Papa et le petit Corona, on frise le blasphème

paradis sur terre globe.jpgComme vous j'imagine, je n'échappe pas au partage de ces vidéos ou ces textes qui promettent la fin du monde ou le paradis sur terre.

Ici plus qu'ailleurs ou le loisir n'existe pas, l'humain confiné a le temps de réfléchir, de ruminer, de tourner en rond. Certain balance vite entre la collapsologie - la peur de la fin du monde est proche - et "Demain" du nom du film de Cyril Dion, qui a connu un joli succès, tout entier construit sur cette croyance naïve que le paradis est à portée de main. *

Ici, il y a heureusement aussi des gens qui bossent. Et plus que d'habitude. On parle beaucoup des soignants. Tous ne sont pas au front. Ceux qui le sont ont du mérite mais pas plus que les travailleurs agricoles, les policiers, les transporteurs, les postiers, les journalistes, les travailleurs de l'industrie alimentaire, les administrateurs, les politiciens, bref tous ceux qui permettent aux confinés mensualisés ou rentiers de vivre majoritairement plutôt bien. 

La vidéo qui tourne sur Youtube a été mis en ligne par un Français, Fred Zanghi. C'est une allégorie où l'on entend un papa niché dans le cloud qui décide d'envoyer sur terre son fils Corona. Le petit Corona ne comprend pas pourquoi son papa veut le faire naître en Chine où il va répandre la mort. Papa explique donc à Corona le rôle qu'il entend lui assigner: faire assez peur pour que les humains changent et créent enfin le paradis sur terre. 

C'est tellement niais que les chaussettes m'en tombent. On frôle le blasphème. Décidément, il n'y a pas que les odieux de Dieu qui déconnent.

Le récit de papa est soutenu par des images habilement agencées accentuant la séduction du nouvel évangile. Et le tout se termine par un catéchisme, où il est dit possible désormais de vivre, en bonne harmonie les uns avec les autres, sans exploiter la terre, sans les multinationales, sans la bourse et ses financiers, chacun vivant dans des maisons en terre bordées de gazon et de fleurs et lisant les journaux de bonnes nouvelles. Comme "Demain", le film, l'a fait croire aussi. 

L'utopiste oublie une petite chose. C'est que nous sommes 7,5 milliards sur terre et qu'on ajoute l'équivalent d'une Turquie par an sur la planète, ontologiquement jaloux, envieux, menteurs, égoïstes, à l'occasion violents, divisés en clans et en nations. Peu probable donc, même avec la meilleure volonté du monde ou la peur d'un virus, que nous puissions nous passer de l'agriculture moderne, des usines et des entreprises qui embauchent, des Etats qui gouvernent, des institutions qui assurent la cohésion internationale, des armées mêmes qui, à l'occasion, gendarment les excités, les idéologues, les rapaces. 

 

* La fin du monde a donné lieu à une série de papier publié sur le site d'information genevois Heidi.news il y a quelque temps et que j'ai reçu sous forme de brochure. On y raconte ces Suisses qui se préparent pour l'apocalypse nucléaire - la peur des 70 dernières années. En feuilletant l'ouvrage, on s'imagine soudain confiné façon taupe dans nos abris de protection civile. On en tire cette satisfaction que le confinement présent est somme toute bien léger. Et que si demain ne sera pas comme tantôt, rien ne sera détruit, aucune infrastructure actuellement au repos n'est en péril. 

Commentaires

  • 08h30 10 avril 2020
    Bouleverser le comportement individuel et collectif face au péril, c’est naturel – la question est ce qu’il en restera ensuite

    Par Jean-Pierre Ghelfi
    Je pense que Jean Pierre Ghelfi dans son blog pose les bonnes questions, et il faudra bien, lorsque nous reprendrons gentiment le chemin du déconfinement, nous poser des questions quant à nos comportements et notre façon de gérer notre société.
    Cet arrêt, imprévu et momentané, dans nos vies, nous permet, chacun pour soi, de trouver des réponses.

  • Si j`ai bien saisi, vous dites que l`humanité est trop nombreuse pour vivre autrement qu`en détruisant la vie et empoisonnant du meme coup la sienne. Vous négligez le fait que la plus grande partie des activités industrielles a pour but non de produire des aliments mais des objets et des services inaccessibles a la plus grande partie de l`humanité. Voitures personnelles, toutes sortes d`objets et de vetements jetables, soins médicaux pour des maladies dues a un mode de vie suicidaire (trop manger, pas assez bouger, air pollué respirer, etc...), etc... Si la minorité des humains ne peut renoncer a tout ce fatras, c`est bien plutot par la grace du marketing et de l`ignorance que par une nécessité incontournable, ne croyez-vous pas ?

  • Désolé de vous contredire quelque peu, mais :
    "la collapsologie - la peur de la fin du monde est proche "
    Non, pas la fin du monde. De l'humanité...
    Et le plus important : cette épidémie est clairement un signe avant-coureur de la trilogie "guerres, famines, épidémies" qui guette les espèces qui ont trop de succès. Les dinosaures, les ammonites en même temps mais personne n'en parle, et nous qui proliférons encore bien mieux que ces espèces-là...
    Les accidents d'avion ? Ils arrivent quand deux pannes arrivent l'une sur l'autre. Peu de pilotes maîtrisent cette situation...
    Je pense que vous voyez ce que je veux dire.

  • J’ai le souvenir et la nostalgie d’une enfance vécue entourée de peu d’objets mais de beaucoup d’attention et du nécessaire : de la bonne nourriture faite maison, deux paires de chaussures l’an autant de robes... des jouets pas tous les ans, etc. Finalement je n’avais pas besoin de plus... Arrêtons de consommer n’importe comment. L’histoire du petit Corona qui nait en Asie ne me fait pas rêver ni les villes que je vois là-bas, rien ne me fait envie de ces mégapoles inhumaines. Peut-être que je devine pourquoi le petit Corona devait naître là-bas.

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