• Veille de 14

    IMG_5086.JPGDerrière les boules rouges, scintillantes, suspendues contre la vitrine, gouttes de sang festives, la froidure de décembre, une enseigne verte de Rolex, deux mères Noël servent des latte macchiato, peu de monde dans ce bar proche de la poste du Mont-Blanc, dont le fronton énumère la liste des pays de l'Europe d'avant 1914. Sur un grand écran, défilent des mannequins sapés selon les canons de la mode 2013, le best of des créateurs mondialisés, que des photographes en jupettes roses shootent et mitraillent en cadence. Aussitôt, imagine-t-on, les caméras robotisées crachant leurs images sur les réseaux sans frontières. Ils sont tous beaux, smart, jeunes dans leur pyjamas bariolés.

    À quoi pensaient donc leurs lointains frères d'il y'a un siècle. Songeaient-ils que neuf mois plus tard, le temps d'une gestation, ils allaient, pire de que des bêtes ,s'entretuer et mourir, pire que des rats dans les tranchées et sur des champs de batailles. Cette pensée me hante. Comment peut-on pendant quatre longues années détruire la fine fleur des nations?

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  • Apartheid, murs, plafond de verre et autres frontières

    mur betlhem.jpgLa préférence de l'embauche en faveur des travailleurs locaux, que le Conseil d'Etat a réaffirmée lors de son discours de Saint Pierre *, est-elle un premier pas vers l'apartheid? La question est évidemment provocatrice, mais je ne la crois pas totalement dénuée de tout fondement après avoir lu l'article que François Brutsch, toujours sagace, a tagué dans son blog, Un Swissroll, ainsi que sur sa page Google +.

    Le texte de Thomas W. Hazlett, professeur de droit et d’économie à l’Université George Mason, est traduit et publié sur Contrepoints, un site libéral. Il s'intitule Genèse, évolution et fin de l’apartheid en Afrique du Sud.

    En deux mots, il rappelle que la ségrégation raciale fut d'abord la lutte des mineurs blancs, affiliés via leur syndicat à l'Internationale socialiste, contre des ouvriers noirs que des patrons blancs voulaient engager, à meilleur compte évidemment, mais qui dans cette longue histoire fit des ouvriers noirs, un temps, les alliés objectifs des patrons blancs. Tout comme, sous un autre angle, les Noirs furent, un temps, les alliés des colons néerlandais - les Boers - dans leur lutte contre les Anglais... Le monde est bien compliqué.

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  • PLR vaudois, PLR genevois: n'est pas Broulis qui veut!

    bouton de vote.jpgPetit rappel, le ministre des Finances vaudois a réduit en deux législatures la dette cantonale de près de 9 milliards à moins de un milliard de francs, sans compter quelques fonds ici et là qui font de Vaud un pays sans dette (j'en parle ici graphique à l'appui). C'est évidemment exagéré. Un certain endettement est parfaitement normal lorsque la population et l'économie croissent, ce qui est le cas de toute la métropole lémanique.

    Cela dit Broulis a conduit une politique anticyclique digne de Keynes, que la gauche genevoise adore citer quand ça va mal mais oublie aussitôt que ça va bien. Car, en réduisant la dette en période de vaches grasses - Vaud comme Genève ont engrangé des revenus fiscaux considérables et en forte augmentation depuis huit ans, mais aussi en transférant des charges sur les communes et en jouant le père la rigueur sur les autres dépenses - Broulis a donné les moyens aux finances vaudoises d'affronter une prochaine crise économique. Genève sera de ce point de vue fort dépourvue quand la bise se lèvera.

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  • La gouvernement genevois est il créationniste?

    Bible prestation serment 2013.jpgLe créationnisme vous connaissez? C'est une de ces modes américaines qui tombent régulièrement, comme le brouillard sur Genève en hiver, et encombrent les esprits et les médias le temps que la lux balaie les tenebras. Que reste-t-il des sorcières et des courges d'Halloween?

    La vogue du créationnisme - le fait de donner une valeur scientifique au récit de la création du monde tel qu'il figure dans la Bible - a été moins visible que la déferlante des citrouilles et son élan semble déjà calé. Sauf pour le Conseil d'Etat genevois qui a prêté serment mardi non pas sur la Bible mais devant les Saintes Écritures, comme les a bien nommées le pasteur du jour, pardon le président socialiste du Grand Conseil, Antoine Droin.


