Les journalistes comme les paysans?

il est né le divin enfant.jpgSonnez hautbois, résonnez musettes...! Non ce n'est pas l'annonce de cette bonne nouvelle fêtée depuis l'an 336 par les chrétiens et dont notre monde marchand fait son beurre bien au-delà de ce mystère qui défie la raison, qui indiffère beaucoup, que nombre de raisonnants raisonnables rejettent, que d'autres combattent ou veulent confiner au domaine privé. Bref, Dieu s'est fait homme et pas n'importe lequel: le tout puissant est un pauvre, sans toit, fuyant le pouvoir, brûlant d'un seul et ardent désir - que les hommes s'aiment - fondant de ce fait la liberté, la justice, le respect des petits et la solidarité des grands.

Non, la bonne nouvelle claironnée ces jours par le réd en chef de Heidi.news, le journal en ligne genevois né ce printemps, c'est que sa jeune rédaction a soufflé sous le nez du Club suisse de la presse de Genève le mandat de faire avec des fonds publics du journalisme constructif, du journalisme de solutions *.

"Geneva Solutions, offre éditoriale digitale, a été retenue comme la meilleure des propositions soumises en réponse à l’appel à projets lancé par la Confédération, le canton et la Ville de Genève pour créer une plateforme journalistique sur le travail des organisations qui fournissent des services publics à l'échelle mondiale depuis Genève", indique le communiqué officiel du Département de M. Cassis.

Un joli défi pour Heidi. Dont les premiers émois éditoriaux sont restés prudemment confinés dans les sujets (les flux) santé et sciences. Certes, la rédaction s'est lancée dans quelques autres défis (les explorations) - des WC pour tout le monde au fromage de l'Etivaz, entre autres. Elle promet de monter en puissance si le public suit et veut bien participer au crowdfunding. Au fait, puis-je vous recommander le crowdfunding de Wikipedia? Sa branche suisse a besoin de nous pour durer. Les raisons de donner ne manquent pas, plusieurs sites s'en sont fait une spécialité. Même la Raiffeisen manage le sien

Mais revenons aux moutons et aux bergers de la crèche. Ils ont été les premiers à connaître la bonne nouvelle qui fit la chrétienté. Des anges les ont informés, avant que trois savants guidés par une étoile, pressé d'assouvir leur curiosité, vinrent, dit l'histoire sainte, offrir l'or, l'encens et la myrrhe au nouveau-né, avant de repartir sans citer leurs sources au roi séant, affidé des Romains. 

Les journalistes sont-ils des anges? Les journaux des bonnes nouvelles n'ont jamais prospéré. Le journalisme constructif ou de solutions est une mode qui doit permettre aux médias professionnelles de se démarquer des news souvent fake ou tronquée ou orientée ou en jolivées qui fleurissent sur les réseaux sociaux, captent plus que de raison notre attention et participent de la distraction qui n'a rien à envier au "circenses" des Romains.

Quant au "panem", c'est justement l'affaire des paysans. Hier comme aujourd'hui, il faut tenir la nourriture bon marché pour éviter les émeutes de la plèbe. Hier comme aujourd'hui, ce sont généralement les paysans qui font les frais de ces politiques. Au risque de me répéter, je rappelle que les Suisses dépensent 7% de la richesse nationale pour s'alimenter et 12% pour se soigner. 

Comment faire de la bonne information** et du bon pain sans aide publique? That is the question. Il est à craindre que les fonds publics servent dans la presse comme dans l'agriculture à, dans ce second domaine, davantage protéger la nature qu'à nourrir les gens et à prescrire aux paysans comment ils doivent faire leur métier sans jamais assumer les risques qui sont les leurs. 

 

NOUVELLE FORMULATION DE CETTE NOTE LE 25 DECEMBRE A 8h30:

* Le journalisme constructif ou de solutions ou responsable - le "journalisme de connivence et de communication" me glisse une mauvaise langue - est-il très différent du B A BA du métier? (On se référera à ce sujet au Guide pratique du Conseil suisse de la presse, publié en 2011 par Peter Studer et Martin Künzi "Repères pour un journalisme responsable", disponible en ligne ici.) Pas sûr. 

La nuit portant conseil - surtout celle de Noël - l'évidence met apparu (tardivement): En fait, Geneva Solutions, n'est sans doute rien de plus que la fabrication d'une revue bien léchée, faite par des journalistes et non des communicants, ce qui lui donnera cette patine de crédibilité, mais qui néanmoins évitera soigneusement les sujets qui fâchent et endiguera cette foultitude d'opposants, ONG ou non, qui titillent parfois les missions installées à Genève et les Etats qu'elles représentent ou ces pensées de traverse qui osent mettre en doute la pensée unique. Voyez le réchauffement climatique, les démocraties illibérales, les droits de l'homme, l'énergie nucléaire, etc.

Bien avant Heidi.news, Largeur.com de Gabriel Sigrist et Pierre Grosjean publie depuis 1999 plusieurs magazines dont Swissquote ou encore Planète Santé de Bertrand Kiefer, qui réalise Pulsations des HUG et de très nombreux partenariats. Dans la même veine, Léman Bleu produit de nombreuses émissions parrainées qui ne diffusent que la voix de leurs maîtres.

Rien à voir avec l'information politique et générale diffusée par les médias "traditionnels". Mais un souci constant néanmoins de qualité et d'exigence et, dans le cas de Planète Santé, une labellisation - Health on the Net,  un projet lancé en 1996, par le professeur Jean-Raoul Scherrer, et sous l'impulsion de l'ancien conseiller d'Etat de Genève Guy-Olivier Segond. De quoi inspirer les journaux classiques?

 

Commentaires

  • "En fait, Geneva Solutions, n'est sans doute rien de plus etc..." D`accord avec vous mais cela n`en est pas moins du journalisme, non ? Du journalisme spécialisé avec la possibilité de traiter plus a fond le sujet mais aussi la limite du public intéressé. Le journalisme spécialisé peut etre le futur du journalisme, que cette spécialisation soit au niveau des themes ou de la zone géopolitique couverte.

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