Manger genevois? Loger à Genève?

métabolisme agricole fvg.pngLa décision d'AgriGenève de soutenir le référendum contre l'urbanisation de la Plaine de l'Aire m'interpelle. Vais-je à mon tour le soutenir? J'ai donc été faire un tour sur le groupe facebook des référendaires (544 fans) et aussi sur la page Plaine de l'Aire (627 amis). Et j'ai lu les arguments de la feuille de récolte des signatures.

J'ai aussi consulté l'étude de l'OCSTAT sur l'agriculture genevoise de 1965 et 2005. Et feuilleté l'étude toute récente commandé par Michèle Künzler sur le Métabolisme agricole franco-valdo-genevois. J'ai encore consulté le blog Le devenir de l'alimentation genevoise.

Et the winner is...

... je ne vais pas soutenir le référendum.

Je ne parviens pas à me convertir à la souveraineté alimentaire, version contemporaine du plan Wahlen et de la fermeture des frontières (il y a d'étranges rapports entre les Verts et l'UDC).

Manger genevois n'est pas une politique alimentaire réaliste, même en subventionnant les épiceries publiques pour mettre le bio et le local à la portée de toutes les bourses. C'est tout au plus une manière pour les bobos de faire des paysans des jardiniers du paysage (c'était le titre de mon travail de diplôme de l'institut d'agronomie de l'EPFZ, en 1977), des urbagriculteurs.

La souveraineté alimentaire à l'échelle de la région franco-valdo-genevoise est une fiction en terme de calories, comme l'atteste d'ailleurs l'étude sur le Métabolisme susmentionnée.

Un argument aurait pu me faire adhérer au référendum: celui de l'étude GVA cube de l'EPFL de Lausanne qui estime qu'on peut encore construire 50'000 logements dans la couronne urbaine. Refuser les déclassements d'envergure, c'est faire pression sur les autorités pour qu'elles trouvent les solutions pour construire la ville en ville. Certes, mais le périmètre de la Plaine de l'Aire est dans l'aire des 3 kilomètres.

Soutenir le référendum c'est aggraver la crise du logement. C'est oublier que la pénurie est une des origines (avec l'attractivité économique de la région) de la hausse des loyers, qu'elle fait le jeu des propriétaires, qu'elle expulse les familles et les plus pauvres hors du canton, qu'elle génère un trafic important. Il faut donc rapidement desserrer l'étau.

 

Commentaires

  • "Certes, mais le périmètre de la Plaine de l'Aire est dans l'aire des 3 kilomètres."

    Vous roulez donc pour les bétonneurs. C'est bien sûr votre droit. Mais l'aire des 3km une fois remplie, ce seront les 3km suivants et ainsi de suite. L'agglomération genevoise étouffe déjà de toute part, et vous voulez l'achever. Et bien certains ne sont pas d'accord et c'est aussi leur droit.

    Vivement la fin du pétrole. Alors on verra bien comment vivra la région et à quel prix.

  • Puisque vous aimez les chiffres, vous pourriez aussi tenir compte des tonnes d'oxygène que nous offrent des hectares de nature contre des tonnes de CO2 émis tant par la construction que par tous ceux qui viendront s'installer dans ces logements et circuleront dans la zone.

  • Y'en a qui préfèrent penser à leur carottes ou tomates, qu'aux gens qui se cherchent à se loger...

  • Le problème de Genève, c'est que ses frontières ne veulent plus rien dire.
    Nous devons réféchir en terme de région.
    Cette peur de construire de se développer peut se comprendre si Genève reste dans sa taille actuel.
    Un développement à l'échelle humaine doit être pensé avec Vaud, la Haute Savoie et l'Ain.
    Genève peut construire et doit construire.
    Elle peut le faire d'une façon intelligente en créant des espaces de convivialité en respectant la nature.
    La plaine de l'Aire peut être un laboratoire d'un domaine bâti de qualité, innovateur.
    Il faut aller de l'avant.
    Le problème de Genève, c'est que nous construisons mal. Nous manquons cruellement d'magination.

  • Monsieur Mabut,

    Votre prise de position qui se veut le fruit d'une analyse raisonnable ignore toute une partie du problème:

    Le gaspillage du sol, car 58 ha pour 2500 logements c'est du gaspillage, sur ce sujet vous auriez pu faire un tour sur le site des Verts...

    En outre, votre analyse radicalise grotesquement l'autre partie du problème à savoir le maintien d'une agriculture de proximité à une passéiste politique d'autarcie alimentaire.

    Les Verts soutiennent le référendum et exigent que ce secteur soit mieux urbanisé, plus densément, sans gaspillage du sol en zone industrielle et autre event center et maintienne tout ou partie des activités agricoles dans ce secteur.

    Ce n'est donc pas un rejet de logement pour maintenir des activités agricoles mais l'exigence d'une réelle densité de logements et le choix du maintien de l'agriculture face au développement de zones industrielles et autres event center.

    Bien à vous.

