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  • La presse n’a pas le moral

    «Je l’ai lu dans la presse!» L’affirmation vaut souvent démonstration que la nouvelle est vraie. Vraiment ? La presse est-elle toujours crédible? Le sondage que publie le quotidien La Croix en France démontre que cette crédibilité s’érode un peu plus chaque année. Une grosse centaine de journalistes dont plusieurs pointures de la presse écrite et audiovisuelle romande ont fait un premier tour de la question ce mardi à l’occasion des premières assises de la presse romande.


    Impression d’audience à l’issue des quatre débats organisés par le syndicat des journalistes Impressum: grosse déprime, morosité persistante, insécurité économique croissante, avenir incertain.



    Bref la presse n’a pas le moral, même si Eric Hoessli claironne son optimisme face aux vieux hérauts d’un journalisme d’investigation en panne de moyens, les de Diesbach et autres Christian Campiche. Le directeur de la Tribune de Genève et de 24 heures parie sur le retour des jeunes à la lecture, affirme que les lecteurs sont toujours friands de nouvelles taillées à l’aune de l’honnêteté intellectuelle, sans prêchi-prêcha, et prétend que la presse est meilleure aujourd’hui qu’hier.

     

    Vraiment? Christoph Büchi le correspondant de la NZZ en Suisse romande illustre en deux chiffres l’ampleur du problème des moyens: «Quand j’ai commencé à couvrir la Suisse romande, nous étions une quinzaine de journalistes de Suisse alémanique. Aujourd’hui nous somme trois ou quatre.» Trois ou quatre face à des chargés de communication d’entreprises, d’institutions qui ne cessent de se multiplier. Trois ou quatre pour raconter la Romandie aux Alémaniques, face à une flopée d’internautes qui bloguent à tout va et ajoutent leur brouhaha personnel plus qu’ils n’informent.



    Bref encore, les médias sont drôlement secoués par un long tremblement de terre technologique et économique de force 7 ou 8. Les gratuits sont devenus les journaux les plus lus en moins de cinq ans. L’internet interactif donne à chaque citoyen l’accès à l’édition quasi gratuitement. Les annonceurs harcèlent éditeurs et rédacteurs en chef pour qu’ils s’ouvrent à la publicité «créative» (des annonces au milieu des articles, des articles de complaisance) et transforment leurs titres en des produits joyeux et policés, futiles et utiles. Bref toujours mieux formatés, en résonance esthétique et éditoriale avec leurs réclames vantant et vendant la vie en rose.



    Et que devient l’intérêt public dans ce flot de commentaires un peu nombrilistes et désabusés ? Il s’est un peu perdu dans l’angoissante question de la survie économique des quotidiens payants d’information générale. Qui voient bientôt leur dernière heure sonner. Heureusement quelques intervenants ont rappelé que les journalistes n’étaient pas les seuls à devoir résister contre l’emprise de l’argent roi, à devoir lutter pour conserver leur esprit critique et leur indépendance.



    Ce soir, à Cornavin, la pile à peine entamée de Tribune enfermée dans sa caissette à bandit manchot contrastait méchamment avec les caissettes vides de 20 Minutes et du Matin Bleu. Sauve qui peut dans le net?

     

    C'est le mot d'ordre. Tous y investissent. Philippe Favre de 20minutes.ch prétend couvrir ses frais. Info ou intox? Gabriel Sigrist, le pionnier du journalisme en ligne romand sur www.Largeur.com avoue que c'est l'édition papier qui fait vivre les 12 collaborateurs de son bureau de presse. Pierre Haski créateur du français www.rue89.com n'a pas démenti. Le net offre une grande indépendance, mais ne nourrit pas (encore) les journalistes.

  • Adonis et les juifs

    Pourquoi achète-t-on tel ou tel livre? Une critique opportune, la renommée d'un auteur, un prêt amical, un heureux hasard, une curiosité, un titre ou une couverture attractive? Qui sait?

