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  • Calvin de Pierre

    ge en flammes.jpgJe ne me suis pas ennuyé, j'ai même passé un bon moment hier soir au parc des Bastions devant le Mur centenaire des Réformateurs, fermé aux yeux d'une audience bien sage par de grands blocs de pierre, le temps - trop court en regard de la force du personnage - que le jeu des acteurs ne sculpte un Calvin au fond très conforme à son image de seigneur taliban*, le terrorisme international et l'asservissement des femmes en moins, le prosélytisme également chevillé au corps.

    Un Calvin un peu coincé, très protestant genevois, nonobstant le Cantique des Cantiques qu'il impose dans le canon de la Bible contre l'arien Castellion et qui donne lieu à un très prude quiproquo avec sa mie Idelette. Un Calvin saisi par le doute, la peur de la putréfaction des corps et de la mort si commune alors, passionné par la science de Copernic et qui impose l'étude des classiques contre des pasteurs trop zélés, un rien bornés de la vénérable compagnie, et des hommes volontiers paillards et âpres au gain du Consistoire et du Conseil.

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  • Le pétrole et le Kaffee

    or noir tg 15 juillet 09.jpgkaffee grösste Händler Schweiz.jpgCoïncidence, la Tribune publie deux pages dans ses éditions de ce 15 juillet consacrées à "l'or noir de la planète qui se négocie à Genève" et le Tagesanzeiger ce même jour consacre une page entière au commerce du café sous le titre "Die Schweiz handelt den Kaffee für die Welt". Trois quarts du commerce du café passent par la Suisse. Les trois plus gros négociants sont à Zoug et à Winterthur, les autres au bord du Léman.

    Récemment la Tribune annonçait que McDonald's allait transférer son siège européen de Vienne au bout du lac. Le FT confirmait quatre jours. D'autres suivent. Et les traders londoniens semblent apprécier la douceur du Léman. Certes les lieux méritent le voyage et la sécurité de la Suisse sont un atout, comme ses banques, ses hôpitaux et ses cliniques, ses écoles privées et son cosmopolitisme. Mais ne soyons pas dupes. Les avantages fiscaux pèsent aussi dans la balance.

     

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  • Gazouillis constitutionnels

    gazouillis.jpgLe mercure grimpe, l'actu tombe. Un peu de temps pour butiner et tenter de raccrocher le peloton des geeks. Je twitte donc et me voilà followers de... Barak Obama bien sûr. Le geek en chef collectionnait hier 1,733,163 followers dont 773,317 branchés. La news était

    "Congress in crucial health care reform negotiations. More than ever, your reps need to hear from you: http://bit.ly/1StOJ3"

    Cliquez et vous verrez cet appel:

    "Help pass health care reform — Call your representatives"

    En clair, la réforme de la santé aborde sa phase finale. Votre députés a besoin de votre avis. Appelez-le et aidez-nous à faire accepter cette loi!"

    On rêve d'entendre le gazouillis (tweet) de nos constituants ou de nos députés. Quand donc se libèreront-ils des règles parlementaires du XIXe siècle? Un seul rapport d'une commission - la commission des droits politiques - publié hier réclame deux plumes une adoption formelle et cinq jours pour être adressé aux Genevois.

    twitter obama.jpg
  • Facebook et le Grand Conseil

    Mabut_Jean-Francois_Bassedef.jpgQue fais-tu à la Tribune? J'anime les blogs et j'en publie quatre ou cinq plus ou moins régulièrement: le mien Vu du Salève, la Gazette de la Constituante, Métropole Genève, un regard critique sur le projet d'agglomération franco-valdo-genevois, Webzine et, plus épisodiquement Macadam Genève? Ah bon! C'est un boulot de journaliste ça?

    Je crois que oui, dès lors qu'une des fonctions du journalisme est de susciter et de promouvoir le débat citoyen, par la pertinence et la qualité de l'information, par la neutralité du forum qu'est l'espace de débat rédactionnel (print ou net peu importe), par la police qu'il exerce (ou peut exercer) sur le forum.

    Il y a loin certes de la coupe aux lèvres: tous ce que les blogueurs publient ne relèvent pas du débat démocratique, les informations qu'ils publient sont souvent biaisées, non fondées, peu sourcées, voire fausses. Quant à la courtoisie qui devrait présider au débat, elle varie au gré des sujets et des auteurs. Mais, après plus de deux ans à la tête de la plateforme de blogs de la Tribune, je constate une certaine maturité.

    Deux obstacles dissuadent toujours nombre de blogueurs potentiels de se jeter à l'eau: le temps et le qu'en dira-t-on. Deux exemples: la nouvelle présidente de l'église protestante et le débarquement des candidats au Grand Conseil genevois sur Facebook.

