Kanann empaille-t-il ses directeurs de musée?

museum de genve.jpgA moins d'être un génie doté d'un charisme et d'une énergie à toute épreuve, de savoir faire le buzz et, plus difficile, de conserver la confiance de celui qui vous a fait chef, il est dur d'être directeur dans la fonction publique. A Genève en particulier, où les lois, les règlements, les directives, les copinages protègent les fonctionnaires lambda de tout licenciement. Les places de travail ne manquent pas dans la fonction publiques, mais déplacer un agent qui ne ferait plus l'affaire ou qui n'a plus toute les compétences requises ou toute la confiance de sa hiérarchie est déjà perçu comme une tentative de mobbing susceptible d'un recours.

Cette semaine donc le directeur du Muséum de Genève a décidé de donner une nouvelle orientation à sa carrière. Le seul journaliste critique du canton, qui fréquente assidûment ce genre d'institution, ne s'y trompe pas. Mon confrère, l'excellent Etienne Dumont, résume la situation dans une note publiée le 13 juin dans Bilan

Qui est responsable de ce licenciement déguisé? Le magistrat réélu, qui est allé chercher Jacques Ayer à Jurassic Park pour redonner du souffle au Muséum de Genève? Sans doute, il ne lui a pas donner les moyens de moderniser une institution poussiéreuse ni n'a su réorienter son cahier des charges. Ainsi les activités qui ont trait à la recherche scientifiques devraient depuis longtemps passer sous la responsabilité de l'Université et se frotter à la concurrence académique. Le magistrat a ainsi doublement failli. Les conseillers municipaux n'ont pas fait leur travail de surveillance. Plutôt que de donner des moyens au musée, ils ont voté un crédit pour préserver les vases plein d'alcool conservant des spécimens dont personne ne connaît la réelle valeur patrimoniale. 

Quant au bâtiment de la route de Malagnou, "qui n’a pas bien vieilli", note dans un euphémisme Etienne Dumont, il accueille surtout des classes dont les élèves ne sont pas des visiteurs libres. Les compteurs de fréquentation sont donc pipés. Combien de conseillers muicipaux sont-ils entrés dans cette institution et ont visité d'autres musées analogues ici et là?

J'ai consacré deux notes à ce musée en mars 2019. M'étant mis en tête d'y mener mon petit-fils de 5 ans, j'en étais ressorti catastrophé. La première note intitulée "Le Muséum de Genève: lugubre, poussiéreux" avait été l'occasion d'une rencontre avec le directeur aujourd'hui déchu et d'une seconde note Le directeur veut dépoussiérer le Muséum. Tout était déjà visible à qui voulait voir. 

Cependant, notre système démocratique est hélas incapable de se réformer. A Genève du moins. 

On lira aussi cette note 36 millions pour des prunes (à l'alcool) et Genève a mal à ses musées.

 

Les commentaires sont fermés.