Brouet

Deux millions, trois, quatre millions, des Français, des Européens, quelques Américains, aucun Chinois. Des premiers ministres et des présidents par dizaines, dont quelques-uns qui piétinent les droits de l'homme au pied, des millions de téléspectateurs aussi, dont moi. Nous voilà tous prêts pour un Patriot Act à l'européenne. Et avec les applaudissement du public.

J'ai regardé d'un oeil la TV et d'un autre le fil Facebook et Twitter. Aussitôt la différence m'a sauté aux yeux. Je ne vois pas le même événement. Du côté de la télé, le ton est à l’empathie avec les gens. Exceptionnel, historique est l'événement. Belle unité nationale. La communion entre le mass-média et le public est totale. Aucune interactivité. Le téléspectateur est captif, voit ce qu'on lui montre. C'est spontané. Encadré. Digne. Chaleureux. Impressionnant!

Sur les réseaux sociaux, la diversité s'exprime. Les opinions s'échangent. les débats s'enchaînent. Et surtout des informations retweetées  glacent. Comme cette nouvelle tuerie au nord du Nigeria perpétrée par Boko Haram. Ou ce blogueur, Raif Badawi, qui a reçu, samedi, les 50 premiers des mille coups de fouet auxquels un tribunal d'Arabie Saoudite l'a condamné parce qu'il avait eu l'audace d'évoquer les droits de l'homme et aurait donc de ce fait "insulté l'islam".

http://www.lesinrocks.com/2015/01/10/actualite/boko-haram-detruit-16-villages-et-fait-2000-morts-au-nigeria-11545330/

Une belle gueule ce Raif Badawi, tel que le donne à voir le magazine Numerama. Je capture son visage en même temps qu'une autre image, une pub qui montre une fille qui a presque le même regard. Troublant.

Dans le flux incessant des posts mis en ligne, je capte quelques textes qui montre combien le web est bien plus riche que le brouet cathodique:

Cette lettre ouverte au monde musulman d'Abdenmour Bidar publié sur le Huffington Post Québec

Ces questions que Jean-Claude Péclet publie sur son blog Béquilles, en complément de l'article publié par Le Matin Dimanche.

Ce furieux débat que Grégoire Barbey lance su Facebook en regrettant que les frères Kouachi ne soient pas jugés.

Ces vomissements de quelques rescapés de Charlie, comme Luz, qui sont mal à l'aise avec l'idée de devenir un symbole alors que leur vie durant ils n'ont cessé de casser les symboles. Et c'est réponse du blogueur genevois John Goetelen.

Ces mots de Marek Haltères dans une interview au Temps dans laquelle il plaide le retour d'un enseignement non seulement du fait religieux mais des valeurs qu'elles portent: "Il y a trente ans, nous nous battions pour envoyer, en mer de Chine, des navires secourir les boat people vietnamiens échappés des griffes d’une idéologie, le communisme. Aujourd’hui, des migrants meurent tous les jours en Méditerranée et notre conscience collective s’y est presque résolue." 

http://app.letemps.ch/Page/Uuid/d592bd20-9836-11e4-a324-342caa6c994c/Dieu_est_de_retour_et_cela_complique_tout

Et encore cet article du Monde Diplomatique de 2007 sur ce la limite de ce que l'on peut ou ne peut pas publier. Où l'on découvre que rien n'est vraiment nouveau sous le soleil. 

http://www.monde-diplomatique.fr/2007/04/CALLAMARD/14603

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