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  • Heidi David vs Tamedia Goliath

    heidi tamedia coninx.jpgQuel dieu gouverne la main de Heidi.news? Après "Au coeur de la complosphère", une longue immersion d'un jeune Pangolinman* dans une bande de complotistes romands, dont une enseignante genevoise, fans du prof Raoult et du blogueur Michel - une enquête diversement appréciée - et une autre, "La révolution des toilettes", sur l'hygiène et les ressources que sont nos déchets intimes, la jeune pousse de la banlieue est de Genève, prochainement rattachée au journal Le Temps, a envoyé ses fins limiers explorer l'empire Coninx, du nom de la famille zurichoise qui détient et gouverne TX-Group dont le navire amiral Tamdedia est le premier éditeur de journaux en Suisse. 

    Ce matin, en ouvrant sur ma tablette la Tribune, un des quotidien racheté à Edipresse en 2011 avec 24 Heures et Le Matin, j'ai vu apparaître un pop-up me demandant gentiment si je voulais bien être suivi à la trace afin que les publicités s'ajustent à ma géolocalisation. Un sourire amer a barré mon visage. Enfin, me suis-je dit, mon journal se met à la page et commence à traquer ses lecteurs. Dommage que cela ne concerne que la publicisé. Google et autres Facebook ont fait leur fortune - et quelle fortune - et celle de leurs propriétaires sur la géolocalisation et la sociolocalisation (traçage des contenus et des consommations) de leurs usagers.

    Je vais lire cette série en treize épisodes, dont le titre sent le souffre, Tamedia papers, en référence a ces enquêtes conduites notamment par l'icji, déclenchées souvent par des fuites, les leaks, qui soulèvent un tout petit bout du voile qui d'ordinaire dissimule les capitalistes, comme la burka les jolis femmes aux yeux du monde. 

    Marc Guéniat, un ancien de la Tribune, un journaliste chevronné passé notamment par Public Eye, Bon pour la Tête et brièvement le service de presse d'Olivier Jornot, sait s'y prendre pour secouer sa proie comme le renard dans le poulailler ou le bâton dans la fourmilière. L'entame de la série pointe sans peur sur ces capitalistes qui s'enrichissent sur le dos des autres. Sauf que, si les journaux ont eu leurs heures de gloire et ont pu faire la fortune de leurs propriétaires, le temps est à l'inquiétude pour ne pas dire l'angoisse et à la diminution du chiffres d'affaire. 

    "C’est l’histoire d’une famille, les Coninx, qui domine la presse helvétique et soutient son train de vie grâce aux dividendes versés chaque année par Tamedia, devenu TX Group. Ses membres sont disséminés entre l’Allemagne, le Liechtenstein et la Suisse."

    Dans la même veine, Serge Michel, le patron de Heidi, a fait l'addition: "les dividendes cumulés depuis l’an 2000 se montent à 951 millions de francs. Ils sont versés en très grande partie à la famille Coninx". Presque un milliard de francs. Mais en vingt ans c'est moins de 50 millions par année, environ 5% du CA. Scandaleux, vraiment?

    L'intérêt public de l'enquête de Heidi, réalisée en collaboration avec le journal en ligne zurichois Republik, ne se discute pas. Ce qui se discute c'est le message subliminal qui veut nous convaincre, me semble-t-il, que seul un journalisme soutenu par une fondation généreuse (et sans doute le journaliste payé par une redevance publique obligatoire) est au-dessus de tout soupçon. L'autre le journalisme, celui qui en l'occurrence engraisse la famille Coninx, n'est pas exercé dans l'intérêt du pays car l'appétit des Coninx prive les rédactions d'autant de moyens. Un beau débat. 

    Le ton suspicieux savamment instillée ne s'arrête pas là. Le grand patron de TX Group, Pietro Supino est d'emblée mis au pilori dans un deuxième article mis en ligne ce 9 décembre. Son crime? Ne pas avoir répondu au 32 questions envoyées en août par David à Goliath. La patience de David a donc des limites. Voilà le petit genevois, armé de sa fronde médiatique, lancer sa pierre sur le méchant et mutique Zurichois.

    On rappellera que les capitalistes genevois ont renoncé à investir dans la presse genevoise (à l'exception de Léman Bleu), ont laissé la Tribune être rachetée par la famille Lamunière, ont regardé la Suisse de Nicole couler sans réagir et n'ont pas levé le petit doigt face au dépeçage du Journal de Genève. Sans doute leurs capitaux se sont-ils investis dans les GAFAM et leur propre système d'information? 

    A suivre donc. 


    A lire: Quelle est la qualité des médias en Suisse?


