CO: Yves Scheller plombe l'initiative 134 malgré lui

Il n'avait pas tort Yves Scheller de dénoncer les dérives de l'enseignement genevois, notamment le "pack" des pédagogues de la Faculté de psychologie des sciences de l'éducation et ses dérives, qui, ayant mis l'enfant au centre de la classe et donc du monde, a fini par faire tourner une bonne partie des profs en bourrique. Mais il fut bien seul, hier soir, devant un auditoire Piaget à demi-plein, venu se forger une opinion à 12 jours de la clôture du scrutin du 17 mai sur la réforme du Cycle.

Sa défense de l'initiative 134 prononcé du ton doctoral du prof du collège - qui rêve au fond d'élèves brillants, à son niveau - a fait long feu. Personne ne l'a vraiment défendu. Au contraire, plusieurs intervenants dans les vingt minutes dévolues aux questions ont fustigé parfois maladroitement l'indiscipline et le bavardage de l'élève Scheller.

La critique était excessive. Elle a presque tourné au procès-d'intention. La tension est telle au sein du sanctuaire des enseignants que le premier déviant devient vite un bouc-émissaire. Le laïc Scheller a failli boire la coupe jusqu'à la lie. Mais au fond, il avait tressé les verges qui l'ont battu en infligeant, au baromètre de la Tribune, un 1 infamant au Cycle d'orientation sur un total de 10. C'était trop pour les profs de ce troisième cycle de l'enseignement obligatoire. Celui de l'âge ingrat. Le doyen des doyens s'est levé pour les défendre.

On ne fait pas ramer des matelots à coups de trique. Surtout lorsque les matelots sont des profs. Les élèves non plus d'ailleurs.

Le ministre socialiste de l'Instruction publique Charles Beer et le député démocrate-chrétien François Gillet qui présida la commission de l'enseignement auteure du contre-projet à l'initiative 134 n'ont pas eu de peine à expliquer le bien-fondé de leur projet. Au point, ils l'ont emporté haut la main. Même si Marc Fischer, président de l'ARLE, moins dogmatique que son compère de REEL, batailla ferme pour exposer les vertus de l'initiative qui veut plus de sélection dès la septième et réintroduit la note de discipline.

Ce que n'ont peut-être pas  compris les initiants, mais on ne peut leur en ternir rigueur, l'initiative 134 a été déposée avant le retour des notes à l'école primaire et la réintroduction du redoublement de la sixième, c'est que le gros des troupes du DIP a changé de casquette. Les tenants de la rénovation de l'hétérogénéïté, de l'élève au centre n'ont plus le vent en poupe.

Charles Beer et la majorité du Grand Conseil ont compris le message des deux votations, celle qui a refusé l'hétérogénéïté en 7e du Cycle et celle qui a réintroduit les notes au primaire. En outre, l'indiscipline d'un nombre croissant d'élèves, la violence, l'irrespect total, et la désinvolture de certains parents ont rendu nécessaire la défense des profs qui menaçaient sans doute de poser les plaques.

Pas au point de donner raison à l'initiative 134, mais assez pour rétablir le Cycle des origines, augmenté d'une bonne dose de soutien des élèves en difficutlé.

Cela ne suffira sans doute pas. Mais la consolidation proposée par le contre-projet, un compromis sans doute, inachevé certainement, est vraisemblablement un premier pas. Il en faudra encore beaucoup d'autres pour affronter les Chinois.

Commentaires

  • La tribune roule pour le CP, on avait compris cela. L'opinion de M. Mabut est la sienne et rien de plus

    la majorité des votants ont compris que la 134 est la seule à même de ramener un minimum d'ordre et de discipline.
    Le CP est de la poudre aux yeux. la copie du CO actuel en fait, rien de plus.
    Regardez les tableaux comparatifs dans la brochure de votation.

    Et si Beer and Co veulent ramener l'ordre, où est leur note de comportement...
    Seulement dans l'IN 134.
    Alors ne nous laissons pas tromper comme en novembre.

  • Chers amis,

    J'ai fait l'effort d'être présent au débat organisé par la TRIBUNE.

    Uniquement pour saluer et encourager mes amis de REEL-ARLE.

    Car pour moi ce genre d'exercice ressemble souvent à une tauromachie inutile.

    Cela n'a pas manqué : quand l'occasion a été donnée au public de POSER des QUESTIONS,

    trois ou quatre intervenants se sont lancés dans une logorrhée destinée à massacrer Yves Scheller.

    Certainement parce qu'il avait été particulièrement clair et persuasif.

    Le modérateur de la TRIBUNE n'est pas intervenu par une motion d'ordre pour rappeler qu'il

    s'agissait de poser de brèves questions et non pas de polémiquer ni de faire le procès d'une personne.

