• Une tour pour gagner du temps

    Neuf tours de 75 à 175 mètres de haut. Mais quelle mouche a donc piqué le Conseil d'Etat se demandent les amoureux de l'horizontalité genevoise qu'imposent à leurs yeux le plan lémanique et les monts qui s'étirent tout en langueur aux extrémités de notre cuvette glacière?

     

    Longtemps les tours de la cathédrale furent seules à désigner le ciel ou plutôt les cieux à l'attention des croyants. Puis vint le jet d'eau, avatar débordant, à l'origine, d'un réservoir chargé de maintenir la pression dans le réseau des eaux publiques. Bien plus tard, la tour banale de la TV et, bien plus loin, celles du Lignon ou de Carouge. Et puis plus rien.  

     

    Cette rupture soudaine avec le plancher des vaches s'est peut-être imposée au Conseil d'Etat moins pour des raisons urbanistiques que pour des raisons politiques. Nombre de citoyens et d'architectes ont à Genève concoté des projets de tour. Hélas sans lendemain.

     

    Certes la construction d'une tour fait gagner de l'espace. Elle offre surtout à ce gouvernement le moyen de laisser, d'ici trois à quatre ans, une trace virile dans l'histoire, tout en donnant du temps, beaucoup de temps pour aménager pico bello le reste du périmètre de la Praille Acacias, à la sauce genevoise. De quoi rassurer les entreprises et leurs employés qu'on imagine un brin préoccupés depuis l'annonce de ce grand chambardement urbanistique.  

  • Une tour de 175 mètres

    Enfin un peu d'audace et d'élévation dans le ciel genevois! Bravo au Conseil d'Etat d'oser proposer aux Genevois la seule voie qui permettra au canton de préserver au maximum ses espaces verts. La seule aussi qui évitera à Genève de finir ses jours dans son conconning lémanique, comme n'importe quelle ville d'eau. Pour voir le projet de la Praille cliquez sur ce lien 

     

    Espérons dans la foulée que notre gouvernement aura l'audace de proposer une nouvelle traversée de la rade. Il suffit de circuler quotidiennenent sur l'autoroute Verxois Bardonnex pour savoir qu'une nouvelle artère autoroutière s'impose entre le réseau suisse et le réseau français. L'ancien conseiller d'Etat Philippe Joye propose une solution bien séduisante.

  • Réforme avortée en ville, pourquoi?

    La presse et la politique ne courent décidément pas la même course. La première voudrait voir s'enchaîner les 100 mètres et tenir chaque jour au bout de son objectif des vainqueurs à célébrer et des vaincus à introspecter. La seconde trottine des marathons, parfois sans fin.

     

    Il a fallu deux générations pour créer effectivement une assurance maternité en Suisse. La rénovation de l'école primaire à Genève a mis plus de dix ans à se concocter et à s'expérimenter avant de s'effondrer. Depuis combien de temps sait-on que la matu à 18 ans s'imposera sans oser la mettre en oeuvre? Le redressement des finances publiques tient plus à l'embellie conjoncturelle, hors du champ d'influence de nos politiciens locaux, que de leur zèle à reconfigurer un Etat svelte et champion de la productivité. Quant à la réforme des communes, elle tient de l'Arlésienne.

     

    Voilà pourquoi la bande des "quatre plus un" n'a réussi qu'à faire apparaître ses chamailleries et son incapacité à réformer la manière de gouverner la Ville.

     

    Il y a deux ans, le Conseil d'Etat nous l'a jouée plus finement en chamboulant les départements. Au point qu'aujourd'hui encore on ne sait pas qui s'occupe de l'économie - c'est Unger qui a perdu l'aéroport. On ne sait pas non plus de quoi s'occupe Muller, à qui Cramer a chipé le navire amiral de l'aménagement du territoire. On sait, certes, que Moutinot est empêtré dans la police, mais on se demande qui gouverne la Justice. Beer navigue à vue dans le DIP, mais quelle ambition a-t-il pour les HES ou l'Uni embarquées sur la mer agitée de Bologne? Quant à Hiller, des bénéfices conjoncturels retardent son épreuve du feu. Puisque c'est lui - aberration suprême - que l'on encense ou que l'on honnit selon que le compte est bon ou pas.

