Deux patrons de presse face-à-face

pillard.jpgADLER_Tibre.jpgCe mercredi soir, à l'Institut national genevois, ils étaient plutôt côte à côte que face-à-face. Le Genevois Tibère Adler, patron d'Edipresse (Tribune, 24 Heures, Le Matin, une petite moitié du Temps et un bon morceau de GHI), et le Vaudois Daniel Pillard, patron de Ringier Romandie (L'Hebdo, l'Illustré, TV8, une autre petite moitié du Temps), ne sont certes pas dans la même galère, mais bien dans la même escadre, celle d'une presse - Edipresse et Ringier sont originellement des imprimeurs - qui n'a plus le vent en poupe.

Ringier a complètement raté le virage des gratuits et Edipresse se bat vaillamment avec le Matin bleu, mais c'est 20 Minutes (racheté à l'arraché et cher par le Tages Anzeiger) qui mène le bal et dicte sa loi. 1,4 millions de lecteurs par jour, ça impressionne les annonceurs. Le Matin bleu a beau dépasser son concurrent en Suisse romande, qui des deux survivra? La réponse est naturellement restée sans réponse. pour le patron de Ringier il n'y en aura qu'un en Suisse romande et deux en Suisse alémanique (cinq gratuits actuellement à Zurich).

ça tangue donc énormément, mais les deux capitaines ont l'optimisme chevillé au corps. Rien n'est perdu! Il y aura sûrement moins de canards dans 5 ou 10 ans en Suisse romande, mais personne ne s'est hasardé à pronostiquer les prochaines victimes.

C'est que la concurrence est rude. Tout le monde se précipite désormais sur l'internet, les seniors y compris. Et la tendance est d'y trouver presque tout le contenu du journal gratuitement. Les gens restent pourtant attachés au papier, les jeunes (les gratuits) comme les plus âgés (les payants). Pour combien de temp? Imprimer et distribuer du papier coûte les yeux de la tête. Déjà certains journaux américains ont basculé du print au web.La Suisse est très conservatrice. En Pologne la pub sur le web dépasse celle des magazines. Chance ou agonie plus longue? Les Suisses sont très conservateurs. Il y a encore beaucoup de quotidiens et beaucoup d'annonces en comparaison internationale.

On serre donc les boulons. Mais la qualité a son prix. Oui et les journaux de qualité disparaissent, lance quelqu'un dans le public. Pas d'accord rétorque Adler: "La qualité, c'est savoir s'adapter parfaitement au public rechercher!" Une phrase qui vaut son pesant de stratégie marketing. En outre, il en faut pour tous les goûts et pour toutes les bourses.

On étudie des rapprochements. Mais "big n'est pas forcément beautiful. La presse c'est comme un théâtre ou une équipe de foot. Ce n'est pas parce que vous fusionner Liverpool et Arsenal que vous faites une super équipe." Tibère Adler espère que les Suisses sauront serrer les coudes. La Suisse ne doit pas se retrouver dans la situation autrichienne où tous les éditeurs sont allemands. L'ange de la commission de la concurrence a survolé le débat sans bruit.

On parie sur l'interactivité, les blogs, les commentaires des lecteurs qui deviennent des acteurs de plus en plus exigeants.

On recherche de nouveaux modèles économiques capables de se substituer au lecteur qui ne veut pas payer le prix de l'information et des annonceurs qui sont séduits par plein d'autres supports. le modèle Betty Bossy fait rêver Daniel Pillard: "L'abonnement est à 20 francs par an, mais chaque abonné commande pour 80 francs de produits dérivés."

Un bémol. Le débat a passé comme chat sur braise sur ce qui fait la principale raison d'être des quotidiens et magazines généralistes. Ils ont été longtemps le revers d'une médaille dont l'avers est la politique. Or la médaille se ternit. Les citoyens sont d'abord des consommateurs et des hédonistes. La politique n'est pas leur premier souci. C'est de cette distanciation dont la presse souffre au premier chef. Augmenté du fait que désormais le débat politique se déplace sur les médias électroniques: radio, télévision, sur le net, dans les blogs et sur les réseaux sociaux.

Commentaires

  • Lors du débat, il a été fait allusion à plusieurs reprises à la déontologie et au professionnalisme du journaliste, qui consiste notamment à séparer clairement le fait du commentaire. C'est la base des cours de journalisme de l'école anglo-saxonne, mais c'est à mon avis purement artificiel, tant le choix des faits énoncés peut en soi être orienté et le commentaire au contraire objectif.
    Par ailleurs, un énoncé des faits réellement balancé dans un article est souvent mal vu. Il faut un angle, un point de vue. C'est ce que répète régulièrement les réd en chef et lorsque le point de vue peut paraître incertain, l'article est jugé mauvais et inintéressant.
    De même, il me parait faux de juger l'intérêt et encore moins la qualité d'un article au nombre de commentaires ou à la polémique qu'il suscite. Le cas des blogs est particulièrement significatif, mais c'est aussi vrai pour les articles "maison" qui paraissent sur le net... Il est extrêmement facile de déclencher une avalanche de commentaires sans rien apporter à personne. Il suffit pour cela de choisir un sujet polémique et le MCG s'en est fait une spécialité.
    Une sociologie du blogueur/commentateur serait fort pertinente à cet égard. Quelle est la proportion de chômeurs et de gens ayant du temps à perdre, de misanthropes et d'aigris ? Ils ne représentent en tout cas pas la population ni même le lectorat dans son ensemble. Pas plus que l'électorat. On l'a bien vu à l'élection de la constituante. Et je suis impatient de voir les résultats du 8, car si l'on devait en croire les blogs de la Tribune, le non l'emporterait à 3 contre 1. Fort heureusement, j'en doute fort.

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