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  • Loi sur la laïcité: un nouveau Kulturkampf

    meque.jpgJe suis né dans la commune de Bardonnex, qui fut jusqu'en 1851 commune de Compesières (incluant Plan-les-Ouates et Perly). Un fief catholique détaché de la Savoie en 1816 et rattaché à la ville de Genève et à ses mandements - les anciennes propriétés de l'évêque de Genève, nationalisées lorsque les protestants devinrent maître de la cité, la purgeant des catholiques (sauf l'ambassadeur du roi de France, ami des Genevois, qui avait son abbé intra muros)... 

    Ce moment compte dans l'histoire genevoise de la laïcité et dans la loi idoine, soumise au vote ce 10 février, tout comme la prise de pouvoir de James Fazy en 1847, le Kulturkampf, sauce genevoise, de 1870 à 1895, la loi du 15 juin 1907 sur la séparation de l'Etat et des Eglises et la nouvelle constitution de 2012. 

     

    Fazy qui prit le pouvoir et forgea la République moderne de Genève, en 1847, était un libéral. Il octroya aux communautés religieuses ou assimilées des parcelles gagnées sur les fortifications qui enserraient la ville haute. C'est ainsi que sortirent de terre la basilique Notre-Dame, l'église russe, la synagogue et le temple maçonnique de Plainpalais (devenue plus tard église du Christ Roi). 

    Une génération plus tard, les radicaux étaient devenus anticléricaux. Face à une papauté qui croyait encore pouvoir imposer la loi de Dieu aux catholiques et aux Nations en voie de constitution, les Républicains n'eurent de cesse de défendre la loi civile pour libérer ces âmes de l'emprise de l'Eglise (l'opium du peuple). S’ouvrit alors à Genève quelques épisodes du Kulturkampf. la lutte des libéraux contre l'obscurantisme ultramontain. 

    L'événement du baptême à la  baïonnette marqua durablement les esprits à Compesières. A l'époque, les radicaux avaient exigé que les prêtres prêtent allégeance à la République. Certains refusèrent et restèrent fidèles à Rome. C'est alors qu'un citoyen de Carouge se mit en tête de faire baptiser son enfant à Compesières, une pure provocation destinée à montrer qui du sabre ou du goupillon avait le dernier mot. Par deux fois, les maires de Bardonnex refusèrent d'ouvrir l'église et furent destitués par le Conseil d'Etat. La troisième tentative se fit sous la protection de la gendarmerie. On perça un bas-côté de l'église. Et le gamin fut baptisé par un curé officiel. 

    Pendant plus de 20 ans plusieurs églises rebelles furent fermées ce qui obligea les populations à construire des chapelle de fortune pour y célébrer le culture catholique romain. Tandis que dans les églises officielles se déroulaient le culte vieux-catholique ou catholique chrétien. 

    Avec le pape Léon XIII, l'église commença sa mue moderniste et sociale qui s'est poursuivie à Vatican II et n'est toujours pas achevée. Au tournant du siècle, la paix religieuse était revenu et fut consacré par la première loi de laïcité du pays, laquelle sépara l'Etat des églises. 

    Les deux guerres mondiales du XXe siècle, l'irruption du communisme et la colonisation dévalorisèrent aux yeux du monde les fondamentaux de l'Occident: la liberté, l'égalité, la fraternité, hérités du judéo-christianisme et des philosophes n'étaient que des chiffons de papier, de beaux discours. 

    Confrontés à l'horreur, des chrétiens de diverses confessions travaillèrent au rapprochement, à un vivre ensemble pacifié connu. Ce fut l’œcuménisme dont Genève fut et est un flambeau. 

    issus d'un événement vieux de 2000 ans, les chrétiens n'étaient enfin plus une menace pour la République.

    Survient l'islam qui n'en est qu'à son XVe siècle d'histoire. Le XVe siècle, le temps de la Réforme chez les chrétiens, le temps des guerres de religion. 

    L'islam ne tolère aucune séparation entre l'Etat et les Eglises. La loi de Dieu est la loi des hommes. Il n'y a pas d’échappatoire possible. Les mécréants sont soumis. Les apostats tués. La menace pour la République est évidente. 

    Il faut donc une fois encore affirmer le primat de la loi civile sur la loi de Dieu et ses affidés. Et c'est ainsi que la loi genevoise sur la laïcité contraint les musulmans à se déposséder des signes distinctifs de leur foi lorsqu'ils sont fonctionnaires au guichet, auprès des malades à l'hôpital, dans les services sociaux ou dans les classes d'école et même - proposition discutable - simplement élus.

    C'est le Kulturkampf du XXIe siècle. 

    N'en doutons pas, tout comme Compesières fut hier le haut lieu du baptême à la baïonnette, Meyrin, Onex ou Genève seront demain les hauts-lieux d'actions d'agitation et de propagande de la part de quelques femmes voilées qui voudront tester l'autorité civile en portant le voile.

    Je voterai oui à la loi sur la laïcité. Par défaut. Ce n'est pas une loi parfaite, mais les Constituants ne nous ont pas laissé le choix. Et Pierre Maudet s'est laissé prendre au piège de la boîte de Pandore. 

