A Bardonnex, on vote. Mais pour quels projets?

Creffield Frey.jpgL'adjoint PLR sortant, Conrad Creffield, ou l'ancien conseiller municipal de Bardonnex Alternative et ancien député socialiste, Christian Frey, lequel sera le second adjoint de la maire Béatrice Guex-Crosier, élue tacitement, et de son premier adjoint, Daniel Fischer, qui a franchi la barre des 50% le 15 mars dernier? La pandémie rend le choix bien futile. Pourtant la démocratie est essentielle. C'est un peu comme la santé, c'est quand on la perd, qu'on en mesure le prix. 

La logique voudrait que Christian Frey l'emporte. Pour Olivier Emery, ancien conseiller municipal PDC Entente communale, il n'y a pas photo. 


Lire aussi: Le retour de Bardonnex Alternative avec les résultats nominatifs détaillés


Bardonnex Alternative a gagné six sièges, au détriment du PDC, mais Christian est sorti avant-dernier. Le PLR a perdu un siège et Conrad Creffield est arrivé bon dernier. La démocratie serait-elle ingrate? Les électeurs PDC Entente, dont les dirigeants n'ont cessé de casser du sucre sur le dos de l'adjoint radical, vont-ils voter Frey?

J'espère qu'ils se souviendront que le génie helvétique consiste en politique à distribuer les responsabilités exécutives entre les principaux partis y compris les partis d'avis opposés.

Au-delà des hommes, examinons les programmes. Il faut ici bien constater que le programme ou les promesses du candidat PLR - "Les pieds sur terre, le soleil en tête" - sont plus substantielles que celles du candidat BA, dont le recto du tract électoral est.. vierge (comme la forêt). Sage stratégie? Et coup double: il évite les promesses qui fâchent et la langue de bois. Un coup d'oeil sur le site de BA nous en dit heureusement un peu plus.

Précisons à ce stade que les communes genevoises n'ont pratiquement plus de compétences et encore moins de pouvoirs. C'est une spécialité genevoise. D'où cette tendance à valoriser la moindre action comme si elle allait modifier l'axe de la terre. Dans les autres cantons, les communes pèsent jusqu'à 50% des dépenses publiques des collectivités publiques cantons et communes additionnés. A Genève, c'est 18% pour les communes.

Chez nous, les compétences municipales se limitent véritablement à la culture et aux sports, deux tâches qui se résument pour l'essentiel à la mise à disposition d'infrastructures et au soutien financier des associations. Toutes les autres tâches publiques, sécurité, santé, formation, social, environnement, mobilité, affaires étrangères dépendent du canton et de la Confédération ou sont strictement encadrées par eux.

A noter encore qu'en mai 2019, les Genevois ont plébiscité le transfert au canton de la coordination des politiques culturelles communales. Leur marge de manœuvre devrait donc encore se réduire. Quant aux grands équipements sportifs (stade, patinoire, piscine), les communes ont depuis longtemps montré leur incapacité de travailler de concert ou à se reposer sur la plus grande d'entre elles, la ville de Genève. 

Quelle école communale?

La grande question qui devrait occuper les nouveaux élus de Bardonnex est la construction d'une nouvelle école communale. Bizarrement aucun parti politique n'a fait campagne sur ce projet. Sans doute parce qu'il s'agit d'un serpent de mer qui remonte au milieu des années 90, quand un concours d'architectes, réalisé en bonne et due forme, fut sabordé pour une petite erreur de procédure, précipitant la commune dans une longue errance.

Trop confiante dans les autorités cantonales qui avaient promis de procéder au classement de Compesières (alors en zone agricole) en zone affectée à des bâtiments publics, la Maire d'alors avait entamé les démarches en vue de démolir la ferme de Compesières et d'y construire la nouvelle école. Un quarteron d'architectes, déçu que le jury n'ait pas primé une école cubique, jura alors qu'eux-vivants, le projet ne se ferait pas. (Voir ici et là)

Résultat: un million de francs d'études passé par pertes et profits. Et vingt ans de tergiversations pour trouver le lieu idéal où implanter la nouvelle école: au sud du giratoire de Compesières, à Charrot, sur la salle communale. C'est finalement ce dernier emplacement qui tient la corde aujourd'hui, emplacement que la Mairie des années 90 avait écarté, considérant avec le DIP - on était alors en pleine pédagogie de la rénovation, qui prônait l'autonomie des élèves, le décloisonnement des classes - difficile le maintien de deux sites scolaires (l'école de 1900 et la nouvelle école) distants de 300 mètres. Et la commune n'avait pas encore racheté le terrain de la salle communale.