     

    Nos gouvernants se partagent les dicastères et créebt des Comités interministériels, moins pour mettre un collègue sous tutelle que pour améliorer la réalisation d'une politique. La délégation est une bonne manière de gouverner en collège. Arthur Andersen avait insisté sur ce mode de fonctionnement de nos autorités, il y a maintenant 12 ans. En deux mots, le consultant international mandaté par le peuple à la suite de l'initiative du groupement Halte aux déficits disait ceci au gouvernement: Arrêtez de vous occuper des détails de la gestion au quotidien et passez votre temps à convaincre vos clients que sont les citoyennes et citoyens qui vous ont élu et qui vous paient.

     

    Hélas, l'administration genevoise est tombée dans cette perversion que nombre de décisions remontent aux Exécutifs politiques. Ce n'est pas complètement de sa faute. Souvent, c'est la loi qui le veut ainsi. Et qui fait la loi? Le Grand Conseil. En fait notre grand corps malade n'est pas seulement l'administration et ses chefs que ses mandants - les députés et les conseillers municipaux- qui les noient sous des montagnes de questions insignifiantes. Nos parlements de milice auraient déjà bien à faire en se cantonnant à donner les axes majeurs des politiques et à contrôler que le cap fixé est bien tenu.

     

     

  • Maudet karcher, Pagani sourit

    Comment nettoyer la ville et assurer la sécurité des biens et des personnes quand on ne détient pas de pouvoir de police? Chacun sait que les sympathiques agents de sécurité municipale sont juste capables de surveiller les marchés, mais pas d'attraper les chiens qui souillent les trottoirs, les cyclistes qui circulent comme si l'espace public était à eux ou les voitures qui parquent en double file ou empêchent les TPG de rouler en cadence. En écopant du dicastère de la salubrité et de la sécurité et des nouvelles technologies, le jeune radical est face à un redoutable défi.

     

    Tout aussi périlleuse sera la participation de l'élu ultraminoritaire à un Comité de tutelle -- pardon de facilitation politique -- du gauchiste Rémy Pagani, nommé ministre de l'Aménagement en Ville de Genève. Un ministère, soulignons-le, sans pouvoir (l'aménagement est une compétence cantonale), mais pas sans pouvoir de nuisance. Coincé entre le héraut de la défense des quartiers et des squatteurs et le confirmé ministre de la Culture Patrice Mugny, Pierre Maudet risque bien d'être minorisé ou accusé par ses pairs de faire le jeu de la gauche, à moins de rompre la collégialité.

     

    En fait, toute cette construction laborieuse ne fonctionnera que pendant deux ans. En automne 2009, Cramer quittera le Département du Territoire à moins que la pression contre le cumul des mandats ne précipite une démission du gouvernement. Le départ de Moutinot, déjà au bout du rouleau, fait déjà naître d'amères espérances dans le coeur de Manuel Tornare. Il y a fort à parier qu'il se fasse souffler la place par une femme. Purro, Salerno et Kast sont sur les rangs. Lot de consolation, Tornare sera maire en 2008-2009. A lui, d'ici là, de faire passer une loi au Grand Conseil qui pérennise cette fonction durant quatre ans.

     

    Balai neuf balaie bien, dit le dicton. Sauf que les conditions dans lesquelles cette répartition des charges s'est opérée augurent mal de l'avenir. Le Conseil administratif ne cache pas dans le communiqué officiel de la Ville que "les attributions des départements ainsi que le répartition des services ont nécessité un certain nombre de votes." Sans dire lesquels, la transparence a ses limites.

     

    A noter aussi que le blog de Pierre Maudet n'a pas été actualisé depuis le 30 avril. Cliquer sur les mots sécurité et d'aménagement pour connaître son programme. En revanche, rien sur la salubrité. Rien non plus sur le site des radicaux de la Ville, même si une ville plus propre et plus accueillante fut un de leurs slogans de campagne.

     

     

     

  • De bonnes raisons d'être contre la 5e révision de l'AI?

    Samedi dernier, c'était, outre le 20e des Caves ouvertes à Genève, une journée d'action contre la 5e révision de l'AI. Je suis tombé tardivement sur le communiqué du comité contre cette révision et vous en livre ici l'essentiel. Intéressant, non!?

