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  • ”Laudato Si”, une Constitution pour L'Expo universelle de Milan

    image.jpgQue manque-t-il à l'Expo universelle 2015? Une Charte, une feuille de route. Aucun pavillon national ne s'y risque. Quant aux pavillons onusiens, ils attirent moins les foules, car se produit à Milan le même réflexe qu'au foot. On aime son équipe, et on visite celles des autres pour bien se convaincre qu'on est les meilleurs. Hop Suisse!

    "Laudato Si" est un texte fort, qui contient tout de même quelques trous. Je n'en citerai que trois qui m'ont frappé en lisant la lettre circulaire de François.

    Nulle part il n'est fait mention de la démographie et du défi pour l'environnement que représente la population en quelques endroits et ces conséquences les migrations de survie. (Je n'ai rien vu non plus à ce sujet à Milan) Nulle part il n'est fait mention de l'énergie nucléaire.

    Enfin, dans son appel au changement, le pape espère une conversion des personnes et l'émergence d'un régulateur mondial fort et efficace, bref d'un véritable gouvernement mondial capable d'imposer ses lois à tous. Rien n'est dit sur comment on y parvient.

    Voici en attendant ma sélection de cette Encyclique qu'on peut lire sur le site du Vatican.

     1. « Laudato Si’, mi’ Signore », - « Loué sois-tu, mon Seigneur », chantait saint François d’Assise. Dans ce beau cantique, il nous rappelait que notre maison commune est aussi comme une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts

    14 Se convertir Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous.

    68. Le repos du dimanche (...) le repos du septième jour n’est pas proposé seulement à l’être humain, mais aussi « afin que se reposent ton âne et ton bœuf » (Ex 23, 12). Nous nous apercevons ainsi que la Bible ne donne pas lieu à un anthropocentrisme despotique qui se désintéresserait des autres créatures.

    76 La création et la nature. Pour la tradition judéo-chrétienne, dire “création”, c’est signifier plus que “nature”, parce qu’il y a un rapport avec un projet de l’amour de Dieu dans lequel chaque créature a une valeur et une signification. La nature s’entend d’habitude comme un système qui s’analyse, se comprend et se gère, mais la création peut seulement être comprise comme un don qui surgit de la main ouverte du Père de tous, comme une réalité illuminée par l’amour qui nous appelle à une communion universelle.

    94 Le riche et le pauvre Cela a des conséquences pratiques, comme celles qu’ont énoncées les Évêques du Paraguay : « Tout paysan a le droit naturel de posséder un lot de terre raisonnable, où il puisse établir sa demeure, travailler pour la subsistance de sa famille et avoir la sécurité de l’existence. Ce droit doit être garanti pour que son exercice ne soit pas illusoire mais réel. Cela signifie que, en plus du titre de propriété, le paysan doit compter sur les moyens d’éducation technique, sur des crédits, des assurances et la commercialisation ».

    105 L'homme est nu L’être humain n’est pas pleinement autonome. Sa liberté est affectée quand elle se livre aux forces aveugles de l’inconscient, des nécessités immédiates, de l’égoïsme, de la violence. En ce sens, l’homme est nu...

    119. Et Dieu dans tout ça? L’ouverture à un “ tu ” capable de connaître, d’aimer, et de dialoguer continue d’être la grande noblesse de la personne humaine. C’est pourquoi, pour une relation convenable avec le monde créé, il n’est pas nécessaire d’affaiblir la dimension sociale de l’être humain ni sa dimension transcendante, son ouverture au “ Tu ” divin. En effet, on ne peut pas envisager une relation avec l’environnement isolée de la relation avec les autres personnes et avec Dieu. Ce serait un individualisme romantique, déguisé en beauté écologique, et un enfermement asphyxiant dans l’immanence.

    131 Risques biotechnologiques Si on ne peut interdire à un artiste de déployer sa capacité créatrice, on ne peut pas non plus inhiber ceux qui ont des dons spéciaux pour le développement scientifique et technologique, dont les capacités ont été données par Dieu pour le service des autres. En même temps, on ne peut pas cesser de préciser toujours davantage les objectifs, les effets, le contexte et les limites éthiques de cette activité humaine qui est une forme de pouvoir comportant de hauts risques.

    133-135 OGM Il faut rappeler que le début des développements scientifiques de céréales transgéniques a été l’observation d’une bactérie qui produit naturellement et spontanément une modification du génome d’un végétal. (...) Il s’agit d’une question d’environnement complexe dont le traitement exige un regard intégral sous tous ses aspects, et cela requiert au moins un plus grand effort pour financer les diverses lignes de recherche, autonomes et interdisciplinaires, en mesure d’apporter une lumière nouvelle.

    155 L'écologie humaine et la question du genre Apprendre à recevoir son propre corps, à en prendre soin et à en respecter les significations, est essentiel pour une vraie écologie humaine. La valorisation de son propre corps dans sa féminité ou dans sa masculinité est aussi nécessaire pour pouvoir se reconnaître soi-même dans la rencontre avec celui qui est différent. De cette manière, il est possible d’accepter joyeusement le don spécifique de l’autre, homme ou femme, œuvre du Dieu créateur, et de s’enrichir réciproquement. Par conséquent, l’attitude qui prétend « effacer la différence sexuelle parce qu’elle ne sait plus s’y confronter »[121], n’est pas saine.

    175. Une Autorité politique mondiale Comme l’a affirmé Benoît XVI dans la ligne déjà développée par la doctrine sociale de l’Eglise : « Pour le gouvernement de l’économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l’environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu’elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, [saint] Jean XXIII».[129] Dans cette perspective, la diplomatie acquiert une importance inédite, en vue de promouvoir des stratégies internationales anticipant les problèmes plus graves qui finissent par affecter chacun.

