Le Jeûne fédéral et la fin de l'humanisme

IMG_3279.PNGJ'ai regardé un peu par hasard et quelques minutes le film Elysium, une science-fiction où les élites se sont réfugiées sur une île artificielle, une énorme station spatiale en forme de roue dont la rotation assure à ses heureux habitants un succédané d'attraction.

De la terre surpeuplée, vaste bidonville dont les usines tout droit sorties de l'âge de la vapeur fabriquent les robots qui tiennent les foules en respect, on voit ce paradis. Des boites à bronzer installées dans des biotechnocliniques arborées y remettent sur pied en un rien de temps les humains malades, cassés ou simplement vieux. Les terriens rêvent évidemment d'accéder à ce "paradis". On y monte avec des véhicules spatiaux genre 4x4 à réaction qui auraient un million de kilomètres au compteur et que le gouvernement central tire à vue comme des lapins.

Je ne pensais pas, en ce matin du Jeûne fédéral, apprendre que ce meilleur des mondes est le monde qui nous attend parce que nous vivrions la fin de l'humanisme, cette foi en l'être humain et au libre arbitre si cher aux lumières et aux libéraux, qui cependant se meurt sous nos yeux.

Ce sombre avenir sort de la plume d'un historien israélien en vogue,rapporte The Economist dans sa section Books & Arts. Yuval Noah Harari (son site) prédit l'avènement d'Homo Deus (c'est le titre de son nouvel ouvrage). Homo Deus, c'est l'homme d’aujourd’hui, qui est sur le point de maîtriser toutes les maladies et de détenir les clés de sa naissance et de sa mort.

Harari, nous dit l'hebdomadaire anglais (un des rares à tirer son épingle du jeu de la nouvelle économie dominée par le Net et les réseaux sociaux), avait crevé les compteurs de l'édition en 2011 avec Sapiens, un bouquin qui revisite 70'000 d'histoire humain où dieu, unique ou multiple, n'est forcément qu'une invention confortable permettant d'expliquer la vie qui va ou ne va pas, de la sienne au cosmos.

Evidemment, et c'est la clé, seule une minorité d'homines dei accédera au paradis terrestre presqu'éternel. Les autres auront abandonné leur libre arbitre aux machines qui grâce au deep learning et à l'intelligence artificielle vont les conduire n'importe où les yeux fermés, en voiture, en avion, en train, en bus, en bateau, en chaise roulante; sans pilote et plus sûrement que si ces engins étaient pilotés par des hommes, dont la fiabilité n'est pas absolue et qui ont même des tendance suicidaire meurtrière.

Il en ira, soyez-en sûr, de même des robots médecins, des robots bâtisseurs et fabricants, des robots journalistes, des robots artistes qui reproduiront toutes les œuvres d'art à si méprendre en 2 ou en 3D, des robots paysans... En attendant que la bioingénierie fabrique nos aliments directement par génération de cellules. Et bien sûr des robots mamans qui régleront les questions éthique des mères porteuses.

On souhaite aux croyants un bon JeÛne fédéral, en cette journée où les Suisses, qui invoquent encore un Dieu tout puissant dans leur Constitution, remercient la providence (faut-il l'écrire avec un grand D) qui leur a été si profitable jusqu'a présent.

Commentaires

  • "L'imperfection fait partie de la perfection de la création à laquelle elle donne le mouvement."
    H. Jenni 11 juin 1929 - 21 décembre 2008

  • C'est le mot qui est encombrant, pas la notion qui indique une perfection vers laquelle on tend. D'ailleurs les juifs ne le prononcent pas.
    Oui, Rushdie va peut-être un peu plus vite que la musique. Car aujourd'hui, nombre de savants et autres chercheurs scientifiques de pointe deviennent croyant. Plus on découvre, plus le champ s'élargit.
    Il faut être sérieusement culotté pour se prétendre athée mais j'aime assez la notion mystique à la source de tous les courants qui nous considère comme un être incomplet, duel et en quête de son intégrité perdue.
    "Ego, mythe commode, qui fait de nous des hommes où nous étions Un-Dieu,
    Il faudra bien un jour en te disant adieu, rejoindre l'éternité qui déjà nous habite."
    H. Jenni Décembre 1989 (Sempiternam)

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