Squatteurs-Blocher: même peuple?

Qu'est-ce qui est à la base de la démocratie? La question rebondit en marge de l'affaire des squats qui défraie la chronique en ce mois de juillet un rien maussade.

 

Le dernier communiqué de la communauté Rhino (lire ci-dessous) vaut son pesant de leçon politique. Elle oppose les tenants de l'occupation durable des immeubles au député UDC et viticulteur de Satigny Eric Levraz.

 

Dans une interview publiée ce lundi par notre confrère Le Matin, le ci-devant Eric Leyvraz (et non Christian Leyvraz comme l'écrivent les squatteurs) rappelle que "le respect de la propriété privée est à la base de la démocratie". Ce qui fait hurler nos démocrates sans toit ni loi, qui défendent, eux, que la démocratie résulte exclusivement de la volonté du peuple?

 

On croirait entendre Christophe Blocher, qui, à tout bout de champ, invoque le peuple contre les institutions (Conseil fédéral, Parlement et même votations populaires). Les squatteurs comme Blocher ne craignant pas pour les besoins de leur cause de créer à l'occasion un peuple mythique dont la volonté ne s'exprimerait pas au travers des urnes mais par leur seul bouche éclairée. Evidemment il ne s'agit pas du même peuple. Dans la droite ligne de son mentor, le député UDC de Satigny dérape à son tour. Il ne craint pas d'autoriser l'Etat à bafouer la loi lui aussi, en déclarant: «Je ne vois pas pourquoi il faudrait respecter la loi envers ceux qui la bafouent». Bel exemple de civisme asséné par un élu!

 

Pascal Couchepin n'avait pas hésité à qualifier ce genre de dérive de dictature.

 

Le communiqué des squatteurs:

"A Guantanamo avec Christian LEYVRAZ
"A lire les déclarations de Christian (ndla: en fait Eric, les squatteurs font une erreur) LEYVRAZ dans Le Matin du lundi 23juillet, on se demande s'il envisage d'ouvrir un camp du type Guantanamo en nos bonnes terres genevoises. Il affirme en effet: "Je ne vois pas pourquoi il faudrait respecter le loi envers ceux qui la bafouent".
L'idée n'est pas nouvelle, mais on félicite Christian LEYVRAZ de l'avoir récupérée dans les tiroirs totalitaristes. Le citoyen doit respecter l'Etat, mais l'Etat n'est plus tenu de respecter le citoyen! plus besoin de respecter la loi envers ceux qui la bafouent!
Plus besoin de s'embarrasser de légalité, de proportionnalité! Vous fumez un joint? Votre chien lâche une crotte sur le trottoir? Vous faites du bruit la nuit ? Vous ne payez plus votre loyer? Vous roulez à 40 dans une zone30? Vous ne respectez pas la loi, donc vous ne méritez pas le respect de la loi. L'Etat pourra faire de vous ce qu'il voudra. Prison? Torture? On fait confiance à l'imagination de Christian LEYVRAZ pour que les futurs détenus de notre Guantanamo à nous n'aient pas le temps de s'ennuyer!
Mais le pire des crimes, pour Christian LEYVRAZ, c'est l'atteinte à la propriété privée, hissée au rang de premier commandement de la démocratie. Il scande: "La base de la démocratie est le respect de la propriété privée".
Non Monsieur LEYVRAZ! la base de la démocratie, c'est que le peuple puisse décider souverainement de son avenir en respectant la dignité des femmes et des hommes qui le compose.
Non Monsieur LEYVRAZ, le pire des crimes, c'est le vôtre: faire croire que la démocratie doit oublier les droits de l'homme pour anéantir celles et ceux d'entre nous qui, par leur comportement, remettent la loi en cause. Pourquoi le pire des crimes? Car il nie l'essence de la dignité humaine et donc tue la démocratie.
Pierre BAYENET Avocat"

Commentaires

  • Bonjour, permettez-moi d'intervenir en ma qualité de membre du Bureau directeur de l'UDC Genève pour vous faire part du point de vue de celle-ci:

    1) M. Leyvraz s'est exprimé à titre personnel, et non comme représentant de l'UDC Genève.

    2) M. Leyvraz n'est pas juriste, mais vigneron. Le "Matin" s'est gardé d'aller interroger sur la question un des juristes membres des instances dirigeantes de l'UDC.

    3) Pour cette raison, M. Leyvraz n'a pas perçu le caractère insidieux de la question qui lui était posée : il n'y a en effet rien d'illégal à interpeller des malfaiteurs et prétendre que le Ministère public n'aurait pas ce droit relève de la pure mauvaise foi.

    4) L'UDC persiste à prôner le respect de l'Etat de droit et celui des libertés individuelles recouvert par celui-là. Elle n'a de leçon à recevoir de personne sur le "véritable sens de la loi". Les délinquants interpellés ont droit à un procès équitable et à des conditions de détention humaines, ce qui n'est remis en cause par personne. L'UDC ne voit pas quelles autres garanties devraient être fournies aux malfrats du Rhino.

    5) L'UDC encourage la justice et les autorités à continuer à prendre conscience que les règles d'un Etat de droit s'appliquent aussi à Genève. Il reste 27 squats en activité dans le Canton: il convient aussi d'en interpeller les protagonistes, pour mettre fin simplement à la commission d'infractions pénales, ce qui constitue non seulement le droit mais le devoir le plus élémentaire des instances pénales.

    Soli Pardo

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