Apartheid, murs, plafond de verre et autres frontières

mur betlhem.jpgLa préférence de l'embauche en faveur des travailleurs locaux, que le Conseil d'Etat a réaffirmée lors de son discours de Saint Pierre *, est-elle un premier pas vers l'apartheid? La question est évidemment provocatrice, mais je ne la crois pas totalement dénuée de tout fondement après avoir lu l'article que François Brutsch, toujours sagace, a tagué dans son blog, Un Swissroll, ainsi que sur sa page Google +.

Le texte de Thomas W. Hazlett, professeur de droit et d’économie à l’Université George Mason, est traduit et publié sur Contrepoints, un site libéral. Il s'intitule Genèse, évolution et fin de l’apartheid en Afrique du Sud.

En deux mots, il rappelle que la ségrégation raciale fut d'abord la lutte des mineurs blancs, affiliés via leur syndicat à l'Internationale socialiste, contre des ouvriers noirs que des patrons blancs voulaient engager, à meilleur compte évidemment, mais qui dans cette longue histoire fit des ouvriers noirs, un temps, les alliés objectifs des patrons blancs. Tout comme, sous un autre angle, les Noirs furent, un temps, les alliés des colons néerlandais - les Boers - dans leur lutte contre les Anglais... Le monde est bien compliqué.

Des murs, des palissades, des séparations, des ségrégations, il s'en construit tous les jours, des en béton, des en aciers, des à clé numérique, des virtuels, des identitaires... et même des en thuyas. A l'intérieur, on place un chien, on transforme son ordiphone en centrale de vidéosurveillance, on pactise avec une police privée...

Dans un opuscule publié en 2010 chez Gallimard, provocativement intitulé Éloge des frontières, le publiciste français Régis Debray, pape de la médiologie, écrit: "En bon Européen, je choisis de célébrer ce que d'autres déplorent: la frontière comme vaccin contre l'épidémie des murs, remède à l’indifférence et sauvegarde du vivant."

 

* On notera que l'emploi du terme "local" par le gouvernement genevois laisse la place à bien des interprétations, y compris celle de fixer une limite floue, au-delà de laquelle le local devient global. Subtilement le ministre vaudois des finances a fixé la limite en durée de déplacement et non en kilomètres, ce qui fait qu'un banquier, qui débarque de Londres ou  d'autres capitales européennes situées à moins d'une heure trente de l'aéroport lémanique, peut être considéré comme un travailleur local... On notera encore que l'Etat maintient évidemment la barrière non pas du diplôme mais celle plus souple et plus arbitraire de la "compétence adéquate".

Le verbatim de Longchamp est le suivant: "Enfin, mieux encore qu'il ne le fait aujourd'hui, l'Etat veillera à ce que les emplois qu'il pourvoit ou qu'il subventionne soient proposés aux demandeurs d'emplois locaux, lorsqu'ils disposent des compétences adéquates."

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