    Yves Scheller s'est bien défendu, avec véhémence. Il le fallait face à la triple mauvaise foi.

    De toute façon, une telle soirée n'est pas de nature à convaincre les auditeurs présents,

    qui savent tous comment ils voteront.

    C'est d'ailleurs pourquoi BEER se permettait de dire souvent n'importe quoi, de façon alambiquée peut-être, mais avec la pose de voix d'un tribun

    pour donner l'impression qu'il maîtrisait le sujet.

    Plus c'est abscons, plus cela paraît profond.

    La diarrhée des mots, la constipation des idées.

    Légèrement plus important : comment le rédateur de la TRIBUNE rendra-t-il compte du débat ?

    Et encore.

    Le front de la bataille est ailleurs.

    Cordialement,

    Freddy Koopmans

  • A chacun sa vision....M.Mabut a la sienne qui me semble bien "sectaire". Où est l'objectivité du journaliste?

    Je n'ai pas eu du tout la même impression, au contraire. M.Beer et M.Gillet n'étaient pas à la hauteur, contrairement à Messieurs Scheller et Fischer.

    La cabale organisée contre Scheller était manifestement téléguidée...!

    Ce qu'il en ressort à mon sens: le CP met l'accent sur des passerelles....or ni Beer ni Gillet n'ont été capables de les expliquer concrètement....Gillet avoue même que leur mise en place est encore floue et que ce sera au règlement futur de clarifier ce point!!!!

    Bref, les citoyens voteraient pour un CP que les auteurs eux-mêmes sont incapables d'expliquer....on leur donnerait un chèque en blanc en quelque sorte...faites-nous confiance...

  • Un élève en difficultés d'apprentissage ne peut doubler qu'une fois pendant ses huit premières années de scolarité primaire. Comme les difficultés apparaissent souvent à l'apprentissage de la lecture, l'élève utilise ce "crédit" à ce moment. Puis il "passera " automatiquement les degrés suivants. C'est pour cette raison que le redoublement de la 6 P n'est pratiquement plus possible. Et c'est précisément dans le but d'offrir une possibilité supplémentaire de mise à jour de ses connaissances qu'une classe de transition est prévue par l'ini 134. Le CP n'offre quant à lui aucune possibilité de rattrapage pour ces élèves en rupture scolaire.
    J'ai retenu de ce débat que ni M Beer, ni M Gillet n'ont pu expliquer ce que seront les fameuses " passerelles " de 4 semaines qui sont pourtant présentées comme le fer de lance de leur CP. " Tout reste à construire " déclare béatement M Gillet. En définitive, le CP ne changera rien au CO d'aujourd' hui, on prend les mêmes et on recommence. Circulez, y a rien à voir.

  • Encore une fois certaines personnes du public sont intervenus juste pour attaquer la personne de Yves Scheller. Ceci est inadmissible et ils étaient d'une mauvaise foi impardonnable.De quoi s'énerver!
    Ils n'ont pas posé une SEULE question. Le modérateur aurait d'ailleurs dû les remettre à leur place.
    Pourquoi réagissent-ils ainsi ?
    Sans doute par manque d'arguments.
    L' initiative est contraire au "politiquement correct" si à la mode de nos jours. L'IN 134 dérange.
    Mais elle est le meilleur moyen pour remettre le CO sur les rails. Les opposants ont juste peur d'assumer leur responsabilité.Ils préfèrent rester dans le flou, comme cela on peut continuer à bricoler.
    Sans cette initiative d'ailleurs personne n'auraut eu le courage d'attaquer le problème de l'école genevoise au niveau du secondaire I.
    La seule chose que M. Beer a fait c'est d'organiser la CO1 qui a pondu un rapport inutilisable et qui a coûté cher au citoyen.
    Et sa présidente est devenue directrice d'un CO.

  • Stupéfiant Monsieur Mabut!

    Vous vous offusquez du parler franc d'Yves Scheller et restez de marbre devant la mauvaise fois effrontée de Monsieur Beer qui brandit la quatrième position à PISA des Genevois allophones et "oublie" de dire que cette quatrième place est la dernière, partagée à égalité avec un autre canton!

    Vous restez aussi serein devant la totale incapacité à donner un scénario d'application du point fort du contreprojet que sont les passerelles.
    Autant de séances de travail pour en arriver là? Même pas une idée claire sur ce qu'on présente au peuple comme l'idée maîtresse de l'orientation promotionnelle?

    Mieux vaut selon vous tenir des discours lénifiants plutôt que de dire les choses comme elles sont?

    Le débat de ce soir plombe et démasque le contreprojet car il a mis en évidence sa totale vacuité et son caractère insidieusement sélectif.

    Quant à l'équilibre entre le temps de parole de la table et celui de la salle, il est très regretable que des nombreuses questions aient dû laisser la place à des déclarations vibrantes telles que celle du directeur véxè d'avoir entendu ce que Yves Scheller n'a pas dit.