     

    "Le livre des savoirs" m'a séduit pour cette dernière raison. Je ne connais pas son auteur, Constantin von Barloewen né en 1952 à Buenos Aires, professeur honoraire d'anthropologie à Karlsruhe, membre de conseils scientifiques à Harward et à Berlin. Je ne connais guère les "grands esprits de notre temps" qu'il a interviewés, sinon de nom pour certains: Boutrous Boutros-Ghali, Stephen Jay-Gould, Samuel Hutington, Régis Dedray, Federico Mayor, Ilya Prigogine, Amos Oz, Elie Wiesel, Tu Wei-Ming, entre outre. Le premier se nomme Adonis.

     

    Adonis est un pseudonyme. Celui d'Ali Ahmed Saïd Esber qui est considéré, nous dit l'auteur, comme le plus grand poète arabe vivant. Je ne cite qu'une question et sa réponse. D'emblée elles situent notre homme et ouvrent de larges horizons. Sans commentaires.

    "Vous avez été exclu de l'Union des écrivains sytiens pour avoir plaidé en faveur d'un dialogue avec les auteurs israéliens

    Oui, j'ai assisté à un colloque à Grenade, organisé par l'Unesco, répond Adonis. Et j'ai dit que maintenant, Israël fait partie d'une région géographique dont l'héritage est multiple: il y a eu les Sumériens, les Assyriens et ensuite les Grecs, le christianisme, les pharaons, la génération égyptienne, y compris le judaïsme. donc, c'était un métissage culturel extraordinaire et le christianisme est à la fois religion et culture, comme l'islam. L'islam était aussi une culture, il était ouvert à toutes les autres religions, il y avait des ministres juifs au sein du régime musulman à Bagdad et à Damas, et il y avait aussi des chrétiens; les juifs et les chrétiens faisaient partie intégrante de la société arabe et de la culture arabe. Et j'ai soulevé cette question. Maintenant Israël, s'il veut réellement la paix, et s'il veut vivre réellement avec les Arabes, doit accepter ce métissage, il doit entrer lui-même dans ce métissage. C'est pourquoi je me demande si, un jour, on ne pourrait pas avoir, par exemple, un ministre chrétien au sein du gouvernement israélien, pas pour représenter la minorité chrétienne, mais pour représenter la totalité de la société; et de même il y aurait un ministre musulman, de la même façon qu'il y a au Maroc deux ministres juifs qui représentent la totalité de la société marocaine ; si. de plus, il y a un enseignement mixte ouvert et si on change la loi du mariage chez les juifs, si vous faites ça, vous prouverez, cher israëlien, cher juif, que vous voulez vivre ensemble dans cette société. Mais si vous restez à l'école entre vous et rejetez les autres, ça ne peut pas aboutir à une paix politique, pas à une paix entre les peuples, à une paix culturelle, à une paix humaine."

    Publié chez Grasset, septembre 2007

  • Les Genevois paient trop d'impôts (4)

    Je vais de temps en temps butiner sur le site de la BADAC, où l'on trouve diverses statistiques sur les services publics. Et je suis tombé sur un tableau que j'ai mis en graphique. Il s'agit de l'indice global de la charge fiscale en Suisse de 1990 à 2006 (la moyenne est à l'indice 100).

     

    Ma question est la suivante. Comment la Chambre de commerce peut-elle affirmer que les Genevois paient deux fois plus d'impôts que la moyenne suisse? (Voir aussi ici, ici et ) [Cliquez pour agrandir l'image]

     

     

    Source jusqu'en 1999: OFS, Annuaire statistique 2007. Neuchâtel 2007. T 18.2.2.3.2;
    dès 2000: Administration fédérale des contributions

     

  • Zurich aussi social que Genève?

    La Chambre de commerce et d'industrie de Genève qui diffuse son étude intitulée "Les Genevois paient deux fois plus d'impôts que les Suisses" et explique que Zurich a un filet social au moins aussi bon que Genève. Vraiment?

     

    J'ai commencé hier soir la lecture de l'étude "Impôts, transferts et revenus en Suisse" publiée en mai 2007 par la Conférence suisse des institutions d'action sociale. Et j'y ai trouvé cette phrase, page 6.

