Le prénom de Big Brother est souveillance

 

Le 5e écran, c'est l'image qu'a choisi Bruno Marzloff pour qualifier la Ville numérique de demain. fondateur du Groupe Chronos, auteur de plusieurs ouvrages dont Mobilités , Trajectoires fluides et Du Web à la ville, ce Français est co-pilote du chantier Villes 2.0. Il a présenté vendredi après-midi 23 novembre quelques usages originaux du mobile qui désormais tissent des fils virtuels entre l'individu déambulant et son environnement.

 

Avec mes prothèses communicantes, je construits mon web, je bâtis ma réputation, je suis géolocalisable en tout temps, je partage mes bons plans, mes coups de cœur et mes écœurement aussi. Bref je suis un média. Perméable à mon environnement, je reçois des infos des bornes interactives, des affiches "parlantes", des mobiles que je croise et bientôt des milliers de puces (rfid) furtives qui vont s'immiscer partout, dans mes vêtements, sur mon vélo, dans ma voiture. Et que je pourrai même accrocher à mon balcon pour diffuser au voisinage le temps qu'il fait chez moi. Bref ma ville n'est plus muette et anonyme, agressive et angoissante. Ma ville communique au travers de mes semblables qui, comme moi et l'escargot ou le chat, vont tout soudain transporter et communiquer leur coquille ou leur aura sociale.

 

5e écran? Marzloff dit: Le cinéma est un écran passif, fixe, mais collectif. La TV est un écran passif réduit au cercle privé de la famille. L'ordinateur est un écran interactif personnel, peu mobile. Le téléphone mobile est un écran hyperprivé très baladeur. Le 5e écran est à venir et sera animé, nourri par le contenu de votre PC et de votre mobile que vous souhaitez rendre public.

 

Déjà des expériences existent:

  • Wikicity offre aux passant des écrans d'ordinateur géants tactiles intallés comme des plans de ville.
  • Tisséo à Toulouse incruste les visages des voyageurs des transports publics dans des oeuvres d'art projetée sur écran.
  • Dans le quartier de Ginza à Tokyo, ubiquitous communicator adapte l'information des affichages en fonction de vos intérêts que fait connaître votre mobile à votre environnement.

  • Dash reçoit des infos sur l'état du trafic envoyé par les usagers et leur renvoit le meilleur itinéraire régulièrement remis à jour en fonction des lieux de départ et d'arrivée, de l'heure, de la météo, des accidents, des travaux, etc.. La RATP à Paris étudie un tel système étendu aux transports publics.
  • Plus basique mais pas moins utile, wifimobile signale l'entrée dans une zone connectable.
  • Match (Multimodal Access to City Help), enfin, est le projet d'ATT qui permettra d'accéder à tous ces services de vive voix.

 

Et la souveillance dans tout ça? Il faut questionner Marzloff pour en découvrir le sens. Question donc: Ces nouveaux services actualisé en permanence, cette géolocalisation des enfants sur le chemin de l'école, ces puces d'identité que trimbalent déjà nos toutous (attention chien méchant hurle votre mobile dans votre poche), mais aussi les camions et les voitures qui passent sans s'arrêter devant les portiques de péages autoroutiers. Ces mille et un fils invisibles des réseaux sociaux virtuels. Et si une entreprise, un parti, l'Etat s'en emparait?

 

La réponse, explique le conférencier, vient une fois de plus du monde anglo-saxon qui nous propose d'utiliser le mot français souveillance.

 

La souveillance est à la surveillance ce que le tricot est au prêt-à-porter ou si vous préférez ce que le bottom-up est au top-down. Elle dépend de nous. Ainsi la seule parade que nous propose les technophiles pour échapper au contrôle des puissants c'est de jouer à notre niveau le rôle du grand frère qui signale les abus, dénonce les violations à la règle, enseigne les bonnes pratiques, montre l'exemple en se comportant en honnête homme.

 

Est-ce si rassurant? Le village globale et sa sociabilité furtive ne risque-t-il pas de rétablir la chape de plomb et le contrôle social des villages d'antan?

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