Rama voit la vie en rose pour ses enfants

Rama C. voit l'avenir en rose. Ses fils auront des opportunités. Ils ne seront pas fonctionnaires comme lui. Ils seront juristes, médecins, ingénieurs, commerciaux. Entre nous, le mensuel Frontline fait sa premiere page sur le récent succès de la fusée indienne qui a placé le 5 janvier dernier un satellite de communication de près de deux tonnes sur une orbite géostationnaire grâce à un dernier étage cryogénique "indigienisé" - dix-sept pages spéciales sur l'aventure spatiale indienne, issue de la coopération avec la Russie. Bien loin des slums et des taudis des centres-villes et des pujas qui font de si jolies photos. Une Inde que les touristes ne connaissent pas. Pas plus que les joutes politiques qui décident, dans cette démocratie géante que le petit Suisse a peine à comprendre, des majorités parlementaires à Delhi et dans les trente États de l'Union.

Frontline est ouvert à la page 29. Sous le titre "Fuzzy start", Un départ en fanfare, la photo du nouvel homme fort de Delhi, Arwind Kejriwal, un arriviste pour les uns, un populiste, possible premier ministre dans 10 ou 15 ans pour les autres. C'est l'avis de notre compagnon de voyage.

Comme le commerçant de Khajuraho, le fonctionnaire de Rairangpur espère que le jeune tribun du parti Aam Aadmi réduira la corruption endémique qui permet à des minorités parfois des mafias de s'accrocher comme des sangsues aux jambes des centaines de millions de travailleurs de ce pays. En attendant, estime Rama, l'alternance que propose le leader du BJP vaudra mieux que la poursuite de la dynastie Gandhi dont le dernier rejeton, Rahul, est décrit comme un dandy prépubère.

Mais le vieux Congrès n'a sans doute pas dit son dernier mot. Après l'octroi gratuit de trois bonbonnes de gaz de plus par an à chaque famille, le gouvernement sortant promet d'augmenter le salaire des fonctionnaires nationaux dès 2016. Comme en Suisse, comme en France, comme en Allemagne, aucun parti ne ici peut gouverner seul. Des mouvements, bien implantés dans certains États, peuvent faire la différence. Comme le MCG à Genève.

À qui la nouvelle star de la politique indienne va-t-elle vendre, aujourd'hui ou demain, ses électeurs et à quel prix? Telle est sans doute la clé qui ouvrira la porte au prochain premier ministre de l'Union en mai prochain. Rahul tarde à se déclarer. Il ne souhaite sans doute pas être trop associé à la défaite annoncée de son camps. Sur les affiches géantes, il apparaît toutefois en premier, en noir et blanc, avec une barbe de deux jours, un parfait intello qui ne peut évidemment pas faire campagne contre la corruption dont son parti est comme les autres un des profiteurs.

"Aucun parti ne peut mener campagne sans l'argent sale", note Rajinder, un éditorialiste vétéran qui a longuement enquêté et publié sur le scandale de l'achat des hélicoptère Agusta à l'Italie. Dans le journal The Statesmann du 7 février, il remet la compresse et peur savoir qui est cet éminent politicien dont le nom reste caché, il désigne nommément Sonia Ganddhi. (www.rajinderpuri.worldpress.com)

En matière de promesses électoralistes, Kejriwal a vite appris. A peine élu à Delhi, où il ne dispose plus que d'une majorité de 36 sieges sur 70 députés, il a promis de livrer gratuitement 20,000 litres d'eau potable par mois aux familles de la ville et de taxer le précieux liquide pour chaque litre consommé dès que la consommation dépasse cette limite, une manière de faire supporter aux riches la facture de cette opération socialo-électorale.

Delhi ne manque pas d'eau, note le mensuel The Frontliner, elle en consomme même plus par habitant que Paris ou Amsterdam. Le problème tiendrait à l'administration chargée de gérer le système, notoirement corrompue et inefficace, aux pertes et aux pollutions dues à la vetusté des canalisations.

En matière en corruption, l'Hindustan Times du 4 février rapporte qu'un fonctionnaire de Varnasi, chargé de contrôlé les écoles privées à été tué, vendredi, devant sa porte, sous les yeux de son fils, par deux tireurs à motos. Un fait divers, note le grand quotidien indien, sans doute à mettre en lien avec la mafia de Ghazipur qui octroie de faux certificats d'étude ou d'enseignement contre pots de vin.

Deux autres fléaux frappent l'Inde: les castes et les tensions communautaires, principalement entre hindous et musulmans. Le massacre de 97 musulmans en 2002, dans lequel le prétendant au poste de premier ministre Narendra Modi serait impliqué bien que blanchi par deux commissions, et l'opération anti terroriste, conduite par Indira Gandhi, contre les occupants du temps sikh d'Amristar en 1984 sont un des éléments de la campagne électorale en cours.

Selon The Indian Express, que j'achète 5 roupies, avec un café servi dans un gobelet en carton pour 7,5 roupies, les violences communautaires ont augmentées de 30% en 2013, faisant 133 morts et 2269 blessés. Ces chiffres sont à mettre en rapport avec la population de ce pays, presque trois fois plus peuplé que l'Europe. Pas sûr que notre continent, s'il possédait une presse à sa dimension, n'afficherait pas des statistiques semblables.

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