Veille de 14

IMG_5086.JPGDerrière les boules rouges, scintillantes, suspendues contre la vitrine, gouttes de sang festives, la froidure de décembre, une enseigne verte de Rolex, deux mères Noël servent des latte macchiato, peu de monde dans ce bar proche de la poste du Mont-Blanc, dont le fronton énumère la liste des pays de l'Europe d'avant 1914. Sur un grand écran, défilent des mannequins sapés selon les canons de la mode 2013, le best of des créateurs mondialisés, que des photographes en jupettes roses shootent et mitraillent en cadence. Aussitôt, imagine-t-on, les caméras robotisées crachant leurs images sur les réseaux sans frontières. Ils sont tous beaux, smart, jeunes dans leur pyjamas bariolés.

À quoi pensaient donc leurs lointains frères d'il y'a un siècle. Songeaient-ils que neuf mois plus tard, le temps d'une gestation, ils allaient, pire de que des bêtes ,s'entretuer et mourir, pire que des rats dans les tranchées et sur des champs de batailles. Cette pensée me hante. Comment peut-on pendant quatre longues années détruire la fine fleur des nations?

L'édito de la dernière livraison de The Economist traite de cette question. Sur le mode des tensions qui ont précédé le cataclysme de 1914: l'Allemagne, la France hier, pris au piège des alliances. La Chine, le Japon aujourd'hui, qui se disputent quelques îlots. La guerre impossible? Trop de commerçants y perdraient leurs bonnes affaires? Sans doute, mais, rappelle The Economist, en 14 aussi, les relations économiques irriguaient l'Europe. Elle n'ont pas empêché la folie de précipiter le continent puis le monde dans l'absurdité.

Sur le grand écran, des femmes ont pris la places des hommes. Grandes robes amples unicolores ou imprimées, shorts courts, chaussures gothiques haut perchées... One world

Que disait la presse genevoise? Le Journal de Genève offre ses archives en ligne. Le premier numéro de l'année fatale est daté du samedi 3 janvier. En première page, Alb. B. signn'élève bulletin intitulé Crise allemande. L'empire est dechiré par des querelles politiques. Je retiens cette phrase: "Ceux qui croient Guillaume II capable De chercher dans la guerre un dérivatif aux difficultés intérieures lui font tort et la crise n'a pas atteint un degré de gravité telle qu'un moyen aussi désespéré s'impose à l'esprit." le 23 décembre 1913, dans une Lettre de Berlin, soustitré "Le budget militaire de 1913 et le budget de la guerre 1914", le même Journal de Genève cite Vorwärts, un journal allemand d'opposition, selon lequel les dépenses militaires du Reich atteignent 63% du budget de l'Etat.

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