    Yvan Rochat

  • Je comprends pas les Verts. Ils ne veulent pas construire en hauteur et ne veulent pas gaspiller des surfaces. En gros ils veulent construire chez nos voisins français?

  • @ Marie-France de Meuron: vous oubliez de comptabiliser les tonnes de CO2 dégagées par les aller-retour des frontaliers... eux même créés par l'absence de logement à Genève...

    cette politique est irresponsable et particulièrement égoïste! des logement chez nous? pour quoi faire? ils n'ont qu'à aller vivre en France ou dans le canton de Vaud...!!!

  • Sur le fond, je vous approuve entièrement, M. Mabut. Sur la forme, votre "EPFL de Lausanne" m'évoque la prose transcendentale du sieur Stauffer, dans son dernier tous ménages cantonal: "Genevois de souche ou Confédérés, étrangers originaires d'autres pays, nous sommes tous concernés".
    Je dois dire que j'ai beaucoup réfléchi à l'aspect sémantique de son lapsus à la redondance pléonasmatique. M'est avis que s'il existe des "étrangers originaires d'autres pays" dans l'esprit du tribun napolitano-bernois, c'est qu'il y existe aussi des étrangers de ce pays-ci. Des gens qui tout en étant "Genevois de souche" ou "Confédérés" sont tout de même aussi un peu étrangers ! Parce que trop foncés, ou pas très catholiques, voire les deux à la fois...
    Ou alors, il n'ose pas dire que sa harangue englobante, tout en clamant son amour pour l'entier de l'humanité, en exclut dans les faits une toute partie, oh presque rien, juste quelques dizaines de milliers de personnes, quelques centaines de mille avec leurs familles: les frouzes, les frontals, les moins que rien qui ne sont même pas "étrangers originaires d'autres pays..."

  • Tout a fait d'accord avec M. Rochat.

    Le problème est la densité. Dans ce cas présent elle est insuffisante. Oui au bétonnage de Genève ou cela est profitable (les Cherpines c'est le cas, Les communaux d'Ambilly ou Les Vergers à Meyrin aussi) MAIS construisons dense.

    Ce ne sont pas les immeubles qui tuent la surface agricole, se sont les villas. La densité nous sauvra !

  • Matthieu, derrière l'anonymat de votre prénom, vous pouvez bien exprimer ce qui vous passe par la tête "égoïste, irresponsable" c'est facile et ça évite d'approfondir le sujet. Quant aux frontaliers qui habitent de l'autre côté de la frontière, bon nombre d'entre eux sont ravis d'habiter là où ils sont.
    Si nous sommes privés de logements, pourquoi laisser autant de terrains à certains types d'entreprises ou à des centres commerciaux alors que nous regorgeons déjà de biens matériaux, ce qui n'est pas le cas pour le bien agricole ou bucolique.

  • @marie-France de Meuron: permettez mois de m'étonner... je ne vois absolument pas en quoi l'anonymat de mon prénom (alors qu'il me semble d'une part que je pourrai mettre n'importe quel nom et, d'autre part, que je suis duement référencé sur le site de la TDG - je n'ai simplement pas envie que mon nom apparaisse pour chacune de mes interventions si par hasard on venait à "taper" celui-ci sur google.. il me semble qu'à notre époque nous sommes suffisamment fichés partout pour ne pas en rajouter volontairement...) nous priverait d'approfondir le sujet...?!

    pour le reste je ne suis pas en opposition avec vous... priorité aux logements avant l'arrivée de nouvelles entreprises étrangères... ceci étant, cela ne semble pas être la voie prise par le canton au moment où nous écrivons... je me permets donc d'indiquer que je considère la politique passée et actuelle (j'espère que cela va changer meme si je ne peux qu'en douter) du canton comme irresponsable car elle aura pour conséquence d'accroitre les tensions entre genevois "expulsés" et français "envahis", et égoïste car j'ai comme l'impression que le mot d'ordre est "a quoi bon construire et détruire notre belle nature genevoise quand on peut le faire en France..."

    grand bien fasse genève de rester "bucolique"... mais pas en s'essuyant les pieds sur ses voisins...!

    vous pouvez à loisir demander mon patronyme à Mr Mabut... je n'y vois aucune diffculté...

  • A mon avis, sauf cas de force majeure, il n'est pas bon que les lois empêchent l'économie d'aller de l'avant. Pour la pollution, d'un point de vue global, il faut bien admettre que moins les déplacements sont importants, moins il y en a, même si les logements empêcheront qu'elle soit diluée; or, sa nuisance dépend aussi de sa densité. Il y a du pour et du contre. Pour l'agriculture, il est possible de considérer que l'agriculture de proximité vienne de la Région Rhône-Alpes ou du Pays de Vaud. Sinon, même si les salaires sont un peu bas, il est possible de travailler en pleine nature aux abords français de Genève. Je suis moi-même enseignant en milieu rural et je n'ai que dix kilomètres à faire en pleine nature pour accéder à mon lieu de travail. Or, j'habite à vingt kilomètres du noble canton. Mais il est certain qu'à notre époque, avoir de gros salaires en même temps que l'air de la belle nature est un peu difficile, pour la bonne raison que l'industrie à forte valeur ajoutée est assez polluante, et que la finance même vit de l'investissement dans les entreprises à forte valeur ajoutée. Il faut quand même être cohérent.