    Personnellement, ça ne me gênerait pas qu'une enseignante ou une fonctionnaire porte le voile et un enseignant la barbe quoique ce signe est moins distinctif. Mais l'air du temps est à la défense de la République et de la démocratie, partout assaillie par les fondamentalismes, qui ne sont pas que religieux. 

    Le mal en effet ne réside pas dans le fait de croire à une foi ou une idéologie, il réside dans l'instrumentalisation que font les puissants, les intellectuels de la juste interprétation du guide et de ses écrits et des contraintes qu'ils exercent sur les croyants au nom de leur orthodoxie. 

  • Bernard Favre lance un Kulturkampf via Facebook

    Favre.jpgBernard Favre m'invite à participer au groupe "Né un 30 novembre", qu'il vient de créer sur Facebook. Ancien journaliste à la Tribune de Genève, ancien secrétaire général du parti radical genevois, ce Valaisan est actuellement secrétaire adjoint du Département de la Solidarité et de l'Emploi et, à ce titre, homme des missions spéciales de François Longchamp. Le conseiller d'Etat radical deviendra le 7 décembre président du gouvernement genevois. Comment interpréter l'action de son bras droit?

    Comme une action citoyenne lancée dans l'émotion d'un vote populaire. Bernard Favre lance un Kulturkampf pour la laïcité. Il propose de corriger aussi vite que possible le vote des Suisses contre les minarets de ce dimanche. Un vote certes honteux, un vote contraire à notre Etat de droit et à la Convention européenne des droits de l'homme. Un vote de peur, mais aussi un vote protestation.

    Protestation des Suisses, qui ont saisi l'occasion sans frais, d'exprimer leur avis contre une pensée figée et inégalitaire. Protestation des femmes surtout, qui, peut-être plus que les hommes - les analyses sociologiques du vote nous le diront - ont exprimé le ras-le-bol du double langage des leaders musulmans, mais aussi des hommes musulmans qui continuent de tenir les, leur(s) femmes pour quantité négligeable.

    "Les Suisses qui ont voté l'interdiction des minarets ont donné la mauvaise réponse à la mauvaise question, écrit Bernard Favre. Probablement parce que le gouvernement, les partis et les organisations économiques ne se sont pas assez engagés pour expliquer l'enjeu. Vous voulez relancer immédiatement le débat sur la laïcité, la liberté religieuse et l'intégration? Ce groupe vise à créer une association pour lancer une initiative populaire pour remettre en question le vote du 29 novembre. Et trouver de vraies pistes pour l'intégration et la tolérance."

    Une bien belle initiative à laquelle je ne peux qu'adhérer. Encore que ce Kulturkampf pour la laïcité ne me paraît pas répondre aux inquiétudes que les Suisses ont majoritairement exprimées ce dimanche dans les urnes. Il y a un siècle et demi les radicaux étaient à la tête d'un autre Kulturkampf dont la cible était les adeptes du culte catholique romain.

    Le minaret est certainement l'arbre qui cache la forêt. Plutôt que de dénoncer un vote aveugle, les leaders politiques confis dans leurs convictions feraient mieux d'analyser l'inquiétude des Suisses. Anamnèse délicate car elle porte sur la nature-même de l'islam et plus particulièrement de la lecture fondamentaliste du Coran qui domine actuellement le monde.

    Les Suisses s'inquiètent de ces prétentions qui sont celles des imams de s'arroger le droit de modeler la sphère publique et de stigmatiser les adeptes qui ne choisiraient pas les comportements et des tenues vestimentaires orthodoxes. C'est le cas des femme qui sont tenues en état de sujétion par rapport à l'homme.

    Cet esclavage qui ne dit pas son nom nie un des fondements de notre culture issue du christianisme et des philosophes et qui charpente désormais le vivre ensemble en Europe.

    L'islam doit se réformer. Mais seuls les musulmans pourront le réformer. Je doute qu'une nouvelle initiative change quelque chose à cette lecture de l'islam par les musulmans eux-mêmes. Pire elle risque de mettre les musulmans modérés dans une situation périlleuse.

  • Schwaller victime du Kultukampf?

    levrat 19.30 15 sept 09.jpg"Ite missa est!" comme dirait Pascal Décaillet. Vingt-cinq socialistes voteront pour le PDC Schwaller, une quinzaine pour le radical Burkhalter. Les jeux sont-ils faits? On peut penser en effet que la messe est dite.

    Ce qui laisse songeur, mais en dit long sur la Suisse profonde, c'est l'argument évoqué ce soir au 19:30 par le président fribourgeois du Parti socialiste suisse. Certains socialistes- a-t-il dit en substance, voteront contre Urs Schwaller en "raison de convictions profondes qui datent du Kulturkampf". Le Kulturkampf? L'événement remonte aux années 1870.

