Qu'est-ce qu'être Suisse?

t-shirt-suisse battra la france.pngQu'est-ce qu'être Français? La question mobilise l'opinion dans l'Hexagone depuis qu'un socialiste devenu ministre de Sarkozy a lancé le débat dans la médiasphère. Pas un jour sans que la question ne soit relancée par un journaliste, longuement chroniquée dans les journaux ou "spontanément" perroquêtée par des politiciens soucieux de plaire au prince. Le site internet  www.debatidentitenationale.fr du ministre Besson fait un tabac. L'identité nationale est le sujet du moment. Le divan national est ouvert;on sait que les cures de psychanalyse peuvent durer longtemps.

De quoi sans doute détourner l'attention des Français qui voient arriver les fêtes, le crapaud plat, et en ont un peu marre des rois mages qui les gouvernent et leur jurent que "la crise est derrière nous". Tout le monde l'espère, notez-le! C'est comme pour les bonus, le pire est à venir, car la consommation qu'il faut relancer à tout prix, c'est autant de carbone qu'on va cracher dans l'atmosphère et, selon l'autre pensée dominante du moment, c'est pas bon du tout pour notre avenir commun.

Mais laissons la France à ses états d'âmes. Nous, en Suisse, on n'en a pas. On vote. On vote sur des sujets sérieux: les minarets, le CEVA, les exportations d'armes. La démocratie directe, n'est-ce pas le creuset de l'identité nationale suisse? Qu'en pensez-vous?

A ce propos, je viens de relire quelque-uns des commentaires publiés sous un des derniers billets publiés sur ce blog: Dans quel camp es-tu Mireille? En matière d'identité nationale, ça interpelle comme on dit. Merci à ceux qui ont eu la courtoisie de signer leur messages.

Une précision @ Pascale, s'agissant de Mireille Valette. Je défends sa croisade féministe et je comprends ses craintes, ce qui m'a dérangé, c'est qu'elle a choisi de s'asseoir parmi des gens qui ne sont pas particulièrement connus pour être les défenseurs de la dignté de la femme. Sur ce plan je partage le point de vue de Pascal Holenweg, intitulé Le miracle des minarets.

Pascale écrit encore ceci: "Je suis quasi certaine, qu'avec la prise en compte des peurs existantes, justifiées ou injustifiées, cette initiative aurait pu être balayée raisonnablement. Mais il aurait fallu reconnaître qu'un débat sur notre avenir devait être ouvert à propos des intégrismes divers et variés et comment allions-nous les gérer, quelles seraient nos limites et nos garde-fous."

Ce propos renvoie directement à la question de l'identité nationale, laquelle serait mise en danger par l'érection de quelques minarets ici et là. Elle dit aussi le besoin d'un débat sur notre avenir. Ce qui tendrait à donner raison au ministre Besson qui a ouvert en France un exercice de psycho-thérapie nationale.

Reste que le qualificatif national appartient à la même famille que le mot nationalisme. L'identité relève du dieu Janus. dont l'autre face peut être hideuse, voire dangereuse. On le voit en sport où la haine peut se déchaîner - mieux vaut là sans doute que partout ailleurs. C'est la raison pourquoi je préfère en football la Ligue des champions, qui voit s'affronter des villes (et même désormais des clubs privés), à l'Euro ou au Mondial, où le nationalisme reste par trop exacerbé.

 

PS: Sur la notion d'identité nationale, on lira ici l'intéressante interview que mon confrère Jean-Noël Cuénod a eue avec Gil Delannoi intittulée Comment peut-on être Français ou Suisse? qui plaide pour l'humain multi-identitaire.

Commentaires

  • Au passage...
    La Nation est un concept importé et imposé à la Suisse par les aléas de l'Histoire. L'identité nationale "suisse", c'est une mauvaise question.
    ...au revoir

    :-)

  • " Qu'est-ce qu'être Suisse ? "

    Question intéressante M. Mabut !

    Ce qui me gêne cependant, c'est qu'elle nous soit posée maintenant, aujourd'hui, alors que s'ouvre en France un grand débat sur l'identité nationale. Ce qui me gêne ici, ce n'est point que ce débat soit initié en France par Eric Besson, mais plutôt qu'on cherche à nous l'imposer simultanément en Suisse !