    186. Le principe de précaution Si l’information objective conduit à prévoir un dommage grave et irréversible, bien qu’il n’y ait pas de preuve indiscutable, tout projet devra être arrêté ou modifié. Ainsi, on inverse la charge de la preuve, puisque dans ce cas il faut apporter une démonstration objective et indiscutable que l’activité proposée ne va pas générer de graves dommages à l’environnement ou à ceux qui y habitent.

    195 La décroissance C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties. Benoît XVI affirmait qu’« il est nécessaire que les sociétés technologiquement avancées soient disposées à favoriser des comportements plus sobres, réduisant leurs propres besoins d’énergie et améliorant les conditions de son utilisation ».

    203.  La liberté Ce paradigme fait croire à tous qu’ils sont libres, tant qu’ils ont une soi-disant liberté pour consommer, alors que ceux qui ont en réalité la liberté, ce sont ceux qui constituent la minorité en possession du pouvoir économique et financier. Dans cette équivoque, l’humanité postmoderne n’a pas trouvé une nouvelle conception d’elle-même qui puisse l’orienter, et ce manque d’identité est vécu avec angoisse. Nous possédons trop de moyens pour des fins limitées et rachitiques.

    222. Moins est plus La spiritualité chrétienne propose une autre manière de comprendre la qualité de vie, et encourage un style de vie prophétique et contemplatif, capable d’aider à apprécier profondément les choses sans être obsédé par la consommation. Il est important d’assimiler un vieil enseignement, présent dans diverses traditions religieuses, et aussi dans la Bible. Il s’agit de la conviction que “moins est plus”. En effet, l’accumulation constante de possibilités de consommer distrait le cœur et empêche d’évaluer chaque chose et chaque moment. 

    223. La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. 

    229. L'éthique Il faut reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres, que nous avons une responsabilité vis-à-vis des autres et du monde, que cela vaut la peine d’être bons et honnêtes. Depuis trop longtemps déjà, nous sommes dans la dégradation morale, en nous moquant de l’éthique, de la bonté, de la foi, de l’honnêteté.

    232. Agir local Tout le monde n’est pas appelé à travailler directement en politique ; mais au sein de la société germe une variété innombrable d’associations qui interviennent en faveur du bien commun en préservant l’environnement naturel et urbain. Par exemple, elles s’occupent d’un lieu public (un édifice, une fontaine, un monument abandonné, un paysage, une place) pour protéger, pour assainir, pour améliorer ou pour embellir quelque chose qui appartient à tous. Autour d’elles, se développent ou se reforment des liens, et un nouveau tissu social local surgit. Une communauté se libère ainsi de l’indifférence consumériste.

    246. La prière Après cette longue réflexion, à la fois joyeuse et dramatique, je propose deux prières : l’une que nous pourrons partager, nous tous qui croyons en un Dieu Créateur Tout-Puissant ; et l’autre pour que nous, chrétiens, nous sachions assumer les engagements que nous propose l’Évangile de Jésus, en faveur de la création.

     

    Prière pour notre terre

    Dieu Tout-Puissant 

    qui es présent dans tout l’univers

    et dans la plus petite de tes créatures,

    Toi qui entoures de ta tendresse tout ce qui existe,

    répands sur nous la force de ton amour pour que

    nous protégions la vie et la beauté.

    Inonde-nous de paix, pour que nous vivions

    comme frères et sœurs

    sans causer de dommages à personne.

    Ô Dieu des pauvres,

    aide-nous à secourir les abandonnés

    et les oubliés de cette terre

    qui valent tant à tes yeux.

    Guéris nos vies,

    pour que nous soyons des protecteurs du monde

    et non des prédateurs,

    pour que nous semions la beauté

    et non la pollution ni la destruction.

    Touche les cœurs

    de ceux qui cherchent seulement des profits

    aux dépens de la terre et des pauvres.

    Apprends-nous à découvrir

    la valeur de chaque chose,

    à contempler, émerveillés,

    à reconnaître que nous sommes profondément unis

    à toutes les créatures

    sur notre chemin vers ta lumière infinie.

    Merci parce que tu es avec nous tous les jours.

    Soutiens-nous, nous t’en prions,

    dans notre lutte pour la justice, l’amour et la paix.

     

    Donné à Rome, près de Saint-Pierre, le 24 mai 2015, solennité de Pentecôte, en la troisième année de mon Pontificat.

    Franciscus

  • Du lait à 85 centimes! Et Libération qui chante le pape vert

    image.jpgA part les familles qui compte chaque sous, qui sait combien coûte un litre de lait? L'autre jour, je suis allé chez les Zeller à Vernier.  Il pestait car, s'était- il épanché dans l'hebdomadaire Agri, "je gagne mieux ma vie avec le fumier que je méthanise qu'en vendant mon lait à 53 centimes le litre".

    Ce qu'il n'a pas dit c'est que Swissgrid lui achète son kWh a un prix fixe tandis que le prix du lait, en moyenne annuelle à 60 centimes soit bien moins de la moitié de la brique vendue, baisse en effet graduellement pour éviter 1) une surproduction coûteuse, 2) diminuer le cheptel gros producteur de gaz à effet de serre et 3) recoller avec le peloton des producteurs européens qui écoulent leur lait autour des 35 centimes. Vaste programme.

    Toujours dans Agri, je lis ce savoureux reportage dans le Toggenburg...

    On y raconte la vie d'un fromager entiché de qualité et de variété. Il s'est mis en tête de fabriquer des spécialités sans mélanger les laits et même de distinguer les lait des pentes ensoleillées de celles qui regardent le nord. Il écoulent ses fromages chez Globus et via les épiceries fines et les restaurants mulititoqués dans le monde entier. Il paie le lait 85 centimes et rend visite régulièrement aux éleveurs dont la principale qualité est d'aimer leurs vaches... 

    image.jpgQue vient faire François dans cette affaire? 