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  • Kappel et Luscher ou le Coca plus cher que le lait

    Qu'y a-t-il de commun entre le lait, Kappel et Luscher? Les fins connaisseurs de l'histoire suisse savent que le chaudron de Kappel contenait une soupe de lait, dans laquelle les soldats confédérés trempèrent leur pain en attendant que les arbitres règlent le conflit entre le canton de Zurich, fraîchement réformé et déjà impérial, et cinq cantons catholiques au lieu-dit Kappel. Nous étions le 8 juin 1529. Une légende, qui appartient au mythes fondateurs de la Suisse, note l'encyclopédie en ligne wikipedia.

    Et Luscher? Rien à voir. Le Genevois était inconnu outre-Sarine - nonobstant son idylle avec Lolita Morena, dont le Blick s'était fait l'écho - jusqu'à ces derniers jours et son envie de Conseil fédéral. Un signe pourtant, au-delà de ce magistral coup de pub. L'avocat d'affaires, qui admet dans la Tribune de ce jour que son élection représenterait pour lui un sacrifice salarial - "mais le revenu des Conseillers fédéraux est confortable" -  est le pur produit de cette suisse "embed", moderne et prospère, où l'on retrouve pêle-mêle, la finance, le tic-tac horloger et la vache en ses alpages.

    Or la finance est en crise, l'horlogerie bat de l'aile et la vache se porte très mal depuis quelque temps. Du côté des céréaliers, on broie aussi du très noir. Quant aux avocats d'affaire, nul plan de licenciements annoncé, la crise semble faire leur beurre autant que la surchauffe.

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  • Comment va la presse?

    papier électronique.jpgpapier électronique 2 nb.jpgPas une semaine sans que l'on me demande comment va la Tribune. Je réponds comme la presse en général. Et j'explique que très vraisemblablement je ne terminerai pas ma carrière dans le papier journal. Ce qui ouvre évidemment plusieurs issues et donne lieu à autant d'interprétations.

    La plus simple est celle qui verra demain la Tribune paraître non plus comme un imprimé, une fois par jour, mais comme une édition électronique diffusée sur du "papier électronique" (et ). Vous n'y croyez pas. Lisez ci-dessous ce qu'en dit Idéepresse, la lettre interne d'Edipresse, rédigée alternativement par Claude Monnier et Martine Lamunière, deux vétérans du journalisme, fins connaisseurs de la presse écrite et de son avenir.

    Le papier électronique débarque. Reste à inventer le modèle économique qui fera vivre une rédaction d'information générale. Il apparaît de plus en plus évident que les consommeteurs ne sont pas prêts à financer ce service par un acte d'achat régulier. Pas plus qu'ils n'achètent l'air pur qu'ils respirent. (En fait ils ne l'ont jamais été. La publicité a cependant caché cette évidence.)

    Conclusion, les politiques devront sans doute s'impliquer. La redevance radio-télé que la SSR veut augmenter devra sans doute être fiscalisée, comme l'a récement proposé Monsieur Prix, et servir à financer les journaux quotidiens. Electroniques ou non.

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  • Cantons riches et cantons pauvres

    pereq 2010.jpgConformément à la règle médiatique qui veut que les vaguelettes ne font pas des nouvelles, la publication hier des clés de la répartition pour 2010 des impôts et des charges entre les cantons n'a pas fait l'ombre d'un article à Genève. Contributeur net à la solidarité confédérale, le canton du bout du lac réduira même ses charges de 1,7 million de francs l'an prochain. Restent les informations de longue durée, qu'il convient de garder à l'esprit et qui dépeignent une Suisse à fort contraste.

    • La péréquation est une horlogerie complexe que fort peu de monde maîtrise. Pas terrible pour le débat démocratique.
    • La péréquation intercantonale ne porte que sur 1,4 milliard de francs, auxquels s'ajoutent 2,7 milliards d'aide fédérale, soit un enjeu de 4,1 milliards de francs, alors que le total des budgets des cantons dépasse 70 milliards. La solidarité confédérale a ses limites.
    • Les milliards ne disant rien à personne, il faut observer les montants versés ou reçus par habitant et par canton pour mesurer combien la Suisse est diverse et inégale (cliquer sur le graphe pour l'agrandir). Quelques riches cantons, dont Genève devancé juste par les paradis fiscaux Zoug et Schwyz, et beaucoup de cantons pauvres, Fribourg, Jura et Uri fermant la marche.
    • Les petits cantons pauvres tiennent cependant deux couteaux politique par le manche: au Conseil des Etats et à la Conférence des directeurs cantonaux des finances.
    • Génie helvètique?
  • Un peu de baume pour les informaticiens de l'Etat

    pétaudière informatique.jpg"La pétaudière informatique de l'Etat dans le collimateur". Le titre de la Tribune du 1er juillet est sans appel. Relatant le dernier rapport de la Cour des comptes, l'article pose en principe que l'informatique de l'administration cantonale est une pétaudière.

