Retraites des Suisses: le Zurichois Welti contre le Genevois Ducommun

Ducommun Welti.jpgA ma gauche l'ancien patron du cartel intersyndical des fonctionnaires du canton de Genève, Michel Ducommun, ancien prof de math à l'Ecole d'ingénieur, prépare la révolution... des retraites. Dans son blog, il explique que le système actuel plume les retraités et que son projet d'une AVS unique, adossée à un fonds de réserve (une épargne façon 2e pillier mais solidaire) pourrait assurer à tous des rentes de 3500 francs au minimum (10500 au maximum). A suivre

A ma droite, l'actuel patron de la caisse de retraite de la Ville de Zurich, Ernst Welti, inconnu de ce côté-ci de la Sarine, mais également mathématicien, qui donne le ton à toutes les caisses publiques suisses alémaniques et constate que le Roeschtigraben marque une réelle différence de mentalité entre Romands et Alémanique.

Emmanuel Garessus a longuement rencontré le Zurichois. Dans Le Temps de ce lundi, le financier égrène son credo. On mesure, en effet, une sacré différence d'approche entre Zurich et Genève!

La caisse de retraite de la Ville de Zurich détient plus de capitaux que les rentes totales qu'elle devrait verser, si d'aventure la ville de Zurich disparaissait et que tous ses fonctionnaires étaient licenciés. 113 francs en caisse pour 100 francs de rente. A Genève, la nouvelle caisse issue de la fusion de la caisse de l'hôpital et celle de l'administration et des enseignants a placé à peine plus de 50 francs pour 100 francs de rente dus... D'où l'opération de renflouement votée le 3 mars dernier qui fera grimper ce taux de couverture à... 80%, en... 2052. A Zurich, Ernst Welti veut atteindre rapidement 120% pour pouvoir indexer les rentes des retraiters, offrir de nouvelles presations aux actifs et faire face aux fluctuations des marchés. Ernst Welti remarque qu'un taux de couverture de 100% assure une plus grande égalité intergénérationnelle.

Des marchés financiers dans lesquels le Zurichois est très engagés. Il n'investit pas dans la pierre comme la caisse genevoise mais dans des fonds immobiliers partout y compris à l'étranger (performance nette en 2012 de 9,7%, grâce aux 16,6% des placements dans l'immobilier à l'étranger...). Il investit dans les actions, y compris dans des entreprises non cotées en bourse (private equity) mais aussi dans les décriés hedge funds ("une diversification qui permet d'augmenter les rendements et de répartir les risques"). Il investit aussi dans les matières premières alimentaires ("Grâce à ces placements, les producteurs et négociants peuvent vendre leurs marchandises et augmenter l'offre de produits alimentaires dans le monde", argumente le financier).

Evidemment, le Zurichois a convaincu son autorité de tutelle, le conseil municipal de Zurich, de passer à la primauté des cotisations (en 1995). Genève est toujours en primauté des prestations fondées sur le dernier salaire (Les Vaudois ont conservé la primauté de prestations mais non plus sur la moyenne des trois dernières années, mais sur la moyenne de la carrière...). Pour Ernst Welti, la primauté des prestations est compliquée à calculer et cache des inégalités de traitement, quand les carrières sont bien moins linéaires qu'autrefois, ponctuée par des interruptions, des temps partiels, des divorces, des retraits pour financer un logement et d'autres événements de la vie.

Une chose unit Zurich et Genève, Ethos qui fournit les conseils de vote dans les assemblées d'actionnaires pour les deux caisses.

A noter encore que la caisse de pension de la ville de Zurich tient des tables du vieillissement et de mortalité de la population par type de métier depuis 1950. Elles font référence. Depuis 2005, ces tables sont établies avec la participation d'autres caisses de retraite dont les caisses de retraite genevoises.

 

 

Commentaires

  • Je n'ai toujours pas lu de réponse de la droite genevoise aux calculs de Ducommun publiés dans son blog il y a deux semaines. Suis-je distrait ou n'ont-ils pas de véritables arguments?

  • Chère Mère-Grand, les arguments de Daniel Ducommun ne sont pas nouveaux. Il reprend l'idée d'une AVS unique sans deuxième pilier qui avait fait l'objet d'une initiative populaire dans les années 70. Les rentes que versent ce système introduisent une plus grande solidarité des rentiers aisés en faveur des rentiers plus pauvres. Le débat est politique tandis que le patron de la caisse zurichoise exploite tous les moyens pour faire performer sa caisse.
    PS: pourquoi ne signez-vous pas vos commentaires? Manque de courage ou position trop exposée?