    Et bien le pape s'est payé hier la Une de Libération et du Monde et s'est attiré les louages des deux quotidiens français pour sa dernière encyclique "Laudato Si". Libération, qui nous livre un "La biomasse est dite", explique par le menu le rôle de la France et de Nicolas Hulot, la France, qui reste, malgré les régimes et les incartades amoureuses de ses dirigeants, la fille aînée de l'Eglise. A l'heure où Paris met tout en œuvre pour fêter en décembre un succès lors de la conférence sur le climat, qui n'accouchera comme chacun sait au mieux que d'un énième document de convergence farci de bonnes intentions, la première encyclique écologique du Vatican tombe à pic. 

    Cependant ce que propose François ce n'est pas un programme politique, c'est une conversion personnelle. Extrait:

    "Bartholomée (...) nous a proposé de passer de la consommation au sacrifice, de l’avidité à la générosité, du gaspillage à la capacité de partager, dans une ascèse qui « signifie apprendre à donner, et non simplement à renoncer."

  • Et la fidélité, bordel!

    poggia protegeons nous pre 3.jpgEvidemment on va me dire qu'il vaut mieux prévenir que guérir, qu'un humain averti en vaut deux, que vivonsmieux.ch, la dernière campagne de promotion de la santé du Département de Mauro Poggia cible les jeunes (ce qui n'est dit nulle part et même si c'était le cas...), accessoirement que je suis un vieux con ou un mal baiser (ce qui revient évidemment au même)...

    Cette entrée en matière pour vous dire que les questions 9 et 10 du petit test vivonsmieux.ch qui tourne présentement sur le net m'interpellent.

    La première concerne l'usage du préservatif, la seconde le test du SIDA.

    Voici les questions 9 et 10

    poggia protegeons pre 2.jpg

    poggia protegeons nous sida.jpg

    Ne manque-t-il pas une réponse au moins?

    Evidemment, celle de la fidélité. Les couples qui n'ont eu qu'un seul partenaire durant leur vie ça existe (encore). Or le sondage de l'Etat de Genève les considèrent comme déviants s'ils répondent "Non au port de la capote" et "non au test SIDA". Dans le cas du préservatif, le test les aiguille vers ce genre de réponse (voir copie écran ci-dessous)...

    "On n'a pas voulu être moralisateur", répond un haut fonctionnaire du DS, qui me dit voir le problème.

    Gageons que rien ne changera et que des raisons techniques maintiendront le test qui prend les amoureux fidèles pour de dangereux potentiels propagateurs d'une maladie qui fait plus souvent les titres des journaux que la malaria, la dengue, la tuberculose, la peste ou le choléra... ou même la grippe qui fait cinq à six fois plus de victimes en France que le VIH.

    Dans l'Evangile au quotidien, la lecture du jour porte sur... l'adultère. Mathieu rapporte ces paroles: « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas d’adultère’. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne." 

    Inaudible?! 

    Pourtant quand le pape François dénonce les excès du capitalisme ou se fait dans Laudato Si le porte parole de l'écologie, tout le monde applaudit.

    poggia protegeons nous.jpg

  • Ce qui distingue Vaud et Genève

    Ce 28 septembre, le Canton de Vaud a inauguré sa semaine à l'Exposition universelle de Milan. Pas moins de cinq ministres ont fait le déplacement (ainsi qu'une journaliste de 24 Heures). Le même jour, le chanteur vaudois Bastian Baker était sur le Pavillon suisse. Cohue assurée. Hasard ou coup de maître d'une marketeur bien branché?

    Il y a dix jours notre bonne Ville de Genève a inauguré sa période qui va jusqu'à la fin de l'exposition universelle le 31 octobre. Genève ville succédait à Bâle et Zurich, les trois capitales suisses que Nicolas Bideau avait invitées sous deux des quatre tours du @padiglioneCH ou @Swiss_pavilion.

    La maire de Genève, Esther Alder était flanquée de son ministre de la Culture Sami Kanaan, qui aimerait bien être un maire durable, et du ministre cantonal des Finances, l'italophone Serge Dal Busco. En vedette, quelques utopies agro-urbaines concoctées par des étudiants de l'HES Genève durant un remue-méninges estival piloté par une Vénitienne passionnée d'architecture durable, un accrochage de l'artiste Gygi et Elvett, un groupe genevois inconnu ou presque ou du moins qui n'a pas la notoriété de Baker. Genève aurait pu invitait Dicker.

    Mais non, trop célèbre pour faire sa promo, la patrie de Dunant (qui pour l'anecdote inventa la Croix-Rouge dans la plaine du Po)!

    A Genève, la ville et le canton se regardent en chien de faïence. Comme un vieux couple qui s'engueule pour un rien, ils font ménage commun mais néanmoins séparé dans le même appartement (un petit quatre pièces pas plus grand que trois fois la surface de la commune de Zurich).

     

    J'ai aussi publié:

    A Milan, la Suisse n'existe pas

    Laudato Si, une constitution pour l'Expo universelle de Milan

    Nourrir le monde, Milan rate la cible

    A Milan, on ne voit pas le fromager du Toggenburg

    J'y suis retourné pour voir Genève. Et je n'ai rien vu

  • Année sainte: «Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font!»

    pape annee sainte.jpg«Pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font!» Par ces mots, Jésus crucifié invoque la miséricorde de son père en faveur de ses tortionnaires. C’est l’ultime message d’un homme qui a cru sa vie durant que l’amour du prochain est assez révolutionnaire pour instaurer le règne de la justice et de la paix dans le monde.

    Ses paroles, sa vie, l’affirmation de sa liberté inconditionnelle face aux pouvoirs politiques et économiques en place ont saisi des milliards d’êtres humains depuis. Ses amis ont forgé une religion qui, malgré leurs divisions, leurs écarts et oublis, a modelé, avec d’autres sagesses – grecque notamment – la civilisation occidentale. Comme le président des Etats-Unis, le gouvernement de la République de Genève, devenue laïque en 1907, prête toujours serment sur la Bible.