La rénovation de l'école est désormais de l'histoire ancienne. Chacun est rentré dans sa classe. Et voilà que, coronavirus  oblige, l'école se fait à la maison, sous diverses formes qu'on invente à la va-vite, faute d'avoir su à Genève implanter la formation assistée par ordinateur et smartphone dans le cursus normal des élèves. La crise actuelle aura-t-elle des effets durables sur la manière d'acquérir des connaissances, des compétences, de connaître ses devoirs et ses droits de citoyen? Dans ce cas l'école (primaire en l'occurrence mais la question se pose pour tous les âges), comprise comme système de gardiennage, de socialisation et d'apprentissage, doit-elle être pensée autrement?

J'attends avec beaucoup d'intérêt, avant de glisser mon vote dans l'enveloppe, de connaître l'avis de notre socialiste Frey et du radical Creffield, leur parti respectif ayant toujours fait cause commune au sujet de l'école, estimant que la République devait arracher les enfants à l'emprise de leurs parents, des prêtres et des pasteurs pour en faire des travailleurs et citoyens libérés des chaînes de la religion. 

A ce propos, Émilien Grivel m'a rappelé tantôt l'histoire de son grand-père, Jules Balthazar, radical bon teint, qui fut nommé régent principal de Compesières en 1901 contre l'avis unanime du Conseil municipal d'alors. On était alors au lendemain du Kulturkampf et il fallait faire savoir aux gens d'ici qui commandait dans le Canton. 

La nouvelle école de Compesières sera donc construite à l'emplacement de la salle communale de Compesières. Que la moitié - et d'ici la fin de la législature 60% - de la population de la commune habite La Crois-de-Rozon, à 1,5 km, ne semble pas avoir effleuré nos élus. Qu'en pensent les Verts, si attachés à la proximité? Ne devrait-on pas construire l'école à La Croix-de-Rozon ou comme je l'ai suggéré dans une récente note, conserver l'école de Compesières et construire une deuxième école à Rozon, en y intégrant, dans le cadre d'un accord du Grand Genève, l'accueil d'une, deux ou trois classes d'élèves frontaliers? (Lire aussi ici)

Quel avenir pour le site de Compesières?

La construction de l'école à l'emplacement de la salle communale (projet qui ne semble susciter aucune opposition) pose la question de l'avenir du site historique de Compesières. La question paraît si délicate qu'aucun des trois partis n'en parle dans son programme électoral. 

Bardonnex Alternative évoque bien l'idée de reconstruire une ferme modèle à vocation pédagogique, mais on ne voit pas pourquoi la commune de Bardonnex devrait s'investir dans pareil puits sans fond. Le PDC est muet sur la question. Quant au PLR, il estime, sans doute sagement, que 1) la ferme n'est pas une priorité et que 2) s'il faut démolir l'auberge communale pour construire la nouvelle école, il ne faudrait pas reconstruire d'auberge, ce qui était le plan du maire sortant qui avait présenté un projet de 30 millions à cet effet. 

J'ai pour ma part une autre ambition pour Compesières. Dès lors que la nouvelle école sera construite que fera-t-on de l'école de 1900. Va-t-on la démolir comme l'ont suggéré quelques architectes, histoire d'enlever cette verrue urbaine dans le site de Compesières? Et que faire de la ferme?

Mon projet (qui n'est sans doute pas sans défaut) tient en quelques mots: faire de Compesières un centre culturel et cultuel d'intérêt cantonal voire national.

L'école 1900 est dévolue à l'administration communale (tant qu'elle demeure) 

La commanderie devient un centre interactif des Suisses de l'étranger (actuellement hébergé au château de Penthes) et des étrangers qui ont fait la Suisse (à créer)

Le ferme devient une maison pour artiste en résidence en lien avec le CISE

Le hangar conserve sa vocation d'espace de fête

L'église - dont l'orgue fait l'objet d'un projet avancé de reconstruction par l'association des Musicales de Compesières - s'ouvre aux cérémonies et rites de passage de diverses religions et laïcs et à des manifestations culturelles.

Le tout est géré par une fondation ou par une association. 

 

D'autres choses sur le programme de législature? A suivre si le temps le permet...

 

 

 

Les commentaires sont fermés.