  • Merci M. Mabut pour cet éclairage sur la question.
    C'est très juste de souligner que c'est pas forcément évident de se positionner face à ce référendum en tant que personne sensibilisée aux problèmes environnementaux. J'ai moi-même hésité.
    Je vais quand même juste réagir sur un point: cette histoire de construire 50'000 logements sans toucher à la zone agricole mérite d'être un peu mieux fouillée quand même. Avez-vous pris la peine de voir ce qui est vraiment proposé au-delà de l'article mis en lien? ... parce qu'il y a de quoi s'étonner!
    Voici un lien vers ce qui reste de la documentation disponible:
    http://wiki.epfl.ch/lapagva
    Personnellement, je ne comprends pas très bien tout ce qu'il y a sur ces cartes notamment celle de la rubrique "Geneva UC" . Disons franchement que ca semble très critiquable comme "projet". Néanmoins, il y a un détail hautement comique propre à détendre mes neurones perplexes! allez, trouvez-le!

    Cordialement.
    Xavier Favre

  • Si je suis un peu déçu de votre conclusion, je n'en reconnais pas moins que votre démarche a le mérite d'être complète et claire.

    Je me permets tout de même de préciser certains aspects (en plus de ceux relevés par Y. Rochat plus haut), qui pourront - qui sait ? - faire vaciller votre certitude de ne pas soutenir le référendum.

    - Plan Wahlen ? Non, l'esprit n'est pas du tout le même. Il s'agit simplement de garantir un approvisionnement de proximité à l'heure où les ressources naturelles disparaissent dangereusement. Et la proximité, c'est plutôt Cruseilles que Frauenfeld, il ne faut y chercher aucun nationalisme, aucune volonté de fermer les frontières pour le principe.
    Cependant, le débat est un peu vain lorsqu'on sait que ni Genève, ni le Bassin Franco-Valdo-Genevois ne sont autonomes sur le plan alimentaire (et de loin) et qu'importer des denrées alimentaires de loin, c'est ôter la capacité à certaines populations de s'alimenter correctement. (Sans parler des terribles dégâts sociaux et environnementaux que chacun connaît).

    - Le bio et le local, fantasme de bobo friqué ? C'est très discutable pour tois raisons:
    1. Jamais dans l'histoire les gens n'ont payé si peu cher leur nourriture. Augmenter les prix en proportion de la qualité serait sans doute bien plus facile à absorber que les augmentations iniques des primes maladie ou des loyers.
    2. De toutes façons, les ressources disparaissant, le prix de l'alimentaire va augmenter. On aura à terme le choix entre des produits de qualité locaux et des produits bien moins bons importés à grands frais et coûtant le même prix. Il faudra de toutes façons revoir don régime alimentaire et dépenser moins pour de la viande ou des produits transformés. C'est peut-être à ce moment qu'on regrettera d'avoir sacrifié nos meilleures terres pour y mettre des usines ou des "event centers"...
    3. Le plus surprenant, c'est que le modèle coopératif proposé par Cocagne ou les Charrotons n'est pas plus cher que la grande distribution. Les coûts sont répartis différemment. On perd en salaires et en loyer ce qu'on gagne en quantité (tout est livré indépendamment des calibres) et en réduction des intermédiaires et des transports. Nous avons essayé de calculer le prix du marché de nos cornets (impossible vu le nombre de variétés rares livrées) et avons conclu qu'ils sont à peu près dans les prix proposés par Terre&Nature (qui équivalent à ceux de la Migroop).

    - Pour finir, le lien entre consommateurs et producteurs n'est, à mon avis, pas un vain mot. C'est bien sa proximité du centre (tout de même plus de 3 km!) qui est une des valeurs de cette zone agricole. Les coopérateurs s'y rendent à pied ou à vélo, viennent boire un verre ou donner un coup de main, leurs enfants jouent dans les tunnels et apprennent le nom des plantes. Ce serait impossible si les Charrotons n'étaient que 5 ou 10 kilomètres plus loin. Si l'on veut garantir un minimum de qualité de vie et de lien avec la nature, il faut absolument conserver ces zones !

    Cordialement. J. Nicolet

  • Bonjour
    L'urbanité et l'agriculture peuvent et doivent apprendre à cohabiter. Genève en est une illustration évidente, contraintes géographiques et géopolitiques, attractivité toujours plus forte et volonté d'autonomie.
    Anthony Besson à écrit un ouvrage sur cette problématique, il se place à l'échelle de l'agglomération transfrontalière pour explorer une nouvelle voie l'urbagriculture. (le livre c'est "urbagriculture à Genève" http://www.thebookedition.com/urbagriculture-a-geneve-anthony-besson-p-39799.html
    Quoi de plus local que des produits cultivés à l'intérieur même de la ville ?

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