    "Le revenu disponible libre le plus bas de la famille avec deux enfants est enregistré à Zurich (ZH) avec 25'144 francs (contre 39'056 francs à Bellinzone). Cette situation relativement mauvaise est due à des loyers supérieurs à la moyenne, aux primes d’assurance-maladie élevées et à une réduction des primes en dessous de la moyenne." Source: Conférence suisse des institutions d’action sociale

     

    Le revenu libre est le revenu à disposition des familles dont on a soustrait les impôts, le loyer, l'assurance maladie et les frais de garderie et auquel on a additionné les avances sur pension alimentaire, le subside d'assurance maladie, les allocations familiales, les allocations logement et d'autres prestations sociales cas échéant.

  • Ne cédons pas à la vilénie!

    Chère Madame Egalité, 

     

    Dans votre dernier billet, vous annoncez votre décision de fermer votre blog, car trop d'internautes y postent des insultes à l'encontre des femmes ou des Verts dont vous défendez la cause. Comment ne pas partager votre écœurement!

     

    Oui, trop d'internautes sont des lâches qui, sous couvert d’un anonymat indigne d’une société démocratique, déchargent leur haine et leur fiel dans les forums et sur certains blogs. Il ne faut pas s'en accommoder. Mais il ne faut pas leur laisser la place non plus. Il faut lutter pour défendre les règles de courtoisie sur la toile. Il faut lutter pour que petit à petit l’anonymat recule.

     

    Je m’y emploie et je demande à tous les blogueurs hébergés sur notre site d’y travailler sans relâche.

     

    Adoptez donc tous cette règle simple de publication et signalez-là de temps en temps à vos correspondants. Exigez d’eux que leurs interventions soient concises, courtoises, pertinentes et signées. Et réservez-vous ce droit fondamental d’effacer ou de ne pas publier les commentaires qui violeraient l’une ou l’autre de ces conditions.

     

    Pascal Décaillet vient de le dire dans un billet dans lequel il vous appelle à ne pas céder.

     

    Au plaisir de continuer à vous lire. Et merci de votre franchise.

     

    Bien à vous

     

    Jean-François Mabut 

  • Bouchons: le débat

    Deux internautes ont posté un commentaires sous mon dernier billet. Qu'ils en soient remerciés, d'autant qu'ils ont eu la courtoisie de signer leur texte. Ils ont tous les deux raisons.

     

    Sandro Minimo écrit: "La voiture, comme transport individuel n'est tout simplement pas viable pour les habitants de la ville". Je suis parfaitement d'accord . A deux bémols près:

    1) les habitants des villes sont aussi de gens qui voyagent pour aller dans leur famille et surtout pour leurs loisirs, parfois parce qu'ils travaillent en banlieue ou loin de Genève. Ils leur faut donc des parkings. Pourquoi pas construire en dehors de ville à proximité d'une ligne de tram des silos à voiture pour les gens des villes?

    2) les habitants des banlieues et des compagnes peuvent difficilement se passer d'une voire de deux voitures. Car il est tout simplement impossible de construire un réseau de transports publics suffisamment dense qui réponde à leurs besoins. En outre comme les habitants des villes, ils utilisent aussi leur voiture pour aller visiter des amis éloignés et pour leurs loisirs. Sans compter le plaisir de rouler et de voyager. Il faut donc construire davantage de parking d'échange à proximité des transports publics. Ni trop près, ni trop loin du coeur de la ville. Pourquoi ne pas construire un immense parking sous le bois de la Bâtie au déboucher de l'autoroute des jeunes à la Jonction? On pourrait y loger des milliers de véhicules?

    A ce propos, Robert Cramer bataille depuis des mois pour que Berne accepte la construction d'un parking géant aux Vengerons (parking d'échange et parking pour le siège de l'OMC). Mais Berne rechigne à créer de nouvelles bretelles d'entrée et de sortie sur une autoroute...

     

    Louis Cornut défend le CEVA. Il a raison dans son optique de rappeler que le CEVA n'a de sens que dans une perspective régionale et même internationale. Il pense en effet que le CEVA permettra de revitaliser la ligne du Tonkin et de la raccorder un jour au réseau ferroviaire valaisan. Et pourquoi pas un tunnel de base ferroviaire sous le Grand Saint Bernard? Le problème est justement que le CEVA s'arrête pour l'heure à la frontière à Annemasse. Et qu'à tout prendre, la construction d'un pont sur la rade qui mixte une autoroute et deux voies de chemin de fer coûterait moins cher et répondrait bien mieux au besoin de Genève et de sa région. Il suffit pour s'en convaincre de regarder une carte de géographie.

