'une guerre sainte...

    Tout de même, une bonne guerre, ça remettrait pas de choses en place. Non?

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  • Une étoile quitte Genève... La faute à Dal Busco? La faute à Hodgers?

    Philae et son bisou à la comète 67P/Tchourioumov-Guérassimenko ont ému les foules, fait battre les cœurs, produit du rêve à tout va. Une autre étoile filante, bien genevoise celle-là - elle a fêté ses 150 ans cette année, a choisi cette année de se satelliser ailleurs. Oh, pas bien loin. A Mies, dans cette Terre Sainte qui lorgne plus Genève que Lausanne, mais qui paie tout de même ses impôts en pays de Vaud.

    Pourquoi cette migration, qui, s'il n'y avait cette frontière, ne ferait pas la une des journaux, a demandé le magazine Bilan. A quelques jours de la votation sur les forfaits fiscaux, le bimensuel dresse la liste des 350 plus riches de Suisse. La liste est lacunaire, avoue le nouveau réd en chef adjoint, Serge Guertchakov, des millionnaires plus rentiers qu'industrieux passent sans doute au travers du filet. Qu'importe notre étoile en fait partie.

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  • Divorce,... Diceptationis

    Que Dieu existe ou pas n'a sans doute pas d'importance. Ce qui façonne le monde, c'est que des humains croient dur comme fer qu'il existe au singulier ou au pluriel et d'autres pas. Croyants ou non, nous sommes tous confrontés aux mêmes grandes injonctions: le respect de soi, d'autrui, de la nature, du cycle de la vie. D'où découle une brassée d'autres défis: ma liberté et celle des autres, mes moyens et ceux des autres, ma destinée et celle des autres. Que l'on retrouve par exemple dans le célèbre "liberté, fraternité, solidarité".

    Trois mots simples. Suffisants pour vivre en bonne intelligence. Pourtant l'Etat et ses serviteurs n'ont de cesse, s'inspirant de ces trois principes et de quelques autres, de codifier la vie des gens. Les lois, les règlements, les ordonnances, les directives publiées ou occultes, les pratiques usuelles ou professionnelles, les normes publiques ou privées, consensuelles ou imposées, s'accroissent sans fin.

    Les religions et leurs églises qui s'occupent des affaires de Dieu n'échappent pas à cette production normative compulsive.

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  • Carouge Guatemala

    La justice genevoise traite les petites et les grandes affaires avec la même main aveugle. Heureux celui celui qui passe au travers des mailles du filet.

    Au Guatemala, paradis tropical mais malheureux pays dominé par de grands propriétaires, il y a mort d'hommes, sans doute menaces sur des témoins, corruption et terreur. Le prévenu incarcéré à Genève depuis bientôt deux ans risque chez lui la peine capitale ou la prison à vie. Il n'a donc pas été extradé. Sortira-t-il sans condamnation à Genève, faute de témoins ou au bénéfice du doute, qui, chez nous, profite en principe à l'accusé? Combien ses avocats, sans parler d'éventuels dommages et intérêts, risquent-ils de coûter à la République?

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