    Depuis sa création en 1960, l’assurance invalidité a pour mandat de réintégrer les personnes handicapées dans le monde du travail plutôt que de leur verser une rente. Au lieu de se demander pourquoi les Offices AI n’ont pas réussi à remplir ce mandat, la 5e révision LAI propose de doter cette infrastructure d'un demi-milliard supplémentaire et d'augmenter de manière unilatérale la pression sur les personnes handicapées. En l'absence de mesures concrètes et efficaces pour augmenter les places de travail pour les personnes handicapées, l'intégration restera un vœu pieu. Les personnes handicapées veulent s’intégrer dans le monde du travail et se battent au quotidien pour vivre de manière autonome. Il est choquant de constater que même auprès des employeurs publics la proportion de personnes handicapées employées par les administrations fédérale et cantonales est dérisoire : Confédération : 45'000 fonctionnaires – 215 postes de travail pour personnes handicapées. Pourcentage des employés handicapés dans l’administration cantonale : Fribourg : 0.2% sur 4'900 employés, Genève : 0.9% sur 13'637 employés, Neuchâtel : 0.8% sur 2’400, Valais 1% sur 3'200 employés. La 5e révision LAI ne prévoit aucune mesures incitatives ou contraignantes pour les employeurs, c’est pourquoi les personnes handicapées et toutes leurs associations refusent cette réinsertion-alibi qui ne leur offrira finalement ni travail, ni rente.
  • Aie, l'AI se casse la figure

    Les quelque 130 invités des Syndicats patronaux ont failli attendre lundi soir l'arrivée de Pascal Couchepin. Le conseiller fédéral en tournée pour défendre la 5e révision d'une Assurance invalidité surendettée en raison de l'explosion du nombre des invalides psychiques devait simultanément être sur le plateau de Leman bleu et au 98 rte de Saint-Jean. Mission impossible. Le Conseiller fédéral a évidemment choisi les feux de rampes avant de venir discourir devant un parterre acquis à sa cause. Une prestation sans contradicteurs, ni du côté des handicapés, qui réclament des quotas d'embauche, ni de celui de l'UDC qui tire à vue sur les abus.

     

    Jouant les Monsieur Loyal, Michel Barde fit donc patienter l'assistance en passant la parole à Blaise Matthey, son successeur à la tête de la FER, et le ministre de l'économie et de la solidarité François... Longchamp. Tous deux entonnèrent des discours de circonstance. La situation de l'AI est catastrophique. Si rien n'est entrepris, la débâcle pourrait menacer l'AVS elle-même.

     

    Le message est clair. Il s'agit de rameuter les ainés pour s'assurer une victoire le 17 juin prochain. Il faut vaincre les activistes des milieux handicapés, qui en veulent plus que ce que l'économie peut offrir, et qui ont réussi à embarquer les syndicats et les socialistes dans leur référendum. Des traitres ceux là - les syndicats n'ont jamais réclamé d'introduire des quotas d'embauche dans les conventions collectives! Le mot traitre n'est pas prononcé, mais il transpire dans les propos de Pascal Couchepin. Le ministre des affaires sociales n'a toujours pas avalé le piège tendu par les socialistes et l'UDC qui, étrangement unis, ont fait capoter l'augmentation temporaire du financement  de l'AI concocté par les partis centristes.

     

    Reste que la situation est objectivement grave. L'AI a vu le nombre de ses rentiers passer de cent mille en 1990 à 260'000 aujourd'hui. Des rentiers toujours plus jeunes de surcroit, pour qui il faudra dépenser un million de francs pendant 35 ans, avant que l'AVS ne prenne le relais. Intolérable. D'où le thème répété de la 5e: la réinsertion prime sur la rente. Il faut certes lutter contre les abus, mais il faut surtout remettre les invalides au boulot et faire quelques économies. Puis, cette étape franchie, revenir aux Chambres avec une hausse temporaire de la TVA (on parle de 0,7%) pour renflouer le trou de 10 milliards qui augmente au rythme de 4 à 5 millions par jour.

     

    Mais pas question pour les patrons d'instaurer des quotas d'embauche pour les handicapés. Le droit opposable à l'emploi cher à Sarkozy n'est pas la tasse de thé des patrons d'ici. "Il faut compter sur la culture de responsabilité sociale des entreprises suisses", veut parier Pascal Couchepin, qui craint tout de même que les entreprises passées en mains étrangères n'héritent pas de cette culture. Pas question non plus, histoire d'encourager l'emploi des handicapés, d'alléger les charges sociales des entreprises ou de subventionner les emplois handicapés sur le modèle des jobs à mille francs de la conseillère écologiste zurichoise. Ces deux propositions n'ont même pas été évoquées lundi soir.

