La retraite des fonctionnaires va-t-elle couler l'Etat de Genève

comptes 2012 ge.ch.jpg7 milliards de francs au moins - trois fois la débacle de la BCG - c'est ce qui manque dans les caisses de retraite des fonctionnaires de l'Etat de Genève pour couvrir les rentes dues à ce jour, si l'Etat cessait de fonctionner. En fait, la facture risque d'augmenter encore puisque, pour l'heure, on escompte un rendement moyen de 3,5% sur les fonds placés. Merci les locataires qui assurez un rendement confortable, alors que la bourse est atone.

Pire, le vieillissement de la population, l'allongement de la durée de vie vont commander une réduction forcée du nombre de fonctionnaires, sans quoi les actifs restant croûleront sous les impôts - il faudra bien payer la retraite des fonctionnaires, laquelle est garantie sur le dernier salaire et non sur le capital effectivement accumulé - et la cotisation de leur propre caisse de retraite. Or si le nombre de fonctionnaires diminue... le déséquilibre des caisses de retraite s'accentuera.

Et pourtant le Conseil d'Etat annonce des bénéfices. Le sixième bénéfice consécutif, affiche le site internet de l'Etat (cliquez sur l'image pour l'agrandir). Or, en 2010, comme en 2011, l'Etat de Genève a bouclé dans le rouge. L'Etat ment-il?

Un peu, cependant l'Etat joue carte sur table et compte sans doute sur le dicton: péché avoué est à moitié pardonné... Quand on lit attentivement le rapport des comptes 2011, rendu ce jour par le ministre Hiler, on comprend que les bénéfices annoncés en 2010 et en 2011 ne résultent que d'opérations nombreuses en plus et en moins qui ne se reproduiront pas. Ces corrections ne portent que sur une année. Elles ne pourront donc pas embellir la mariée l'an prochain.

caisse de retraite fonctionnaires taux technique 2012.jpgEn plus, l'an prochain, c'est-à-dire en 2012, il faudra bien commencer à assainir les caisses de retraite. On va donc vers un déficit abyssal et une dette publique qui va exploser à plus de deux fois la dépense annuelle. Comme le souligne le Conseil d'Etat, la Constituante fixe la limite à 1,2 fois. Ce qui fait grosso modo six milliards de remboursement à prévoir ces prochaines années. Six milliards, c'est six cent millions pendant dix ans ou trois cent millions pendant vingt ans. On rêve...

Le Vert Hiler va quitter le pouvoir en 2013 - c'est une supposition - laissant à son successeur - un libéral peut-être? - la tâche d'éponger les déficits. Comme ses deux prédecesseurs Vodoz et Brunschwig Graf qui ont accumulé les résultats négatifs. Chouette perspective!

Reste l'essentiel et le coeur du problème. Le canton de Genève engloutit 8,2 milliards de francs par année dans ses services publics, dont presque un dans l'hôpital. C'est plus de deux fois le budget du Sénégal...

Genève et ses communes est, depuis des années, et de loin, la collectivité la plus dépensière par habitant de Suisse (Bâle-Ville assure des services qui lui valent des dédommagements notamment en ce qui concerne  l'hôpital et l'Université de ses voisins, notamment Bâle Campagne). Les Genevois s'en rendent-ils compte? Sont-ils plus heureux que leurs compatriotes?

Mais rien n'arrête le canton. On continue d'embaucher et d'investir comme si de rien n'était. En annonçant un bénéfice manipulé - en tout bien tout honneur évidememnt - on fait croire aux Genevois que la vie est rose et verte... (ci-dessous un dessin paru dans le Temps il y a quelques années illustrant la réaction naturel lorsque les comtes sont bénéficiaires...)

fisc à la soupe dessin du temps.jpg

 

 

Commentaires

  • Vous avez raison! Certains départements (je ne donnerai aucun nom!) ont connu ces dernières années une augmentation exponentielle de postes de hauts cadres qui n'améliorent nullement leur fonctionnement, mais créent au contraire des dysfonctionnements qui devraient être dénoncés!

