L'évêque Morerod ne manque pas de culot

morerod charles.jpg"S’il y a un évêque qui n’a pas la langue dans sa poche, c’est Mgr Charles Morerod, en charge de Fribourg, Vaud et Genève..." Jacques Pilet consacre son édito publié dans Bon pour la tête ce vendredi aux propos du prélat dans la NZZ du dimanche 13 décembre, propos répercutés par cath.ch, puis - toute vérité n'étant pas bonne à dire, celle-ci a blessé - quelque peu édulcorés dans un communiqué à l'adresse des agents pastoraux.  Sa langue qui n'est pas de bois a redit que, tout compte fait, 170 prêtres devraient suffire amplement dans son diocèse contre les 345 actuels.

Mieux vaut - on fait bien des kilomètres pour aller dans les centres commerciaux -  des cérémonies bien achalandées que des messes qui ne rassemblent qu'une poignée de fidèles taiseux. Je confirme. Les messes de Saint-Julien-en Genevois ou de Notre Dame de Genève sont plus motivantes. Certes, le Christ a bien dit qu'il est présent au milieu de ceux qui se réunissent en son nom, comme le constate le blogueur théologien et député socialiste Sylvain Thévoz, mais il n'a pas dit qu'un prêtre doit nécessairement être présent.

L'affaire n'est pas vraiment nouvelle. On m'a passé il y a peu un texte de Jean-Luc Lecat, actif dans la paroisse expérimentale Les Halles-Beaubourg, qui s'énerve de ces messes "omni-rigides" (ici et ). C'est que le vieillissement du clergé ici - et des fidèles aussi - et le remplacement des partants par des prêtres étrangers - faute de pouvoir compter sur des femmes ou des hommes mariés* - place chaque année davantage l'institution ecclésiale devant des choix drastiques, au niveau diocésain comme au niveau des paroisses. Le Jésuite suisse jean-Blaise Fellay avoue son inquiétude dans une interview publiée le 18 décembre dans Le Temps: «L’Eglise connaît un véritable effondrement».

En Suisse romande, plus d'un clerc sur deux est étranger. En outre, relève l'évêque, tous les Polonais, Africains ou Vietnamiens, qui débarquent et se mettent à notre service, manquent à leurs églises et ne réussissent pas tous, loin s'en faut, à s'intégrer dans un peuple catholique forgé à la démocratie directe et à l’œcuménisme. Je ne peux que confirmer ce constat.

Bref comme n'importe quelle entreprise, l'église doit adapter ses structures à ses moyens et au nombre toujours déclinant des catholiques. La dernière publication de StatistiqueSuisse éclaire la situation de manière crue.

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Certes, le nombre ne fait pas la qualité. On se rassure comme on peut. Chacun sait bien que les forces vives fondent comme neige au soleil ou s'éprouvent dans un fondamentalisme - et pas que chez les évangélistes - qui n'appelle pas forcément des lendemains qui chantent.

Dans notre région, la fusion de l'Unité pastorale Salève (Compesières, Troinex, Veyrier) dans l'Unité pastorale Carouge Acacias est faite. Sans bruit ni contestation. Le curé Gilbert Perritaz, flanqué d'un prêtre guinéen, est seul à la barre. Covid oblige, ils vont multiplier les messes en ce temps de la Nativité

Et après. Et demain? C'est à nous de prendre sa place aujourd'hui..., dit la chanson

Par quoi on commence? On ferme ou on vend les églises jugées surnuméraires? Une telle annonce serait la suite logique de la langue bien pendues de l'évêque. Non? On pourrait aussi transformer la messe. Ce ne sont pas les initiatives qui manquent. Mais elles se heurtent toutes au poids des habitudes, au poids du clergé, au poids du magistère. 

Ce matin sur France 2, l'archevêque de Paris célébrait les 1600 ans de la naissance de sainte Geneviève, patronne de la capitale de la France. Il a rappelé que Dieu avait choisi Marie, une femme, pour y demeurer jusqu'à sa naissance.

Ce nouveau né a dit, à la veille de sa mort, que son corps supplicié, le temple de Dieu, sera rebâti en trois jours. C'est ce en quoi l'on croit. Pourtant les cathédrales, les églises, les monastères, les icônes, les ermitages, l'art sacré restent des témoins formidables. Mais un peu vide de sens et de vie malgré (ou peut-être à cause de) leur valeur.

 

* Le mariage des prêtres est un problème sérieux mais n'est pas la solution à voir l'évolution des églises réformées, atteintes comme l'église catholique d'une sérieuse panne de vocations.

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