     

    * Les Pangolinmen défendent l'honneur du Pangolin qu'on a soupçonné à tort d'être le maillon faible entre la chauve-souris de Wuhan et le virus coroné et par extension luttent contre toutes les pensées déviantes de la doxa officielle.

     

    Note complétée à 22h

  • Tobi or not Tobi, journaliste!?

    Tobi était le nom du dernier cheval de la ferme de La Mure. Un cheval de labour. Mon père n'était pas un éleveur. Ses rêves d'enfants le portaient à s'envoler dans les airs devant les gouvernes d'un avion. Sans doute avait-il été impressionné par les rase motte d'un lointain cousin parisien, ingénieur de son métier qui avait participé à l'aventure polaire de Paul-Emile Victor. Il a laissé le souvenir de ces inventeurs de ces années là qu'Hergé a croqué en professeur Tornesol. Tobi fut rapidement remplacé par un Case, un de ces tracteurs débarqués des Amériques après la guère.

    Tobi est, ce 25 novembre 2018, un robot journaliste made in Tamedia. Tobi va livrer cet après-midi des dizaines de milliers d'articles sur les résultats des votations fédérales pour chacune des 2222 communes suisses. Des articles que l'on pourra même personnaliser.

    zobi.jpg

    Tamedia, qui édite la Tribune, Le Matin, 24 Heures de ce côté-ci de la Sarine et fait tourner encore trois grandes imprimeries, tente ainsi de survivre à la fin annoncée d'un prodigieux cycle industriel: l'impression papier des quotidiens. Tobi sauvera-t-il l'entreprise et ses rédactions? 

    That is the question.

    En attendant les résultats personnalisés de ce dimanche pluvieux, on peut encore évaluer ici le test du 23 septembre dernier.

  • La Tribune de Genève sera produite à Lausanne

    tamedia t.pngLa presse traditionnelle suisse se souviendra de l'été 2017. Genève a perdu ses rotatives après la déconfiture de La Suisse. La Tribune de Genève va perdre dès 1er janvier 2018 ses rédactions suisse, monde, économie et sport, annonce le groupe Tamedia

    La Tribune de Genève qui avait été rachetée par le groupe lausannois Edipresse au début des années 1990, lequel a été racheté par le groupe zurichois Tamedia en 2011, va au 1er janvier prochain être produite à Lausanne sous la direction d'Ariane Dayer.

    La même centralisation aura lieu en Suisse alémanique avec le maintien toutefois de deux sites, Zurich et Berne. Il n'est pas clairement fait mention d'un échange par dessus de la Sarine via un service de traduction. Ne resteront à Genève que les rubriques locales. 

    Qu'est-ce que ça va changer? Pas grand-chose au début.

    Puis le changement se fera sentir insidieusement, dans le choix des nouvelles, leur tonalité, un peu comme Lausanne se distingue de Genève. L'architecture dominante de l'une est bernoise quand l'autre a pris des allures parisiennes. Lausanne regarde la France de loin, par-delà le lac, Genève est une presqu’île, un pays binational. Lausanne est romande, Genève est un carrefour des mondes.

    Vu de New-York, de Pékin, de Berlin ou de Paris, les septante kilomètres qui séparent la République du bout du lac du chef-lieu du Pays de Vaud ne sont rien. Au fond, GVA (que j'aime appelé Genève Voltaire Aéroport) a vu le grounding de Swissair et l'envol d'EasyJet. Et s'en porte presque trop bien. Et si les CFF terminent leur course nationale dans le cul de sac de Cointrin, c'est autant leur faute que celle des Genevois. 

    Les raisons de ce tremblement de terre local sont connues. Les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon et leurs avatars) sont les imprimeurs du XXIe siècle. En dix ans, ils ont capté ce qui faisait la fortune des éditeur de journaux, la publicité, qu'ils savent ajuster aux moindres désirs des annonceurs et surtout des clients. Fini le menu unique proposé une fois par jour par la cantine médiatique de grand-papa, désormais, chacun se sert à la carte dans l'énorme offre multimédia encore gratuite que débitent les smartphones au moindre clic.

    La nouvelle ne surprend pas. Tous les journaux sont frappés par le révolution technologique et beaucoup ont déjà disparu.

    S'ajoutent à Genève, des facteurs spécifiques qui rendent la production d'un journal, le même pour tous, difficile. Plus de 40% de la population est étrangère et ne participe pas au processus démocratique. Plus de cent mille travailleurs habitent hors des frontières cantonales, en France voisine et dans le Pays de Vaud, que la Tribune couvre très épisodiquement. Ajoutons à cela que la majorité des Genevois sont de fait des Confédérés et des naturalisés qui ont souvent conservé des racines ailleurs et parfois les ont retrouvées et les cultivent grâce à l'Internet. 

