Le loup, le micocoulier et le Grand-Genève

genève carte.jpgEncore 15 jours et le projet d'agglo franco-valdo-genevois cessera d'être un projet. Le 1er mai sera clos le concours pour donner un nom, sinon une identité à cet espace économique, qui des hauts du Jura au sommet du Mont-Blanc se fiche des frontières dessinée par le congrès de Vienne de 1814, lui-même rejeton d'une longue histoire. Il paraît que les participants sont plus nombreux qu'attendus. L'objectif  de 5000 réponses pourrait être dépassé. Grâce au numéro postal enregistré, on devrait même savoir qui des Genevois français ou suisses auront le plus voté.

Qui du Grand Genève, du Genevois ou de GenèvAgglo, les seule trois dénomination proposées, l'emportera? Votez ici.

J'opte,  mes lecteurs assidus le savent, pour le Grand-Genève. Par minétisme avec d'autres grandes cités qui commandent, c'est ainsi, le devenir de leur région et en sont naturellement le porte-drapeau. Le grand Lyon (près de deux fois la superficie du canton), le grand Paris, le grand Londres...

Genève, je parle de la ville, est sur ce plan un peu particulière. L'histoire et Napoléon y sont pour quelque chose, qui l'ont émasculée des pouvoirs que d'autres métropoles ont conservés voire augmentés. A Genève, c'est le contraire qui se passe. La Ville n'a pas de pouvoir. Un petit exemple.

Cette semaine, un de ses nombreux chargés de com annonce le remplacement de cinq micocouliers sénescents à la rue de la Croix-Rouge. Je m'enquiers du pourquoi et du comment cette rue qui file de la place Neuve le long des remparts et passe sur la tête des Réformateurs est plantée depuis un siècle d'une espèce pas de chez nous, encore qu'elle s'y est parfaitement acclimatée. La réponse tient d'une part dans un gros rapport - on ne plante plus un  clou sans un rapport - et d'autre pas sur le fait que la décision n'appartient pas à la ville, mais au canton, en particulier à la DGNP, la Direction générale de la nature et du paysage. Donc, même pour replanter cinq micocouliers, il faut un feu vert des fonctionnaires cantonaux. Heureusement que le Conseil municipal ne s'est pas emparé du sujet...

La commune de Genève, outre le fait d'être minuscule en terme de territorie - 16 km2, quand Zurich en compte 88, Lausanne 41, Berne 51, Bâle 23 km, tout de même 50% de plus que le confetti lémanique et qui cumule les pouvoirs municipaux et cantonaux - la commune de Genève donc se complait dans un superbe isolement. La gauche majoritaire s'y recroqueville comme si les remparts existaient encore. Son conseil municipal perd dans d'interminables palabres la mesure de la politique. Bref, alors que les autorités de la Ville devraient donner le la à la région, elles ne sont tout simplement pas présentes et quand elles le sont, elles ne sont qu'une autorités quinticéphales parmi les 44 autres communes du canton...

Et cela ne semble gêner personne. Nous sommes dans une cité micado, le premier qui bouge a perdu...

Heureusement il y a le loup. L'animal rode désormais chez nous et fait la une des journaux. Les Genevois de la Ville vont-ils enfin au travers de l'animal regarder leur arrière-pays comme un véritable pays et non plus comme un espace vide, une image saisisante qu'offrent parfois les cartes de géographie.

 

Commentaires

  • Historiquement, à mon avis, les villes sont devenues les reines d'un territoire, mais cela s'est fait à une époque où Genève, décidant de prendre son indépendance, s'est dans le même temps coupée du territoire. On pourrait aussi dire, M. Mabut, que ce désir d'indépendance complète a été la cause du splendide isolement ultérieur. D'ailleurs, si la ville s'y complaît vraiment toujours, comme vous le dites, cela tendrait à démontrer qu'elle le voit comme un trait de son identité et qu'elle n'a jamais subi cette situation, mais l'a voulue. Je ne saisis pas l'allusion à Napoléon, qui avait fait de Genève la préfecture d'un département qui allait jusqu'au mont-Blanc. Mais Genève a toujours vu son lien avec un territoire comme une dépendance vis à vis de ce territoire. Il est évident qu'un roi dépend de ses sujets, qu'il doit forcément tenir compte de leurs sentiments, et que s'il ne le veut pas, il s'isole. Mais Genève a du pouvoir sur elle-même, c'est une compensation. A Paris, tout de même, on dépend des provinciaux qui y siègent comme députés ou ministres et y mènent la grande vie - ou qui s'imposent dans le monde "culturel".

  • Voilà c'est fait Monsieur Mabut, j'ai exercé mes devoirs électoraux TdG et j'ai opté pour le "Grand Genève", la meilleure appellation à mon avis !!!

    "GenèvAgglo" => C'est de la publicité pour Ikea !

    "Genevois"=> Phonétiquement ça suggère la cécité et la canne blanche, mais également les "genevoiseries" ! Dans les deux cas une image catastrophique pour notre agglomération !

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