     

    La Suisse est championne des pays de l'OCDE en matière de réinsertion, ont martelé les débatteurs. Il n'y avait personne pour les contredire. Pourtant la France, l'Italie ou l'Espagne afficheraient des taux d'embauche des handicapés supérieurs au nôtre, prétend le radical non aligné Charly Schwarz. Un propos que semble confirmer Claude Fontaine de l'Assuas. Y aurait-il anguille sous roche? Attrapé au vol, Pascal Couchepin promet de s'informer. Blaise Matthey conseille de s'adresser à l'OFAS. Madame Nicoletta Cacitti de l'Office cantonal de l'AI explique qu'il ne faut pas confondre les invalides qui ont droit à une rente partielle ou totale de l'AI et des handicapés qui peuvent tirer un revenu entier de leur activité. Par exemple, un aveugle dans un Call Center ou une dactylo en chaise roulante.

     

    Certes, n'empêche que le doute s'installe. La 5e révision de l'AI n'apparait soudain pas aussi simple que ses défenseurs le disent. La bonne volonté des patrons, notamment ceux des PME, qui parfois s'entendent avec les syndicats pour mettre les travailleurs usés à l'AI, suffira-t-elle à inverser la tendance d'une société malade? La détection rapide des risques d'invalidité et la mise en branle simultanément des outils de l'assurance chômage, des aides sociales et de l'AI va-t-elle réellement permettre le retour à l'emploi? François Longchamp veut y croire lui qui vient de lancer un projet pilote à Genève.

     

    Et qu'en est-il des travailleurs valides qui souvent prennent sur eux les absences ou les pertes de rendement de leurs collègues handicapés? La nouvelle loi leur donne-t-elle un quelconque avantage? Il n'en fut pas question non plus au siège de la Fédération des entreprises romandes.

    Selon un sondage SSR/Gfs du 11 mai, 43% des électeurs sont favorables à la révision et 32% s'y opposent. La proportion d'indécis est de 25%.

     

  • Ni ni, ou ou, et et...

    Cramer est sur le pas de tir du Conseil des Etats. Les Verts s'accomodent de leur principe de non cumul des mandats, ce qui prouve qu'ils ont muri. Sans doute le magistrat Vert sera mis sur l'orbite fédérale des sénateurs, cet automne. La seule question est de savoir qui de l'infirmière socialiste Maury-Pasquier ou de l'économiste Brunschwig Graf l'accompagnera sous la Coupole.

     

    En fin renard, Robert le Vert a su surfer sur l'air du temps, accélérer la construction des trams, doper la renaturation des rivières et acheter le vote paysans en se glissant tel un coucou dans des politiques préparées par ses devanciers. Il réussit même à se forger un costume de père la rigueur en ayant restructuré (non sans casses humaines) son département. Un département qui est l'un des plus techniques et l'un des moins exposés aux bras de fer avec les syndicats de la fonciton publique; ça aide, quand il faut réformer. Il s'est d'ailleurs bien gardé de reprendre le sinistré département de Justice et police (dont il avait arraché le secteur des transports) ou de se prendre la tête au département de l'instruction publique.

     

    Son discours devant son parti samedi enterre la doctrine de retour à l'équilibre des comptes baptisée "ninisme" (ni hausse d'impôt, ni baisse des prestations), explique la Tribune de Genève de ce matin. Passera-t-on à une politique du ou ou (baisse de prestations ou hausse d'impôts)? Le "no comment" de notre Monsieur Territoire permet-elle de conclure que le gouvernement a déjà choisi la solution du et et (les impôts plus de nouvelles prestations)? Genève n'est décidément pas encore sorti de la valse hésitation.

     

    "On ne peut admettre, sur des enjeux aussi stratégique , des déclarations non concertées de magistrats isolés" peste cet après-midi le parti radical. Qui exige du Conseil d'Etat une clarification de ses objectifs budgétaires. Les radicaux encencent Hiller, mais dénoncent la couardise de ses troupes.  Manifestement l'idylle Maudet Hodgers n'était qu'un feu de paille. Très Ségolène.