    Ce 8 décembre, le pape François a ouvert une année sainte. Le 8 décembre, c’est aussi la fête controversée de l’immaculée conception. Instauré par le Vatican en 1854 avec l’assentiment des évêques, le dogme fait référence à la conception de la mère de Jésus, qui n’est pas entachée par la défiance originelle d’Eve et d’Adam ou plutôt le désir, jamais éteint, de l’être humain d’être tout-puissant.

    Le pape argentin est devenu le chouchou des écologistes depuis qu’il a épousé la cause verte dans sa dernière encyclique Laudato Si. «Loué sois-tu, mon Seigneur, pour sœur notre mère la terre, qui nous soutient et nous gouverne, et produit divers fruits avec les fleurs colorées et l’herbe.» Dans ce cantique, François d’Assise, qui avait fait les quatre cents coups et tué un homme avant de se convertir et de devenir un des réformateurs de la religion chrétienne, rappelle, dit le pape François, que notre maison commune est aussi comme une sœur, avec laquelle nous partageons l’existence, et comme une mère, belle, qui nous accueille à bras ouverts.

    L’année sainte s’inscrit, elle, dans une autre tradition, celle du pardon et de la réconciliation, de l’humilité aussi. Des actes bien peu médiatiques aujourd’hui. Les enseigne-t-on dans nos écoles?

    Et pourtant. Souvenez-vous de la Commission de la vérité et de la réconciliation que l’évêque Desmond Tutu (qui y a gagné le Prix Nobel de la paix) et le président Nelson Mandela, un reclus lui aussi, un rebelle, ont lancée et médiatisée en Afrique du Sud, voilà vingt ans. Vérité et réconciliation, un processus ancestral qui n’efface pas la mémoire des crimes mais qui permet d’échafauder une nouvelle paix civile.

    L’appel de François s’adresse à tous. Croyant ou pas, chacun est invité à devenir un agent de la paix. En particulier les chrétiens, dont l’«impératif» est «pardonner», rappelle le pape, même si «c’est difficile». C’est difficile en effet de se défaire de la rancœur, de la colère, de la violence, de la vengeance. Le Code pénal, qui punit les actes les plus graves, ne suffit pas à faire une société civile.

     

    Ce texte a paru dans la rubrique Opinion de la Tribune de Genève

  • Mgr Morerod à Compesières... What else?

    P1100558.JPGL'église de Compesières est la plus grande des trois édifices catholiques de l'Unité pastorale Salève. L'UP, créée formellement en 2004, s'étend sur les trois communes de Veyrier, Troinex et Bardonnex, soit quelque 15'000 habitants, dont, je suppute, quelque 6000 à 7000 catholiques. Il y avait moins de 200 personnes ce dimanche matin neigeux pour assister à la messe célébrée par l'évêque de Genève Fribourg Lausanne, dont une vingtaine d'adolescents préconfimants. Une misère qui en dit long sur l'état de l'église catholique dans ce coin de terre.

    Qu'a donc dit le berger général à cette poignée d'ouailles?

    Rien!

    Charles Morerod s'est contenté de paraphraser les lectures du jour où il était question des Noces de Cana et des dons de l'Esprit. Un discours sans relief ni intérêt que n'importe quel curé de campagne aurait pu prononcer. L'évêque du diocèse s'est comporté comme un brave petit soldat sans envergure, alors que les gens sont inquiets, désécurisés et prompts à écouter les sirènes populistes.

    On s'interroge.

    Ce dimanche marque le début de la Semaine de l'unité des chrétiens, Morerod n'en a pas dit un mot.

    La guerre civile en Syrie laisse Morerod coi. Ultime soubresaut de l'occupation coloniale français et anglaise sous mandat de la Société des Nations, des interventions américaines en Irak, de l'aveuglement d'un dictateur et de son clan, de l'antagoniste meurtrier entre chiites et sunnites, cette guerre jette sur les routes de l'Europe des centaines de milliers de réfugiés et met les chrétiens et les paroisses à l'épreuve de l'amour du prochain. Tout comme les défis posés par l'irrédentisme islamique mené par les fondamentalistes de Daech et ses supplétifs.

    P1100556.JPGEn face de l'église de Compesières, l'immense ancienne cure catholique sise au premier étage du château est vide depuis des mois et pourrait sans grands frais accueillir deux ou trois familles de réfugiés. La Commune y songe-t-elle? Le Conseil de paroisse l'a-t-il demandé?

    L'évêque dominicain n'est pas d'avantage inspiré par le conflit israélo-palestinien, marqué actuellement par le grignotage persistant des territoires palestiniens par l'occupant israélien, une des sources majeures de l'instabilité en Terre sainte.

    Ni la dernière encyclique de François Laudato Si, qui enchante les écologistes, et qui n'est, a dit récemment Charles Morerod à Genève, qu'une encyclique parmi d'autres ni l'Année sainte, que le même François a ouvert le 8 décembre appelant les chrétiens au pardon et à l'humilité,  n'ont été évoquée par le haut fonctionnaire du diocèse.

    Mais à quoi sert donc Morerod?

    Rien de la révision des troupes et des structures de l'unité pastorale Salève, objet de la visite de l'évêque à Compesières, n'a été révélé au terme de la cérémonie religieuse. Le curé s'est contenté de propos creux et consensuels. Des quelques appréciations anonymes des réunions de la journée de samedi, glanées ici et là à l'heure de l'apéro, on a perçu les mots "lisse", "démuni" et même "chiant".

    Inquiétant.