  • Bouchons: où est la métropole?

    Comment faire pour faire sauter les bouchons? La Tribune empoigne le problème. Complexe à voir la carte publiée ce matin par mon journal préféré. Et étonnamment unilatéral! Il n'y en a que pour les transports publics ou presque et que pour le canton de Genève ou presque.

     

    Certes le CEVA a vocation d'être le RER du XXIe siècle qui draînera les travailleurs jusqu'à Evian, Cluses, La Roche sur Foron et Morges de l'autre côté du Léman. Encore faudra-t-il construire la 3e voie CFF jusqu'à Lausanne et du côté français améliorer les voies, acquérir suffisamment de matériel roulant et dans au nord comme au sud du Léman construire de vrais parkings d'échange, aisément accessibles, bon marché et surveillés. Or on en est loin et rien n'est prévu pour le financement de ces à-côtés coûteux dans le budget du CEVA. En fait les voitures qui ne viendront pas à Genève iront polluer les bourgades alentours au coeur desquelles sont les gares du XIXe siècle. Prenez Cornavin, la gare centrale de Genève est difficilement accessible en voiture. Va-t-on comme l'on imaginé les urbanistes de 500 mètres de ville en plus aménager une grande gare aux voyageurs à la Praille à côté de l'autoroute? On imagine-t-on désenclaver la gare de l'aéroport en la reliant au réseau suisse via Bellevue? Rien de tout cela n'est prévu.

     

    Certes la route des Nations est notée, mais surtout pour y faire passer un tram, une concession sans doute pour que ce tronçon permettant aux internationaux d'aller et venir à leur travail en voiture.

     

    Certes les tunnels de Meyrin et de Vésenaz sont notés, mais avouez que ce sont des projets micro-locaux, sans grande incidences. Quant à la route des Communaux d'Ambilly, c'est une vicinale sans incidence sur les bouchons alentours.

     

    Certes le carrefour autoroutier de la Milice est noté. Cramer l'a arraché à Berne (l'autoroute est une route nationale) pour satisfaire Plan-les-Ouates dans le cadre de l'urbanisation de la Chapelle-les-Sciers. Mais quid de la voie Cottier, cette route interquartier sensée rejoindre la route de Veyrier en passant par Troinex? Le contournement par une voie rapide du sud du canton reste à faire. Rien n'est prévu à ce sujet. Pourtant les propositions ne manquent pas (Lire ici).

     

    Certes la traversée du lac est notée, mais son débouché sur la rive gauche reste hypothétique. Le gouvernement ne l'a d'ailleurs pas évoquée dans son projet d'agglomération Genève 2030. Peut-être parce que l'ogre CEVA a dévoré l'essentiel des subsides bernois que promet la loi fédérale sur les infrastructures. Pourtant une bonne action serait peut-être, sans attendre le pont sur la rade, de raccorder la route de Jussy au sud de Puplinge avec le carrefour d'Etremblière par une autoroute souterraine comme celle de Plan-les-Ouates. Ce tunnel sous Ambilly réaliserait le contournement sud autoroutier du canton, permettrait d'accéder à la gare d'Annemasse aisément. De quoi donner une raison d'être au CEVA et règlerait la question de la vicinale des communaux d'Ambilly.

     

    Rien donc de bien sérieux sur le réseau routier. Rien pour répondre aux habitants de Soral, des villages frontaliers suisses et français. Rien non plus avant une génération pour soulager les quais et le Pont du Mont-Blanc joyaux de notre ville.

     

    Quant à la France voisine, c'est le bleu total. Sur la carte de la Tribune en tous cas. Les Français construisent pourtant à tout va et dans des gabarits conformes aux besoins futurs de mobilité des Genevois (les Genevois sont les habitants du Genevois qui s'étend des Voirons au Vuache et du Salève au Jura). L'autoroute Annecy-Genève par Cruseilles, la voie rapide du Pays de Gex qu'il faudra bien un jour accrocher à l'A1 suisse. La voie rapide du Chablais, en attendant l'autoroute et la réhabilitation du Tonkin.