  • Votre article aborde ou soulève trois problématiques distinctes : 1) l'existence du 2ème pilier tel que nous le connaissons par rapport à la proposition de M. Ducommun de fusionner l'AVS et le 2ème pilier, c'et une question essentiellement politique, un choix de société.
    2) la problématique du régime mixte (ou capitalisation partielle) dont bénéficie les collectivités de droit public en suisse - mais dont le pouvoir politique a imposé une recapitalisation très coûteuse, on le sait - et qui relève là plus de principes liés au système de prévoyance. Un avantage de la capitalisation partielle est sans doute l'économie réalisée par les cotisants (employeurs et employés). Mais la réelle garantie visant la prestation à long terme n'est pas meilleure nécessairement en pleine capitalisation (en cas de crise, il est clair que plus on est capitalisé, plus on va perdre...)
    3) le choix du système de primauté : la primauté des cotisations, s'il a l'avantage d'être plus simple fait reposer la totalité du risque futur sur le futur retraité, ce d'autant plus que le taux de conversion est fixé politiquement ! la primauté des prestations 'assure' une meilleure visibilité de ce que le futur retraité aura.
    Finalement, oui les tables VZ ont servi de base actuarielle à toutes les institutions de prévoyance : ce sont elles qui ont nettement passé à côté de l'augmentation de l'espérance de vie, ce qui engendre des coûts supplémentaires qu'il faut bien financer "rétroactivement" actuellement.

  • @jf Mabut
    "Manque de courage ou position trop exposée?"
    Je vous remercie de votre réponse. D'autant plus qu'elle offre un second terme à l'alternative concernant le motif de mon anonymat.
    Voici ma réponse en résume: je manque peut-être de courage, mais j'avance une autre raison, qui me paraît, elle, valable. Développons quelque peu le propos ;-)
    Je pense qu'il est difficile de juger honnêtement du courage de quelqu'un, même du sien propre. Il me semble tenir plus de la capacité de faire face à certaines difficultés de l'existence qu'à afficher son identité lorsque l'on peut en tirer avantage, ce qui est le cas de nombres d'intervenants qui défendent les idées de leurs partis politiques, leurs convictions religieuses ou leur activité professionnelle.
    Mais enfin, pourquoi ne pas accepter ce jugement, dans l'acception que nous avons appris depuis nos années d'enfance dans les préaux scolaires? J'ajoute que j'ai à de multiples occasions fait la remarque que j'abhorrais l'usage fait dans certains sports, et reflété dans les médias qui en rendent compte, d'un vocabulaire infantile pour rendre compte d'une défaite: "fessée", "humiliation" et autres termes me choquent par leur manque de respect envers autrui et le l'idée qu'elles véhiculent du sport qui, pour moi, je l'avoue, devrait pouvoir garder quelque chose de son origine anglo-saxonne. L'idée du manque de courage, dans l'acception populaire de ce terme, ne me perturbe donc pas; quant à me demander à l'occasion si je mérite la qualité dans un sens plus profond, il m'est arrivé à diverses occasion de mon existence de me poser la question, mais j'ai relégué la question dans les archives des questions auxquelles on ne peut répondre qu'en limitant tellement le champ de son application, qu'elle en perd tout intérêt.
    Je vais cependant vous fournir une raison que vous jugerez peut-être acceptable: j'ai descendants (enfants ne serait plus très adéquat) en public, certains adultes, certains adolescents, qui ont ou vont avoir des idées très différentes des miennes sur certains sujets, notamment la religion, qui pourraient les "exposer" à un moment ou un autre. Peut-être suis-je trop pessimiste, mais c'est un risque que j'essaie d'éviter autant que possible. Qu'ils soient jugés sur leurs propres idées et leur propre comportement, voilà ce que je souhaite, et que leur soit évité la possible référence à celles de leur père.

  • @jf Mabut
    J'ai oublié de réagir à l'essentiel de votre réponse. Si je vous comprends bien, il ne s'agit en fait que de la différence classique entre la droite et la gauche, c'est-à-dire entre ceux qui ont et ne veulent pas perdre et ceux qui n'ont pas (ou qui ont peu) et voudraient avoir (ou avoir plus).
    Quelqu'un m'a dit, il y a fort longtemps, que c'était là le fond de la question politique, je le constate en en effet presque quotidiennement, mais ne peux me résoudre à ce que les choses, même résumées de manière aussi caricaturale, soient aussi simples et aussi décevantes.

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