  • Dire Dieu aux ados: un sacré défi

    dieu son fils et moi.jpgVoilà donc le journal Le Temps accusé de faire le jeu de la gauche. L'héritier du Journal de Genève et du Nouveau Quotidien, bêlerait de concert avec le troupeau des moutons qui ont peur du réchauffement climatique. Le quotidien suisse, propriétaire de Ringier - Axer Springer, (le groupe allemand étant détenu par un fonds d'investissement américain à hauteur de 42,5%), invite depuis une semaine les quelque mille candidats de Suisse romande à l'Assemblée fédérale à remplir sa Charte de la transition écologique, un questionnaire en pleine résonance avec la pensée unique en cours. Mais promis juré, cette charte n'altèrera en rien le sens critique de la rédaction. Le Temps est engagé mais pas militant.

    La pensée unique - qui est donc aussi celle du Temps - peut se résumer ainsi: Le réchauffement climatique est une catastrophe, notre faute, bref presque la pomme qui a fait chuter l'homme dans la Genèse. Alors que le défi que représente la hausse moyenne des températures - laquelle n'est pas contestable quoique encore grosse d'inconnues - est dû: 1) au fait que la population mondiale a crû depuis un siècle de 2,5 à plus à 7 milliards d'humains, dont une bonne partie - nous - est trop gourmande (au sens biblique, la gourmandise est le fait de consommer des ressources et de ce fait d'en priver d'autres et les générations futures), 2) à la consommation effrénée de ces ressources due à un pouvoir d'achat qui a augmenter pour des centaines de millions d'humains comme jamais.

    A noter que dès ce 16 septembre, lundi du Jeûne fédéral en Suisse, des dizaines de médias participent à l'action Cowering Climate Now lancée par la Columbia Journalism Review, dont Heidi.news bien sûr.

    La solution se trouve évidemment dans la technique (solaire. éolienne, géothermique, chimique, voire nucléaire) mais aussi dans la sacrée question de la capacité des riches (dont l'Europe est) vivre plus sobrement, soit à juguler leur gourmandise.

    Et nous voilà au coeur de ce que notre société dénie - en particulier à Genève où la laïcité s'est transformé en nouveau Kulturkampf contre le fait religieux (lequel aux yeux de mes contemporains les plus en cours est toujours un opium, dont il faut libérer le peuple). Après le christianisme qu'on a reclus dans ses temples - même si François dans son encyclique Laudato Si bénéficie d'une petite écoute -, il faut faire taire les barbus de l'islam.

    L'église qui est le porteur de la Bonne nouvelle tout entière dédiée à l'amour et à la sobriété s'est, il est vrai, trop longtemps fourvoyer en faisant cause commune avec les régimes autoritaires, excommuniant ses réformateurs. Sa voix est donc inaudible. Cependant la Bible demeure et son message de la paix, de fraternité, de justice ici-bas mobilise toujours, tout comme les utopies socialistes ou communistes continuent d'interpeller malgré les goulags et les purges.

    C'est donc avec un certain intérêt que je découvre la nouvelle web série que les évêques de France mettent en ligne ces jours. Bien dans ma foi est une série de six épisodes qu'on peut visualiser sur cette chaîne Youtube.  Un sacré défi. Qu'en dites-vous?

  • Le tocsin pour le climat. Mais dans quel état j'erre?

    cloche en verre.jpgAinsi notre vicaire épiscopal demande à nos clocher de sonner le tocsin pour le climat, samedi, entre 14h30 et 14h35, en solidarité avec les églises suisses et les mouvements chrétiens. "Les organisations chrétiennes de l’Alliance climatique, écrit Pascal Desthieux, demandent aux paroisses de toute la Suisse de soutenir le mouvement pour le climat en réglant l’horloge de leurs églises sur midi moins cinq ce samedi 28 septembre 2019 et/ou en faisant sonner les cloches des églises à 14.30 heures. 

    Cette solidarité sonore me paraît fort discutable. 

    Sonner le tocsin contre le réchauffement climatique (ou pour le climat?) et pourquoi pas contre Trump, pour Greta, contre Poutine et pour je ne sais qui... le page? Et pourquoi ne sonne-t-on pas le tocsin tous les vendredi contre le consumérisme, pour le véganisme, contre le chauffage des appartements (et des églises vides) et pour les éoliennes sur nos monts quand le soleil...?

    Quant à l’extension des feux ce jeudi soir, également soutenu par notre sous-évêque, elle procède d'une même manifestation panurgique. On verra dans le ciel les étoiles, nous dit-on du côté de la nuit est belle. On n'y cherche évidemment pas dieu (avec ou sans majuscule), qui n'y est pas. Et on se fiche de savoir sir les étoiles qu'on voit ne sont pas en fait éteintes depuis des millions ou des milliards d'années (compte tenu de la vitesse limitée  à laquelle l'information lumineuse nous parvient). Heureusement que les voix de dieu ne sont pas soumise aux mêmes limitations de vitesse.
     
    Vraiment notre église ferait mieux de s'expliquer haut et fort à propos d'un problème dont elle fut, est et reste hautement responsable: l'explosion démographique que le monde connaît depuis 100 ans, problème qu'elle continue à nier.  Car sans croissance démographique, les ressources rares dont la terre, l'eau et les hydrocarbures auraient été moins exploitées et par conséquent la production des gazon à effet de serre aurait été moindre. 
     
     
     
    PS: la lettre Laudato Si contient neuf fois le mot réchauffement et 61 fois le mot pauvre ou pauvreté. Le point 50 réaffirme que la démographie n'est pas le problème, mais que le problème c'est la gourmandise des riches. Que va changer à ce propos les cloches de l'abbé Desthieux?
     
    50  Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “santé reproductive”. Mais «s’il est vrai 39 que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire» (...)   (source: Conseil Pontifical «Justice et Paix», Compendium de la Doctrine Sociale de l’Église, n. 483.)   En outre, nous savons qu’on gaspille approximativement un tiers des aliments qui sont produits, et «que lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre »
     
    Le point suivant remet clairement en cause nos modes de vie. Pourquoi nos messes ne sont-elles jamais l'occasion d'en parler?
     