     

    PS: Plus de voitures, plus de CO2 certes, mais on ne parle plus des NOx, des oxydes d'azote. Il n'ont pas disparu, mais le catalyseur en a tout de même réduit le volume. Comme quoi, le pire (à l'époque c'était les pluies acides) n'est jamais sûr. Idem pour le plomb.

     

  • L'excès des lois

    "Quiconque propose une loi nouvelle, le fait la corde au cou". Nos députés volontiers législateurs pour tout et pour rien devraient se souvenir de cette proposition de Démosthène et de sa conséquence: si la loi est jugée louable, le député à la vie sauve, sinon...

     

    J'ai trouvé cette citation dans le journal Le Temps de ce lundi. Emmanuel Garessus y chronique l'ouvrage de Jean-Philippe Delsol: "Au risque de la liberté".

     

    Avocat d'affaires et historien, l'auteur français écrit à ceux qui pensent que toute loi forge la liberté: "C'est au contraire l'excès des lois qui crée la confusion et incite au non-respect du droit. Il est plus facile de cacher ses turpitudes dansle maquis que dans le désert."

     

    Mais y a-t-il vraiment une antidote à l'excès des lois? Le christianisme en serait une. Qui dans l'esprit de l'auteur "fait le pari de l'homme plutôt que des institutions".

     

     

  • Les Genevois paient trop d'imôts! no 3

    Merci à Yves Cogne et à Thierry Lacraz qui ont posté deux longs commentaires à mon billet intitulé "Les Genevois paient trop d'impôts? Faux!" dans lequel je conteste la conclusion de la Chambre de commerce et d'industrie de Genève.

     

    Qu'on me comprenne bien, je n'ai contesté que le titre de l'étude de la CCIG intitulée "Les Genevois paient deux fois plus d'impôts que la moyenne suisse".

     

    J'ai pour le reste toujours critiquer l'incroyable proprension à la dépense du canton et des communes genevoises. Mon avis est qu'avant de lancer le slogan réducteur et faux sur les impôts, la CCIG devrait, comme d'autres, proposer une vraie stratégie pour diminuer durablement les dépenses et augmenter la productivité des services publics genevois.

     

    D'autant qu'à en croire le sondage de la CCIG, 90% des Genevois seraient contre une nouvelle hausse d'impôts. Rien à craindre donc pour le scrutin du 16 décembre prochain.

     

    Mais s'attaquer aux dépenses est sûrement  plus difficile. Car les dépenses publiques, ce sont des salaires de fonctionnaires, des emplois, des rentes, des indemnités et des subsides divers, des commandes publiques qui font vivre des bureaux de conseils variés et des entreprises. Et au final des dizaines de milliers d'électeurs.

  • Les Genevois paient trop d'impôts? Réponses à M. Cogne

    Mon billet "Les Genevois paient trop d'impôts? Faux!" contestant la conclusion principale de l'étude publiée cette semaine par la Chambre de commerce et de l'industrie de Genève suscite de vives réactions et me vaut quelques commentaires.

     

    Je cite ci-dessous celui que M. Yves Cogne a posté ce samedi matin à 1h10, d'une part parce que cet internaute a l'amabilité de signer son billet, d'autre part parce qu'il est un des auteurs de l'étude de la CCIG et que son commentaire mérite donc d'être lu et discuté. Je me suis permis de répondre à son commentaire. Mes annotations sont en vert.

     

    Monsieur Mabut,
    J'ai lu avec intérêt vos différents commentaires sur ce sujet, ce d'autant plus que j'ai participé à l'élaboration de cette brochure.
    A la lecture de vos propos, je constate que, en fait vous parlez d'une étude que vous n'avez pas lue.
    En effet, en la lisant, vous auriez dit: "Genève est même champion suisse pour les couples mariés sans enfant dont le revenu brut du travail est inférieur à 66'000 francs par année" et non pas 50'000 francs. En effet, à Genève, un couple marié avec deux enfants ne commence à contribuer à la collectivité, qu'à partir d'un revenu brut de 66'000 francs. C'est dire si vos comparaisons basées sur un revenu de 50'000 francs sont peu pertinentes! Dommage pour un journaliste!

