ça sent le "Parfum d'Adam"

nicolet vs Souaille.jpgIntéressante passe d'armes sur les blogs de la Tribune. Sous le titre "les propos rouges masqués d'un cardon fâché", le radical canal historique Philippe Souaille (à droite sur notre vignette) déconstruit le discours du Vert un peu décroissant mais très cardon argenté épineux Julien Nicolet, dont le billet s'intitule: "l'écologie, ce n'est pas le capitalisme plus les panneaux solaires".

En bref Souaille conteste que la croissance fasse des riches des pollueurs d'air - il s'agit de leur production de carbone - car, argumente-t-il, une partie de leurs revenus n'est pas consommée mais épargnée et ce qu'ils consomment l'est de manière écologique vu qu'ils ont les moyens. Tandis que les pauvres consomment tout leur maigre revenu aux prix des produits les plus bas et importés et donc polluent absolument. [je résume un peu brutalement]

Conclusion, il faut enrichir les pauvres, bref assurer une croissance pour tous, pour diminuer la pollution.

Dans le "Parfum d'Adam", Jean-Christophe Rufin nous fait vivre un thriller, où, confronté à la même question angoissante de la pollution et de la croissance, un groupe écologiste fondamentaliste en vient à propager la variole dans l'eau d'une favella brésilienne pour éradiquer la pauvreté, facteur majeur de la pollution.

A chacun sa solution. Mais le débat fondamental demeure. Comment (tous) s'enrichir sans croissance? Ou comme, dirait Pierre-François Unger qui, nous a-t-il dit, réfléchi à la question avec une délégation du Conseil d'Etat: comment transformer la croissance en développement durable à Genève. Au fait, cher ministre de l'Economie et du bien-être partagé, pourquoi ce débat n'est-il pas public?

Commentaires

  • Très satisfait de constater que mon billet a ému ! Pas le temps aujourd'hui de répondre à Ph. Souaille. Mais quelques lignes pour préciser que, jusqu'à nouvel avis, je ne suis pas Vert (en tout cas pas avec une majuscule...) et que si je suis effectivement sensible aux argumentaires d'économistes rejetant la croissance pour la croissance (par exemple Jean Gadrey), mon horizon politique ne se limite pas aux Cherpines et encore moins au cardon épineux.
    Cordialement. Julien Nicolet

  • On a beaucoup accusé des méchants ciblés d'avance de créer des épidémies. Ce n'est pas très sérieux.

    Quant à la croissance, il s'agit simplement de l'accroissement de la qualité d'une chose à laquelle on accorde de la valeur: en l'occurrence, la technologie, qui, n'étant pas naturelle, pollue. Si on dit que les produits alimentaires biologiques ont de la valeur, la croissance viendra de leur amélioration progressive. Si on dit que la technologie n'a en réalité aucune valeur, même l'amélioration des produits technologiques ne créera plus la moindre croissance, puisque personne ne voudra plus les acheter.

    Ce n'est pas pour tout de suite, dira-t-on; mais cela peut réellement arriver. Par exemple, à Genève, on a estimé connaître une forme de croissance dans la production culturelle quand on est passé du catholicisme au protestantisme: les sermons des prêtres avaient acquis une valeur supérieure. Or, cela ne pollue pas plus. Le problème est donc seulement de savoir pourquoi on accorde une valeur particulière à des produits polluants, dont la caractéristique est de s'appuyer sur les capacités matérielles renforcées. La raison en est, quoi qu'on dise, le matérialisme ambiant, qui assimile la vie tout entière à de simples mécanismes physiques. Si on dit que les produits alimentaires accroissent leur qualité par des rapports qui sont d'ordre mystique, par exemple, il est évident que l'on n'aura pas de pollution. Mais alors, dira-t-on, c'est une illusion. On a le choix entre une croissance fictive d'emblée, ou une croissance qui à long terme provoque un retour de bâton qui l'annule. C'est un problème.

  • Enrichir les pauvres pour diminuer la pollution ??? Je dis juste le contraire et tu caricatures, cher Jean-François. Les riches polluent plus que les pauvres, mais proportionnellement à leurs revenus, ils polluent moins. Comme les pauvres sont beaucoup plus nombreux, si on répartit la fortune des riches entre les pauvres, on obtiendra donc d'abord plus de pollution.
    Ce n'est pas une raison pour arrêter d'essayer de répartir plus équitablement les richesses, mais c'est la preuve du hiatus incontournable entre une politique de gauche qui se respecte et l'écologie... Sur le fond, comment faire pour parvenir à continuer de faire tourner la machine sans appauvrir les gens ni faire exploser la planète, c'est un peu la pierre philosophale... Mieux que le Saint-Graal... Mais il y a des pistes, et pour l'heure, ceux qui investissent le plus dans cette direction, ce n'est ni la Suisse, ni l'Union Européenne, mais la Chine et les Etats-Unis...

  • Comme disait Coluche, le jour où la merde aura de la valeur, les pauvres naîtront sans cul. La démonstration du révérend père Souaille, cinéaste sarkolandien est comme à son habitude extrêmement pâteuse et pour le moins spécieuse. je passerai sur la rigidité idélogique des verts, un poncif aussi usé que ses films mais qui permet d'escamoter l'idéologie libérale au nom du bon sens. Plus sérieusement, l'écologie puise aussi ses références à droite et même à l'extrême-droite, elle a été séduite par l'eugénisme, la décroissance démographique, le constat que la multitude est source de détérioration de l'environnement (Sierra Club). Mais nous sommes entrés dans une seconde phase, finis les babas illuminés et les philosophes de la décroissance.

    Un ami écologiste me disait un jour il y a 15 ans que lorsque le train de l'écologie partira ce seront les libéraux qui sauteront en premier dedans. Il avait raison, car l'écologie c'est avant tout un marché, un peu comme la sécurité. Au fond peu importe l'insécurité pourvu que l'on puisse fourguer des alarmes, des caméras, des gardes privés. Avec l'écologie c'est la même chose, peu importe le bilan global ou la philosophie qui sous-tend la démarche. Ce qe l'on retient de tout cela c'est ce qui peut rapporter du pognon. La perte de poids sans le régime. pourvu que l'on puisse vendre des pannaux solaires, des voitures hypbrides et des lessives sans phosphates. Attention les gars, les clean tech arrivent et elles ont désormais leur lobby au Parlement. Il faut offrir aux riches la bonne conscience de vivre comme avant mais sans menacer les baleines. Les pauvres eux eh bien continueront à gaspiller de l'énergie en roulant dans voitures périmées fautes de transports publics adéquats, habiteront dans des logements mal isolés faute de moyens et mangeront de la merde produite au Kenya cultivée par des plus pauvres qu'eux en espérant que les cargos qui ramèneront les patates marcheront à l'hydrogène solaire. C'est ça l'écologie mondialisée à la Souaille. Le capitalisme va nous sauver du capitalisme cqfd.

Les commentaires sont fermés.