Baroud d'honneur des constituants genevois

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François Longchamp, l'homme qui ne voulait plus être conseiller d'Etat, fut le premier président durable de la République et canton de Genève durant 4 ans et demi de décembre 2013 au 1er juin 2019, grâce au vote majoritaire des 80 constituants qui, copiant la Constitution vaudoise mais en fait séduits par le modèle rhénan de Bâle-Ville, ont instauré, pour la durée de la législature portée à 5 ans, la présidence du gouvernement genevois - un budget de 8,5 milliards de francs quand celui d'Auvergne-Rhône-Alpes ne dépasse pas 4 milliards d'euros. 

François Longchamp crut bon de se tailler un département présidentiel sans autre poids que celui de la Genève internationale (dirigée par Berne et par les grandes puissances), le Grand Genève mais sans ambition ni moyens et les communes où il s'est enlisé dans une illisible politique de désenchevêtrement des tâches, sans oser toucher à ce qui fait le scandale: la fiscalité et la péréquation. Pour le reste il a passé son temps à cornaquer ses collègues, tous des bleus sauf Maudet. 

Au printemps 2019, à l'issue d'une brillante élection (le premier conseiller d'Etat de l'histoire récente à être rééelu avec plus de 50% des suffrages), Maudet a naturellement eu l'honneur de succéder à son collègue PLR à la présidence durable du gouvernement, faute pour la gauche genevoise - contrairement à celle du Pays de Vaud voisin - de préparer dans ses rangs de véritables hommes et femmes d'Etat.

Maudet conserva la Police et l'Economie, ce qui obligea le Conseil d'Etat à remodeler une fois de plus la géographie des départements (ce qui prend du temps, est pénalisant pour le nouveau venu, le falot socialiste Apothéloz, pour qui personne ne veut se boucher pour lui donner un bureau et une chaise et fait le beurre de l'administration et de ses réseaux de copinage).

Quand la sombre et toujours pas jugée affaire Maudet éclata et que l'ex-candidat au Conseil fédéral, volontiers donneur de leçon, fut convaincu de mensonge, la présidence passa à son ami Antonio Hodgers. Qui n'en voulait pas. Car c'est bien lui qui a convaincu ses collègues de revenir à l'ancien régime, soit à la présidente tournante. Le covid a reporté la votation de mai en septembre contraignant Hodgers à présider une année de plus. 

Ce 27 septembre donc, les Genevois dans l'indifférence générale vont donc gommer un article de la Constitution de 2012. Dans l'indifférence presque car je viens de lire dans Le Temps une tribune signée par 21 anciens constituants qui tentent un dernier baroud pour sauver leur oeuvre de la déconfiture totale. 

Sous le titre "Non à un retour en arrière hâtif, irréfléchi et injustifié",  les 21 rappellent les raisons d'une présidence durable: 

La présidence fixe du Conseil d’Etat a été pensée pour deux raisons principales, qui gardent toute leur valeur. La première est de s’assurer qu’au sein du collège une personne a expressément la charge de veiller à la cohérence de l’action gouvernementale, ce qui n’empêche évidemment pas les autres ministres d’avoir ce souci à cœur. Diluer cette tâche revient à la nier. Genève a trop souffert de la départementalisation à outrance et de la désunion de son gouvernement pour se priver de cet outil. Celui-ci n’a pas d’effet miracle, mais il est incontestablement utile, comme l’exemple vaudois, qui a fait ses preuves, le démontre bien.

La deuxième raison est de renforcer le poids de Genève dans l’espace transfrontalier. (...) 

Sur le fond, ces constituants ont raison. Genève est doté d'un gouvernement de cohabitation et non de coalition comme on le trouve davantage dans les autres cantons et au Conseil fédéral où les postures idéologiques sont moins prégnants qu'au bout du lac. Sauf que les Constituants n'ont pas réussi l'essentiel: doter le présidence d'un poids supérieur à la fois institutionnel et démocratique en faisant élire le collège gouvernemental par le peuple sur des listes bloquées d'une part et en autorisant le vote de confiance du parlement d'autre part. 

Ces réformes étaient un saut dans le vide du génie helvétique que la Constituante n'a pas osé franchir. 

Quand à la gouvernance bâloise, elle est intéressante parce qu'elle cumule pour le président du Conseil d'Etat la fonction de maire de la ville. Sur ce point aussi, les Constituants ont lamentablement failli. Genève conserve ses 45 communes dont la Ville de Genève qui a elle seule pèse en budget autant que toutes les autres alors qu'elle n’héberge que 40% de la population du canton. 

Il y aurait tant à dire. 

A l'époque, je m'étais passionné pour l'aventure au point de postuler pour en devenir le co-secrétaire général avec une journaliste amie qui fut, elle, sélectionnée. Dieu m'en a heureusement préservé. Je fourmillais alors d'idée pour tenter de populariser l'action de l'assemblée. L'exemple vaudois était encore frais. Il avait été exemplaire en bien des domaines. La Constituante vaudoise a été le creuset de nombreux politiciens actuels. On ne peut hélas pas en dire autant de la Constituante genevoise. Au début, j'ai suivi les travaux au travers d'un blog, La Gazette de la Constituante. Avant de m'en désintéresser comme la plupart des Genevois, me rendant à l'avis de quelques observateurs moins naïfs: on ne fait pas la révolution à froid. 

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