    Face à cette évolution, les pouvoirs politiques et leur servants sont absents, enfermés dans leur boîte institutionnelle, communale, cantonale, régionale, nationale. Presqu'autistes. La fusion des communes est un mirage ou un tabou, le Canton englué dans une administration sans gouvernance, le Grand Genève en panne, l'Europe..., presqu'un gros mot, le monde, une menace.

     

  • Embed: le téléjournal dans la virtualité

    zdf téléjournal juillet 09.jpgEmbed ou embedded? ça vous dit quelque chose?

    Pour les accros de Youtube and Co c'est le code intenet que l'on peut copier et insérer dans un blog ce qui a pour effet d'encapsuler la vidéo choisie dans un billet. Génial.

    Pour les historiens de l'actualité, emmbedded c'était le terme utilisé durant la première guerre du Golfe pour désigner ces journalistes américains embarqués dans les tanks lancés sur la trace de Saddam Hussein.

    C'est désormais la situation du présentateur du téléjournal de la ZDF, la deuxième chaîne TV allemande qui a bouleversé son plateau vendredi, annonce newsnet, le serveur d'info de Tamedia, et encapsule pour 30 millions d'euros son Darius Rochebin local dans des images réelles ou virtuelles.

    Savoir si l'objectivité ou plus modestement la pertinence de l'info y gagnera est une toute autre affaire. Mais dans ce monde du clip, du bling bling et de l'info diververtissement, le procédé va s'imposer sans doute.

    Notez que chacun peut faire de même pour ses présentations. Powerpoint est relégué aux antiquités des rétroprojecteurs quand on voit prezi (voir technocrunch). Ci-dessous deux vidéos embed. L'une du nouveau journal de la ZDF et l'autre une démonstration de prezi.

    Prochaine étape la présentatrice virtuelle.

     

     

  • La Presse un modèle pour la Tribune

    la presse home.pngL'info reste lacunaire. Elle provient principalement de l'entreprise elle-même. Néanmoins, je crois que "La Presse", un journal créé en 1884, cinq ans après la Julie, montre la voie que la Tribune de Genève devrait suivre. Cesser d'imprimer cinq jours par semaine au profit d'une seule édition le vendredi. Et le reste de la semaine? Adopter la maquette du journal montréalais, être un média de référence sur le net et en adopter l'ADN; la gratuité pour les lecteurs.

    La Presse tirait à 180'000 exemplaires quand son éditeur a fait le saut en 2015. Elle semble plutôt bien se porter. Sa maquette sur les tablettes est un modèle du genre, dont les journaux suisses feraient bien de s'inspirer. Une plate-forme de blogueurs et de commentateurs, des chats-conseils, des informations automatiques sur tous les clubs sportifs locaux, tous les conseils, toutes les associations et des lucarnes en diverses langues feraient de ce média une vraie tribune des habitants de et autour de Genève. 

    "Leader de l’information numérique au Québec, La Presse+ est consultée sur plus de 273'000 tablettes uniques au quotidien, ayant vu son lectorat augmenter de 18,7 % au cours de la dernière année", lit-on dans un communiqué de presse signé publié par Paul Gilbert le 21 avril 2017. Qui dit mieux! 

    Tamedia relèvera-t-il ce pari? La Tribune est sans conteste le mieux placé de ses médias pour oser l'aventure. Malgré un tirage papier inférieur à celui de son confrère 24 Heures (dont la population est 50% plus élevée que celle du canton de Genève et bien plus homogène puisqu'elle ne compte moins de 25% d'étrangers contre plus de 40% à Genève), le quotidien genevois est en tête pour son audience sur le web. Les Genevois sont sans doute les mieux équipés et plus enclins que d'autres à utiliser leur ordiphone et autres tablettes. Ils feront le pas sans difficulté. Bien sûr, quelques lecteurs diront combien ils regrettent le papier, mais savent-ils le coût économique et environnemental de cette technologie du XIXe siècle? Et ils étaient plus nombreux cet été à se plaindre de la minceur de la feuille genevoise..

    Pour l'éditeur, qui est aussi imprimeur, cette orientation est sans doute autrement plus délicate. A l'issue de la présentation des résultats du premier semestre aux collaborateurs zurichois de l'entreprise (seule présentation intégralement disponible en vidéo sur l'intranet), le directeur général Christoph Tonini a eu cette réponse à un rotativistes bernois qui s'inquiétait de l'avenir: Pas de soucis, a-t-il dit en substance, nos rotatives peuvent tourner sans problème jusqu'en 2025 voire 2028. Sans doute tournent-elles moins vite puisqu'il y a chaque année moins de copies à produire. Il a ajouté que c'est une chance d'avoir un parc de machines en ordre... 