    Une génération après la crise du Sonderbund qui faillit se transformer en guere civile entre les cantons montagnards catholiques, conservateurs et les cantons urbains, radicaux et républicains et se termina par la prise du pouvoir des radicaux à Berne et dans plusieurs cantons, la déclaration de l'infaillibilité pontificale au Concile Vatican I provoque la rupture avec Rome des catholiques chrétiens. Politiquement les radicaux enfoncent le clou dans la chair des papistes. Là où le Freisinn est majoritaire, comme à Genève, il soutient la dissidence des catholiques libéraux. Rome se raidit alors dans une position très opposée au modernisme, aux régimes républicains démocratique, volontiers anticléricaux, à l'émergence du socialisme et de la pensée marxiste.

    Cet anticléricalisme plus ou moins combatif est au coeur du Kultukampf.

    Il s'agit pour les libéraux de soustraire les catholiques à l'influence vaticane et à supprimer la tutelle religieuse sur la politique. Les tensions s'apaiseront avec la séparation des Eglises et de l'Etat en 1905 en France en 1907 à Genève.

    Plus d'un siècle plus tard, Rome n'a plus autant de puissance sur les âmes, mais l'anticléricalisme n'est pas mort, toujours prompt à se mobiliser. Avec vigueur parfois, comme à Genève, lorsque l'Eglise catholique a voulu in ériger à nouveau un évêché.

    Et bien, à en croire Christian Levrat, cette vieille querelle fera peut-être demain matin la différence entre le protestant radical Burkhalter et le catholique PDC Schwaller. Il est vrai qu'à part ce détail, pas grand chose d'autres ne sépare le Fribourgeois du Neuchâtelois.

  • Anticléricaux, les radicaux?

    Ai-je bien lu ce vendredi 13 dans mon journal préféré les propos de Bernard Favre, secrétaire du parti radical genevois? Antoine Carteret, le pugnace conseiller d'Etat du Kulturkampf à Genève, a dû se retourner dans sa tombe.

    A propos du limogeage de Hafid Ouardiri, le porte-parole de la mosquée de Genève, le Valaisan cite son éminent compatriote Pascal Couchepin: "Le conseiller fédéral a proposé, rappelle Bernard Favre, de créer une chaire islamique à l'Université notamment pour que les imams soient formés en Suisse. Cela éviterait ainsi d'importer des personnes ne connaissant pas notre contexte, voire notre langue". (Tribune de Genève du 13 avril, page 3 sous le titre "Le dialogue interreligieux est-il menacé?")

    A quand une motion radicale au Grand Conseil demandant la création d'une chaire d'islamisme propre à former des imams estampillés de l'aigle et de la clef? Et dans la foulée, il est urgent de créer une chaire de théologie catholique. Peut-être cela permettra-t-il de rajeunir un clergé dangereusement vieillissant. Et pourquoi ne pas construire aux frais de la princesse de nouvelles mosquées? Encore que là, protestants et catholiques pourraient trouver un moyen de réduire leurs dépenses en désaffectant quelques temples et églises au profit du Prophète. En attendant que les nouveaux centres commerciaux, comme à Zurich, élèvent en leur sein des lieux de recueillement polythéistes.

    2007 marque le centième anniversaire de la séparation de l'église et de l'Etat à Genève. Un temps rêvé pour remettre ces relations à plat. A l'aube du XXIe siècle (qui sera religieux ou ne sera pas...), il faut remercier les radicaux qui furent trop longtemps des bouffeurs de curés, de relancer le débat.

     

  • Le baptême à la baïonnette et la laïcité à la Genevoise

    image.jpgDeux protestants, deux radicaux, Pierre Maudet et mon confrère Jean-Noel Cuénod, sont sur le point de réparer un haut fait genevois de la lutte du Kulturkampf qui remonte à 1875. Le rapport Cuénod sur la laïcité, commandé par Pierre Maudet est une retombée de la nouvelle Constitution genevoise de 2012.

    1875, en janvier, c'est à Compesieres, ma paroisse qui englobait alors les habitants de la commune de Plan-les-Ouates, que se déroule le baptême de l'enfant Maurice (cliquer sur l'image pour l'agrandir).

    La cérémonie doit se dérouler selon le culte catholique chrétien, le seul reconnu alors par la République radicale avec le protestantisme. Les habitants des communes de Bardonnex et de Plan-les-Ouates, hélas séparées alors depuis une génération, et leurs autorités, tous attachés au culte catholique romain, refusent l'ouverture de l'église, bâtiment alors public comme l'école juste à côté.

    Devant cette rébellion, le gouvernement radical Carteret destitue les maires qui étaient alors nommés par le Conseil d'Etat. Rien n'y fait. La fois suivante, le curé de Carouge, rallié au culte catholique officiel, est protégé par la troupe. Le mur de l'église est percé, faute d'avoir pu ouvrir la porte, les maires refusant toujours de donner les clés. C'est ainsi que s'est gravé dans les mémoires locales de nos parents le baptême à la baïonnette.Quelques mois plus tard, le 3 septembre 1875, le gouvernement fait voter une loi sur les cultes extérieurs qui interdit les processions religieuses a Genève. Cette loi, mentionnée dans l'article que Wikipedia consacre au Kulturkampf, est toujours dans le recueil systématique des lois genevoises. Elle pourrait bientôt etre révisée si le gouvernement genevois de ce XXIe siècle naissant, tant préoccupé de laïcité et d'apaisement, accepte la proposition du groupe présidé par Jean-Noel Cuénod, dont le rapport a été publié ce 11 novembre, jour d'armistice.

