Avez-vous peur de Martine, d'Eric, de Christoph?

Tribune une 23 avril 2012.jpgMarine Le Pen à 18%, Eric Stauffer à 15%, Christoph Blocher à 28%. Avez-vous peur de l'extrême-droite, de la droite nationaliste, de la droite identitaire, de la droite poujadiste, championne des petites gens qui ne croient plus à l'internationale socialiste et craignent l'internationale libérale?

La droite est pour longtemps hadicapée par cette frange apeurée de l'électorat. En France comme à Genève, la droite doit compter pour une génération au moins avec Le Pen et Stauffer. En Suisse, cela dépendra du successeur de Christoph Blocher.

En politique, il ne suffit pas d'être porté par un courant, il faut encore l'incarner, dans les meetings et sur le petit écran, bien sûr mais surtout dans les coeurs et jusque dans les tripes. C'est toute la différence qu'il y a entre Stauffer qui en a et Maudet ou Emery-Torracinta qui en manquent.

Impressionnant à ce propos le ton adopté par les prétendants au pouvoir depuis quelques jours et hier soir encore. Hollande s'était redressé dans une posture mitterrandienne, jusqu'au sourire un peu niais et presque commandé. Martine, bras écarté, se prenait pour Jeanne d'Arc, osant le vieux slogan de la gauche combattive: "la lutte continue, continuons le combat". Sarkozy, plus acteur que jamais, avait adopté la voix du rocker qui n'est jamais aussi bon que dans les mers démontées.

Hollande est en tête, mais son avantage est faible. Il a fait le plein des voix et doit son score à l'effondrement des Verts qui ont sans doute votés utiles. Avec un vrai candidat Vert, il n'aurait que 23 ou 24% des voix et serait derrière le président sortant.

A l'extrême gauche aussi, certains ont dû voter utiles, d'où le score plutôt médiocre de Mélenchon. D'autres, sans illusions, ne croient plus que la politique peut améliorer leur sort et ne sont même pas inscrits dans les rôles électoraux. D'autres encore, comme ailleurs, comme partout, ont carrément changé de bord et voté à l'extrême droite.

Quant au centre, Il est normalement laminé par le système du bipartisme. Il n'est pas davantage présent en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Espagne ou en Italie, sauf à imposer un gouvernement de techniciens comme c'est le cas actuellement dans la péninsule. Deuxièmement on gagne rarement les élections en promettant des larmes et des serrages de ceinture. Enfin Bayrou manquait de moyen et a été largement ignoré par les médias jusqu'à la campagne officielle, où il n'est pas parvenu à se démarquer des autres "petits" candidats. En revanche, malgré son piètre score, il peut encore espérer exister, au centre, et contribuer à son émiettement, comme c'est le cas du PDC à Genève, pour autant que Hollande installe une dose de proportionnelle dans l'élection de l'Assemblée nationale.

Commentaires

  • Bayrou est le seul candidat qui a parlé honnêtement aux Français en leur expliquant la situation économique de la France. Ses propos sont les mêmes qu'en 2007 et les faits lui ont donné raison. Pourtant il a vu près de la moitié de ses électeurs de 2007 se détourner de lui ce dimanche. Comment expliquer un tel revirement ?

    Je crois qu'en politique, la majorité des électeurs s'expriment davantage avec leurs tripes qu'avec leur tête et c'est inquiétant. Cette remarque est bien évidemment applicable à notre microcosme politique suisse et particulièrement aussi à Genève.

    Pour en revenir au premier tour de cette élection politique française de dimanche, je suis convaincu que les Français ont avant tout voté contre Sarkozy plutôt que pour Hollande, Le Pen ou Mélenchon.

    Ils ont travesti l'élection en référendum !

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