• Faiseurs d'opinion, faiseurs de politiques?

    Les médias sont souvent soupçonnés et même accusés d'influencer l'opinion publique. Tel choix éditorial semble avantager un parti ou un point de vue, tel image est taillée plus grande pour l'un que pour l'autre, l'emplacement dans la page n'est pas anodin, la répétition, parfois jusqu'à l'acharnement se muant bientôt en campagne de presse, font et défont des réputations. Sans que la victime, innocente ou coupable n'y puisse rien.

    Les élection des Mairies genevoises, cette fin de semaine, démontre pourtant que la presse n'a souvent pas l'influence qu'on lui prête. Et c'est tant mieux! Pagani est élu contre l'avis du plus grand quotidien du canton et Maudet fait un piètre résultat malgré l'interview dithyrambique que lui ont consacrée le GHI et Tout l'Immo. Quant aux scrutins des dix villes de la couronnes urbaines, aucun média n'a été en mesure de les influencer, sinon, comme toujours, la rumeur publique et les maigres journaux et tracts de partis.

    Mais voilà que la Radio romande, un média dominant, au bénéfice d'une concession octroyée par le pouvoir politique, franchit une frontière. Elle instaure un laboratoire politique. A la manière des reality shows, elle a placé cinq parlementaires fédéraux dans 40 m2, sous les yeux des internautes. But: observer leur capacité à formuler une politique commune.

    De qui se moque-t-on? Qui a pu croire un instant que ces cinq élus, tout contents de se faire de la publicité gratuite à quelques mois des élections, allaient s'étriper en direct? Et les reporteurs de notre radio nationale, si prompte d'ordinaire à générer des minidébats conflictuels de se pamer devant le consensus retrouvé. Mieux devant le consensus que les journalistes (forcément citoyens) ont eux-mêmes contribué à forger.

    Ce consensus sans enjeu n'est qu'une mascarade. Elle ignore les rapports de force réels que ne répercutent que partiellement l'élection. Elle méconnait l'influence de certains parlementaires et des lobbies. En Suisse, il ne suffit pas de s'entendre à cinq autour d'une stammtisch, il faut encore pouvoir convaincre le plénum et même le peuple. Là, le laboratoire de la RSR vole en éclat.

  • Deux électeurs sur trois s'en fichent

    La participation a atteint 35,6% en ville de Genève, 41% à Carouge, 29,7% à Vernier. Aucun titre à ce sujet dans la presse. Aucune analyse des politiques, aucune remise en question, aucun diagnostic d'un mal qui ronge sournoisement la démocratie locale genevoise depuis des lustres. Comme l'endettement, l'abstentionnisme est un mal indolore, insipide et inodore.

    Pourtant les enjeux étaient, semble-t-il, importants, la compétition pour le pouvoir réelle dans ces trois communes comme dans quelles autres. Rien n'y fait. Plus de deux électeurs sur trois n'a pas daigné renvoyer son enveloppe de vote.

    La gauche a mieux mobilisé son électorat, certes, mais cela ne représente que des miettes par rapport à l'énorme bataillon des abstentionnistes. A quand une réelle étude scientifique de cette atonie civique?

  • Ville de Genève. Bis repetita?

    Nous avons eu Ferrazino, nous aurons Pagani: le défenseur des quartiers et d'une urbanisation style vieux Carouge, d'un statut pur et dur de la fonction publique. La continuité quoi!?

    Tout va dépendre de qui reprendra le dicastère de l'aménagement. Ou de la manière dont les compétences, maigres en droit mais suffisantes politiquement pour bloquer le canton, vont être reconfiguées.

    Tornare, maire pour quatre ans, grand manitou de la mayonnaise Ville-Etat sans qui rien ne se fera. Un grand dicastère du territoire, du logement et de la mobilité pour Mugny? Salerno au dicastère fraternité et solidarité, Pagani à la culture et aux sports. Et Maudet? Aux finances et à la sécurité! Les paris sont ouverts.

  • Qui a peur du Bayrou?

    Etrange démocratie tout de même que la France qui relègue les débats politiques sur une chaine de radio périphérique et une TV marginale! Bayrou lui a réussi son coup médiatique. Reste à transformer l'opération en succès politique! Là le débat feutré entre François et Ségolène tenait plus de la conversation de salon que de l'action politique.