    Le groupe propose de réformer l'article premier de la loi sur les cultes et de passer d'un régime d'interdiction contraire à la convention européenne des droits de l'homme a un régime d'autorisation générale assorti - le principe de précaution prévaut ici comme partout ailleurs désormais - de limites qu'on trouvera dans le règlement sur le domaine public.

    Quand j'étais gamin, le curé s'installait sur le perron de l'école le jour de la fête des Rameaux, une semaine avant Pâques, puis tout le monde rentrait dans l'église en procession. Ça devait être une scorie du fameux baptême, une résistance à la loi Carteret.

    Aujourd'hui la paroisse de Compesières, réduite au territoire de la commune de Bardonnex depuis la création de la paroisse de Plan-les-Ouates dans les années 50, a vendu son droit de loger le desservant du culte dans la commanderie à la commune. 700'000 francs. En toute illégalité. Ce droit fait partie des biens dits incamérés, que la loi de 1907 interdit de céder sous quelque forme que ce soit, mais que la commission Cuénod propose heureusement de libéraliser.

    Il est vrai que le desservant du culte habite depuis des années à Veyrier, depuis que les églises se vident et que les paroisses se regroupent en unités pastorales comme les protestants, mais chacun selon sa géographie. Dieu retrouvera bien les siens. Les chrétiens ne menacent plus personne, mais la religiosité n'a pas pas beaucoup reculé. Entre le culte de l'argent, celui du travail et surtout celui de la conso et des loisirs, l'homo modernicus a de quoi se divertir.

    La commission Cuénod pour le reste ne bouleverse pas la République. Elle applique deux maximes bien connues qu'elle détaille sur une grosse cinquantaine de pages. 1) ma liberté s'arrête là où commence celle des autres et 2) errare humanum est, perseverare diabolicum. En clair, on a le droit de tenter de convaincre son prochain de croire à son dieu, mais pas le droit d'insister s'il fait clairement savoir qu'on le barbe grave, dixit le Tribunal fédéral.

  • La France, ses saints et ses martyrs

    hommage à samuel paty.jpgEvidemment, l'assassinat d'un enseignant est un acte innommable. Le meurtre de tout homme l'est. Tuer un humain est un blasphème, nous explique le prof Michel Grandjean dans une tribune publiée par la Tribune de Genève, car l'humain est à l'image de Dieu et "blasphémer, c’est porter atteinte à l’honneur de Dieu". Le blasphémateur est donc l'assassin et non le caricaturiste ou l'enseignant ou le journaliste qui montre la caricature. Tout meurtrier est blasphémateur.

    La démonstration est subtile. Trop sans doute pour renverser le point de vue ordinaire de bon nombre des croyants (et pas seulement en Dieu): est blasphémateur celui qui s'en prend au sacré, c'est à dire à ce que des hommes ont cru, compris, déclaré comme sacré d'une révélation. Le fait est que Jésus, dont les chrétiens se réclament, n'a laissé aucune trace écrite. Dieu, YHWH ou Allah non plus. Bouddha si mais c'était un homme. 

    Bref, tout ce qui est connu comme textes sacrés a été écrit de main d'homme (rarement de femme). Ce n'est pas rien et ce n'est pas mette en doute la sainteté des premiers scribes, mais leurs textes sont forcément datés et doivent être lus et relus sans cesse en regard des temps présents.

    La lecture des textes sacrés est une dialectique infinie que les fondamentalistes nient. Ils sont pétrifiés comme les tables de la loi. En cela, ils blasphèment car Dieu a créé un monde et des créatures qui évoluent, qui progressent qui régressent, qui naissent qui meurent, qui sont libres de croire ou pas. 

    A moins de considérer que l'évolution soit l'oeuvre du mal et le ressort premier du monde. Dans le Guide des égarés, Jean d'Ormesson propose ce renversement:  "Au lieu de considérer le mal comme la rupture scandaleuse d'un ordre universel dominé par le bien, peut-être (peut-être!) devrions-nous inverser la perspective. Et  voir le bien comme une exception lumineuse dans un monde où règne le mal.

    La liberté d'expression ne serait donc qu'une conquête toujours menacée, toujours à conquérir, à défendre, à tester dans des limites que le temps présent et ses déclinaisons culturelles et nationales fixent - de manière beaucoup plus libérale aujourd'hui que naguère. 

    Même le libéralisme a ses limites. Des limites, que les défenseurs de liberté d'expression ont eux-mêmes ancrées dans la loi (racisme, antisémitisme, discrimination en raison de son orientation sexuelle récemment votée par le peuple suisse, incitation à la violence, diffamation, injure, etc.) et les limites que l'éthique prescrit et le respect aussi, ce respect que l'on doit à l'autre et qu'on réclame pour soi-même. Sans parler du politiquement correct et ces mots qu'on n'ose plus prononcer: vieux, noir, handicapé, homme même... 

