Femmes, soyez soumises…

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Nous sommes six lecteurs à l’église de Compesières. C’est mon tour ce dimanche. Dieu, selon Einstein, ne joue pas aux dés. Cependant le hasard ou le calendrier liturgique nous propose de lire la fameuse lettre du grand Paul où l’on trouve cette injonction bien connue et controversée: « Femmes soyez soumise à vos maris? »

Que faire? Prétexter d’une jambe gourde pour se défiler, se soumettre sans mot dire, refuser de lire ce texte… Et si je proposais à la poignée de fidèles qui seront à Compesières à 17h de choisir, une fois n’est pas coutume, entre trois versions: C, E ou F.

Quel que sera leur choix, je lirai la version E pour égalilté car je rejette autant la version C (pour canonique) que la version F (pour féministe), son envers. (Ajout à 20h: sans doute trop tardivement informé l’officiant propulsé il y a peu administrateur de la paroisse de Carouge n’a pas toléré cette incartade. « Vous n’y songez pas, on ne peut pas changer la Bible ». Il a donc demandé à un chrétien monté de Carouge de lire la lettre controversée. La messe est dite.)

Que dit donc mon lointain cousin Pierre Emonet de cette écriture paulinienne? Mon frère jésuite, éditeur de la revue Choisir, doit s’y connaître pour trouver une porte de sortie. Il publie sur Facebook tous les samedis son homélie du dimanche. Zut, il ignore Paul et consacre sa réflexion à l’Evangile du jour, un texte où le Christ invite ses disciplines à affirmer leur foi. Il vient de leur dire qu’il leur donnera son corps à manger et qu’Abraham l’a connu. Difficile à admettre pour des esprits même pas trop cartésiens. Bon nombre se déroutent à cette occasion. 

Une fois n’est pas coutume, je me permets ce commentaire sous l’homélie: 

En clair, JC éclaircit dramatiquement la foule de ses suiveurs (sur  le Facebook d’alors). Seuls les 12 apôtres, y compris l’intellectuel du groupe Judas et quelques autres sans doute (des femmes?) font le pari d’un Dieu tout autre. Pour ceux qui décrochent, comme le jeune homme riche, quelle issue? L’errance amère, l’existentialisme, les rituels New Age, l’indifférence? Il semble sur ce coup que l’Eglise est plus magnanime que le fils du patron et accueille toutes celles et ceux qui sont prêts à faire un bout du chemin. A part ça, mon cher Pierre pourquoi lit-on ce même dimanche la lettre de Paul aux Éphésiens (5; 21-32), devenue inaudible (et que tu as sagement renoncé à commenter). Meilleures salutations 

Et voilà qu’en ce dimanche matin, une fois n’est pas coutume non plus, je me branche sur France Culture. Après les orthodoxes, les protestants, les juifs, les libres penseurs, arrive l’heure des catholiques. Le prêtre est un peu trop pontifiant à mon goût, je zappe sur le podcast de la messe sur RTS2. Elle tombe du Grand Saint Bernard, un office simple et magnifique, dans un hospice qui ne l’est pas moins, tant par les chants que par l’homélie du chanoine Jean-Michel Girard. Il contourne sagement lui aussi le texte de Saint-Paul et évoque très bien le mystère de Dieu et des rhododendrons qui émerveillent la montage…) 

À se demander si quelques fois nos messes paroissiales en panne de prêtre ne devraient pas se contenter modestement d’une simple écoute?

Bon dimanche 

 

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens. Version E

Frères,
    par respect pour le Christ, 
soyez soumis les uns aux autres ; 
    les maris à leur femme, les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ;
    car, pour le mari, la femme est la tête et pour la femme, le mari est la tête, 
tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, 
lui qui est le Sauveur de son corps. 
    Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, 
qu’il en soit toujours de même pour les maris et les femmes 
à l’égard de leur conjoint.

    Vous, les femmes aimez votre mari à l’exemple du Christ 

    Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ :


il a aimé l’Église, 
il s’est livré lui-même pour elle, 
    afin de la rendre sainte 
en la purifiant par le bain de l’eau baptismale,
accompagné d’une parole ; 
    il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, 
resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; 
il la voulait sainte et immaculée. 
    C’est de la même façon que les femmes doivent aimer leur mari et les maris leur femme : 
comme leur propre corps. 
Celui qui aime sa femme s’aime soi-même. 
    Jamais personne n’a méprisé son propre corps : 
au contraire, on le nourrit, on en prend soin. 

C’est ce que fait le Christ pour l’Église, 
    parce que nous sommes les membres de son corps. 
Comme dit l’Écriture : 
    À cause de cela, 
la femme et l’homme quitteront leur père et leur mère, 
ils s’attacheront l’un à lâutre, 
et tous deux ne feront plus qu’un. 

    Ce mystère est grand : 
je le dis en référence au Christ et à l’Église. 

    – Parole du Seigneur.

Commentaires

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  • Tu peux lire aussi https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10225509724951464&id=1276727385

  • "...par respect pour le Christ,
    soyez soumis les uns aux autres ;
    les maris à leur femme, les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus..."