    Un gouvervenement démocratique tire sa grandeur du respect des minorités, mais son efficacité de sa capacité à composer une majorité solide. Sur ce plan le pas de deux SF ne promet rien qui vaille.

    Le problème est le même à Genève. Où ce sont souvent les minorités qui gouvernent. Ainsi s'expliquent la crise du logement, la dette abyssale, la dérive de l'enseignement, la santé hors de prix, les infrastructures culturelles et sportives éparpillées. 

  • Un mauvais casting pour Décaillet

    Pascal Décaillet a failli arrêter net le débat organisé par le DIP, vendredi soir à Uni Mail, dans le cadre des Rendez-vous de l'Instruction publique. "N'y a-t-il personne dans cette salle pour contester les propos de notre invité, Nico Hirtt", a lancé le journaliste vedette de Léman Bleu à un auditoire de quelque deux cents personnes? "Nous ne sommes pas là pour entendre des sermons sans répliquer!"

    Un thésard de Charles Magnin, professeur d'histoire spécialiste de l'histoire de l'école genevoise, lève la main. Et démonte le propos de l'enseignant belge, fondateur de l'Appel pour une école démocratique: Non, le système scolaire n'est pas, comme il le dit, l'esclave du système capitaliste appliqué à reproduire une société de plus en plus inégalitaire et prédatrice. Le système scolaire a sa propre autonomie. Oui, la transmission des connaissances et des valeurs peut aussi avoir un but émancipateur. Ouf, l'honneur est sauf.

    Mais, chassez le nature,... Très vite l'idéologie anticapitaliste reprend le dessus. "Vouloir mettre sur un pied d'égalité la maturité professionnelle et la maturité gymnasiale revient à compter pour rien la culture qu'on enseigne au collège", dénonce François Bertagna président du Corps enseignant secondaire. Et de s'en prendre aux salaires de patrons et au gaspillage des compétences d'une société incapable de donner aux jeunes les emplois correspondant à leur formation. Décaillet fulmine, cherche des contradicteurs. Le public majoritairement enseignant se tait. Un père de famille ose dire qu'il aimerait bien que les jeunes de 15 ans sachent au moins lire, écrire et compter. Or, dans sa pratique professionnelle (il est lui aussi fonctionnaire), il côtoie des jeunes bien mal instruits.

    Patrick Bozon de l'Union des associations patronales de Genève tente de remettre les pendules à l'heure de la réalité. Les jeunes qui sortent de l'enseignement obligatoire manquent de compétences et de maturité. André Duval, président de l'ARLE, rappelle que si l'école ne repose pas le travail et le mérite comme des valeurs centrales, elle continuera de faire le jeu des riches qui peuvent payer des cours d'appui à leurs rejetons. Mais rien n'y fait. Le rouleau compresseur des idéologues écrase le débat. Pierre Varcher de la Coordination enseignant refuse de discuter des contenus tant que l'économie impose ses valeurs.

    Décaillet rappelle en vain que les Genevois ont voté à ce propos, prend la salle à témoin. Ce n'est pas un bon débat. Il y a erreur de casting. Le tout sous l'oeil de trois cameramen. Le débat est enregistré. A qui destinent-ils leur film? Qui les salarie? Le DIP?

    Erreur de casting c'est peu dire. Patrick Bozon, seul représentant des employeurs, fait figure d'otage d'un débat entièrement dominé par des enseignants et des syndicalistes. Que n'a-t-on invité un ou deux responsables de ressources humaines d'une multinationale, le responsable de PISA pour la Suisse. Tant que les donneurs de leçons salariés du DIP débattront en vase clos, il ne faut pas s'attendre à ce que l'école genevoise s'améliore.

    En remontant, nous prenons un jeune autostoppeur au teint basané. Il ne doit pas avoir beaucoup plus de 15 ans. De quel pays es-tu? De République dominicaine. J'ai été danser au centre de loisirs de Carouge. Tu parles espagnol à la maison? Je parle quatre langues. L'italien par ma maman, l'espagnol, le portugais et le français. Au Cycle, j'apprends l'anglais et l'allemand.

    Sans commentaire, n'est-ce pas!

