De quel bois fait-on une école à Compesières?

compesieres 4 projets.jpgEn bois, en béton, en verre, en fait peu importe le matériau, les cœurs des écoliers sont de chairs et leur esprit libre et créatif. La mode est à l'école en plein air. Mais ce mode libéral d’enseignement n'a pas été retenu par le monde politique à Bardonnex. Pas plus que l'enseignement à distance pourtant promis à un bel avenir en ces temps où le principe de précaution règne en maître.

La nouvelle école de Compesières (12 classes) - en gestation de puis 25 ans - sera en bois. C'est à peu près la seule chose qui fait l'unanimité. Pour le reste, l'exposition des 29 idées architecturales ce mercredi 2 septembre a laissé le public dans l'expectative. La parcelle imposée aux concurrents paraît exiguë. Sa forme triangulaire coincée en zone agricole entre la route cantonale de Cugny, assez roulante, et le chemin des Remparts est un défi supplémentaire. 

Et où s'arrêteront les automobiles des parents qui conduisent leurs progénitures? La question pragmatique est restée sans réponse. En fait, les présentations par la nouvelle maire et l'ancien, au titre de président du jury sont restés assez sommaires. Alain Walder, qui a géré la commune durant vingt-et-un an, s'est contenté d'un résumé historique et des remerciements d'usage. Pas un mot, pas une appréciation sur les projets sélectionnés ni sur le palmarès *.

pv municipal bardonnex gily.jpgUne anecdote toute de même, lors d'une visite, la Mairie est tombée amoureuse de l'école de Gilly dans le canton de Vaud (cliquer sur l'image pour lire ce qu'en dit le pv du municipal du 9 mai 2017).

Béatrice Guex-Crosier est restée également très vague sur les intentions de la communes. Serait-on à la veille d'une nouvelle réflexion stratégique? 

Car la question de la noria des voitures est loin d'être impertinente: le premier village est à 500 mètres et le plus peuplé, Croix-de-Rozon - deux habitants sur trois y habitent - est à presque deux kilomètres. N'importe quel habitant fraîchement débarqué ne peut d'ailleurs que ce poser la question: pourquoi construit-on la nouvelle école à cet endroit? Pourquoi allonge-t-on encore le chemin de l'école pour la grande majorité des élèves?

La réponse nécessite un peu d'histoire locale. Une histoire pas banale.

La parcelle des Rempart fut donnée à la paroisse de Compesières par la famille du cardinal Mermillod. On était à la fin du XIXe siècle au temps du Kulturkampf. Les catholiques de la commune de Bardonnex, dont l'église avait été fermée par le gouvernement radical, y construisirent un chapelle. Quand les tensions confessionnelles s'apaisèrent et que chacun eut mis un peu d'eau dans son vin, la chapelle fut utilisée comme salle communale de fortune puis loué à une entreprise cinématographique

Cent ans plus tard, faute d'avoir pu acquérir la ferme de Compesières qui tombait en ruine, la commune s'était résignée à construire sa salle communale à l'emplacement de la chapelle. Le terrain a appartenu à la paroisse catholique jusqu'en octobre 2019, date à laquelle la commune et la paroisse ont trouvé un accord pour désenchanter leurs propriétés à Compesières.

emplacement école de Bardonnex.jpgL'histoire se répète donc. C'est parce que la commune croit qu'il est impossible d'agrandir l'école actuelle sur le site de Compesières qu'elle s'est résolue, faute de mieux, et après avoir examiner deux autres solutions, à construire la nouvelle école en pleine campagne.


A lire sur l'école de Compesières: Ecole communale: Presinge, Pâquis, Compesières, Pourquoi je suis contre le plan de déclassement de Compesières, L'école genevoise: un dinosaure, une église, L'école d'Alain Walder, maire de Bardonnex, A Bardonnex, on vote. Mais pour quels projets?  Une tablette pour chaque élève. Investissons 10% de ce qu'on bétonne!  A Bardonnex, cinq questions pour un débat électoral


Les lecteurs de ce blog connaisse mon point de vue. L'évolution démographique de notre commune impose de construire l'école à La Croix-de-Rozon, dans le quadrant resté agricole à l'est du carrefour. ça sera l'occasion aussi d'offrir à la population de ce village des services publiques dignes de ce nom sans les obliger à prendre leur voiture. 

Les enfants du degré élémentaire pourront sans doute continuer d'aller à l'école de Compesières. 

Pour ce qui est de la ferme et du château, j'ai proposé d'y installer le musée des Suisses de l'étranger qui doit quitter le château de Penthes et d'étendre la vocation de centre culturel aux étrangers qui ont fait la Suisse. Un projet qui ne peut se réaliser que dans le cadre plus large du canton des communes voisines et de généreux mécènes. 

On pourrait même construire un bâtiment cubique si le besoin s'en faisait sentir, de quoi satisfaire les architectes qui ont empêcher depuis une génération la construction d'une école à l'emplacement de la ferme actuelle. Il faut leur laisser cette raison. Leur opposition au projet de l'architecte Bouvier, premier prix du concours, s'expliquait car le vieil architecte avait dessiné une sorte de pastiche de maison forte adossée au château de Compesières.

Or une observation rationnelle du site de Compesières montre que les quatre bâtiments emblématiques qui le composent sont tous des archétypes de leur siècle: le château, symbole de l'autorité politique, siège de la mairie, en fait une maison forte du XVe siècle, l'église, symbole du pouvoir divin, rehaussée en 1830, dont le volume est plus grand que celui du château, l'école de 1900, un pur produit de l'architecture républicaine, imposée ici sans souci d'intégration, elle affirme la suprématie de l'instruction publique, rationaliste sur la bonne nouvelle de Dieu, la ferme enfin - qui assure l'essentiel l'alimentation car ventre affamé n'a pas d'oreilles - ferme genevoise à l'origine, dont il reste peu de traces et qui doit son volume actuel au besoin d'une exploitation agricole économique.

Inscrire un cinquième bâtiment dans ce patchwork architectural ne peut se faire qu'en y inscrivant un bâtiment cubique, forme archétypale du temps présent. 

 

* 1er prix ex aequo No 18 A la croisée des chemins et No 21 Pastorale. 

 

 

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