Les économistes sont des météorologues qui voudraient faire le beau temps

thune 5 fr.jpgLe franc fort, un bien ou un mal? Le franc fort mépuré la force et la résilience de l'économie suisse et le souci de quelques étrangers fortunés de protéger (relativement) leurs biens. Il est la préoccupation des Suisses depuis longtemps (les consommateurs s'en plaignent moins que les travailleurs et encore moins que les exportateurs). La plainte est récurrente depuis que la Banque nationale, sous la pression de la planche à billets europenne (assouplissement quantitatif ou quantitative easing si vous préférez, dans ce monde qui ne comprend que l'anglais - et encore), que la BNS donc s'est trouvée contrainte de s'y mettre aussi, tout en laissant à nouveau flotter le francs qu'elle avait arrimé à l'euro depuis 2011, au taux de 1 fr 20.

Du jour au lendemain, on s'en souvient, les acheteurs de biens et de services suisses virent leurs factures flamber de 20% et plus, mais assez vite moins en raison des efforts consentis par les entreprises et leurs travailleurs (efforts dont la fonction publique a été peu ou pas solidaires). Depuis, le franc fort est devenu la rengaine plaintive des exportateurs (plus d'un francs sur trois est gagné grâce aux marchés, une vérité qu'on ne rappelle jamais assez dans ce pays volontiers xénophobe).

"Le franc fort", c'est aussi le dernier opuscule de l'économiste PLR vaudois Jean-Christian Lambelet. 

"Le franc fort", c'est l'histoire, à grands traits, du francs et de la BNS, des taux de change à parité de pouvoir d'achat (l'indice Big Mac, une farce pour les exportateurs), de la supposée sur- ou, moins fréquente, sous-évaluation du franc, du pactole que la BNS détient (73'000 francs par habitant - une paille! le Canton de Geneve dépense 26'000 fr par an et par habitant - pactole que des politiciens peu avisés - selon Lambelet - voudraient s'approprier), du taux de change réel du franc suisse (que Lambelet calcule au plus près, ce qui est la principale contribution du livre), des taux négatifs (dans quel siècle vit-on?!) et de la gouvernance de l'institut d'émission nationale, que, en termes très, très, très feutrés (on est entre soi), Lambelet critique pour ne pas être assez activement faiseuse de beau temps économique et pour, accessoirement, ne pas s'entourer de quelques économistes de haut vol assez indépendant pour jouer le rôle des fous du roi. Le tout rédigés en dix semaines à la fin de 2015, est farci de bonnes formules et de graphiques, concoctés par l'académicien presque octogénaire, dont on se dit qu'il aurait bien voulu en être, soit du triumvira qui dirige la BNS, tel Zeus l'Olympe, soit de sa cellule conseil.

Dans son bouquin, achevé au début de cette année et publié chez Slatkine, Lambelet s'attendait à une recrudescence du chômage en 2016, conséquence alors attendue par la plupart des économistes de l'abandon du taux fixe franc-euro.

En cet été 2016, le chômage reste faible, tandis qu'à Genève, le nombre des permis frontaliers (sans les Suisses qui se sont délocalisés en France voisine faute d'avoir trouvé un logement abordable ici) a franchi la barre des 100'000.

L’économie, comme la météorologie et la climatologie est une science complexe voire hasardeuse, dès lors qu'elle prétend se conjuguer au futur.

 

A lire aussi, l'interview de Lambelet dans le Temps du 23 mars et une critique du bouquin par JP Roth (interviewé par Lambelet). L'ancien membre du directoire de la BNS conteste poliment les conclusions de son collègue: "Le franc est fort, c’est une réalité durement ressentie par notre économie, mais la réalité politique sous-jacente n’est pas un manque d’action de notre Banque nationale, c’est la faiblesse de l’euro recherchée par la politique de la BCE, une situation face à laquelle nous sommes désarmés comme nous l’étions face aux dévaluations du passé."

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