  • Beer, ses clients et les députés

    Placez sur les gradins d’Uni Mail 150 élèves de 6 à 20 ans, représentatifs (?) de l’école publique genevoise. Casez en rang d’oignons, en bas à droite, sept députés au Grand Conseil et la volubile Catherine Gaillard d’A Gauche toute! Saupoudrez l’assemblée d’une vingtaine d’enseignants silencieux, dont quelques responsables syndicaux, et d’autant de plantes vertes et panneaux promotionnelles d'une télévision citoyenne. Illuminez le tout de quelques projecteurs. Apportez une bonne dose de Décaillet. Servez chaud et en direct durant une heure trente. Page de pub. Silence, on tourne!
    De gauche à droite, les députés Clairet (MCG), Reymond (UDC), Barrillier (rad), Leuenberger (Verts), Thion (ps), Mettan (DC), Weiss (Lib) et Charles Beer.

    Le show télévisuel servi vendredi par Léman bleu et le DIP est le point d’orgue d’une démarche citoyenne, préparée depuis six mois dans l’ensemble de l’enseignement genevois. La confrontation élèves-députés sert aussi un autre but. Après le vote contre la 7e année hétérogène et la baffe du retour des notes à l'école, l'enseignement genevois doit se refaire une beauté. Quoi de mieux que de faire entendre par les députés et les citoyens les doléances des élèves! D'autant que les élèves tiennent peu ou prou le même langage que les syndicats enseignants. A quoi sert l'école? La pédagogie, n'est-ce pas prendre un enfant par la main et en faire un citoyen, rappelle le régent Décaillet au député UDC Reymond, lequel aimerait moins de jeunes bardés de diplômes et plus de travailleurs sachant lire, écrire et compter correctement à 15 ans.
    Dans le grand hall d’Uni Mail, le silence est très relatif, mais les élèves restent bien sages. C’est parti! Soufyan Outaleb (photo) du CO de la Golette s’inquiète de la violence qui déboule dans les écoles. La députée Verte Leuenberger et le PDC Mettan débitent de courtes réponses convenues. Décaillet lance: Et le racket? Silence dans les gradins. Le chevelu Philippe Chervet (photo), président des enseignants du CO, remplit le vide: «Il y a peu de racket dans les établissements, rappelle-t-il.Et on n’en parle pas facilement en public.» On n’y reviendra pas.
    Julia Collela (tenant le micro, 9e Golette, et ses camarades Sara Velez, 3e Aimée Stitelmann, Bullin Ibrahimi, 9e Golette, Iman Fasih, 4e Cayla) s’inquiète de la dégradation de son Cycle: «Il y a des trous dans les pupitres.» Le député radical Barrillier évoque la longueur des procédures et des millions qu’on n’a pas. Leuenberger s’emporte.
    Stéphanie Fontanet du collège Emilie Gourd a dû renoncer à la maturité bilingue faute de place. Le député Weiss trépigne, répond en allemand, mais n'apporte pas de solution. Décaillet questionne: «Combien d’élèves parlent-ils une autre langue à la maison?» Une forêt de mains se lève. «La moitié, c’est conforme à la réalité», me souffle Laurent Duruz. Stéphanie aurait dû choisir une maman lusophone.
    Talat Seyithan de l’Ecole de commerce Aimée Stitelmann dénonce les titres des médias sur les trop nombreux échecs scolaires. Les employeurs s’en souviennent, dit-il. «Même les profs baissent les bras», ajoute Sara Velez qui dénonce le sexisme et le favoritisme dont elle a été témoin. Lui veut faire la Haute école de gestion, elle une maturité bancaire. Ces deux-là ne manquent pas d’aplomb. Comme la plupart des jeunes présents, ils sont des délégués élus de leur école. Ils resteront un peu sur leur faim. Les politiciens ont de la peine à parler la langue des élèves.
    Le député Barrillier répond que ce n'est pas la faute des élèves mais celle du système. Philippe Chervet boit du petit lait. Catherine Gaillard rebondit en appelle aux mânes de Chavanne, dénonce les propos des députés UDC et libéraux qui réclament une meilleure promotion des métiers manuels. Olivier Baud, président de la société pédagogique romande qui vient d'arriver, déclenche les applaudissements. Décaillet l'interrompt et demande. Qui connaît André Chavanne? Personne ne lève la main!
    Laurent Duruz, consultant en développement collectif et gestion de crise, Olivier Baud, président de la SPG, Philippe Chervet.
    "A quand la maturité à 18 ans", demande Arnaud Campi, 4e Emile Gourd? Pierre Weiss déclenche les applaudissements du public en déclarant qu'll le réclame depuis 15 ans et que les Genevois sont aussi intelligents que les Vaudois. Le député socialiste Thion dénonce le risque d'une maturité au rabais. "On ne pourra pas tenir le taux de 30% de maturité gymnasiale, le plus élevée de Suisse", dit-il.
    "Est-ce vrai que l'année prochaine, nous devrons aller à l'école le mercredi matin", demande une élève de l'école primaire? Sylvia Leuenberger n'en sait rien et dévie sur l'horaire continue. Charles Beer souffle la réponse. Ce sera vrai non pas en 2008 mais en 2012. Etes-vous pour ou contre l'horaire continue, interroge l'animateur? Une majorité de bras se lève. Iman Fasih en profite: "Quand on sortira de l'école à 12h15 je pourrai aller travailler et me faire un peu d'argent pour m'acheter des trucs avant d'aller au football." Hésitation dans la salle. Quel âge as-tu, demande Décarillet? 14 ans!
    Le show tire à sa fin. Encore dix minutes demande le journaliste à la régie. Accordé. On parle des notes à coefficient, de la sélection à la sortie de la 6e année. On tente un duplex avec l'école d'Hugo de Senger. Le MCG aimerait imposer des uniformes griffés par Gucci ou Lagesfeld. Qui aimerait un uniforme? Décaillet tout sourire obtient la réponse attendue: personne.
    C'est fini. Charles Beer clôt brièvement la séance. Il n'y a rien à rajouter. On regrettera toutefois le manque de questions sur l'informatique à l'école, les jeux vidéo et la télévision qui captent l'attention des élèves et concurrence l'école, la mode des vêtements de marque, les loisirs que tout le monde ne peut se payer. Et cette lancinante question que l'instruction publique ne sait pas comment manier

