«Comportement bah ouais» et poubelles genevoises

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«Comportement bah ouais /J’ai dit comportement bah ouais /J’suis dans mon comportement bah ouais.» Je ne connaissant cette chanson qui a lancé en 2017 la nouvelle vedette française, Aya Nakamura, jusqu’à la lecture d’un papier ce matin dans Libération dans lequel Guillaume Lachenal rappelle que les injonctions répétées en boucle sur les gestes barrières, la distance social et le port du masque sont des vœux pieux, certes nécessaires, mais insuffisantes dans certaines circonstances pour endiguer et vaincre le virus.

La preuve à Genève, où la magistrate chargée de la plus noble des tâches, celle de la salubrité publique, annonce dans la Tribune qu’elle va installer plus de poubelles, doubler les tournées de voirie aux endroits stratégiques pour que la ville soit propre durant cette longue fin de semaine, vestige d’une tradition, où jadis les chrétiens, alors très majoritaires, s’interrogeaient sur la mort du Christ et se réjouissait de sa résurrection. Joyeuses Pâques! 

La fête identitaire est de plus plus d’une génération noyées dans le chocolat, le sucre et la transhumance mécanique, quoique la pandémie, cette année encore, limite les escapades hors de la ville. 

Guillaume Lachenal fonde son constat sur une étude épidémiologique lancée en Afrique au temps du sida pour comprendre pourquoi la maladie virale frappait si différemment quatre villes à première vue semblables. « Il a été démontré, écrit l’historien des sciences, depuis que l’épidémie de VIH chez les Africains-Américains aux Etats-Unis ou les migrants en France n’est pas liée à un déficit d’éducation ou à une indéracinable indiscipline, mais à la structure même des réseaux socio-sexuels, façonnés par la précarité, la ségrégation raciale et la criminalisation des populations. Avoir un comportement à changer, c’est un luxe de la classe moyenne blanche. La leçon est en fait très banale : depuis le XIXe siècle, la santé publique doit sa réussite aux égouts, aux normes d’aération, à la médecine de travail, aux congés maladie, à l’échange de seringues, au Subutex, aux antirétroviraux, beaucoup plus qu’au catéchisme comportementaliste. Il serait bon de s’en souvenir en temps de Covid-19. »

Bref, le bon comportement ne naît pas d’une autodiscipline gagnée à coup de slogans moralisateurs mais avant tout du fait que la collectivité offre assez de poubelles souvent relevées pour avaler les emballages de nos salades, poissons panés et chips. Les soirs des Fêtes de Genève, disparues comme le Salon de l’auto, en raison du virus (les reverra-t-on?), étaient depuis des lustres le théâtre de l’incurie de la ville à offrir assez de poubelles, lesquelles dégueulaient généreusement sur le  macadam.

Sur la plage des Eaux-Vives - magnifique espace au point qu’on se demande pourquoi Genève ait dû attendre si longtemps pour en disposer et pourquoi on n’a pas encore entamer des travaux pour prolonger le parc Mont-Repos en face par une semblable domaine balnéaire. Sur la plage des Eaux-Vives donc, la Municipale en charge de la noble tâche de la salubrité publique a fait inscrire le 11e commandement: (transcription libre) En repartant, n’oublie pas ta serviette, ton mioche, ton chien, ta tête... et tes déchets.  (Encore le chien ne doit pas être admis). Deux centres de tri à chaque bout. Est-ce assez de  poubelles et de cendriers?

Plus près de chez moi, aux abords des terrains de football et du mini skate-Park de Bardonnex entre Charrot et Compesières, nous avons observé un rouleau de papier toilette abandonné dans l’herbe long du chemin. Une maman attentionnée sans doute a dû le laisser là l’objet pour le prochain besoin pressant des gamins qui s’en donnent à coeur joie. Il y a bien des sanitaires dans le bâtiment du club de foot de l’autre côté du terrain À, mais sont-ils ouverts à la population? Aucun panneau ne signale ce dispositif de salubrité publique. 

Peut-être ma commune devrait-elle installer des toilettes ambulantes comme nous en avons vu ici et là et même tout près du monument national au Jardin anglais. Où d’ailleurs on trouve aussi un centre de tri des déchets dotés de conteneurs posés en surface et camouflés par une haie. 

Ah, encore ceci: pour bien comprendre comportement bah ouais, il faut lire le dernier paragraphe de la chronique de Lachenal: « Car «comportement» est un mot foireux, qui avait presque disparu de la langue française au début du XXe siècle, avant que l’engouement pour la psychologie «béhavioriste» ne contamine le langage courant. Son étymologie, du verbe comportare, renvoie à l’idée de «porter ensemble», de réunir : on devrait dire, en bon latin, que le métro comporte les passagers. Ou dit autrement, que nous sommes toujours plusieurs, et un peu prisonniers, dans nos comportements. Aya avait tout juste. »

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