  • Promenade au bord du lac

    On saute d’une plage de galets à un cheminement bétonné le long d’enrochements, de miniports ceints de bambous à des pontons en fer, des murs de lierre cachant des maisons cossues. Un parapet descend dans l’onde, invitant à la baignade. La Municipalité a même installé une douche solitaire. L’eau, c’est le bleu Léman. Le lieu, c’est Lutry, où l’on peut cheminer le long du rivage sans discontinuer. Quand donc Genève, si fière de «son» lac, et ses communes riveraines sauront-elles nous offrir des bonheurs aussi simples, un accès libre aux rives du lac, comme le commande la loi? Commenter sur jfmabut.blog.tdg.ch.

  • Caves ouvertes, ça ne suffit pas!

    Les vins genevois sont bons. C'est désormais acquis. Encore qu'à une ou deux exceptions près personne ne se risque à se frotter aux meilleurs vin monde. Ne va pas en Champion's League qui veut. Samedi, les Caves ouvertes ont fait le plein. Le soleil était de la partie. Une journée vraiment magnifique.

     

    On démarre avec un chasselas chez Marc Barthassat à Charrot. Superbe, fruité, délicat. Faut-il redonner le nom de perlan au chasselas pour que ce cépage romand retrouve sa vraie place chez les amateurs? Trop d'assemblages hasardeux qui font penser parfois à des mariages de fonds de cuve ou des vins standardisés malmènent nos palais! Et cette barrique qui s'est invitée dans nos caves, tous ne la maitrisent pas, loin s'en faut. Surtout n'abordez pas le sujet des copeaux. Aussitôt nos fiers vignerons sortent le dernier slogan: les copeaux, c'est bon pour les castors.

     

    Voir! La barrique c'est du folklore qui est au vin ce que le moine est au fromage et Heidi à l'économie laitière. Les vins sont faits en cuve inox. Si on les élève en barrique aujourd'hui, ça n'est ni pour les conserver ni pour les transporter, c'est pour leur donner un goût et une structure particulière. Un sachet de copeaux parvient au même résultat pour bien moins cher et en permettant bien plus d'expériences sapides et olfactives. ça finira d'ailleurs comme le champagne qui affiche les besogneux manipulateurs de bouteilles, mais en réalité fait tourner l'essentiel de la production en machine.

     

    Mais hier, l'heure n'était pas à la raison mais à l'émotion. Dommage, car il est un domaine où la viti-viniculture genevoise se cherche: la vente. La plupart des consommateurs boivent en flux tendus, de la Coop, Manor ou Denner à la table. Or combien sont-ils les vignerons genevois à être présents dans les linéaires des grands distributeurs? Ils se comptent sur les doigts d'une main. A peine plus. Sans parler de ces bistrots qui vous servent un côte du Rhône qui comme chacun sait coule du Valais à Marseille, mais curieusement ne passe pas par Genève. L'Esprit de Genève qui tente de séduire les Suisses allemands pourrait au moins être présent dans quelques grandes surfaces.

     

    Le jura est bien noir. Allez on s'embarque pour la rive gauche. Arrêt à la Chena, chez Daniel Fonjallaz, un grand brun pince sans rire qui élève des vins bien personnalisés. Arrêt encore chez Neury à Corsier, un petit producteur sans façon, qui en fait voir de toutes les couleurs à un gamay du terroir. Pressé en blanc, c'est étonnant!

     

    Dernière halte entre Arve et lac chez Philippe Villard à Anières. Le caveau est minuscule. Sur un rayonnage, les gamay de Papiers gras montent la garde sans bouger. Ces étiquettes des dessinateurs genevois, c'était il y a 15 ans, une sacrée bonne idée. A renouveler sans délai.

     

    Tiens le bus de l'Etat arrive. Sans Cramer! Le ministre de tutelle de l'agriculture a dû aller à l'assemblée générale des Verts pour se faire introniser candidat officiel aux Etats. Tant pis pour lui, on déguste le muscat sec maison, toujours aussi enchanteur et on découvre un savagnin encore tout laiteux. Un savagnin? Oui, le cépage du Jura qui devrait nous apporter de la fraîcheur et un peu d'acidité que nos chasselas n'apportent plus tant, réduction des rendements et réchauffement climatique obligent, expliquent Philippe Villard. Très prometteur, juge tout sourire l'œnologue cantonal Alexandre de Montmollin, à l'issue d'une rude journée.

     

    Avec le tablier des vignerons encaveurs Philippe Villard et son père Pierre.