    Comme journaliste j’ai cherché une autre source que celle de la CCIG. J’ai rapidement trouvé la dernière publication de l’Administration fiscale fédérale que je cite dans mon billet. Malheureusement ou heureusement (trop de chiffres tuent l’info) l’AFF ne donne la charge fiscale que pour deux tranches de revenu 50 et 100'000. Je vous remercie de préciser ce point et de constater qu’en effet ce n’est qu’à partir d’un revenu brut de 66'000 francs qu’une famille avec deux enfants commence à être un contribuable à Genève. Encore un effort et vous nous direz dans un prochain commentaire à partir de quel revenu cette famille paiera davantage que les Vaudois ou les Zurichois ou les Balois canton qui ressemble plus à Genève que les deux précités.

    La lecture de la récente (août 2007) publication de l'office cantonal de la statistique (http://www.geneve.ch/statistique/publications/pdf/2007/analyses/an-cs-2007-33.pdf) vous aurait permis de constater que le revenu brut médian des couples mariés actifs avec enfants s'établit à un peu plus de 130'000 francs, L'étude de la Chambre de Commerce ne nie cependant pas les difficultés financières des plus modestes de nos concitoyens. Elle démontre simplement que les prestations dont ils disposent dépendent des contributions des plus aisés et que, dans l'éventualité où ils ne seraient plus là pour contribuer, il faudrait bien trouver l'argent ailleurs...

    Cela étant, je répondrai comme suit à vos 4 points:

    1) La recette moyenne par habitant révèle en partie la richesse de Genève. Effectivement, nos contribuables sont probablement plus aisés que la moyenne suisse. Il est cependant regrettable que cela ne se voit pas dans nos comptes publics. Comment expliquez-vous notre endettement (39'911 francs par habitant, enfants compris)

     

    Genève en terme de PNB par habitant est le troisième ou quatrième canton suisse, il en découle forcément que la force contributive n’est pas probablement mais sûrement plus élevée qu’en moyenne suisse. Cela dit l’endettement n’est pas un indicateur de pauvreté. Il peut être un indicateur d’une gestion risquée ou aveugle ou encore le résultat, ce qui est le cas en l’occurrence, de l’incapacité d’une classe politique de faire comprendre aux électeurs qu’il faut réduire les dépenses.

    2) cela résulte aussi d'une fiscalité plus lourde pour les hauts revenus, donc plus lucratives pour les caisses publiques. L'étude de la Chambre de Commerce ne dit rien d'autre, elle espère seulement que cette fiscalité plus lourde, comme vous le relevez, n'incitera pas ceux qui la supportent à aller voir ailleurs s'ils ne peuvent pas trouver une fiscalité plus clémente.

    L’exode fiscal ne doit pas en effet être sous-estimé. Néanmoins on peut postuler que nos compatriotes les plus aisés n’ont pas que ce facteur en tête quand ils décident de demeurer dans le canton de Genève. L’agrément de la ville et du canton, sa tranquillité, son cosmopolitisme, son offre culturelle, la qualité de ses hôpitaux et cliniques, de ses commerces et hôtels, son environnement proche et lointain, la proximité de son aéroport, et last but not least la curiosité des fiscs étrangers et l’image qu’ils ont d’eux-mêmes et des raisons de leur patrimoine sont sûrement aussi sinon plus important qu’un bordereau d’impôt. En outre, comme vous le savez, à partir d’un certain niveau de revenu, même si la facture fiscale est douloureuse, quand ce qui reste permet de vivre très confortablement elle prend tout de même une autre dimension.

    3) une présentation équilibrée de la situation exigerait de mettre ces recettes en regard des prestations publiques offertes par les collectivités publiques (cantons et communes) genevoises. Elles sont vraisemblablement plus nombreuses et de meilleure qualité que celles offertes par d'autres cantons (à vérifier évidemment). Une lecture attentive de cette étude vous permettra de constater que c'est les dépenses cumulées des cantons et des communes qui sont comparées. Cela permet d'éviter les écarts dus aux différentes répartitions des charges cantons/communes dans les cantons suisses. Cela étant, les cantons de Vaud ou de Zurich, retenus pour la comparaison, sont des cantons qui financent une université et un hôpital. Les vaudois ni les zurichois ne nous semblent être au seuil de la pauvreté. Est-ce à dire que nous dépenserions plus pour des prestations identiques? (J'ai pris cependant note que vous allez vérifier en quoi nos prestations sont meilleures que celles des cantons retenus pour la comparaison).