    La France en rendant un hommage nationale et officiel à Samuel Paty joue un double jeu dangereux. L'enseignant est victime d'un blasphémateur mais ce n'est pas ce titre que la cérémonie à la Sorbonne, temple de la connaissance, de l'humanisme, est organisée. Il s'agit, comme l'église catholique sanctifie, de rendre hommage à un martyr de la liberté d'expression, soit, ici, la liberté de caricaturer et de montrer la caricature, un droit imprescriptible, demain une obligation faite aux enseignants, aux médias? C'est un Kulturkampf.

    Cependant, le Kulturkampf du XIXe siècle, celui des Républiques contre l'église catholique romaine voyait la dynamique de la république l'emporter sur une église grosse déjà de modernité, d'ouverture au monde, de normalisation. En 1905 en France, en 1907 en Suisse, l'Etat s'émancipait des églises. L'émancipation d'un fils par rapport à sa mère (disons que le père était grecque). 

    En ce début du XXIe siècle, la République (française) est faible et affaiblie, l'Europe est vieillissante, tandis que l'islam (totalement liés à des régimes politiques dictatoriaux) est conquérant. Assiste-t-on à l'inversion du sens du vecteur colonial et impérial?

     

    A lire: Suisse-France: quel droit au blasphème? par Bernard Litzler

  • Genève, tombeau des droits de l'homme?

    "L'année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme par l'ONU et la destruction de ses principes par le Conseil des droits de l'homme?"

     

    Ainsi commence l'appel de la Licra "L'ONU contre les droits de l'homme". Un appel alarmiste? Ou une action de la dernière chance avant la catastrophe annoncée? Un peu des deux comme d'hab dans ce genre de manifeste.

     

    Alarmiste cette phrase: "La parole annonce le passage à l'acte. De Mein kampf à Radio Mille Collines, de Staline à Pol Pot, les exemples abondent pour confirmer la nécessaire extermination de l'ennemi du peuple au nom de la race, des masses laborieuses ou d'un ordre divin supposé". Réaction plutôt salutaire cette dénonciation de de Doudou Diène, le rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, quand il prétend qu'énoncer une critique contre le port de la burqua constitue une agression raciste.

     

    Le long texte publié par Le Monde du 28 février est impressionnant. Il a déjà réveillé quelques centaines de bonnes consciences en France et en Suisse. Elisabeth Badinter est la première à l'avoir signé. L'enjeu: le Kulturkampf des islamistes contre l'universalité des droits de l'homme. Armée par la Conférence des organisations islamiques, le Venezuela, l'Iran - avec la complicité cynique de la Russie, note l'appel - la croisade s'en prend directement aux valeurs centrales du monde occidental moderne.

     

    A Durban en 2001, à Genève en 2008, à Durban II en 2009, au nom du droit des peuples, et du relativisme culturel, c'est la Déclaration des droits de l'homme que l'on se prépare à enterrer. Certes, il est de bon ton de dénoncer les islamistes. Si l'on balayait devant notre porte et évoquait un peu ce qui nourrit le feu du djihad?

     

     

  • Le cardon épineux genevois et les enfers

    hades.jpegEh voilà. J'ai épluché ce matin un beau cardon bien blanc au marché à la ferme Chavaz. Francis en vend tout prêt sous vide jusqu'à la mi-mars. Qu'on se le dise!

    Le temps est doux pour un mois de février mais les clients arrivent au compte-gouttes. Le marché à la ferme est au supermarché ce que un quotidien est à l'Internet. Deux métiers en voie de disparition. Les discours des politiciens n'y changeront rien. Et les consultants qui parlent de se réinventer non plus. 

    Vient l'heure de l'apéro. Clandestin. Pas de service à table. On achète la topette 10 francs au banc des Rosset. Rien n'interdit de la boire sur place. Bon le vin. On évoque les derniers potins. Les autorités en prennent pour leur grade. Forcément on débouche sur le climat qu'il faut sauver.

    - Quoi le climat, qu'est-ce qu'il a le climat, demande, un gosse. On explique que si nous ne voulons pas griller en enfers, il va falloir changer de mode de consommation pour stopper le réchauffement climatique.

    - Les enfers, je connais, c'est le pays d'Hades, répond la gamin du tac au tac.

    Mais d'où sort-il cette connaissance? 

    - A l'école de Veyrier, on apprend la mythologie grec: Zeus, Athéna, Ares, Poséidon, Apollon...

    On reste bouche bée.

    - Et Ares c'est le dieu de quoi?

    - C'est le dieu de la guerre

    Je le félicite. Et je lance cette réflexion à la cantonade:

    - Ainsi l'enseignement public genevois démontre qu'il est borgne. Il enseigne sans sourciller à des gamins de 9 ans le panthéon grec - je souviens aussi des dieux égyptiens, romains, mayas, incas, voire indiens, dont on survolait la civilisation. Mais sous prétexte d'un principe de laïcité qui continue d'être une forme de Kulturkampf, l'école genevoise ignore les prophètes juifs, les figures, les saints, les vertus et chrétiens qui ont inspiré tant et tant d'artistes et de philosophes et modelé notre société au moins à l'égal des penseurs de la Grèce antique.   