  • Feu vert aux logements à PLO

    C'est fait le conseil municipal de Plan-les-Ouates a voté mardi soir par 14 voix contre 4 le Plan d'aménagement concerté de la Chapelle-Les Sciers. Cramer doit pousser un ouf de soulagement.

    1500 logements seront donc construits dans ce no-man's land agricole situé aux confins de la commune, à cheval sur Lancy. PLO garde toutefois sous le coude une petite menace. La commune ne retirera son recours déposé il y a deux ans qu'une fois garantie la réalisation du giratoire de la Milice.

    Reste que des des trois gros PAC cantonaux, la Chapelle-Les Sciers est le plus simple à résoudre. Les Vergers (photo 1) enflamme les habitants de Meyrin et les communaux d'Ambilly ceux de Thônnex.

    Quant au giratoire de la Milice, son sort dépend de Berne, autoroute oblige, et peut-être des communes voisines. Bardonnex et Troinex ne devraient pas voir d'un très bon oeil la construction du premier tronçon de la Voie Cottier, du Bachet-de-Pesay à la route d'Annecy. A moins que Cramer n'accepte enfin de déroger à son credo écolo et donne son feu vert à une bretelle routière, depuis le hameau d'Humilly en direction de la douane de Pierre-Grand.

  • Les vignerons découvrent un nouveau monde

    "Fantastique, incroyable, nous vivons sur le terroir le plus diversifié du monde." la Satignote Nicolas Bonnet, une des figures de proue de la viticulture genevoise, n'a pas perdu une miette de la description par le menu des sols où prospère sa plante fétiche, la vigne. Jean Hutin, le "patriarche" de Dardagny, veut déjà mettre en oeuvre ces nouvelles connaissances. "Nous avons soulevé le tapis, explique l'œnologue cantonal Alexandre de Montmollin, encore tout étourdi par tant d'informations, et découvrons un nouveau monde".

    Etrange découverte en vérité. Les vignerons savent depuis des millénaires que la vigne est bonne fille et peu exigeante. Palladius au Ve siècle après Jésus-Christ écrivait déjà: " La nature de la vigne est telle qu'elle supporte tout sol quelconque pourvu que les variétés soient adaptées au sol". Mais c'est là un secret dont seulement quelques vignerons Genevois ont découvert les arcanes. "ça fait à peine vingt ans, explique Nicolas Bonnet, que nous recherchons la meilleure formule entre le porte-greffe, le cépage, le terroir, l'exposition, le climat, une équation à multiples inconnues et un nombre de combinaisons énorme. Les Français ou les Italiens ont une expérience de cinq siècles. Nous allons gagné du temps grâce à cette mine d'informations, s'enthousiasme le vigneron, encore sous le choc des félicitations de trois Valaisans accueillis le matin même et admiratifs devant un verre de chasselas genevois issu d'une vigne de 50 ans.