  • Julien Nicolet aborde le sujet : http://juliennicolet.blog.tdg.ch/archive/2012/03/28/le-capital-suite-et-fin.html

    En bon journalisme, vous feriez donc mieux de vous poser la question : Pourquoi a-t-on forcé à changé les règles de capitalistion d'une caisse de pension publique qui était saine ?

    Vous pourriez également vous demander pourquoi la méthode par capitalisation est tant prisée par nos dirigeants et si elle est réèllement plus avantageuse pour les citoyens que la répartition ? (petit indice : la première profite aux intermédiaires financiers - les banques - banques qui corrompent/financent nos élus politiques actuellement au pouvoir, les mêmes qui ont décidé du changement de règle ... étrange non ?)

    Mais citoyen, ne vous inquiétez pas, la TDG veille et pose la question écran de fumée : Comment va-t-on éteindre le feu ? Ne vous inquiétez pas de qui l'a allumé.

    Merci M. Mabut de participer à l'endoctrinement général.

  • Et oui, ce n'est pas d'un caillou dans la chaussure dont il s'agit ici, mais bien d'un pavé dans la mare !

    Et pourtant bien peu de monde au sein du microcosme politique genevois semble s'en préoccuper ... Peut-être après les élections ?

    Juste une question en aparté M. Mabut :

    " (ci-dessous un dessin paru dans le Temps il y a quelques années illustrant la réaction naturel lorsque les comtes sont bénéficiaires...) "

    Vous faites dans la défense des sangs bleus maintenant ?

  • Fort heureux de réaliser que Djinus a anticipé l'essentiel de ce qu'on peut penser de la situation de la CIA - tout en me citant ;-)
    On peut ajouter que la comparaison avec la BCGE n'est pas raison. En effet, dans ce cas, il ne s'agit pas d'un trou à proprement parler. Le fait que la caisse ne soit capitalisée qu'à 50-60% résulte d'un choix de fonctionnement mixte (Le reste étant assuré par répartition). Ce choix est pafaitement légal et se montre de plus fort judicieux, vu le triste sort des importants capitaux accumulés par les caisses. La CIA est donc restée "dans les clous" tout au long de son existence et son système permet de verser des rentes sur le long terme. Malheureusement, c'est ce moment critique pour les rendement qu'ont choisi les chambres fédérales pour imposer une augmentation de la capitalisation. Le "trou" n'existe donc pas, il a été créé par nos amis libéraux siégeant à Berne pour imposer la capitalisation de montants inutiles (sauf à leurs amis banquiers et bétonneurs qui se réjouissent de jouer avec !).
    Je discutais hier encore avec un délégué auprès de la CIA qui me disait que, quand bien même le milliard manquant (on est d'ailleurs loin des 7 milliards que vous suggérez) arriverait, la CIA serait bien en peine de l'investir. les actions ont des rendements négatifs, les obligations ne rapportent rien et l'immobilier est tellement tendu qu'il n'y a plus d'objets à acheter. (De plus, le taux d'investissements immobiliers dépasse déjà le 33% prévu...).

  • le vrai problème réside moins dans la situation ponctuelle des caisses de pension que de son évolution projetée dans le temps! le principe du deuxième pilier est basé sur les cotisations de l'employeur et du salarié et du rendement de la fortune : or ce dernier élément des rentrées financières est mis à mal par la crise que l'on traverse. S'ajoute le facteur allongement de l'espérance de vie (qui va, pour la 'population cia' bien au-delà de l'espérance théorique des tables actuarielles ce qui veut simplement dire que les rentes ne sont pas financées sur toute leur durée...). L'entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale forçant à la recapitalisation ne peut qu'accentuer lourdement le problème ! la seule réponse immédiate est la fusion cia-ceh.

  • "la seule réponse immédiate est la fusion cia-ceh."

    Je ne vois pas le rapport. A part des économie d'échelle sur la structure administrative, qu'est-ce que cela apporte.