  • L'école d'Alain Walder, maire de Bardonnex

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    Il y a 25 ans, ayant quitté temporairement le journalisme pour la haute fonction publique, j'ai été pendant trois ans  adjoint à la Mairie de Bardonnex. La maire d'alors, Marie-Louise Barthassat, avait un souci: bâtir une nouvelle école. La commune avait acheté dans ce but la ferme Garin et le verger attenant pour quelque 2 millions de francs si ma mémoire est bonne.

    Deux raisons rendaient ce projet urgent. L'exiguïté des classes de l'école plantée là en 1900 qui n'atteignaient pas la norme des 80 m2 et le souhait ou la nécessité d'ajouter quelques classes  pour répondre à la croissance de la population, permettant de supprimer un pavillon scolaire provisoire mais toujours utilisé aujourd'hui pour y accueillir les activités parascolaires. 

    La revanche du Kulturkampf

    L'école de 1900 érigée à Compesières est un pur produit de l'architecte Camoletti, qui en a construit plusieurs en ville de Genève. Jouxtant le château, symbole du pouvoir civil et militaire, l'église, symbole du pouvoir divin et clérical, et la ferme, symbole de l'exploitation de la nature, le nouveau bâtiment scolaire semblait affirmer jusque dans son architecture le primat de l'école républicaine, celle des lumières et de la connaissance salvatrice, contre l'obscurantisme d'une commune qui avait tenu tête au pouvoir radical, lors du Kulturkampf. Un épisode fameux, à Compesières même, avait défrayé la chronique de cette lutte de culture, en 1875, une génération plus tôt, le baptême de l'enfant Maurice.

    Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Un siècle plus tard d'autres Kulturkampf sont menés: pour ou contre l'islam, pour ou contre le communisme d'Etat, pour ou contre la dictature patriarcale de l'hétérosexualité, pour ou contre le relativisme... 

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    Le Baptême à la baïonnette

    Le baptême de l'enfant Maurice vaut d'être conté. On en trouve la recension dans les ouvrages historiques d'un ancien maire de Bardonnex, Jacques Delétraz, et, plus critiques à l'encontre des émeutiers, dans le Journal de Genève du 21 janvier 1875 notamment, dont les archives sont entièrement disponibles en ligne.

    Maurice était de Carouge. Le père voulait laver son enfant nouveau-né du péché originel, comme il est de tradition dans la religion chrétienne, par un prêtre catholique libéral ou national, salarié de l'Etat, qui avait prêté serment d'allégeance à la République radicale, tandis que les clercs restés fidèles à Rome s'y refusaient (d'où entre autres la distinction catholique chrétien et catholique romain). Les églises et l'Etat n'étaient alors pas séparés et il y avait donc, comme dans le canton de Vaud aujourd'hui encore, un conseiller d'Etat chargé de la gestion des cultes, des curés et des pasteurs. Il faut dire que l'église avait jeté de l'huile sur le feu en décrétant cinq ans plus tôt, durant le concile Vatican I, le dogme de l’infaillibilité (lire aussi ici et ). 

    Devant le refus des autorités municipales de Bardonnex de donner la clef de l'église de Compesières au prêtre catholique chrétien, le maire, alors nommé par le Conseil d'Etat, fut destitué. Rien n'y fit. Son successeur soutenu par son conseil municipal refusa aussi. Il fallut pour sauver l'honneur de la République genevoise, bafouée par les rebelles de Bardonnex, faire monter la troupe et percer le mur de l'église pour officier le baptême. L'événement est connu sous le nom de baptême à la baïonnette.

    Bien baïonnette, l'arme affûtée, pas Bayenet, du nom de cet habitant Charrot, qui a loué une chambre en ville de Genève pour briguer la succession de son camarade de parti Rémy Pagani à la maire de Genève. Étrange renversement de l'histoire qui voit un ci-devant citoyen de Bardonnex vouloir faire la loi dans la "Rome protestante" (ou ce qu'il en reste de protestant).

    En représailles de cette désobéissance civile, le régime Carteret fit fermer l'église de Compesières en 1878, ainsi que d'autres dans le canton, jusqu'en 1893. Ce qui conduisit les catholiques du cru, alors très majoritairement fidèles à Rome dans cette ancienne commune savoyarde, rattachée à la Rome protestante en 1816, à bâtir une chapelle de secours. Elle fut construite sur un terrain agricole de la famille du cardinal Mermillod originaire de Carouge, à trois cents mètres de Compesières, en direction de Bardonnex.

    Noël à la chapelle de Compesières

    Après le retour au calme religieux, peu avant la fin du XIXe siècle, et la séparation à Genève des églises et de l'Etat en 1907, la chapelle servit longtemps de salle communale. On y donna des pièces de théâtre. A l'époque, la chorale de Compesières qui, jusqu'au début des années 1950, englobait l'actuelle paroisse de Plan-les-Ouates, avait une section littéraire. A Noël, les enfants de l'école laïque présentaient jouaient, en toute innocence et sans susciter la moindre querelle, la naissance de l'enfant Jésus... J'en fut un des derniers acteurs. Mais pas l'ange dans nos campagnes.