     

    Il est déjà plus de 19 heures, mais il y a encore du monde chez Patricia et Michel Bidaux à Troinex. On pousse l'impressionnant portail du domaine Lehmann, où le dynamique paysan vend ses poulets et ses vins. L'accueil est chaleureux. Chacun compose sa pizza sur une pâte fraichement levée. Sous un auvent, un moulin familial a moulu 20 kilos de blé toute l'après-midi. Clou de la soirée, un coq en chocolat est brisé comme une marmite d'Escalade.

     

    Ah, encore un mot! Ici on parle copeaux avec fierté. Non pour aromatiser le merlot ou le cabernet, mais pour chauffer les bâtiments. L'entreprise Bidaux va alimenter bientôt la chaudière de plusieurs immeubles locatifs de la commune de Chêne-Bougeries.

  • La douce gouvernance, c'est la Suisse

    La gouvernance fait partie de ces mots valise qui déboulent soudain dans le vocabulaire quotidien sans crier gare. Mot valise parce que passée au XIVe siècle du français à l'anglais, la gouvernance revient aujourd'hui de l'anglais au français. Mot valise aussi parce qu'on le met à toutes les sauces.

     

    Ces jours, la Fondation pour Genève nous sert son Cahier no 1 intitulé "Soft Gouvenance", un pavé de cent pages farci de bonnes recettes pour dynamiser la Genève internationale. Micheline Calmy-Rey explique dans la préface que "l'histoire qui nous semblait, il y a encore 15 ans, un tant soit peu prévisible, tendue vers un point précis (lequel?), s'est complexifiée à un point tel que son tracé est devenu des plus imprévisible."

     

    Pour notre présidente, la "soft gouvernance" est cet ensemble de "dispositifs politiques, économiques, sociaux et culturels capable véritablement de faire de la mondialisation un processus réapproprié et non pas subi." Ouf, vous pouvez relire une deuxième fois. "L'image internationale de la Suisse, poursuit notre ministre des Affaires étrangères, est celle d'un Etat neutre et engagé, sans passé colonial, ni agenda caché, doté de l'estime et du prestige que lui valent à la fois sa longue expérience de la démocratie, du pluralisme et sa tradition humanitaire." Re-ouf! 

     

    Et Calmy-Rey de conclure: " La Suisse est en soi le prototype même d'une soft gouvernance."

     

    A noter que la soft gouvernance est dotée d'un soft power (pourquoi n'écrit-on pas doux pouvoir) sur lequel nous reviendrons tantôt. 

  • Massimo, Monsieur Minaret et les nains de jardin à Infrarouge

    Stupéfiant débat mardi soir à Infrarouge sur la question des minarets. Mais quelle mouche a donc piqué les managers de notre TV nationale pour donner une pareille tribune à l'Union démocratique fédérale, un parti insignifiant en Suisse romande et totalement inconnu à Genève? Comme l'a écrit un internaute forcément (?) anonyme cité à l'écran au début de l'émission, hier soir, j'ai eu honte d'être suisse.

     

    Massimo Lorenzi qui regardait sa montre sans arrêt, impatient vraisemblablement que cette mascarade se termine, n'a pas facilité le débat en censurant d'emblée le secrétaire de l'UDF. Son principal argument contre les minarets était la réciprocité que les pays musulmans n'offrent pas aux églises chrétiennes.

     

    Si le casting du côté de ceux qui veulent inscrire dans la Constitution suisse (on rêve) l'interdiction des minarets était inquiétant, il n'était guère plus heureux du côté des défenseurs de l'identité musulman. La télévision n'avait invité que des croyants: trois musulmans et un apparatchik catholique. Pas un seul politique pour défendre l'état de droit. Tariq Ramadan, venu de son Université d'Osford où le Genevois enseigne l'islamologie, s'est donc retrouvé défenseur des libertés fondamentales et de la laïcité. L'intellectuel (c'était hélas le seul sur le plateau) balançait entre la consternation et l'amusement.

     

    Que répondre en effet aux arguments surréalistes des nains de jardin? "L'islam c'est la guerre", a déclaré Christian Waber, conseiller national UDF. Son français l'a-t-il trahi ou a-t-il révélé sa pensée profonde? "L'islam est incompatible avec l'état de droit en raison du statut d'infériorité dans lequel il tient les femmes", a tenté de plaider Maximilien Bernhard, président de l'UDF Vaud. Et tous les nains d'affirmer en choeur: "Nous sommes libéraux car nous vous avons permis de manifester sur la place fédérale".