    52 La dette extérieure des pays pauvres s’est transformée en un instrument de contrôle, mais il n’en est pas de même avec la dette écologique. De diverses manières, les peuples en développement, où se trouvent les plus importantes réserves de la biosphère, continuent d’alimenter le développement des pays les plus riches au prix de leur présent et de leur avenir. 
     
    Et toujours dans Laudato Si voilà la justification de l'impôt progressif et de la politique sociale de redistribution
     
    71  « Lorsque vous récolterez la moisson de votre pays, vous ne moissonnerez pas jusqu’à l’extrême bout du champ.  Tu ne glaneras pas ta moisson, tu ne grappilleras pas ta vigne et tu ne ramasseras pas les fruits tombés dans ton verger. Tu les abandonneras au pauvre et à l’étranger» (Lv 19, 9-10).
     
     
    117  (...)  Quand on ne reconnaît pas, dans la réalité même, la valeur d’un pauvre, d’un embryon humain, d’une personne vivant une situation de handicap – pour prendre seulement quelques exemples – on écoutera difficilement les cris de la nature elle-même. Tout est lié. Si l’être humain se déclare autonome par rapport à la réalité et qu’il se pose en dominateur absolu, la base même de son existence s’écroule, parce qu’«au lieu de remplir son rôle de collaborateur de Dieu dans l’œuvre de la création, l’homme se substitue à Dieu et ainsi finit par provoquer la révolte de la nature». ( Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 37 : AAS 83 (1991), 840.)
  • Green Future Index et nos SI genevois

    BD9395F6-D553-46DC-8692-889CE0E57A67.jpegQu’on ne s’y trompe pas nos SI n’ont rien à voir avec Laudato Si, qui fit un temps de François un pape vert malgré son grand âge. Quoique le ci-devant directeur général de notre régie cantonale de l’électricité, protégée de la concurrence, ne manque pas une occasion d’expliquer aux consommateurs genevois, qui n’ont pas d’autres choix, combien son entreprise est exemplaire en environnement, comme employeur, comme donneuse de leçons aussi. Bref louez soi nos SI et emprunter ses voies éclairées *. 

    Nos SI sont donc verts, foi de leurs contrats qui excluent l’importation de tout électron nucléaire. Sauf que cette exclusivité genevoise condamne les autres consommateurs, suisses et européens, à se satisfaire forcément des électrons atomiques. Pas très solidaires nos SI.

    Qu’importe, puisqu’on est assez riche pour s’offrir des électrons bios, pourquoi s’en priver. D’autant que le marketing des SI multiplie les actions qu’on ne qualifiera pas de greenwashing mais qui y ressemblent furieusement. Le journal de notre régie est un bel exemple de lavage de cervelle. Il est vrai que demain sera solaire et éolien et géothermique et frugal aussi, car le plus grand gisement d’énergie, c’est encore de ne pas en consommer. Et nucléaire encore pour les pays qui ne peuvent pas s’en passer.

    Le directeur général des SI utilise son blog Ėnergie positive, hébergé aussi sur le forum de la Tribune, pour promouvoir sa bonne parole. Son dernier billet envoie une volée de bois vert à notre pays classé 19e par le Green Future Index du prestigieux MIT (le rapport). And the winners are:  L’Islande, la Norvège et le Danemark. 

    Christian Brunier tait le nom du quatrième de ce ranking. Dame, il s’agit rien moins que de notre voisin, la France, qui décroche la médaille en chocolat grâce à son parc de centrales atomiques et à ses promesses de verdir ses sources énergétiques. (In Géo: pourquoi la France est quatrième?)

    La Suisse est donc 19e. Ce qui ne plaît pas du tout à notre directeur général qui réclame des mesures fortes et une remontée au 4e ou 5e rang illico.

    Sauf que les Islandais sont sur leur île moins nombreux que les Genevois sur leur péninsule et dorment sur des volcans et des geysers, bref une surproduction d’énergie géothermique.

    Sauf que les Norvégiens vivent au pays des barrages et de la rente pétrolière de la mer du nord, dont l’index du MIT ne doit pas décompter le poids en CO2. Le Danemark lui (avec le Groenland) est un pays de vent et d’éoliennes. Sur ce plan, les SIG ont démontré leurs errances coûteuses à vouloir planter des moulins à vent sur les crêtes du Jura ou dans le gros de Vaud. Quant à la chaleur pompée du lac, le projet en vaut-t-il la chandelle?

    E8E7ACF3-A3BC-4C58-B8B8-BA881E3B72FA.jpegLe "Green Future Index" est bâti sur cinq critères principaux, analyse critique France Info: les "émissions de gaz à effet de serre", la "transition énergétique", la "société verte", "l'innovation propre" et la "politique climatique". Ceux-ci sont pondérés et compilés pour aboutir à un score global, qui donne le classement général. La Suisse se classe cinquième grâce à une croissance à faible production de gaz à effet de serre. 

    * Il n’y a juste que les poissons et les pêcheurs à ne pas apprécier l’action des SI qui, a-t-on appris récemment, dont les barrages producteurs d’électrons verts dépeuplent le Rhône de sa faune alieutique. 

  • ”Fratelli tutti” et le PDC

    fratelli tutti.jpg"Fratelli tutti". "Nous sommes tous frères", rappelle le pape François dans sa troisième newsletter aux évêques publiée le 4 octobre, fête de la saint François d'Assise. La nouvelle n'en est pas vraiment une dans le monde chrétien, puisque nous sommes tous également enfants de Dieu, malgré nos différences de genre ou de couleur, nos cultures et nos histoires, nos querelles et nos exclusions. 