    Un mot encore à propos des rubriques centralisées

    Pour la rédaction de la Tribune, la migration vers Züsanne d'une partie d'elle-même est sans doute une perte importante. Le fait de ne plus fréquenter des collègues des rubriques monde, suisse, éco, sport au briefing, dans l'open space, au café et, pour eux, de devoir penduler vers Züsanne, tient de l'amputation cruelle, douloureuse, intolérable. N'empêche que ce n'est pas Tamedia qui a inventé ce modèle fort pratiqué en Suisse. C'est le quotidien de la RTS depuis toujours.

    Mieux, La Liberté, qui passe pour être le dernier journal indépendant de Suisse romande, mais rencontre les mêmes défis face aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon & Cie) , livre des pages toute faites au Courrier de Genève, qui ne passe pas pour être ni fribourgeois ni catholique. La Liberté livre aussi des pages au Quotidien du Jura et à l'Express de Neuchâtel. Et que dire des radios locales, subventionnées par l'abonnement obligatoire (la redevance) et qui reprennent les bulletins d'informations de la RTS, en ont-elles perdu leur ancrage local?

    La Tribune elle-même participe à un syndicat d'édition en publiant régulièrement des commentaires, des enquêtes des reportages rédigés par des collègues de plusieurs grands journaux européens dans le cadre du partenariat LENA. Pourquoi ne pourrait-elle pas développer des partenariats avec La Presse et Luncher autour du monde avec elle. 

     

    Sur le sujet Tamedia, on lira aussi avec intérêt le blog d'Haykel Ezzeddine, le blog de Pascal Holenweg, la chronique de Marian Stepczynski, la chronique du médiateur Tamedia

  • Et pendant ce temps, le robot journaliste Tobi trotte

    cheval de trait tobi.jpgUn tweet  posté dimanche m'alerte sur le dernier labourage de Tobi (ici et et ). En une seconde, le robot journaliste de Tamedia (qui édite la Tribune et 24 Heures) a produit sitôt connus les résultat du premier tour un article détaillant la course en tête de la socialiste Rebceca Ruiz et la dure réalité des urnes pour l'UDC Pascal Dessauges, un article géoréférencé et ma foi assez bien documenté sur Mies, une des 309 communes de ce Pays de Vaud, si proche de nous et si lointain.

    Je vous laisse juge de la performance et tester l'animal en introduisant ici la commune de votre choix. 

    Tobi n'est pas encore aussi perfectionné que GPT-2, dopé à l'intelligence artificielle, dont ses concepteurs disent sur openai.com garder le secret du code, de peur que des malins ne s'en emparent pour inonder le bon peuple crédule d'infox (fake news) plus vraies que nature. Infox?

    mies partielle CE Vaud mars 2019.jpg

  • TX Group imprimera-t-il encore des journaux dans 8 ans?

    tx group.jpgLes médias traditionnels sont-ils en train de disparaître? La question hante toutes les rédactions, y compris les rédactions digitales, sous leur ancienne forme radio TV ou sous leur nouvelle forme de pure player (né sur le net en français), mais qu'est-ce que le net à l'heure où les réseaux sociaux américains et chinois phagocytent l'attention des gens et les thunes de la publicité?

    Les médias traditionnels sont-ils en train de disparaître? Patrick Badillo, patron du Medi@lab de l'Université, analyse la question dans une chronique de ce jour dans la Tribune. Hier la Tribune a diffusé une succincte dépêche de l'ATS: Tamedia s'appellera désormais TX Group. L'assemblée des actionnaires du premier éditeur de Suisse a validé un plan de transformation annoncé fin novembre

    Le communiqué officiel indique que les journaux du groupe, dont la Tribune, seront codirigés par Marco Boselli (journalisme) un ex de 20 Minutes et du Blick et Andreas Schaffner (services d'édition). Une seule femme dans le conseil d'administration: l'ancienne conseillère aux Etats argovienne Pascale Bruderer

    Combien de temps TX Group, dont le logo vert est discuté dans Persoennlich.com, imprimera-t-il des journaux? La question avait été posée l'an dernier par un rotativiste bernois lors de la présentation semestriel des comptes de Tamedia. La réponse avait été que le parc des rotatives peut tenir jusqu'en 2028, mais que si la décision devait être prise aujourd'hui d'investir dans un centre d'impression, la réponse serait bien difficile...

    diffusion tirage journaux.jpg

    Le tirage des journaux s'effondre partout. Le site de Tamedia indique que la Tribune est à 30'000 copies par jour,  presque la moitié moins qu'il y a 10 ans selon l'office cantonal de la statistique qui reprend les comptages d'audience de la REMP. 24 Heures, dont le quotidien genevois partage la moitié des pages produites à Lausanne sous la direction de la réd en chef du Matin Dimanche, tire à 49'000 copies par jour. Certes l'audience qui s'effondre sur le papier est en partie voire largement compensée par les visites des sites internet. Cependant, les entreprises peinent à convaincre les lecteurs à devenir des abonnés durables. Tamedia ne donne que des chiffres de visites par mois mais aucune information sur le nombre d'abonnés en ligne. 