    C'est à cet emplacement que fut érigée vers 1975 l'actuelle salle communale de Compesières. L'architecte Malnati avait imaginé une construction originale, sur un plan hexagonal ou octogonal. La commission cantonale des sites refusa cet audacieux projet et imposa un bâtiment plus simple avec un toit à deux pans plus proche du style paysan. Il faut s'en souvenir. Car c'est la même raison, mais inverse, qui mobilisa la clique des architectes modernistes 20 ans plus tard, en 1997, à s'opposer au projet de nouvel école: le projet vainqueur du concours d'architectes d'alors avait pourtant été validé par un architecte de renommée mondiale, qui, la même année, était fait docteur honoris causa de l'Université de Genève, l'italien Giancarlo de Carlo  (et ici), dont l'oeuvre magistrale, un projet pour Urbino, la ville où il a enseigné, est aujourd'hui exposée au musée Beaubourg à Paris...

    La nouvelle nouvelle école de Compesières

    C'est donc sur ce terrain de la chapelle de la persécution, qui appartient désormais à la commune de Bardonnex depuis le 31 octobre 2019, suite à un désenchevêtrement long et laborieux des biens paroissiaux et des biens communaux à Compesières, que le maire actuel, Alain Walder, et future, Béatrice Guex-Crosier, veulent construire une nouvelle école.

    Elle sera en bois - tous les programmes des trois partis en lice le 15 mars prochain le promettent - chauffée au bois et pas faite pour des Pinocchio de bois. Y seront enseignées les vérités scientifiques sans langue de bois, qu'il faut croire aussi fermement que, naguère, la résurrection des corps.

    Quant à la ferme de Compesières, le PDC et Entente communale n'en dit mot, le Parti libéral radical dit que ce n'est pas une urgence et donc que cette ruine peut le rester encore des lustres et Bardonnex Alternative tel le phénix sauvé des flammes (de l'enfer climatique) veut en faire une ferme pédagogique, histoire de perpétuer le mythe du paradis terrestre, où le loup couchera avec l'agneau et les humains en tout genre, devenus vegans et chamans, auront cessé de pulluler et donc de polluer Gaia. 

    A suivre: Refaire la commune de Compesières, voire plus si affinité

  • Musulmans, catholiques, même combat?

    image.jpgIls ont été justes insupportables Romaine Jean et son commentateur en voix off, qui nous ont raconté, ce soir sur la télé publique, la méchante Suisse qui a eu le culot de voter contre les minarets. Leur ton est mielleux, pétri de cette morgue et de cette condescendance des intellectuels, qui ne comprennent juste pas que si l'initiative a gagné, c'est que la question a concerné bien au-delà des rangs brocheriens.

    Je connais nombre de femmes qui n'avaient jamais voté pour l'UDC et ne voteront jamais pour ce parti, qui ont voté pour l'initiative contre les minarets. C'est un fait. Il n'a pas été analysé. Leur vote n'était pas un vote de peur. C'était un vote de révolte. 

    J'ai voté contre l'initiative de l'UDC et voterait encore contre aujourd'hui, mais il ne faut pas être angélique. Toutes les religions, toutes les convictions, toutes les idéologies nourrissent des fondamentalismes. L'islam est aujourd'hui pris en otage par des fondamentalistes. C'est un fait. Dommageable pour tous. 

    Calvin instaura une théocratie a Geneve. Elle dura plus de deux siècles avant que les pasteurs ne perdent peu à peu leur emprise sur la société et que les idées libérales des lumières ne débouchent sur une séparation des Eglises et de l'Etat et sur l'émancipation des citoyens. 

    Au XIXe siècle, les précurseurs des démocrates-chrétiens furent excommuniés par Rome, qui a combattu cette émancipation. L'institution garde encore aujourd'hui une emprise forte sur les catholiques, même si elle a mis beaucoup d'eau dans son vin et admet pleinement l'autonomie politique des croyants.

    L'islam n'a pas franchi cette étape. Certes, en Suisse, les croyants et les convertis affirment qu'ils respectent et respecteront les lois démocratiques, mais on sent bien un embarras et même des réticences lourdes dès lors qu'il s'agit de l'égalité des sexes. L'emprise religieuse est longue à se déprendre.

    Ce n'est évidemment pas en stigmatisant ces croyants, en leur refusant des lieux de cultes et des minarets ou en leur interdisant certains mises vestimentaires qu'on augmentera la paix civile. 

    Après les minarets, la burqa. Le piège est tendu. Il y a fort à parier qu'il va se refermer. Les belles âmes, façon Romaine Jean, pourront dénoncer l'obscurantisme des Suisses et réclamer qu'on les prive du droit de s'exprimer sur ces sujets. Le remède serait pire que le mal. 

    Comment convaincre les Suisses de résister à la tentation de l'ostracisme? Je crains hélas que le Kulturkampf contre l'islam n'en soit qu'à ses débuts. 

    il y a 140 ans, le gouvernement radical genevois a fermé plusieurs églises à Genève pendant près d'une génération, forçant les catholiques fidèles à Rome à se réfugier dans des granges transformées en lieux de culte dit de la persécution. 