    "Fratelli tutti" - Wikipedia lui consacre déjà une notice intéressante et le site français sur la doctrine sociale de l'église une longue analyse* - traite de l’amitié entre les humains. La pierre d'angle de l'encyclique est cette histoire bien connue du bon samaritain, cet étranger honni qui sauve un juif agressé par des brigands que ses coreligionnaires ignorent et abandonnent agonisant au bord du chemin. Fratelli tutti est un grand texte, long, dense, foisonnant, qui intègre nombre d'allocutions et de discours de l'évêque de Rome et clôt le triptyque des encycliques de François: Lumen Fidei (relation avec Dieu) et la célèbre Laudato Si’ (relation avec la terre).

    Le programme politique du pape est clair**. Est-ce la raison qui incite le parti démocrate-chrétien suisse à chercher son salut et une renaissance en se rebaptisant Le Centre/Die Mitte/Allianza del Center?

    Alors que le monde occidental est en recherche de sens, il est paradoxal qu'un parti chrétien abandonne ce qui fait sa spécificité et fut la boussole de l'Europe et de ses migrants pendant des siècles. Cependant, un parti n'est pas une église et le pape n'est pas un chef politique. En abandonnant le vocable chrétien pour le centre dans sa dénomination, le parti peut se libérer de la critique récurrente de ne pas être assez chrétien - l'est-on jamais assez - et libère aussi les chrétiens - singulièrement l'église catholique - d'un compagnonnage aujourd'hui obsolète. 

    N'empêche qu'on peut s'étonner de ce paradoxe.

    En 1970, le parti démocrate-chrétien suisse adopte son nouveau nom. On est au lendemain du Concile Vatican II, qui a ouvert l'église catholique au monde et émancipé le peuple de Dieu. Le socialisme, le communisme, le maoïsme, le libéralisme innervent les campus universitaires. La démocratie-chrétienne s'alimente au personnalisme de Mounier, rêve d'une troisième voie entre le capitalisme privé et le communisme qui n'est qu'un capitalisme d'Etat, regarde l'Allemagne, où le modèle rhénan de l'économie sociale de marché semble en mesure de répartir les fruits de la croissance entre presque tous.

    En 2020, les idéologies sont mortes. Les gens ne croient plus en rien, pas même en eux-mêmes. Une majorité de la génération des baby-boomers (nés entre 1945 et 1964) a au fond atteint son objectif. Elle vit une vie globalement plus confortable, plus libre, plus émancipée. Même si une certaine amertume, la solitude, la vanité écaillent le brillant de la société libérale avancée. En Suisse, où le niveau de vie moyen reste un des plus élevé du monde, les millenials (la génération Y née entre 1988 et 2000 et la génération Z née après 2000) manifestent plus leurs peurs que leurs espérances: peur de ne pas être à la hauteur, peur du réchauffement climatique, peur de la concurrence des pays émergents, peur du virus, peur d'être agressé, peur des robots, des algorithmes, de l'"intelligence" artificielle, du contrôle généralisé.

    Aucun parti ne répond à toutes ces peurs.

    Fratelli tutti vient opportunément rappeler que nous sommes tous frères. 

     

    * En Suisse, Mgr Alain de Raemy, au nom du présidium de la Conférence des évêques suisses, commente l’encyclique du pape François. D'emblée il énumère les personnes citées qui ont alimenté la réflexion du chef de l'église catholique. "Trop rares sont les femmes citées, remarque l'évêque auxiliaire du diocèse de Fribourg, Genève et Lausanne

     

    ** Encore que François élude (ou laisse aux politiques le soin de régler) cette question (parmi d'autres) qui est au cœur de son encyclique et le casse-tête des économistes: la dignité humaine par l'octroi d'un travail digne pour tous. A ce propos, je cite le point 123 de l'encyclique, histoire de donner de me donner du grain à moudre pour une prochaine note:

    123. Certes, l’activité des entrepreneurs « est une vocation noble orientée à produire de la richesse et à améliorer le monde pour tous ».[101] Dieu nous promeut ; il attend de nous que nous exploitions les capacités qu’il nous a données et il a rempli l’univers de ressources. Dans ses desseins, « chaque homme est appelé à se développer »,[102] et cela comprend le développement des capacités économiques et technologiques d’accroître les biens et d’augmenter la richesse. Mais dans tous les cas, ces capacités des entrepreneurs, qui sont un don de Dieu, devraient être clairement ordonnées au développement des autres personnes et à la suppression de la misère, notamment par la création de sources de travail diversifiées. À côté du droit de propriété privée, il y a toujours le principe, plus important et prioritaire, de la subordination de toute propriété privée à la destination universelle des biens de la terre et, par conséquent, le droit de tous à leur utilisation.[103]

  • Le PDC genevois enfin au Centre?

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    Quand on tape les mots PDC Suisse dans un moteur de recherche, on ne trouve pas Le Centre du premier coup. Des articles de presse s’affichent dans les premiers rangs. Ils rappelent que, le 28 novembre 2020, le PDC a fusionné avec le PBD (le parti dissident de l’UDC des anciens conseillers fédéraux Schlumpf père et fille) et s’appelle désormais Le Centre (Die Mitte et non pas Das Zentrum, pour des raisons évoquées ici)

    Le PDC Genève va ce mercredi soir franchir lui aussi le pas. Il s’appellera aussi Le Centre. Avant de se retiré dans son jardin au pied du Salève, votre serviteur se souvient avoir été président des Jeunes Démocrates-chrétiens suisses, au temps où le monde était encore divisé entre les bleus et les rouges (les Suisses neutres étant évidemment du côté des bleus). voici don une très modeste et bien incomplète réflexion sur le « C ».