    Il est très vraisemblable que nous dépensons plus. Mais ceci cher Monsieur Cogne résulte comme vous le savez d’une série d’arbitrage politique. Je ne connais pas un franc qui ne soit dépensé sans in fine une disposition légale votée par le Grand Conseil et soumis au référendum facultatif. Que ceux qui se plaignent des dépenses excessives (et ils y en a) fassent jouer les règles de la démocratie. En outre, les cantons de Vaud et surtout celui de Zurich peuvent diviser leurs dépenses globales par davantage d’habitants, ce qui tend à réduire la charge des services publics par habitants.

    4) En fait la seule question pertinente est: est-ce que le prix de revient des prestations publiques genevoises (leur coût unitaire) est franchement plus élevé que celle des autres cantons? Voici (enfin) une vraie question de journaliste. Je me réjouis de vous lire à ce sujet.

    Moi aussi !


     

  • Les Genevois paient trop d'impôts? Faux!

    La Chambre de commerce et d'industrie de Genève nous a servi cette semaine sa ritournelle annuelle à la veille du débat budgétaire. Les Genevois paient deux fois plus d'impôt qu'en moyenne suisse! Ce que ne dit pas son président, le bouillant Michel Balestra, c'est que ce n'est vrai que pour les gens dont le revenu dépasse 80'000 francs. Pour tous les autres et c'est la majorité des Genevois, le fisc genevois est plus doux en moyenne qu'ailleurs en Suisse.

     

    Il suffit pour s'en convaincre d'observer le tableau ci-dessous extrait d'une publication de juillet 2007 de l'Administration fédérale. [cliquer sur l'image pour l'agrandir].

     

    Genève est même champion suisse pour les couples mariés sans enfant dont le revenu brut du travail est inférieur à 50'000 francs par année. Genève taxe ces contribuables à un taux de 2,1% quand Zurich impose à 4,6%, Vaud à 4,57%, le Valais à 6,3 et le Jura à 6,82%. L'écart est encore plus impressionnant pour une famille avec deux enfants.

     

     


  • Aveu de faiblesse

    Robert Cramer s'accroche à son siège de conseiller d'Etat. Le magistrat cumulera donc jusqu'en automne 2009 son ministère du territoire, sa tutelle sur l'environnement et la haute surveillance des communes avec sa nouvelle fonction de conseiller aux Etats. Espérons que nous n'assisterons pas à la fable de la grenouille qui voulait devenir un boeuf.

     

    En fait, la décision du magistrat vert rassure tout le monde.

     

    Les Verts et la gauche qui n'ont plus guère de moyens (financiers) de faire campagne et dont la candidate pressentie, Fabienne Bugnon, n'a pas réussi son come-back au national.

     

    L'Entente genevoise aussi qui se serait déchirée à la recherche d'une candidate de rassemblement (il faut bien qu'une femme entre au Conseil d'Etat). La candidature bourgeoise aurait été sans doute contestée par une candidature UDC. Sans parler du candidat automatique que n'aurait pas manqué d'être Eric Stauffer avec le slogan: "Essayez-moi 18 mois ou jetez-moi!"

     

    Genève s'est retrouvé une fois dans l'histoire récente avec une élection partielle. En décembre 1980 Aloys Werner, éminent professeur de médecine, s'était présenté contre Christian Grobet. Avec l'appui officieux des partis de l'Entente. Il fut élu et fut le successeur de Willy Donzé au Département de la santé. Mais 18 mois plus tard et une affaire Medenica en moins, le bon professeur fut renvoyé à ses malades par la logique des partis. Et Christian Grobet entra au Conseil d'Etat.

     

    Pour la petite histoire encore, citons cet extrait de l'analyse que George-Henri Martin consacra à l'élection du professeur Werner. On ne peut pas dire que le rédacteur en chef de la Tribune d'alors se soit trompé sur la nature du pouvoir de Christian Grobet. Se souvient-on que ses pairs ont failli un temps le dessaisir de ses attributions au Département des travaux publics? Tout rapport avec un certain Christoph Blocher est évidemment fortuit.

     

    Cliquez sur les trois fac-similés ci-dessous pour les agrandir