La mort des journaux, la faute aux journalistes ou aux lecteurs?

weltwoch ww.jpgKurt W Zimmermann, 62 ans, est une star du journalisme Outre Sarine. Le Solothournois, signale Wikipédia, a siégé au comité de direction du plus grand éditeur de Suisse, le Zurichois Tamedia, dirigé Facts un magazine économique ambitieux bien qu'éphémère. Il signe des commentaires dans les hebdomadaires Sonntagszeitung et Die Weltwoche. Cela lui a valu d'être désigné Journaliste de l'année 2011 par le magazine Schweizer Journalist, édité en Autriche et toujours pas disponible sur tablette...

Que dit-il de l'état de santé des journaux?

Dans la Weltwoche du 28 mars, Kurt W Zimmermann écrit que c'est la faute des journalistes économiques, si la presse suisse ne va pas tres bien, alors que l'economie suisse resiste plutot bien a la crise, les journalistes économiques qui n'ont de cesse de hurler, dès lors qu'un patron à le culot d'annoncer des résultats en baisse. Aussitôt les commentaires vont bon train: «il va falloir engager une cure d'amaigrissement drastique. Et le CEO ferait bien de se retirer».

Et que font les manager qui ne veulent pas être exposés sur ce pilori médiatique, demande le journaliste? Ils coupent dans les budget du marketing, suppriment la publicité d'images et concentrent leurs ressources sur le marketing direct, les points de vente, les call-center et Google qui offre des instruments de mesure précis.

Il y a sans doute quelque chose de vrai dans cette analyse. Mais la mauvaise santé des médias tient pour le moins à deux autres facteurs, je les ai déjà cités ici: l'émancipation des individus par rapport aux idéologies tend à fragmenter la société sur le plan politique même si nous sacrifions tous peu ou prou à la nouvelle religion consumériste. A cela s'ajoute pour les journaux la concurrence de l'Internet, désormais accessible depuis n'importe quel téléphone. Ces deux phénomènes ouvrent le champ des moyens d'information mais aussi de divertissement de manière exponentielle.

Le jour où Tamedia mettait ses directions régionales au défi de trouver 15 à 20 millions, Flipboard, une des applications les plus intéressantes du nouveau monde des tablettes démultipliait le nombre des accès à toute sorte d'info, faisant de chacun de ses lecteurs un secrétaire de rédaction potentiel, dont les choix éditoriaux et les coups de cœur peuvent être mis à la disposition de la communauté.

Ainsi le lecteur est pris dans une double spirale qui l'éloigne de la forme trationnelle du journal: d'une part, les divertissements - voyez les réseaux sociaux, les jeux - que la toile, mais pas seulement elle, lui offre en tout et tous lieux, d'autre part, l'offre d'information démultipliée que la toile, et seulement elle, propose en continu, pour l'heure encore gratuitement et sous des formes bien plus séduisantes et exploitables que le papier journal ou le format tout aussi figé du téléjournal.

À noter question séduction et potentialité que La Weltwoche, qui fête en 2013 ses 80 ans, lance ces jours un nouveau magazine WW, 48 pages style et tendances, très associées aux marques, dont le rédacteur en chef recommande l'édition iPad, bien meilleure dit-il pour admirer les images et visionner des vidéos, mode d'expression évidemment interdit au papier journal...

Commentaires

  • Excellente analyse mais n'oublions pas le retour en force d'un bon vieux media très bon marché et qui ne mobilise pas le consommateur devant un écran tactile ou un clavier ni même ses deux bras tendus pour tenir ouvert un journal grand format.

    Comparons le Téléjournal avec Forum (RTS - La Première) pour nous en convaincre, s'il en est encore besoin.

    Ce qui parasite la télé...c'est l'image (le plus souvent dénuée de sens): des têtes qui parlent...

    Enfin, les journaux locaux (même à vocation internationale) ont à disposition des gisements de matières inexploitées: ce sont les joyaux de la rubrique locale, la plus lue et la plus méprisée de tous les journalistes qui rêvent de n'écrire qu'un édito par jour pour nous expliquer le monde ou l'univers:-)

    Peut-être serait-il grand temps de valoriser cette matière inédite, fort prisée des lecteurs.

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