    TX Group donc. TX pour Technology Exchange. Faut-il en conclure que l'information n'est plus le cœur de cible du premier éditeur de Suisse? Ce serait sans doute aller un peu vite en besogne. Mais, comme Ringier, le groupe zurichois est en transformation. Il cherche de nouveaux marchés.

    Tout espoir n'est certes pas perdu. Après l'euphorie de la nouveauté, les réseaux sociaux vont sans doute rentrer dans le rang. Mais, entre les gratuits, imprimés ou non, et les mooks, y aura-t-il une place pour des médias généralistes quotidien d'actualité imprimés ou en ligne, financé par le seul marché des abonnés et de la publicité?

    Le robot Flint me signale un article publié par Nieman Lab du directeur de l'Institut Reuters pour le journalisme. Pas très optimiste Rasmus Kleis Nielsen mais pas fataliste non plus. Ceux qui tirent leur épingle du jeu se comptent à peine sur les doigts des deux mains. A noter que Nieman Lab publie ces jours des contributions (trop) nombreuses qui disent de quoi sera fait le journalisme en 2020

    Comment réinventer les infos générales et politiques qui font corps avec la démocratie, le vivre ensemble, le café du  matin, les articles qu'on diffuse d'un clic sur son réseau social favori? Que sera une société sans presse quotidienne? Sera-t-elle plus ou moins juste, plus ou moins libre, plus ou moins solidaire, fraternelle?

    Merci de vos réponses.

     

  • La mort des journaux, la faute aux journalistes ou aux lecteurs?

    weltwoch ww.jpgKurt W Zimmermann, 62 ans, est une star du journalisme Outre Sarine. Le Solothournois, signale Wikipédia, a siégé au comité de direction du plus grand éditeur de Suisse, le Zurichois Tamedia, dirigé Facts un magazine économique ambitieux bien qu'éphémère. Il signe des commentaires dans les hebdomadaires Sonntagszeitung et Die Weltwoche. Cela lui a valu d'être désigné Journaliste de l'année 2011 par le magazine Schweizer Journalist, édité en Autriche et toujours pas disponible sur tablette...

    Que dit-il de l'état de santé des journaux?

    Dans la Weltwoche du 28 mars, Kurt W Zimmermann écrit que c'est la faute des journalistes économiques, si la presse suisse ne va pas tres bien, alors que l'economie suisse resiste plutot bien a la crise, les journalistes économiques qui n'ont de cesse de hurler, dès lors qu'un patron à le culot d'annoncer des résultats en baisse. Aussitôt les commentaires vont bon train: «il va falloir engager une cure d'amaigrissement drastique. Et le CEO ferait bien de se retirer».

    Et que font les manager qui ne veulent pas être exposés sur ce pilori médiatique, demande le journaliste? Ils coupent dans les budget du marketing, suppriment la publicité d'images et concentrent leurs ressources sur le marketing direct, les points de vente, les call-center et Google qui offre des instruments de mesure précis.

    Il y a sans doute quelque chose de vrai dans cette analyse. Mais la mauvaise santé des médias tient pour le moins à deux autres facteurs, je les ai déjà cités ici: l'émancipation des individus par rapport aux idéologies tend à fragmenter la société sur le plan politique même si nous sacrifions tous peu ou prou à la nouvelle religion consumériste. A cela s'ajoute pour les journaux la concurrence de l'Internet, désormais accessible depuis n'importe quel téléphone. Ces deux phénomènes ouvrent le champ des moyens d'information mais aussi de divertissement de manière exponentielle.

    Le jour où Tamedia mettait ses directions régionales au défi de trouver 15 à 20 millions, Flipboard, une des applications les plus intéressantes du nouveau monde des tablettes démultipliait le nombre des accès à toute sorte d'info, faisant de chacun de ses lecteurs un secrétaire de rédaction potentiel, dont les choix éditoriaux et les coups de cœur peuvent être mis à la disposition de la communauté.

    Ainsi le lecteur est pris dans une double spirale qui l'éloigne de la forme trationnelle du journal: d'une part, les divertissements - voyez les réseaux sociaux, les jeux - que la toile, mais pas seulement elle, lui offre en tout et tous lieux, d'autre part, l'offre d'information démultipliée que la toile, et seulement elle, propose en continu, pour l'heure encore gratuitement et sous des formes bien plus séduisantes et exploitables que le papier journal ou le format tout aussi figé du téléjournal.