     

    Tariq Ramadan, Erwin Tanner, secrétaire du groupe "Islam" à la Conférence des évêques suisses, Hafid Ouardiri, ancien porte-parole de la mosquée de Genève, et Hedia Renggli, une Helveto-tunisienne (la seule femme sur le plateau) ont eu beau expliquer qu'un minaret n'est qu'un signe distinctif et rien d'autre et qu'il est fou, tout de même, de voir dans les 350'000 musulmans du pays des islamistes, terroristes en puissance.

     

    Rien n'y a fait. Le 11 septembre est passé par là, explique Massimo Lorenzi. Et le journaliste décidément bien mal inspiré de se faire l'interprète des antiminarets: je vous pose deux mauvaises questions, dites-nous, M. Ramadan: êtes-vous d'abord Suisse ou musulman? Et le Coran, est-il compatible avec notre Constitution? Ramadan répond évidemment que le Coran prescrit de respecter la loi du pays (Ce qui ne manque pas de sel quand la loi est la charia).

     

    Avec ces deux questions. on atteint le sommet d'un nouveau Kulturkampf. Au XIXe siècle, durant la guerre du Sonderbund, on accusait les catholiques d'être plus fidèles au Pape qu'à la Suisse. Et vers la fin de ce même siècle, à Genève, le régime radical a fait fermer pendant une génération les églises restées fidèles à Rome. C'est de ces événements qu'est né le parti catholique conservateur, devenu après fusion avec la branche chrétienne-sociale le parti démocrate-chrétien. Sera-t-il nécessaire que les 350'000 musulmans créent le parti démocratique islamique pour être enfin considérés comme des citoyens suisses à part entière?

     

    Pourquoi tant de haine? L'anti-islamisme est-il du racisme? Ramadan le pense à demi-mot. "Entre vous et moi déclare-t-il, un rien menaçant, aux antiminarets, il y a le droit." 

     

    La lecture des nombreux courriels et sms, presque tous anonymes, qu'on peut lire sur le site de la TSR fait froid dans le dos. Est-ce le fidèle reflet de l'opinion suisse sur les musulmans? Je n'ose le croire. Pas plus que le choix des débatteurs d'hier soir était le fidèle reflet des Suisses.

     

     

  • Bleu le gouvernement, rouge la rue?

    Nicolas Sarkozy a un an pour transformer la France. Dans un an, les élections municipales et européennes seront des premiers tests décisifs. Le nouveau président n'a pas de temps à perdre. Il le sait.

     

    Il va donc rapidement instaurer le travail obligatoire, pudiquement appelé service minimum, dans les services publics en cas de grève. Il n'est pas assez idéologique pour batailler contre les 35 heures qui sont aux années 2000 ce que les congés payés ont été aux années 30. Mais il va généraliser le travail défiscalisé sur appel, contre l'espoir pour les travailleurs élus de gagner un peu plus, ce qui devrait contribuer à relancer la machine économique par la consommation. Il doit aussi rassurer les jeunes à la recherche d'un premier emploi et rétablir un peu d'égalité et de solidité dans les régimes de retraite.

     

    En politique comme en médecine, le dosage fait le poison. Et sur ce point, Nicolas Sarkozy ne peut pas se tromper. Soit il regimbe devant l'obstacle et sera vite dénoncer comme un président potiche copie conforme d'un Chirac beau parleur. Soit il fait ce qu'il dit et prend le risque d'être contesté par la rue. L'été et l'automne français seront-ils chauds?

     

    C'est là le mal principal de la Ve République que de ne pas savoir constituer des contre-pouvoirs institutionnels. La promesse de Sarko de faire présider des commissions par l'opposition n'est que des su-sucres. La France a besoin d'un mécanisme autrement plus efficace, du genre pare-avalanches, pour canaliser et absorber le choc des mouvements sociaux que ne vont pas manquer de déclencher les mesures forcément impopulaires annoncées.

     

    Sans réformer la Ve République, Sarkozy pourrait donner un tour plus démocratique à l'hexagone en permettant le référendum législatif et l'initiative constitutionnelle, à la Suisse. Les Français y apprendraient une culture du débat politique qui ne serait plus réservé aux seuls députés. Dans la foulée, le laboratoire français pourrait servir d'exemple à l'Europe, qui, elle aussi, est en panne, en raison précisément d'un déficit démocratique.

     

    Un million de voix pour participer aux grands choix de la nation? Le petit Hongrois devenu président des Français a le pouvoir de réinventer la démocratie populaire et participative.