    "Soumis les uns aux autres" ne devrait pas poser de problemes aux féministes puisque cela signifie notamment que femmes et maris se doivent de se respecter mutuellement sans que l`un (ou l`une) soumette l`autre a sa loi. Texte tres progressiste donc, tout le contraire de ce que prona le catholicisme pendant des siecles..

  • Voila une autre version de ce texte:
    Méditation du Chanoine Claude Ducarroz sur l’épître de ce jour (Ephésiens 5,21-32)
    Femmes soumises ?

    Tous les trois ans, à la faveur du 21ème dimanche du temps ordinaire de l’année liturgique B, revient le fameux texte de saint Paul (Ephésiens 5,21-32) consacré à la juste relation « homme-femme » dans les couples chrétiens. C’est peu dire qu’il énerve les milieux plus ou moins féministes, car il pose aussi de graves questions au sein-même des pieuses communautés d’Eglise. Promouvoir la soumission de la femme à son mari sous prétexte qu’il est sa tête, voilà qui met mal à l’aise, jusqu’à la critique acerbe, jusqu’au rejet indigné. N’y aurait-il pas dans une telle affirmation la source de l’antiféminisme chrétien qui fit tant souffrir de nombreuses femmes à travers les siècles ? Paul antiféministe : c’est devenu un slogan indéfiniment ressassé. Il vaut donc la peine d’y aller voir de plus près.
    Je lance la pierre dans la marre : ce texte est révolutionnaire, mais à deux conditions de lecture.
    Il faut d’abord reconnaître que le propos de Paul n’est pas de fomenter une révolution dans la société de son temps dont on sait qu’elle était résolument patriarcale. L’apôtre se trouve en face de jeunes communautés chrétiennes immergées dans cet environnement païen. Il fallait en urgence trouver des solutions éthiques qui correspondent à une existence menée « par respect pour le Christ », mais compte tenu du contexte contemporain.
    Or, si l’on y regarde de plus près, les conseils -et même les ordres- donnés par le célibataire Paul manifestent, de fait, une nouveauté très courageuse, voire subversive.
    Première audace, très théologique : le couple marié est situé d’emblée dans l’expérience d’un grand « mystère », ce qui finira par constituer le cœur du sacrement de mariage. La référence ultime de la relation entre époux n’est rien moins que la relation du Christ avec son Eglise. Un beau et sacré défi à relever !
    Si le Christ est la tête de l’Eglise, l’époux peut se prévaloir d’une certaine autorité, et l’épouse doit se soumettre à quelque devoir de soumission. On peut y voir une certaine concession aux coutumes du temps. Mais la façon dont cette relation est décrite la fait exploser de l’intérieur par les exigences évangéliques. Paul insiste beaucoup plus sur les obligations du mari chrétien que sur les devoirs de sa femme.
    Faites le compte : le mari doit aimer sa femme comme son propre corps, il doit la nourrir et prendre soin d’elle, en faisant tout pour la sauver, jusqu’à se sacrifier pour elle. Pourquoi ? Un époux chrétien doit être comme un « autre Christ » avec sa femme, en imitant auprès d’elle et pour elle les qualités de l’amour de Jésus pour son Eglise. Si ce n’est pas merveilleux…et très exigeant !
    Il reste, il est vrai, cette notion de soumission qui peut choquer dans notre mentalité actuelle. Relevons d’abord que, pour saint Paul, cette soumission doit être réciproque, et non pas unilatérale. Par ailleurs, elle est transfigurée par un amour à l’image de celui du Christ.
    Mais on ne peut ignorer que, dans l’histoire, cette injonction de soumission a provoqué bien des souffrances, jusqu’à certains esclavages plus ou moins enfouis dans la cohabitation conjugale, de la part d’hommes indignes qui sont allés jusqu’à trouver de telles mœurs normales, voire bénies. Il faut le déplorer. En ce sens, il y a quelque chose de chrétien dans la révolution MeToo qui lutte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression de la femme.
    Et puis, reconnaissons que la nouvelle morale du respect intégral promue par le Christ devrait transfigurer toutes nos relations humaines, et pas seulement celles qui concernent les rapports homme-femme dans l’intimité familiale.
    C’est dire que nous devons sans cesse réinterroger la qualité des interactions humaines dans les collaborations de ministères et de rencontres en Eglise. Le Christ n’est pas venu établir entre nous des hiérarchies pesantes, ni le cléricalisme autoritaire, ni l’obéissance aveugle. Il a fondé une fraternité universelle. Dans le contexte tyrannique de la société de son temps, qu’il n’a pas craint de dénoncer, il a répété qu’ « il ne doit pas en être ainsi parmi vous »…car « vous êtes tous frères »…et sœurs évidemment ! (Cf Mt 23,5-12).
    Les différences de compétences, de charismes et de services ne doivent être prétexte à aucune supériorité arrogante les uns sur les autres, rappelle le même saint Paul dans la même épître aux Ephésiens, parce que « nous formons un seul Corps dans un même Esprit… puisqu’un seul Dieu et Père de tous règne sur tous, agit par tous et demeure en tous. » (Ep 4,4-6).
    C’est beau, une Eglise de fraternité. Ce serait encore plus beau si elle l’était vraiment.
    Amen ! Ainsi soit-il !

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