  • Que faire? Comment voter et comment enseigner? En tant que prof au post-obligatoire, plus exactement à l'Ecole de Commerce (qui semble être devenue la nouvelle voie de garage du post-obligatoire.), ce débat m'a captivée. Des élèves commencent à me tutoyer... pourquoi pas? Sommes nous arrivés à une nouvelle phase de l'humanité dans laquelle on causerait d'égal à égal et pour laquelle le contre-projet serait approprié ( à ce stade), ou alors faut-il en effet resserrer drastiquement la vis face à des enfants en manque de repères clairs?

    En tant que prof qui veut le meilleur de ses élèves (par ailleurs "faibles") suis d'accord avec Scheller (en espérant que les prétendues affinités avec le MCG ne sont qu'anecdotiques) et ai détesté la mauvaise fois des intervenants à son égard au sein du public, mais suis pas sûre de la solution proposée. A part ça Gillet avait l'air sympa et également de bonne foi.

  • Je n’ai jamais vu M. Scheller, et apprécie beaucoup mes collègues en faveur de l’IN 134, bien que j’aie un autre avis. Mais je ne pouvais pas du tout être d’accord avec certaines des affirmations de M. Scheller « un élève qui se plante se plante »..etc. C’est trop catégorique ! Chaque enseignant a pu constater l’évolution immense de certaines élèves ! A n’importe quel moment ! Où est la bienveillance sans laquelle aucun enseignant ne peut aller en classe tous les jours ? Je ne suis pas fan des maîtres à penser de la FAPSE qui me semblent bien loin de la réalité des classes, et pourtant, je ne peux pas non plus être d’accord avec la vision trop étriquée de l’école que M. Scheller a défendu- et n’avais pas du tout l’impression d’un kabbale anti- scheller ! Il s’est disqualifié lui-même.

  • Pour recréer le CO des origines en l'augmentant d'une bonne dose de soutien aux élèves. Il y a du travail et il y faudra des moyens dans les classes. Le CO n'était pas fait pour les maîtres mais pour les élèves contrairement à qu'ont dit les pédagogues illuminés qui jadis réunis en conclave aux Diablerets, ont cru mettre l'élève au centre. Aujourd'hui le CO et le DIP croule sous le poids de la bureaucratie. Le CO est fait pour des directeurs de plus en plus nombreux, des théoriciens de la pédagogie, des administrateurs, des hommes-femmes ressource de tout poil. On peut calculer le nombre d'élève par prof c'est facile mais le nombre de directeurs, encadreurs, psychologues, spécialistes d'inutiles matières, par prof et par élèves, n'est jamais calculé. Pourquoi ? Il y aurait là quelques menues économies à faire, ne serait-ce qu'en remettant devant les élèves quelques donneurs de leçons pédagogiques qui s'y prendraient, à les entendre, beaucoup mieux que ceux qui aujourd'hui font le travail.

  • Il est triste de constater comment on en arrive à tresser les verges pour se faire battre. Si la cause est bonne, les gens qui la servent ne sont pas toujours à la hauteur. Vu les bisbilles au sein de ces deux associations, le manque de sens politique pour convaincre et le fait de se tirer dans les pattes, il y a eu perte de crédit à leur égard de la part de la population.

    Et ça, c'est dommage, car cela donne du terrain aux adversaires, qui tiennent de toutes façons le couteau par le manche. Pauvres élèves de se voir ainsi traités comme des molécules dans un laboratoire!

  • "le nombre de directeurs, encadreurs, psychologues, spécialistes d'inutiles matières, par prof et par élèves, n'est jamais calculé. Pourquoi ?"
    C'est une excellente question! Il ne serait pas surprenant de constater que GE est championne suisse en la matière. Les bureaucrates en tous genres sont bien trop nombreux et accrochés à leurs privilèges! (et pas seulement au DIP, dans tous les départements)

  • Dans la presse, initiants et tenants du contre-projet sont d'accord sur l'analyse de l'état du CO: ça ne va pas!
    Pour le remède, le contre projet est intéressant: un peu comme un ingénieur en génie civil, face à une maison lézardée dans ses structures mais encore debout à l'Aquila, qui déclarerait qu'il lui faut un crépi neuf. Bien le bonjour lors de la prochaine secousse!

  • Cher Monsieur Mabut,

    Je crains que vous ne soyez un peu trop optimiste en disant que les autorités du DIP et les députés ont compris le message. En réalité si vous en avez la patience, lisez de près le texte du contre-projet, et comparez avec le cycle actuel. Les ressemblances, en dépit de corrections éparses, sont frappantes.

    En réalité, l'establishment politique réinvente l'existant. Et ne règle rien, mais reconduit les problèmes.

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