Les feuilles d'or de Sarnath et la sébillle des mendiants

À Khajuraho, village de quelque 7000 habitants, des statues suggestives attirent la foule des touristes. Des investisseurs ont donc construit un aéroport. Une seconde aérogare tout en verre sera inaugurée l'an prochain. L'avion met ces temples de l'an 1000 à une petite heure d'Agra ou de Varanasi. Pour rejoindre cette ville sainte, vieille de 4000 ans et grosse aujourd'hui de plus d'un millions d'âmes, à son aéroport, dont la nouvelle aérogare porte le nom de l'enfant du pays, un premier ministre de l'Inde libérée du joug anglais, dont plus personne en Occident ne se souvient du nom tant les Nehru et autre Gandhi sont omniprésents, il faut plus d'une heure de route.

On emprunte la même route chaotique et encombrée pour rejoindre Sarnath, où Bouddha commença sa prédication. L'hindou dit à ses cinq premiers moines, il y a 2500 ans environ, un sermon, qui est pour les bouddhistes ce qu'est pour les chrétiens le sermon de Jésus sur la montagne ou pour les Juifs la table des Dix Commandements ou encore les premiers versets du Coran pour les musulmans.

C'est sous un arbre que le Bouddha donna son enseignement dans un jardin dit des gazelles. À cet emplacement, un empereur fit dresser un stupa géant, une colonne de briques de 9 mètres de diamètre et d'une septantaine de mètres de haut, recouverte de pierre sculptée. D'autres empereurs musulmans se servir du site comme d'une carrière... Comme le firent bien d'autres ailleurs. Il ne reste de la colonne qu'un tiers environ de ce qui ressemble à un monstrueux linguam de Shiva.

En bien moins grand nombre que les musulmans à la Mecque, des bouddhistes en font le tour en psalmodiant des versets. À la fin de leur prière, les moines safran et les pèlerins blancs sortent de leur sac de minuscules bouts de papier, qu'ils appliquent sur les pierres, défiant l'interdiction inscrite sur un panneau voisin, une feuille d'or reste collée sur le monument ainsi orné de milliers de petits points brillants. À deux pas, derrière les grilles qui enclosent le parc archéologique, des mendiants font sonner leur sébille. Un moine se détache du groupe et leur donne à chacun un billet de 10 roupies.

À l'extérieur du parc archéologique, l'itinéraire du pèlerin et du touriste passe par un musée où l'on expose des statues du bouddha, d'une fine sobriété, dans sa posture assise, l'index ou parfois le majeur de la main gauche formant un cercle avec le pouce, les autres doigts étant dressés, tandis que l'index de la main droite touche l'index de la main gauche et que l'auriculaire de la main repose sur la paume de la main gauche, les autres doigts étant refermés.

A l'entrée, trône une colonne représentant quatre lions, dos à dos, qui étaient surmontées à l'origine de la roue de la vie, le règle du Dharma. L'ensemble provient d'un sanctuaire que l'empereur Ashoka avait fait dresser où était un autre stoupa géant. La figure de la roue inscrite en bleue sur le drapeau indien, un emblème que l'on voit peu flotter, mais dont les couleurs safran, blanche et verte sont omniprésentes. La colonne au lion figure, elle, sur l'insigne de l'armée indienne, précise Wikipédia dans une note fouillée sur l'origine des couleurs et de la forme de l'emblème national.

Le blog de Mathieu Ricard http://www.matthieuricard.org/blog/posts/sarnath-le-lieu-du-premier-sermon-du-bouddha
Le drapeau indien http://fr.wikipedia.org/wiki/Drapeau_de_l'Index

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