Comment réinventer Compesières

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Compesières, c’est une image d’Epinal, un château du XVIe, une église de 1830, une école 1900, une ferme agrandie en 1930. Le site se meurt lentement. Sa mort va s’accélérer avec le projet saugrenue de la Mairie de construire la  nouvelle école à 300 mètres du site historique, faute d’avoir trouvé un architecte capable de bâtir une école du XXIe siècle au coeur de ce curieux hameau (à défaut de la construire, là où habitent deux tiers des habitants)…

La ferme, elle, est désaffectée depuis plus de 30 ans. Le pouvoir politique municipal, qui siège dans le château, voit chaque année ses compétences rognées par le Canton. Et l’école, elle n’est plus en rénovation et peine à prendre le virage des technologies de l’information.

Compesières, c’est encore l’église Saint Sylvestre. Elle se meurt aussi. 

Pourquoi se meurt-elle ici? N’est-elle pas promise à l’éternité? 

Sans doute. Encore que localement bien des églises sont tombées en ruines, faute d’y accueillir des pratiquants, chassés par les aléas, la misère, abandonnée par manque de foi, faute de prêtres, faute d’élargir la prêtrise aux femmes et aux époux, et aujourd’hui, ici, parce que son message ne s’incarne plus assez dans des témoins, parce qu’elles semblent ne plus servir à grand chose.

Certes, la croyance au paradis, aux lendemains qui chantent demeure. C’est ici et maintenant qu’il faut le bâtir, à coup de manifestations et de grèves. L’enfer n’est plus un châtiment futur, c’est pour beaucoup une réalité ici et maintenant. Quant aux souffrances et aux maladies, elles sont, dans les pays riches où l’on dépense plus pour la santé que pour l’alimentation, mieux prises en charge et traitées par les médecines et leurs pharmacopées que par la providence, ses prêtres et ses pasteurs. Enfin, l’Etat et les assurances ont tissé un filet de sécurité sociale, qui n’est certes pas sans failles ni sans faiblesses, mais qui a tout de même transformé profondément la parabole du bon samaritain. 

Il y a encore ceci: Jésus n’était ni architecte ni urbaniste ni maçon ni même roi. Il a certes confié à son ami Pierre la charge de bâtir son église. Croyant bien faire, l’apôtre et surtout ses successeurs ont dressé, comme les autres peuples, des temples et des cathédrales, multiplié les rites, les traditions, et les dogmes. Provoquant régulièrement des crises de foi, des règlements de compte, des excommunications et même des guerres. Sans parler des dérives privées. 

Lourd bilan. Heureusement, il y a les saints. Ils nous montrent une toute autre image de la religion. Ils sont à l’écoute des cœurs humains. Souvent dépouillés, chastes autant que possible, pas toujours obéissants, ils mettent en oeuvre parfois contre vents et marées l’ultime commandement du Christ: Aimez-vous les  uns les autres comme je vous ai aimé.

Les clochers comme les minarets et les ziggourats ne sont-ils que des marqueurs de pouvoirs et trop souvent des lieux d’embrigadement, d’oppression, d’emprise? 

Faudrait-il dès lors fermer l’église de Compesières? Et le temple de Saint-Pierre? Et consacrer les maigres ressources des églises locales à nos frères et soeurs humains en tout genre plutôt qu’aux pierres? Oui, mais nous n’en aurons pas le courage. Il faut bien es phares et des balises pour signaler les ports.

Et puis, il y a un patrimoine à préserver. Saint-Pierre est un marqueur de la cité de Genève. Comme le Vatican à Rome et Sainte-Sophie à Istanbul. Compesières aussi, témoin d’une civilisation bimillénaire. Entre les conservateurs sourcilleux du passé et la nostalgie d’un monde perdu, tout concourt à préserver ces témoins.

Et les rituels que les générations passées nous ont légués ne valent-ils plus rien? L’adieu à un être cher, à un ami à une personnalité remplit encore les temples. La prière et la louange, un décentrement, des antidotes aux tentations prométhéennes. 

Le défi, car d’en est un, c’est de réinventer la transmission de la bonne nouvelle, d’allumer des feux de joie, de retrouver le bon sens, le sens du serviteur… 

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A propos de la ferme de Compesières, sa désaffection est aussi symbolique. Plus aucun bâtiment agricole ancien n’est adapté au mode de production actuelle, sauf à vouloir créer un Ballenberg au pied du Salève et se contenter de jardiner son lopin de terre dans la douce utopie des urbains laqués, effrayés par le monde et la condition humaine, qui ne sont ni l’un ni l’autre un long fleuve tranquille.

Ouvrons les yeux, l’agriculture est dans les serres de Perly et de Troinex. L’agriculture est dans les vastes pâturages, où porcs, bovins, ovins trouvent leur milieu naturel. L’agriculture est dans des fermes à 100, 200, 500 1000 vaches laitières, issues du sperme de taureaux mondialisés, bichonnées comme des championnes qu’elles sont… L’agriculture est dans les fermes à insectes telles celles d’Ynsect en France… L’agriculture, c’est encore la maîtrise de la lumière, des riz et des blés augmentés comme l’est désormais l’être humain à qui l’on greffe des valves de porc (voir le dernier 36,9 sur la RTS)… L’agriculture innovante entre dans l’ère des robots et des machines apprenantes, des nouvelles plantes, des aliments protéinés sans viande animale… 

 

 

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