    A lire le rapport des juges, le mot n'est pas mal choisi, sauf qu'il s'adresse peut-être davantage à l'Etat et à notre démocratie genevoise et donc à son organe principal, le Grand conseil, qui aime réinventer la roue, complexifier la loi, la détailler à l'extrême et y introduire des "genevoiseries" qui empêchent le recours à des systèmes informatiques éprouvés dans d'autres cantons ou obligent à de coûteuses adaptations. Ajoutez la même dose d'indépendance, voire d'antagonisme, farouche des départements et de leurs services, les héritages tehniques, la guerre des pro-mac, des pro-linux et des pro-windows et les dizaines de millions qui font saliver les Microsoft, HP et autres IBM et vous obtenez en effet un sac de noeuds dont les acteurs sont volontiers les bouc-émissaires des directions administratives et départementales souvent conservatrices et dépassées par les enjeux du guichet unique.

    J'ai trouvé dans le dernier Sciences et Vie de quoi soulager un peu le mal-être des informaticiens. Il émane de Joseph Sifakis, prix Turing 2007, la plus haute récompense internationale scientifique en informatique. A la question qu'est-ce qui vous a déjà fait changer d'avis, il répond:

    sifakis joseph.jpg"Il y a trente cinq ans, je pensais pouvoir modéliser les systèmes informatiques avec des équations dites "linéaires". Après deux années d'études, j'ai réalisé que ce n'était pas possible, même pour des systèmes simples. Cette impossibilité prive l'informatique de la prédictibilité telle qu'elle est possible en physique. Si bien que la construction des grands systèmes informatiques s'effectue, encore aujourd'hui, de façon empirique: brique par brique. Comme on construisait les cathédrales au Moyen Age. Du coup lorsque l'on prépare un nouvelle plate-forme web par exemple , on n'a jamais de garantie sur le résultat final. Jusqu'à 30% des gros projets informatiques actuels échouent complètement... avant même leur achèvement."

    CQFD

    NB: Avant de désigner l'état d'un centre de ressource comme le Centre des technologies de l'information, la pétaudière désigne un lieu, une assemblée, etc., où manquent l'ordre, l'organisation, où règnent la confusion, l'anarchie. Quelles pétaudières sont les démocraties! On ne sait à qui s'en prendre, a écrit Sainte-Beuve (Corresp., t.3, 1839, p.93).

     

  • Le temps des cerises

    cerise.jpgBonjour,

    Quinze jours de vacances dont une semaine at home et une semaine en Crète. Sans fil, sans mobile. Juste un dico de philo. Qui permet de butiner comme l'abeille et de se remémorer ses inventeurs. Sacrés Grecs! Pourquoi les cerises? Rien à voir évidemment avec la Crète, dont les montagnes sont couvertes de millions d'oliviers tous irrigée au goutte à goutte. Impressionnant. Sans doute l'effet de quelque politique européenne. Les cerises, parce que le trublion Holenweg dans ses pensées nocturnes qu'il laisse sur Facebook ou sur son blog et ailleurs encore, écrit ceci:

    Pascal Holenweg compte ses sous, vu que c'est le jour de la cerise, ce 19 Messidor, et qu'elles sont quasiment à dix balles le kilo, les cerises. Y'a des jours comme ça dans le calendrier révolutionnaire, qui ne sont pas fait pour les pauvres. Bon, c'est vrai que c'était une révolution bourgeoise... Ah quand reviendra, le temps des cerises à trois francs le kilo ?

    Durant le temps - de 1985 à 1995 - où je fus petit paysan et avais repris à mi-temps la ferme de mon père, j'ai cueillis des cerises. Il avait avec un voisin parent planter 300 cerisiers sur un coteau aujourd'hui rendu à la nature. Un bon cueilleur de cerise donc cueille entre dix et vingt kilos par heure. ça dépend de la grosseur des cerises, de la hauteur des arbres, des mains du cueilleur et des modalités de paiement (à l'heure ou au kilo). Ensuite, il faut généralement les trier les cerises, les conditionner, les expédier, les vendre, compter la perte naturelle (perte d'eau, pourrissement). Préalablement, il a fallu planter les cerisiers et les entretenir durant cinq à six ans - le cerisier se met tard à fruit. Et lutter contre les poux et les vers, car le consommateur n'aime pas les vers dans les cerises. Bref, à moins de payer les ouvriers avec des noyaux (de cerise) ce qui est souvent le cas, le temps des cerises nous rappelle le coût du travail ou plutôt son prix.


    PS: à Genève, le temps des cerises est passé. L'effet conjugué sans doute du petit âge glacière du temps révolutionnaire ou du réchauffement présent.