Du lait genevois... Qui est le dindon?

Buvez local! Les vignerons genevois ont transformé l'essai et donné du corps au slogan de l'autarcie et de l'authenticité, les deux mamelles de la bienpensance actuelle. Leur blanc qui était juste bon naguère, à quelques notables exceptions près, à couper le vin valaisan et le vaudois ou à être servi en décis sans étiquette, s'impose depuis un ou deux lustres sur la table des meilleurs restaurants du cru. 

L'autre nectar de la nature, qui vous bâtit un Suisse aux bras noueux et aux tibias d'acier, va désormais afficher ses origines. Enfin les Genevois vont pouvoir boire du lait genevois. Rien de bien révolutionnaire. Depuis quelques années déjà, une brique familiale de 3 litres  est commercialisée dans les commerces spécialisés sous le label GRTA. Ira-t-on demain en pèlerinage sous le pis des vaches comme on va aujourd'hui s'abreuver au guillon des caves ouvertes? 

Peut-être, qui sait! Encore que le lait fait sa valeur dans le fromage comme le raisin dans le vin et que le fromager plus encore que l'encaveur est devenu une industrie quand ce n'est pas une multinationale qui n'a plus grand chose a voir avec l'agriculture. Pour les plan quadriennaux que ficèle Berne depuis la chute du mur de Berlin pour rendre nos campagnes eurocompatibles ont plutôt réduit le cheptel cantonal laitier.

Aujourd'hui, a rappelé un autre article de la Tribune publié ces jours, seuls quatre ou cinq cowboys livrent du lait aux Laiteries Réunies. Sur deux cents éleveurs installés en Pays de Vaud et en France voisine, c'est peu. mais cela montre qu'en matière laitière le Grand Genève existe depuis longtemps.

Ce qu'on ne dit pas c'est que ces producteurs ne suffisent de loin pas à satisfaire la soif laitière des Genevois. Et que l'UHT qu'on nous sert vient d'autres régions de Suisse.

Tentons un un petit calcul. La statistique dit que le Suisse moyen boit bon mal an 65 litres de lait par an , presque dix fois plus que le Chinois moyen (400 litres si on tient compte le fromage, le beurre, etc.). Ce qui fait qu'il faudrait produire grosso modo 33 millions de litres rien que pour étancher la soif laitière des Genevois. Partant du fait qu'une vache de plaine bien traitée livre sans peine 8000 litres de lait par an, on en déduit que le canton devrait héberger 4125 ruminants femelles de pointe, toutes entières dédiées à la production exclusive de lait. Genève ne compte pas plus de 900 bovins, dont des bœufs à viande et des vaches qui passent leur vie au pré à allaiter leur veau sans être jamais traites.

La belle affaire me direz-vous! Ce qui compte c'est le marketing, l'image. En effet, celle d'Heidi sur son alpage, du jar et du bouvier bernois dans leur ferme. Rien à voir avec la réalité de l'agriculture.

Et puis, on peut faire un même calcul et rechercher de combien le canton est trop plein de... financiers, traders. Des métiers qui sy entendent en matière de vaches à lait.. Que l'Etat traie plus ou moins bien et en fait des fromages où les souris dansent

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