    Donner à cette connaissance empirique des fondements scientifiques et une systématique, tel est le but de l'étude des pédologues de de la station agronomique de Changins rendue publique mercredi à Lullier. Dès le mois de juin prochain, les Genevois pourront voir les résultats cartographiés de ces milliers de données patiemment enregistrées dans la poussière ou dans la boue, en se branchant sur le Système d'information du territoire.  Et ce sera gratuit a souligné le directeur du service de la géomatique, François Mumenthaler, pas peu fier d'ajouter une nouvelle couche à son mille-feuille de données géoréférencées.

    Stéphane Burgos et ses collègues Nathalie Dakhel et Martine Docourt de Changins ont donc mis l'eau à la bouche des vignerons. Mais leur étude ne représente que le pain de la tartine. Ils veulent y ajouter le beurre et la confiture. Ils mesurent actuellement les microclimat et veulent croiser leur base de connaissances pédologiques avec celle des ampélographes ces magiciens des cépages. Prochaine livraison en 2009.

    Le vignoble en sortira-t-il transformer? Je ne me suis pas trop trompé avoue Nicolas Bonnier qui a planté dix hectares avec 14 cépages différents, mais si j'avais eu ces données avant, j'aurais sûrement permuté deux cépages.

  • Robert du nerf "Think Swiss"

    La petite Suisse se fait pêter les neurones cette semaine aux Etats-Unis où elle présente dans le cadre de l'opération "Think Swiss" ses meilleurs jus de cerveau au public américain. Notre chancelier Robert Hensler est tout fier d'annoncer ce 24 avril sur son site internet www.ge.ch qu'il était du voyage. Dans ses bagages la version gamma (ou beta22) de l'application genevoise de vote en ligne.

    Les élus, fonctionnaires et universitaires américains qui ont participé aux différents ateliers tenus dans l’enceinte de la résidence suisse à Washington ont pu se rendre compte que le vote électronique était parfaitement réalisable dans le respect de la transparence et du contrôle démocratique des scrutins

    Dame, Robert du nerf a sorti de sa manche deux arguments de poids:  1) c'est à Genève qu'a été développée la cryptographie permettant de blinder les échanges entre les PC des électeurs et le serveur. 2) Et les études de science politique montrent que les abstentionnistes réagissent positivement au vote électronique.

    Pas de chance. En France, les mairies qui ont mis en batterie des machines à voter dimanche s'en sont mordus les doigts. Certaines ont même décidé de remiser cette quincaillerie pour revenir au vote papier le 6 mai. En tout cas, les Français n'ont pas eu besoin de confier leur vote aux puces électroniques pour se déplacer en masse en ce dimanche estival.

    Question, Monsieur le chancelier, combien a coûté votre danseuse au budget de l'Etat, depuis bientôt huit ans que vous avez lancé le projet?

  • La fête de la laïcité. Opportune?

    A l'occasion du 100e anniversaire de la séparation de l'Eglise et de l'Etat de Genève , le parti radical annonce une fête de la laïcité le 28 juin au restaurant du Parc des Bastions. "En présence de prestigieux invités", précise l'invitation.  Qui sont donc les prestigieux? Couchepin peut-être, Mgr Genoud, évêque de Genève, ou Hafid Ouardiri, reconverti dans la libre pensée après son licenciement de la Mosquée?

    Notez qu'on parle toujours de la séparation de l'Eglise (au singulier) et de l'Etat. A Genève on se demande donc de quelle église la République s'est séparée en 1907. Sûrement pas de l'église catholique romaine. En effet, celle-ci avait été "privatisée" plus de 30 ans plus tôt par le régime du radical Carteret. Un épisode peu glorieux de l'histoire de notre République.

    Rappelons les faits. En 1873, Rome fait mine de rétablir un évêque à Genève en nommant le Carougeois Mermillod vicaire épiscopale. L'affaire enflamme la Suisse et la précipite dans le Kulturkampf qui fait rage en Allemagne entre Bismark et le Zentrum (le parti des catholiques). Le Conseil fédéral expulsa Mgr Mermillod. A Genève, Carteret interdit aux catholiques l'accès à leurs lieux de culte, une manière de confiscation de leurs biens.