    À noter question séduction et potentialité que La Weltwoche, qui fête en 2013 ses 80 ans, lance ces jours un nouveau magazine WW, 48 pages style et tendances, très associées aux marques, dont le rédacteur en chef recommande l'édition iPad, bien meilleure dit-il pour admirer les images et visionner des vidéos, mode d'expression évidemment interdit au papier journal...

  • 15%

    Jornod Etienne NZZ 16 avril 2013.jpgUn chiffre. 15%. c'est l'objectif que le nouveau DG de Tamedia veut maintenir dans les années à venir, une marge de 15% du chiffre d'affaires avant paiement des intérêts et des impôts. Un chiffre que le Neuchâtelois Etienne Jornod, nouveau président du conseil d'administration de la NZZ, troisième éditeur de journaux de Suisse, commente dans une interview publiée le 16 avril dernier dans son nouveau journal et qu'analyse Martin Hitz pour Medienspiegel.ch:

    "En son temps, nous dégagions également une marge (avant amortissments, intérêts et taxes) de 15% dans le secteur de la logistique (Jornod est patron de Galenica), aujourd'hui nous arrivons à 6% et même à 1,5% de marge avant intérêts et taxes. Naguère nous estimions parfaitement impossible de vivre avec des marges aussi faibles. Mais c'est possible."

    Sur le sujet Medienspiegel.ch publie deux autres posts intéressants (ici et )

    On en déduira que la logisitique ne fonctionne peut-être pas comme l'édition de journaux qui est aussi une sacré entreprise de transports. Au demeurant, il  n'est pas sans importance de souligner que deux seuls chaînons n'ont guère profité des évolutions technologiques depuis qu'un certain Gutenberg a inventé la copie à la machine: le premier, la génération d'article, qui pour l'heure nécessite encore le cerveau d'un être humain, et le dernier, la distribution des journaux à domicile, qui nécessite toujours d'actionner les jambes et les bras de porteurs.

    On en déduira que le nouveau DG de Tamedia ne peut guère faire autrement - il est nommé pour ça - que de secouer la machine, dont il a repris les commandes l'an dernier, une machine au demeurant un peu fatiguée, comme le montre la statistique des tirages (reproduite en page 17 du rapport d'activités 2012), presque tous les titres enregistrent des reculs (très) préoccupants que l'augmentation de l'audience sur le Net compense en partie.

    On en déduira que de 15% à 1,5%, il y a un volant de l'ordre de 130 millions de francs, soit quatre fois le montant d'économie/recettes visé par le management.

    On en déduira que la communication de la nouvelle direction générale n'a pas été des plus finaudes et que la marge du capital confiance est vraisemblablement pas beacoup plus élevée que 1,5%. Commençons donc par viser 15% sur cette axe, je parie qu'on conservera une honnête marge sur l'axe financier dans la foulée.

    On finira tout de même par se dire que le défi reste entier s'agissant de la valorisation de ce qui est l'avenir subi des journaux: leur digitalisation intégrale dans un monde, où la concurrence est non seulement mondiale (télécharger Le Monde 2 francs la veille de sa parution physique à Genève) mais encore totale (jouer, butiner sur Youtube, feuilleter mille sites internet via Flipboard, tester Spotifiy, Circa, The Verge, Tooxme, Vine, Wall, réseauter, bloguer, etc. consomme du temps que le quidam n'a plus pour lire les journaux).

    Comme je le rappelais ce midi à un ami, Au moins 40% des Genevois se fichent de la politique genevoise, car ils n'ont pas le droit de vote.

  • La Presse va bien, le Tagi perd 18% de ses lecteurs, Blocher capte GHI

    la presse 5 ans.jpgLa Presse va bien. Du moins c'est ce que dit l'entreprise québecoise qui a fêté ce dimanche modestement cinq ans de La Presse+. Le journal a tout misé sur un site internet gratuit et sacrifié son édition papier qui tirait tout de même à 180'000 exemplaires en deux étapes*. Non sans redimensionner sa rédaction.

    Une exception qui n'est pas un modèle? Aucun média quotidien traditionnel n'a, à ma connaissance, suivi ce chemin radical, qui reste périlleux**. Mais en connaissez-vous un qui ne le soit pas, à part celui des ogres Facebook, Google, Twitter, Instagram, Youtube et Cie, qui vivent de la production gratuite des internautes et aspirent la valeur créée par les rédactions?

