Le PDC et le Centre: die Mitte, pas das Zentrum

Die Mitte le centre pdc.jpgLe PDC suisse veut changer d'identité mais jure ses grands dieux qu'il ne changera pas de programme, que ce mot chrétien que nous ne saurions plus voir s'afficher dans nos rues à l'occasion des campagnes de votation, restera l'alpha et l'omega du parti mais que pour attraper les poissons il faut bien adapter les leurres à leur goût. Or bien des poissons, croit-on au PDC, se détournent du parti en raison justement de ce c. Changeons donc le sens du c, passons du c de chrétien au c de centre et le tour est jouer. 

En allemand, c'est une autre chanson.

Le c est bien présent dans CVP (christliche Volkspartei) mais il disparaît dans la nouvelle identité du parti qui devient m. pour die Mitte. M comme Migros, la concurrence va être rude. 

Et pourquoi pas Zentrun? 

zentrum logo.jpgParce que dans le monde germanique Zentrum a une histoire politique. Ce fut le nom du parti des catholiques allemands quand le chancelier radical Bismark, créateur de l'Allemagne, était au pouvoir. Zentrum est resté actif sous la république de Weimar, jusqu'à la prise de pouvoir par Hitler.

En 1870*, les catholiques étaient partagés entre leur participation au jeu de la démocratie naissante et leur fidélité à Rome, qui voyait dans la démocratie une dérive folle et même diabolique. L'émancipation des citoyens allaient forcément un jour donner des idées aux cathos qui se mettraient à critique les clercs et la structure pyramidale du pouvoir romain. Bref une réforme qui ne dirait pas son nom et verrait les catholiques adopter la posture des protestants celle d'une relation directe, immédiate, entre le croyant et Dieu. L'enfer quoi aux yeux du pape d'alors et de ses affidés.

Zentrum n'est donc pas une identité politique possible pour le PDC suisse allemand, d'autant moins qu'il veut justement effacer le fait historique que le c ne signifie pas seulement chrétien mais aussi catholique.  -Va donc pour Die Mitte. Mais alors pourquoi pas Centro en italien mais Alleanza del centro? Ma culture politique est prise en défaut. Et die Mitte, le Milieu est la même identité que le Centre ou l'Alliance du centre? L'avenir le dira si la nouvelle dénomination est adoptée par la majorité des 80'000 Helvètes encartés au PDC.

Le marketing, nous explique-t-on donc, est la seule raison de ce nouveau baptême. Certes le ghetto catholique commence à devenir étroit pour un parti qui veut peser sur la politique nationale et assurer sa présence au Conseil fédéral. Le changement est aussi un prérequis politique pour cette alliance du centre, où le PBD, le PEV, voire les Verts libéraux pourraient pourraient trouver un nid commun. Espérons qu'il n'y aura pas de coucou dans la volière. 

La piètre gestion des prêtres pédophiles par les évêques et Rome n'est sans doute pas étrangère à cette prise de distance. Même les bons catholiques y ont perdu leur latin. 

Mais pus profondément, c'est le rapport à Dieu et forcément à ses églises qui a changé. La pratique religieuse se transforme. Les temples et les églises ne sont plus fréquentés que par une infime minorité de nos contemporains. Qui cependant sont en panne de religion. OR que voit-on se réaliser sous nos yeux? De nouvelles processions, celles des écologistes que la peur de mourir dans l'enfer du réchauffement climatique jettent sur les routes. Cette nouvelle religion a ses grands prêtres, ses dogmes, bientôt son inquisition. 

Dieu rit.  Dès lors que son parti l'abandonne, le voilà à nouveau universel dans toutes les chapelles.

 

NB: Note complétée à 22h

* Précision, les catholiques ont bien évolué entre 1870 et 1930. Ma première rédaction était en effet ambiguë, comme me le fait remarquer un commentateur attentif que je remercie.

PS: Sur le même sujet on lira la note de Pascal Décaillet: Le PDC nous prédit le passé. Justement pas mon cher Pascal.  

 

Commentaires

  • Il me semble que lors de la montée en puissance d'Hitler, les protestants allemands votaient majoritairement pour le parti nazi, tandis que les catholiques votaient pour le Zentrum. Ce qui n'était pas comme vous le présentez, un acte de rebellion contre les clercs, mais un refus du socialisme-national du NDSAP.

  • Affirmer qu'au XIXe siècle, "Rome voyait dans la démocratie une dérive folle et même diabolique" c'est aller vite en besogne. C'est oublier la doctrine sociale de l'Eglise catholique. Le pape Léon XIII dans son encyclique « Au milieu des sollicitudes », demandait aux catholiques français de se rallier à la République. Il est vrai que l'ensemble des catholiques n'a pas pour autant suivi la recommandation du pape. Si celui avait cherché à "diaboliser" la république comme vous semblez le suggérer, pensez-vous qu'il se serait abstenu de le faire savoir à ses fidèles?

  • Le problème avec le PDC n'est pas le nom qu'il se donne Mais bien l'absence de colonne vertébrale idéologique. C'est un parti opportuniste depuis toujours ou presque qui a su régulièrement faire élire ses candidats aux exécutifs avec l'aide de la gauche mais dont les scores électoraux aux parlements, précisément à cause de cet opportunisme, n'ont cessé de se dégrader depuis des décennies.
    Pour inverser cette tendance il ne suffira pas au PDC de modifier son nom. C'est d'un véritable programme politique et de cohérence idéologique dont il a besoin.

  • Le milieu, c'est le banditisme!

    Parti Progressiste du Centre, ça aurait été mieux, histoire de secouer un parti qui veut une nouvelle image plus en phase avec les futurs défis.

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