Des hôpitaux pleins de malades imaginaires?

HUG urgences nuit.JPGEvidemment ce titre va m'attirer les foudres de toutes parts. Le temps présent - traversés de peurs et de rumeurs - fourmillent d'imprécateurs et de croyants prêts à les suivre et à faire le ramdam (traduction de buzz) sur les réseaux sociaux.

Or donc, depuis deux mois, nos cliniques et nos hôpitaux sont vides ou presque - les HUG ont réalisé leur 1000e greffe du foie le 6 mai -, nos urgences clairsemées, les cabinets médicaux délaissés, hormis par les victimes du covid 19 évidemment. Et encore, bon nombre d'entre elles ont traversé l'épreuve, parfois longue, douloureuse et violente, à domicile. 

Mais où sont donc passés les malades? Fréquentant quotidiennement les HUG comme visiteur au chevet d'une patiente non virale, j'y croise à nouveau un peu plus de gens.

Saurons-nous jamais combien de malades ont renoncé à consulter? Combien ont succombé ou ont vu leur santé se dégrader en raison du principe de précaution, de la peur d'un virus, certes inconnu, certes contagieux, certes tueur (encore que ses victimes sont très spécifiques) et qui va se payer par plus de malheurs - chômage, faillite, pauvreté, inégalité, tensions politiques, redistribution des cartes entre firmes et puissances - qu'en aura provoqué la pandémie? (Je sais, c'est facile à dire, mais le masque - en passe sous la pression sociale de devenir obligatoire - n'a pas (encore) vocation de museler l'esprit critique).

Saurons-nous jamais parmi ces malades, qui pendant deux mois ont vécu avec leurs maux, leurs douleurs, leurs angoisses, qui n'ont fait ni la Une des journaux ni les applaudissements de 21h, combien ont perdu combien d'années de vie en bonne santé  (ou sans incapacité), selon la terminologie des sociologues? Combien au contraire se portent bien sans avoir sollicité le système de santé? Combien y a-t-il de malades qui s'ignorent? Et combien y a-t-il de malades imaginaires?

hug comptes 2018.jpgEt ce trou d'air dans le traitement des malades absents des structures de soins va-t-il révéler au final une baisse ou une hausse des dépenses de santé à la charge de l'assurance maladie et des cantons? Les coûts de la santé vont-ils exploser demande le 9 mai Serge Guertchakoff*, réd en chef de Bilan pour La Tribune de Genève?

Il y a quelques jours Le Temps se faisait l'écho des pertes financières "abyssales" des hôpitaux en raison de la baisse d'activités: une facture évaluée à 60 millions par le ministre genevois Poggia pour les HUG. Qui va payer? Question importante certes, mais 60 millions, c'est 3% des dépenses annuelles des HUG, une goutte d'eau. Le ministre a-t-il bien tout compté? (voir les derniers chiffres clés publiés)

Aurons-nous une vidéo des HUG pour répondre à ces questions? 

coronavirus worldometer 12 mai.jpgAurons-nous des tableaux de bord, comme ceux qui ont fleuri sur le Net et ont traqué, heure par heure, pays par pays, canton par canton - worldometer, corona-data.ch, ... - l'évolution des infectés, des testés, des morts?

D'autres questions? On lira sur le même sujet la dernière rédigée par l'écrivain Pierre Béguin dans son blog. 

 

* Mon confrère traque avec Bilanz et dresse le palmarès des 300 plus riches de Suisse. A combien se montent leur fortune cumulée, les revenus qu'ils en tirent et les impôts qu'ils paient? Pour parler comme la gauche ou Liza Mazzone, combien pourrions-nous tirer en plus au travers d'une coronatax (en écho au coronabonds)? 

Commentaires

  • Il est fort judicieux de présenter un tableau global de la fréquentation des hôpitaux.
    Vouloir se concentrer sur un diagnositc montre selon quels critères la médecine actuelle s'organise. Ainsi ce mode de procéder peut laisser de côté des malades qui mériteraient autant d'attention que ceux qui sont étiquetés Covid 19.
    Un tel déséquilibre se retrouve dans maintes situations sanitaires. A l'approche de l'hiver par exemple, on préconise la vaccination anti-grippale au lieu de faire un bilan des carences nutritionnelles et aitres facteurs renforçant l'état général. Une telle démarche préviendrait bien plus de maladies que l'acte de viser la grippe avec un produit unique et plus ou moins approximatif.

  • Les opérations non urgentes ont été reportées, c`est normal. L`essentiel est que l`on n`ait pas du libérer en urgence des lits pour cause d`afflux de C19. L`aurait-on fait d`ailleurs ? Probablement pas. Cela s`est fait pourtant dans un pays d`Europe Centrale (avec pourtant tres peu de gens infectés par le C19) ou environ quinze mille malades ont été renvoyés dans leurs foyers. Soyez heureux de vivre en Suisse.

  • Cette diatribe des chiffres relatifs aux dépenses et aux investissements de l'hôpital durant ces mois de confinement est un signe supplémentaire que notre société marche sur la tête.

    Le nombre de gens qui n'ont pas consulté reste vague ... sans parler du nombre de personnes qui sont tombées malades, montrant tous les symptômes du mystérieux virus, à qui par téléphone, on n'a même pas posé les bonnes questions, l'air de rien, et à qui on a simplement répondu qu'il fallait attendre tranquillement, qu'aucun test n'était possible, etc.

    On a la chance de jouir d'une grande médecine, qui rapporte aussi en termes économiques, de renommée, de carrières, d'innovations technologiques et cliniques. Un fleuron!

    Il faut arrêter en effet ces sornettes qui pèsent sur les gens telles une épée de Démoclès (comme s'ils devaient porter le chapeau de ce qu'ils n'ont pas fait.)

    Soyons juste contents de n'avoir pas dû à subir un confinement total à l'instar d'autres pays voisins!

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