    En Suisse, les grands journaux continuent de perdre des lecteurs. Le Tages Anzeiger, le navire amiral du groupe zurichois qui possède la Tribune, 24 heures et Le Matin notamment, a perdu un lecteur sur six, 18% lit-ont dans persoenlich.ch (et ). 

    DERNIERE MINUTE: Tamedia rachète la BalserZeitung et vend GHI à Blocher (ici et ). GHI plus de 160'000 lecteurs hebdomadaires, c'est plus que l'audience quotidienne de mon journal préféré.

     

    La presse traditionnelle meurt depuis l'an 2000...

    - de la désaffection de ses lecteurs payants,

    - de la perte irrémédiable, déjà ancienne, des annonces immobilières et des offres d'emploi,

    - de l'incapacité technique pour un média imprimé et audiovisuel d'adapter individuellement son contenu en fonction de la géolocalisation et des sociohabitudes des lecteurs, aptitude ajustée automatiquement par les géants du Net, grâce à notre participation gracieuse.

    - des offres innombrables de divertissement en ligne qui captent notre attention et volent notre temps de lecture (et de sommeil)

    - du réflexe désormais commun d'aller chercher sur son smartphone les infos et les réponses à toutes les questions qui nous passent par la tête,

    - de notre propre mondialisation accélérée, presque achevée au niveau de notre consommation (Le local se bat certes pour exister mais il est comme ces sabots de bois qu'on achète sur un marché de Provence et qu'on laisse s'empoussiéré de retour at home), en cours au niveau de nos emplois - seule le secteur public et les branches protégées par des normes (pensez aux prises électriques) ne sentent de la mondialisation qu'une brise légère alors que juste à côté la tempête fait rage

    - de l'irruption très prochaine des algorithmes auto-apprenants et autres robots servants. Aujourd'hui serviles. Demain?

    - du rapport toujours plus distancié que nous entretenons avec les affaires publiques. dont les modes de gestion et de régulation semblent incapables de s'adapter aux outils actuels (pensez à la récolte des signatures pour les initiatives et les référendums et le fait qu'on nous incite à voter par Internet)

     

    * Lire la notice que Wikipedia consacre à La Presse. L'entreprise a cessé la publication de l'édition papier au 1er janvier 2016. Elle a ensuite renoncé à l'édition hebdomadaire du samedi le 30 décembre 2017. ** Une voie que va sans doute emprunter Le Matin.

    ***  Tamedia rachète la Basler Zeitung à Zeitungshaus SA. En contrepartie, elle lui vend sa participation au Tagblatt der Stadt Zürich ainsi qu’à divers journaux gratuits comme GHI ou Lausanne Cités. Ces transactions sont sous réserve de l’accord de la Commission fédérale de la concurrence.

  • Qui est cet Omar qui m'a tuer?

    IMG_4266.JPG"Omar m'a tuer". Mais qui est donc Omar?

    Le meurtrier du Matin papier serait Tamedia. Est-une fake ou une bonnes news?

    Difficile question en ce temps où le web, ses usagers et ses champions - autrement plus redoutables que le premier éditeur de Suisse - détrônent les journaux et les journalistes de leur monopole de l'information. Jusqu'à la popularisation du web, nous tenions en effet le primat de la parole et de la plume en matière de bonne information, comme naguère les prêtres et les pasteurs et, pour un temps encore, les professeurs. 

    Ce n'est plus le cas. La qualité de l'information se détériore comme s'effritent la transmission des valeurs par les religieux et les connaissances classiques par les professeurs.

    La banderole dit deux choses: que le Net serait le tombeau des journaux et donc des journalistes et que le fossoyeur est l'éditeur lui même. Fake ou bonnes news?

     

    Ce n'est pas la première fois que la phrase accusatrice, écrite le 24 juin 1991 en lettres de sang à côté du corps sans vie de Ghislaine Marchal, est détournée. La première fois, lit-on, dans Wikipedia, remonte au 17 février 1994, quand le patron de Canal+, un média alors en vogue, laisse entendre dans une tribune publiée dans Le Monde sous le titre  "Edouard m'a tuer" que le premier ministre d'alors Edouard Balladur l'a évincé de la présidence de la chaîne TV.

    Canal+ fonctionnait et fonctionne toujours - quoique avec moins de lustre et d'impertinence -  comme toutes les chaînes TV et les journaux du monde: selon le principe top down, de celui qui sait à celui qui ne sait pas, du dominant au dominé, de celui qui sélectionne et traite les news et les divertissements (surtout les divertissements) à ceux qui les consomment et qui ne peuvent que saper ou éteindre le poste ou arrêter de payer (quoique les Suisses ont récemment accepté de maintenir l'obligation de payer l'abo à la RTS). 

