Do you speak hinglish?

Le Satabdi Express qui relie Puri à Calcutta est parti à l'heure de la ville sainte et touristique. Puri draine des centaines de milliers de pèlerins au Jagannath Temple dédié à trois dieux de la parenté de Vishnou, dont les grands yeux sont à la région ce que le jet d'eau est à Genève.

Sur la cote de la mer du Bengale, une immense plage de sable fin se perd à l'horizon, dans les embruns de la houle qui s'y brise en creusant des baïnes. À perte de vue vers l'est et vers l'ouest. Un long chapelet d'hôtels et de gesthouses de toutes catégories accueille des touristes indiens et quelques Occidentaux égarés. Dommage, car l'Orissa est sans doute un État à découvrir. Et Puri une ville attachante. Un bon nageur profitera de la mer et les amoureux de l'Inde s'émerveilleront devant le temple du soleil monté sur roues de Kornak et d'une vie qui a déjà les accents du sud. La langue odya qui a sa propre écriture s'entend un peu comme le malalayam du Kerala et les crêpes de pois chiche y sont aussi croustillantes.

Les cocotiers ébouriffés cachent des villages dispersés au milieu des rizières asséchées qu'on commence à peine à remettre en culture. Une manifestation d'employers mécontents d'être maintenus dans un statut précaire par le nouveau concessionnaire chargé de la distribution et de la facturation de l'electricité nous vaut d'emprunter des chemins de traverse pour relier Puri au zoo de Bubaneswar. La route bétonnée, à peine plus large qu'une voiture, suit la crête d'un rehaussement de terrain, ce qui permet de circuler pendant la mousson, mais rend les croisements périlleux en toutes saisons.

Les habitants balancent entre les routines de la tradition et la modernité. L'une qu'on qualifierait facilement mais à tort de paradisiaque est est marquée par des gestes et comportements ancestraux: battage à la main du riz, dont on tire les gerbes conservées dans des tas dressés en forme de huttes rectangulaires ou rondes, royaume du peuple des rats et des vermines, corvées diverses, comme le séchage des bouses qu'on jettera dans le foyer de la cuisine ou qu'on vendra une demi-roupie pièce ou à l'occasion que l'on additionnera de papier mâché pour en faire une statue peinte en vue de la prochaines fête votive. L'autre mode de vie, qui séduit a priori moins le touriste en mal de clichés pittoresques: la pollution endémique, la présence de quelques tracteurs et de l'électricité.

7 heures 05. Le train arrive en gare de Bubaneswar. "Veg or non veg", demande un employé aux passagers à peine installé. Le petit-déjeuner est servi tiède dans des barquettes en alu. Un autre distribue un quotidien en anglais The New Indian Express. Peu d'Indiens pratiquent couramment l'anglais.

Dans The Statesman de cette semaine, un professeur expatrié aux Pays-Bas commente la proposition d'un député national, lequel souhaite que la parlement indien s'inspire du parlement européen et accepte le principe que chaque élu puisse s'exprimer dans sa langue et que des interprètes traduisent dans les autres langues de l'Union. L'Inde compte deux langues officielles l'hindi et l'anglais, 16 langues nationales dont le Tamoul qui est resté presque inchangé depuis plus de 2000 ans et près de deux mille autres langues et idiomes.

L'ingénieur fait un pas de plus et se demande s'il est bien nécessaire de généraliser l'apprentissage de l'anglais, ce qui est le mantra de la classe moyenne. Certes cette langue est incontournable sur le plan international et scientifiques, mais, demande le professeur, ne vaudrait-il pas mieux renforcer l'acquisition des matières dans sa langue maternelle qui pâtit du temps passer à ânonner un anglais basique et terminer sa formation avec un niveau général moyen. Revaloriser les langues de l'Union indienne et les cultures dont elles sont le vecteurs et la fierté des élites de les parler - la plupart des langues comptent plusieurs dizaines de millions de locuteurs - est un défi autant culturel que social. Un débat qui n'est pas sans évoquer la question des langues en Suisse.

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