    Je pense plus intéressant de discuter de la pertinence de ces nouvelles règles de capitalisation des caisses publiques, qui était avant qu'elle ne s'applique, plus que saines.

    On peut également se poser la question encore plus drastique de la nécessité d'avoir de la capitalisation pour suppléer à la répartition. En effet, la capitalisation permet à nombre d'intermédiaire financiers de s'enrichir à coup sûr sur le capital mis de côté, alors que le rendement n'est pas certains.

    la conclusion pour moi est claire et simple : il faut renforcer l'AVS, qui est la seule institution garante de solidarité entre les générations et qui permet une redistribution des revenus, étant donné que les rentes sont plafonnées mais pas les cotisations. Il faut également éliminer le caractère obligatoire du 2ème pillier.

  • La retraite par répartition n'est pas la panacée. Elle va se révéler catastrophique dans deux cas dont l'un a déjà commencé à se produire (l'allongement de l'espérance de vie, qui contraint les actifs à cotiser toujours plus longtemps pour les retraités... ) et l'autre qui risque fort d'arriver si la crise s'intensifie, ce qui est probable, ou bien si l'on opte pour la décroissance, que prônent MM Nicolet et Djinius: la réduction du nombre de fonctionnaires et probablement de leurs salaires, tout simplement parce que l'économie privée ne sera plus assez productive d'impôts pour les payer.
    Si le nombre de cotisants et/ou le montant de leurs revenus diminue, tandis que le nombre de retraités augmente, on voit bien qu'il y aura tôt ou tard un hiatus. D'où le souci du législateur de prévoir un système où chacun en fait cotise pour lui-même, plutôt que de faire cotiser ses enfants, ou ses remplaçants dans son job...

  • Contrairement aux théories fumeuses d'économistes autoproclamés, le système de retraite par répartition n'est rien d'autre qu'un schéma de Ponzi géant qui, pour fonctionner, présuppose de plus en plus de nouveaux membres, compte tenu notamment de l'allongement de la durée de vie des acteurs. Dans le cas d'une caisse sectorielle comme la CIA, cela implique donc de plus en plus de fonctionnaires payés de plus en plus cher pour alimenter le "monstre" (ce qui ne peut d'ailleurs que plaire à la gauche!) A défaut, le système finit par sauter. Là où cela devient réellement scabreux, c'est lorsque ceux qui ont profité, ou cru pouvoir profiter de ces avantages, viennent exiger de toute la population qu'elle contribue via l'impôt au maintien de leurs petits privilèges.

  • Le hic avec le système où chacun cotise pour lui même, c'est que les revenus de ses placements en capitaux doivent être tout de même payé par des actifs ! Par exemple, si une caisse de pension investit dans l'immobilier en suisse, ce sont les locataires des dis bien qui doivent payer ... en fait, ce qui est cocasse, c'est que ce soit par répartition ou par capitalisation, en fin de compte ce sont toujours les actifs qui doivent payer pour les inactifs ! (Logique). La différence principale, réside dans le fait que le système par capitalisation permet d'enrichir les intermédiaire financier contrairement au système par répartition ou la cotisation de la période N servent à payer les rentes de la période suivant. De plus les rendements promis par la capitalisation ne sont plus au rendez-vous et sont hautement incertains, ce qui est exactement la caractéristique non désirée pour un système de financement des retraites ! Par répartition, si on voit que les rentes nécessite des adaptations, il suffit d'augmenter progressivement les taux de prélèvement ... l'adaptation va se faire de proche en proche, pas comme les chutes brutales de revenus qui nous guète avec les crash boursiers.

    Bref, une comparaison scientifique des vertus et risques des deux systèmes penche à mon avis en faveur d'une réforme du système pour réduire la part de capitalisation dans le financement actuel ce qui sera combatu activement par la droite, car cela va permettre au public de récupérer les fonds qui lui sont détournés sous forme de commissions financières, souvent occultes.

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