    Étonnante tout de même que cette Bible posée devant les corps constitués de cette République laïque, au chœur d'une cathédrale, devenue bâtiment civil le temps de la cérémonie, ce que n'a pas manqué de rappeler le Sautier du Grand Conseil!

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  • Discours de Saint-Pierre: Droin en dit plus que Longchamp

    luth chinoise.jpgCe mardi 10 décembre, lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement de Genève, en ce jour international des droits de l'homme, les choix musicaux exotiques du président du Grand Conseil ont plus innové et ont paru avoir plus de sens que le discours du président du Conseil d'Etat...

    Non que ce discours était mauvais. Au contraire. Mais il a surtout confirmé que le programme hérité du gouvernement sortant est déjà tellement copieux qu'il s'est avéré difficile pour le nouveau Conseil d'Etat composés de cinq bleus d'ajouter quelque chose.

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  • Gouvernement genevois: PG ou PPDC?

    conseil d'etat prestationn serment.jpgComment gouverner sans majorité? Quelle ambition peut-on nourrir quand on est à la merci de partenaires qui n'hésiteront pas à en appeler au peuple par voie référendaire? Comment réformer l'Etat quand ses agents, très nombreux, détiennent un triple pouvoir:

    1. Le pouvoir de l'électeur, un peu plus de cent mille citoyens participent ordinairement aux votations, les services publics du Canton comptent plus de trente mille fonctionnaires ou assimilés. Avec leurs conjoints et leurs proches, c'est donc la moitié du corps des votants, dont le revenu et les conditions de travail dépendent des décisions politiques...
    2. Le pouvoir du travailleur qui est davantage syndiqué que son camarade du secteur privé et qui n'hésite pas à faire grève en se faisant de surcroît le preux (et seul) défenseur du service public...
    3. Le pouvoir du serviteur de la loi qui peut l'appliquer avec zèle, de quoi ralentir les décisions, voire les bloquer, en jouant sur les multiples normes votées ou fil des ans pas toujours cohérentes, doublées des règlements et d'une couche encore de législation occulte que sont les directives internes et les pratiques spécifiques...


    Face à ce triple pouvoir, des bleus, cinq bleus et deux radicaux, bref un gouvernement forcément faible face à l'ogre administratif.

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  • C'est quoi l'opium du peuple aujourd'hui?

    opium pavot.jpgLes jeunes socialistes de Genève demandent que le Parti socialiste suisse retire de son programme l'adhésion de la Suisse à l'Europe. L'Europe est à la peine. C'est une évidence. L'élan des pères fondateurs s'est figé dans une histoire qu'on n'apprend pas à l'école. Les peuples de l'Europe ne font plus assez d'enfants. L'Europe vieillit, elle va se dépeupler. Les peurs ont fait la place à l'espoir d'un monde meilleur.

    Certes, l'Europe fut et est l’œuvre d'entrepreneurs soucieux de leurs intérêts - le pourquoi du coup de la JS - mais de politiciens soucieux d'éviter au continent un troisième cataclysme armé - on en les remerciera jamais assez. Le temps de "tous les prolétaires unissez-vous" est passé. Et voilà que cette Europe qui ouvre les frontières et met les travailleurs sur le même pied, trouve sur son chemin la Jeunesse socialiste genevoise... Marx doit se retourner dans sa tombe.

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  • Santo subito!

    santo subito.jpgSanto subito! On se souvient de cette foule rassemblée par centaines de milliers sur la place Saint-Pierre, démultipliée par le tube cathodique, aujourd'hui à plasma ou à leds, le lendemain du décès du vieux pape Jean Paul II, réclamant que le serviteur de Dieu fût fait saint dans l'instant. Le monde entier avait rendu hommage à ce Polonais qui avait lutté pour la libération des siens du joug d'un régime totalitaire humain et était devenu presque un mort vivant, statufié par la maladie de Parkinson, une maladie terrible, un mal qui asservi, dont l'homme commence enfin à maîtriser un petit peu les effets.

    Santo subito! Le cri n'est pas monté que de la communauté catholique, mais le pape n'était pas encore tout à fait universel. À quelques distances de Rome - j'étais ce jour-là à Dakar - l'événement est passé inaperçu.

    Santo subito! Les protestants ont aboli le culte des saints. Nelson Mandela ne bénéficiera donc pas de cette appellation même si la ferveur populaire sera sans doute la même et peut être plus grande encore. Mais il le mérite bien. La notion de prix Nobel de la paix en tient elle-lieu?