    « Le christianisme n’est pas un supermarché. » Le correspondant à Rome du journal La Croix, éminent vaticaniste, croit déceler dans quelques propos décochés au coin d’une interview ou d’un colloque plus ou moins discret la nouvelle croisade des gardiens de la foi: le christianisme n’est pas un supermarché où l’on viendrait faire ses emplettes et d’où les chalands ressortiraient chacun avec un caba différent conforme à ses idées, ses goûts, ses humeurs, ses affinités politiques, culturelles, économiques ou de genre et que sais-je encore. Non le christianisme est selon le Vatican un ensemble à prendre avec tous ses dogmes, que ça plaise ou non. On pourrait ajouter les dogmes du Christ (mais le Christ est-il dogmatique?) ou de son Eglise, là est la question. 

    Le discours n’est pas nouveau. Cette fois il s’adresse à ces pays dits illébéraux, la Hongrie, la Pologne et aux mouvements populistes qui défendent sans broncher la morale biosexuelle de l’église romaine, mais se démarquent des derniers propos du pape à propos de l’accueil des migrants, des réfugiés, des laissés pour compte. A l'inverse, dans la « droite » ligne de Laudato Si’,  d’autres courants plaident pour l’ouverture des frontières ou l'extension des quotas et l’écologie intégrale*, tout en prenant leur distance avec la même morale biosexuelle de l'Église catholique. 

    Au centre, on joue au ppdc (le plus petit dénominateur commun). On s'accommode du mariage pour tous et l’on règle la migration sur l’horloge européenne et l’opportun accord de Dublin qui permet à la Suisse, qui n’a de frontières qu’avec des Européens, de leur déléguer le sale boulot de dresser des murs et des barrières à leurs frontières. Dans les faits, chaque habitant du petit pays béni des dieux navigue peu ou prou au centre. Avec quelques nuances et exceptions notables, certes.

    Presque un an après le parti suisse, le PDC genevois va donc voter ce 29 septembre 2021 pour l’abandon du « C », du mot chrétien (historiquement et sociologiquement, l’électorat du PDC est très majoritairement catholique), au profit du « C », pour le mot Centre.

    D’une identité idéologique, le parti, qui a fait la Suisse moderne autant que les radicaux et les socialistes, passe à une identité géométrique. Il se conforme ainsi à l’air du temps, où l’important n’est plus de clamer sa vérité mais sa nuance sur l’échiquier politique. Dans un monde médiatique plutôt binaire, les socialistes sont évidemment à gauche, les libéraux radicaux à droite. Il était temps que le PDC se situe au Centre. 

    Le changement de dénomination présente de nombreux avantages pour cette formation politique (une prise de distance nécessaire par rapport à l’église catholique dont l’état est très préoccupant - genre chef d’œuvre en péril -, un choix nouveau pour nombre d’électeurs, une clarification par rapport au supermarché religieux, un rapprochement avec l’Eglise protestante dont le PDC a adopté les mots d’ordre, en matière de morale biosexuelle justement, et possiblement avec le monde mystérieux et encore moyenâgeux de l’islam. A Genève, l’un des plus dignes représentants en politique de cette tradition controversée, est Mauro Poggia, qui, avant de devenir l’avatar opportuniste du MCG, fut quelque temps membre du PDC. Bref de belles perspectives en perspective, si je peux me permettre. 

    Ni de gauche ni de droite, mais étant lui-même composé de chrétiens sociaux et de chrétiens conservateurs, le PDC a toujours eut de la peine à définir et défendre un modèle de société propre, même si l’espace est large, les possibles et les nuances nombreux entre le « tout à l’Etat » et le « rien à l’Etat ». Le PDC a un temps évoqué une troisième voie entre le capitalisme financier et le communisme soviétique. Notre Manifeste des jeunes démocrates-chrétiens évoquaient la participation, le modèle rhénan au temps où Die Union (entendez la CDU et la CSU) dominait le paysage politique de notre voisin du nord. Ce temps - le temps des Trente Glorieuses - est passé depuis longtemps. Et la troisième voie devenue chinoise - avec le conversion du parti unique au capitalisme - ne séduit plus que les nostalgiques d’un gouvernement dirigé par un dictateur éclairé. Une nostalgie qu’on trouve aujourd’hui parfois chez les Verts et les manifestants climatiques. Cependant, l’Europe et les démocraties européennes, malgré tous leurs défauts et manquements, tracent une voie originale entre « le tout à l’Etat » et le « rien à l’Etat » qui a le mérite d’exister. Quel continent protège aussi bien ses membres, promeut les minorités en tous genres mieux que l’Europe?

    On sait confusément que la gauche - égalité fraternité liberté- est tendanciellement pour la collectivisation des moyens de production ou au moins pour un contrôle étatique strict des activités privées. On sait aussi que la droite - liberté fraternité égalité - est pour la plus faible appropriation des moyens de production par l’Etat et un contrôle aussi léger que possible des activités privées. 

    Le Centre - fraternité liberté égalité - se méfie de ces deux doctrines. Il croit à la dynamique d’un juste équilibre: une fondue moitié moitié, une salade russe ou niçoise, une paella, bref un peu de tout dans des proportions qui peuvent changer au fil du temps, au gré des forces en présence, de l’état des techniques et même du bon sens commun. 

    Le « C » (en français), c’est aussi le l’initiale du mot commun, communauté, mais aussi du mot combat. Un combat qui n’est pas une révolution (toujours meurtrière et finalement captée par une nouvelle nomenklatura) mais un combat de tous les instants, à tous les niveaux, à commencer par soi-même, son voisinage, son quartier, sa commune, son canton, son pays et l’union formelle ou non qu’il noue avec ses voisins et le monde entier. 

    Je souhaite bonne chance et longue vie au Centre dont la raison d’être est moins d’assener sa vérité qu’à être le creuset où se forgent les bonnes politiques pour tous et pas pour un clan ou une classe seulement. 

     

    * L’écologie intégrale fera l’objet d’un prochain billet.