    Serions-nous à ce point à court de réflexions et d'idées sur notre devenir qu'il faille s'inspirer des états d'âme de nos voisins ou plus simplement, serions-nous revenus au début du XIXème siècle à l'heure de l'éphémère République Helvétique calquée sur le modèle français qui nous fut imposé par Bonaparte ?

    Si ce débat sur l'identité nationale a été lancé en France, c'est avant tout pour servir des intérêts politiques, pour tenter de réorienter les actions politiques en fonction des préoccupations des Français, pour tenter d'apporter des réponses à une crise d'identité alors que le traité de Lisbonne vient finalement d'être ratifié. La France se cherche au sein d'une UE de 27 pays et de 400 millions d'habitants qui s'expriment dans des langues très diverses. Les Français commencent à prendre conscience de leur place au sein l'UE, ils en sont un peu désorientés car le jacobinisme ne les a pas préparés à vivre dans la diversité. Si vous ajoutez à cela une immigration mal maîtrisée, il faut bien le dire, il y a de quoi perdre ses repères ...

    Mais la Suisse, que vient-elle faire dans ce débat d'identité nationale franco-français ?

    Si la Suisse n'a peut-être pas de problème d'identité nationale, sauf lors des expositions nationales, c'est-à-dire tous les 25 à 30 ans environ, elle a en revanche un sérieux problème à se poser sur l'avenir de ses institutions politiques. Cette question récurrente n'est jamais abordée et toujours repoussée à plus tard, comme si le temps seul allait résoudre tous les problèmes qui se répètent de plus en plus fréquemment, alors que nos institutions sont mal adaptées pour les résoudre (fonds en déshérence, attaque contre le secret bancaire, problèmes avec l'OCDE, contentieux fiscal avec nos voisins, crise avec la Libye, etc.).

    Avenir de nos institutions, place de la Suisse au sein d'une Europe en construction, sachant que nos voisins resteront les mêmes et que notre situation géographique au centre de l'Europe ne changera pas, autant de réflexions à initier ... Mais qui s'en chargera ?

    Maintenant votre question :

    " La démocratie directe, n'est-ce pas le creuset de l'identité nationale suisse? Qu'en pensez-vous? "

    Cette question, mais aussi le titre de votre billet lui-même, nous renvoient à la pensée de Denis de Rougemont qui dans "La Suisse ou l'histoire d'un peuple heureux" écrivait : "La Suisse c'est l'union dans la diversité" (je cite de mémoire).

    Certes, la démocratie directe est un élément essentiel de l'identité suisse - je partage ici la réserve de M. Adler à propos du terme "Nation" peu approprié à la Suisse -, mais c'est incomplet si l'on n'ajoutait pas aussi la diversité, le respect des minorités, l'art de vivre ensemble dans cette diversité, etc.

    Pour conclure, je poserai une autre question :

    Les Suisses doivent-ils craindre pour leur identité au sein d'une Europe politique ?

    Cordialement !

  • @ JF Mabut

    Bizarre, bizarre ...
    en entendant votre question,
    c'est votre sous-entendu qui se formule (eh!)

    car de fait,

    ces histoires de question d'identité nationale, lancées en France à but politique,

    sont, comme elles le disent : nationalo nationalistes

    et ne sont pas des questions de fédéralisme.

    On sent là comme une grande influence française...

    un peu de lassitude peut-être?
    La fin de l'année approche, on est déprimé? manque de soleil ?

  • Je me méfie de ce genre de question. La Suisse est un pays de coeur. On peut l'aimer sans être de souche. Alors, qu'est-ce qu'être Suisse, est déjà un questionnement qui sous-entende plusieurs manières de répondre. Et c'est souvent qu'une telle question qui ne méritait pas de se poser réveille une certaine fierté mal placé proche de rejet de l'autre qui est différent...

  • A C 2 C S S - Action Communautaire De Contestation Sociale Suisse vous présente ses compliments et vous invite instamment à consulter les diverses dénonciations figurant sur http://barondecuir.blog.tdg.ch, et à y donner bonne suite.

    Ali GNIOMINY

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