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  • GSHC: du Trefle-Blanc au bastion Saint-Antoine

    patinoire.jpgGoogle Earth permet de survoler une bonne partie du canton de Genève en 3D, comme s'il on était dans un hélicoptère ou une montgolfière. Des vues impressionnantes qui donnent à l'urbanisme une autre dimension et vont sans doute d'ici quelques années proprement bouleverser le débat démocratique sur le développement de la ville, en rendant les projets plus proches des citoyens, plus lisibles pour eux. J'y reviendrai.


    En me replongeant cette semaine dans le dossier de la rénovation-extension du Musée d'art et d'histoire, à la lumière du dernier numéro d'Alerte, la revue de Patrimoine suisse Genève, je me suis demandé si, plus audacieux que Nouvel qui s'est contenté d'oser un restaurant panoramique au-dessus des toits du bâtiment Camoletti, permettant aux convives de tutoyer les tours de la cathédrale et le jet d'eau sur l'immense perspective du Léman - sans doute est-ce là son péché aux yeux des conservateurs très protestants du patrimoine - je me suis donc demandé si, au-dessus de l'extension nouvelle du MAH que Patrimoine suisse propose assez intelligemment d'installer en lieu et place de la butte de l'Observatoire, vestige du bastion Saint-Antoine, si donc on ne pourrait pas bâtir une magnifique patinoire de Genève tout en transparence...

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  • Chère Eveline...

    moscovici widmer.jpgLes Grecs sont-ils susceptibles? Pascal Broulis, ministre des Finances du canton de Vaud - 1% de la population française - n'est pas grec, mais du sang grec coule dans ses veines. Tout à l'heure sur Forum, le Vaudois a piqué la mouche et traité avec passablement de condescendance la France et son ministre des Finances Pierre Moscovici.

    L'objet du délit? Une lettre que le ministre français vient d'adresser à sa collègue helvétique. La décision du Vaudois de taxer à la source les travailleurs frontaliers qui passent plus de trois heures à se rendre à leur travail. Au-delà, estime Broulis, on n'est plus frontalier et on abuse du droit. D'où la sanction de retenir l'impôt à la source.

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  • Séralini: l'étrange silence de la presse romande

    souris séralini.jpgSéralini, vous vous souvenez? C'était il y a un peu plus d'un an. Les images ont fait le tour du monde. Le ramdam (buzz) a été exceptionnel. Des souris boursoufflées, remplies de tumeurs. Qu'avaient-elles mangés ces vingt souris? Elles avaient été bourrées au mais OGM Monsanto. Enfin on tenait le coupable! Très vite, des critiques ont élevé la voix à propos d'une étude dont les fondements scientifiques étaient peu solides. La presse s'en est fait l'écho, mais les images des pauvres souris torturées sont restées gravées sur nos rétines.

    Depuis ces critiques n'ont cessé de se multiplier. Dans l'indifférence des médias qui étaient déjà sur d'autres actualités. Le 28 novembre 2013, la revue Food and Chemical Toxicology, qui avait accepté de publier le papier de Séralini et de son équipe, a retiré, fait exceptionnel, l'article de sa collection, après que le chercheur eut refusé de le faire lui-même.

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  • Luc et Michèle: comment ne pas être le jouet des experts?

    IMG_4889.JPGMichèle Künzler ne voit pas ce qu'elle a fait faux. Hier soir encore, à Forum, sur RTS la première, elle a répété que son bilan était bon, qu'elle a été la victime de la méchanceté des hommes et que la presse ne l'a pas protégée assez, voire qu'elle a attisé la hargne à son égard. Le problème, c'est qu'en politique, il ne suffit pas d'avoir raison pour l'emporter. Il faut surtout convaincre les citoyens que les décisions qu'on prend son justes et nécessaires. Et sur ce point, Michèle Künzler, qui a été un bon petit soldat, a trop fait confiance aux technocrates.

    Luc Barthassat n'est pas, pas plus que Michèle Künzler, un spécialiste de la Mobilité. Il risque de tomber dans le même piège.

    C'est que la circulation n'est pas simplement régie par la mécanique des fluides. Elle s'inscrit dans une trame bien serrée de normes techniques et légales qui donnent en fait le pouvoir aux ingénieurs et aux juristes. S'ajoute le coût élevé du moindre ouvrage et le temps disproportionné pour le réaliser.

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