    Les catholiques romains vivaient donc la séparation de fait depuis plus de 30 ans, quand le peuple genevois vota le 15 juin 1907, du bout des lèvres - c'était la troisième tentative - la rupture des liens organiques et naturelles entre les institutions religieux et la République. Ironie du sort, c'est à la suite de cette votation que les paroisses catholiques recouvrèrent partiellement la propriété des biens confisqués, à condition qu'ils soient affectés au besoin du culte.

    La séparation libéra donc de la tutelle politique non pas l'Eglise romaine, mais l'Eglise de la Rome protestante (nommée alors nationale protestante) et l'Eglise catholique chrétienne, forgée de toute pièce par le Conseil d'Etat, dans laquelle le pouvoir politique radical voulait enrégimenter tous les catholiques du canton restés fidèles à Rome.

    Les défenseurs de la liberté de conscience n'étaient alors pas dans le camp que l'on croit. On vit plusieurs maires (ils étaient alors nommés par le Conseil d'Etat) destitués pour avoir refusé d'obtempérer aux ordres iniques du gouvernement. Privés de leurs églises, les catholiques se réunirent dans des granges puis construisirent des chapelles privées (dites de la persécution), dont il reste un témoignage à Collex (photo) . Il fallut attendre la mort du controversé chef radical, le 28 décembre 1889, pour que la paix confessionnelle revienne à Genève.

    Un mot encore. La séparation genevoise de 1907 ne fut pas la victoire des anticléricaux contre les papistes comme ce fut le cas en France deux ans plus tôt. Mais le souhait, au contraire, des protestants libéraux, auxquels se sont associés les catholiques romains. On vit même des anticléricaux voter contre la séparation afin de maintenir une tutelle politique sur les Eglises et un droit de regard notamment sur la nomination des prêtres et des pasteurs. La question divisa alors tous les partis politiques.

    Faut-il en fêter la séparation cent ans plus tard?

    Je préfère la proposition des Fac de droit, de lettres et de théologie de l'université qui invite à réfléchir à "Un siècle de séparation des Eglises (aux pluriels) et de l'Etat" les 8 et 9 juin prochain.

  • Hold-up électoral

    "Ce fut une double victoire : celle de la démocratie sur elle-même ; et contre ses extrêmes." écrit Jean-Marie Colombani dans le Le Monde de cet après-midi.

    Certes les Français se sont déplacés en masse. Et sur ce point, nous autres Suisses, qui avons tué le rituel des urnes au profit d'un banal pli postal, avons quelques leçons de civisme à prendre.

    En revanche, question démocratie, l'Hexagone nous a offert le plus bel hold-up de suffrages de son histoire. Car le résultat des urnes ne reflète que bien mal la diversité politique du pays. Au point qu'on peut se demander si le scrutin de 2002 n'a pas peint une France plus réelle que celui d'hier. Le vote utile dont se réjouissent les vainqueurs du jour - on les comprend - signifie tout simplement que des millions de Français ont en fait renié leur choix initial, et ce en raison d'un système électoral fabriqué pour favoriser l'affrontement.

    Le scrutin parlementaire à venir du mois de juin produira de la même manière une caricature politique de la France. Et favorisera préalablement les tractations obscures entre les deux grands partis. Ce sont eux qui vont distribuer les investitures et les circonscriptions gagnantes aux fidèles des champions du jour, ne laissant que quelques miettes, chèrement payées, aux partis minoritaires devenus leurs vassaux.

     

  • La racaille et les accidentés de la vie

    La force tranquille, la fracture sociale, la France d'en bas, quelle est le poids électoral d'un slogan qui fait mouche? A ce petit jeu des petites phrases, il faut bien l'admettre, Sarkozy tient la corde. La racaille, les accidentés de la vie et le ministère de l'identité nationale lui ont permis de récupérer 5 à 6 points sur l'extrême droite.

    Quels mots lui permettront-ils de séduire les électeurs centristes? La France qui gagne? La France qui travaille? L'Europe qu'il n'a pas citée hier soir, contrairement à Ségolène Royal qui en a fait le socle de la grandeur future de la France?

    La France fraternelle? La France qui croit en l'avenir? Les paris sont ouverts. En l'état le slogan sarkozyste "Ensemble, tout devient possible" (c'est bien ce que d'aucuns craignent) et le royaliste "La France présidente" (qui ne veut rien dire) n'ont pas fait tilt.