    Mais voilà, les vieux médias verticaux sont concurrencés par le web qui, sans abolit le du-haut-en-bas, popularise, lui, un modèle horizontal, peer to peer, de particulier à particulier, sans filtre ou presque, sans qualité automatique ou garantie non plus. L'offre est gigantesque, mondiale aussi bien que locale. Et pour longtemps encore en grande partie gratuite.

    Ainsi les migrants peuvent-ils converser en vidéophonie et échanger des infos avec leurs proches disséminés au pays ou dans les chemins de l'exil, lire, voir, se divertir comme n'importe quel bourgeois engoncé dans son canapé à l'heure du 19:30.

    On trouve de tout au coeur du Net, des perles aussi, des données, des analyses. On y passe beaucoup de temps, de plus en plus de temps. Du temps que l'on n'a plus pour les médias classiques. Une autre transformation silencieuse érode la base des journaux: On veut bien être un consom'acteur, on rechigne à être un citoyen actif.

    Omar Tamedia serait-il coupable de n'avoir pas su anticiper la mort naturelle des journaux imprimés? La presse traverse-t-elle une crise passagère qui verra demain (Ah, Demain!), une fois la folie des smartphones passée, les lecteurs revenir à leurs journaux papier?

    Republik, un des nouveaux médias suisses - avec Bon Pour la Tête - créé au début de cette année par des journalistes alémaniques, a publié hier un papier en français de Ludovic Rocchi, un ancien du Matin aujourd'hui à la RTS. ça s'intitule "Mes trente ans de crise dans les médias". Un papier édifiant et très biaisé. 

    Édifiant et biaisé, car les éditeurs suisses sont seuls sur le banc des accusés. Or, l'histoire de la presse romande des 30 dernières années ne se résume pas à leurs supposées incuries. Pas un mot sur la révolution technologique et sociétale évoquée ci-dessus. Pas un mot sur les journalistes. Pas un mot (ou très peu) sur les capitalistes, genevois notamment, aux abonnés absents depuis en bien avant la vente de la Tribune à Edipresse. Pas un mot sur les consommateurs dont la propension à payer des abonnements toujours plus chers ne cesse de décliner depuis l'an 2000. Pas un mot sur les entreprises et les partis qui ne cessent de vanter les produits et les services de la région et s'émancipent des contraintes économiques et normatives locales via les réseaux sociaux sans frontières, aujourd'hui américains, demain chinois. Ah, Demain... 

    Et pas un mot évidemment sur le modèle économique qui pourra sauver la presse.

     

     

  • Nés au XIXe siècle. Morts au XXIe?

    008B435C-26C5-4B37-B168-F12E18F47669.jpegLe Tages Anzeiger fête ses 125 ans. Tamedia publie dans tous ses quotidiens un supplément anniversaire. Qui ne dit pas pourquoi les journaux sont pour la plupart nés au XIXe siècles et disparaîtront au XXIe.

    Ils sont nés grâce à une invention industrielle européenne, la rotative, installée pour la premiere fois au Times, en 1815. Ils mourront, sous leur forme imprimée en tous cas, à cause d’une autre invention servicielle et américaine, l’internet.

    Cinq siècle plus tôt, un certain Gutenberg avait mis au chômage tous les copistes du Moyen-âge, donnant le coup de pouce nécessaire à une révolution, la Réforme, et à un apprentissage commun, la lecture. Première émancipation.

    Aux XIXe, la rotative permit de multicopier toute sorte de feuilles, libelles, chroniques, tribunes, mercuriales... assurant la diffusion des opinions et des informations des partis, des églises, des syndicats, des Etats,  d’entrepreneurs. Le XIXe est le siècle des républiques, des démocraties, des luttes ouvrières. Deuxième émancipation. De sujet nous devenons citoyen.

    Quelle révolution socio-politique va donc accompagner l’ère de l’Internet? 

    Je n’ai évidemment pas la réponse, mais elle contiendra sans doute l’obligation pour tout un chacun d’être journaliste: en commençant par ne pas/plus relayer sur le site réseaux sociaux des information non vérifiées, dont la ou les sources sont fiables.

    Comme le jardinier élimine l’herbe et les vermines qui affaiblissent sa culture, ainsi les lecteurs, faute de pouvoir compter sur des journalistes désormais en nombre insuffisant, doivent affûter leur capacité d’alerte. D'où vient l'information? A qui profite-t-elle? Et le ramdam (buzz) qu'une info produit, ne cache-t-il pas des informations plus importantes?

    Il faut encore faire la part de l'info-émotion, l'info-divertissement, l'info-rationnelle, la pire peut-être dans l'art de la tromperie.

    Nouvelle émancipation?