    Il faut espérer que naissent en Islam des réformateurs et des esprits éclairés. Il faut aussi que les détenteurs de la manne petroilière créent des emplois pour que les jeunes des pays arabes et musulmans trouvent des perspectives émancipatrices. Ça prendra du temps.

    http://www.rts.ch/emissions/les-coulisses-de-l-evenement/des-minarets-a-la-burqa/

  • Athée et pourtant croyante, Sophie

    spritz.jpgSophie ne manque pas d'aplomb. Elle a répondu sans faillir dimanche soir aux questions un peu convenues de la RTS. A l'heure de Forum, notre radio publique occupe l'antenne en mettant sur le grill une brochette de jeunes politiciens.

    Mieux la secrétaire du PDC genevois a servi un joli spritz estival en ne tournant pas autour du pot. On a donc appris que Sophie était athée, une franchise qui a choqué Olivier. La secrétaire du PDC a aussi affirmé qu'une famille n'était plus seulement le fruit d'un homme et d'une femme et que le parti genevois n'avait rien à redire au mariage gay. 

    Bref, le PDC aurait abandonné la dictature du Vatican comme les socialistes ont renvoyé à l'histoire la dictature du prolétariat. Il serait temps que les libéraux renoncent officiellement à la dictature des marchés.

    Les socialistes n'ont plus besoin de croire en Marx. De même, on peut être démocrate-chrétien sans croire en Dieu. Pour tout le monde, l'argent fait foi.

    Bon! Même en été, une hirondelle ne fait pas le printemps. La miss risque bien de se heurter au conservatisme bon teint qui bande toujours le vieux parti. Mais elle est sur le départ... ce qui explique sans doute sa liberté de parole. Sophie ne croit pas en Dieu mais elle manifeste une belle foi dans la capacité des hommes d'évoluer et dans la politique de bâtir un monde meilleur. Ce n'est pas rien.

    Cependant, dans cette société qui file, mue, "chate" à toute vitesse, les fondamentaux - patrie, famille, travail - résistent. C'est bien, quand il en va du bien commun, de la solidarité, de la justice, ça l'est moins quand la peur dresse des murs, exclue, dicte les bonnes mœurs. 

    Or, c'est cette séquence de la peur qui semble désormais gouverner l'Europe consommatrice et vieillissante. 

    Peur d'être envahi, peur d'être déclassé, peur d'être robotisé, peur d'être consu(om)mé, peur d'être?

    La politique n'a pas de remèdes pour calmer ou soigner ces peurs-là. 

    La prospérité et la consommation pour tous, mâtinés d'une idéologie qui a mis les droits au-dessus des devoirs, ont, un temps, servi d'opium du peuple. Pour combien de temps encore?

    Les comptables des ressources crient: depuis lundi, le monde vit à crédit. Leur alarme ne tient évidemment pas compte des "miracles" qui bouillent dans les cornes et sur les ateliers des ingénieurs, mais elle interpelle davantage que le réchauffement climatique.

     

    Pour poursuivre la réflexion, j'ai trouvé sur le web ce papier de 2007 de Pierre-Antoine Schorderet intitulé:

    Crise ou chrysanthèmes? : le Parti démocrate-chrétien et le catholicisme politique en Suisse (XIXe-XXIe siècles)

    et cete brochure publiée en 2012 à l'occasion du 100e du vieux parti conservateur catholique (KKB): Sonderbund, Kulturkampf, élection proportionnelle et doctrine sociale de l'Eglise... toute une histoire ancienne.

     

     

     

     

     

  • Le Parti populaire européen section Genève

    ppe logo.jpgLa division du parti libéral radical genevois sera-t-elle vite oubliée ou participe-t-elle du délitement des partis que partout en Europe on observe, de la fatigue de ces regroupements de militants qui ont porté et portent les systèmes démocratiques jusqu’à un niveau de développement remarquable et pour tout dire étonnant dans l'histoire humaine? Déjà des démissions sont annoncées suite à l'affaire Maudet. Où vont-ils donc se réfugier ces OVNI politique (objet votant non identifié)?

    Faut-il comme Pascal Décaillet se réjouir de la déconfiture des partis? je ne le pense pas. Qu'on le veuille ou non, les partis sont, à l'instar de la démocratie, les moins mauvaises structures pour rassembler et forger les opinions, générer et porter les humains d'Etat, marier les avis et créer dans le débat des assemblages et des projets politiques de qualité.

    Qui se souvient de la démocratie chrétienne, du parti socialiste, du parti communiste qui ont fait l'Italie d'après guerre et l'Europe aussi? Remplacés par des clowns et des graines de fasciste.

    En France, les partis classiques on volé en éclats et ce n'est pas le fait du seul Macron.

    En Grande Bretagne, les partis conservateurs et travaillistes sont divisés comme jamais, incapables de donner une forme viable au Brexit.

    En Allemagne, les sociaux démocrates ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes et les chrétiens démocrates menacés par les partis populistes.

    En Autriche, le vieux parti démocrate-chrétien a été pris en otage par le plus jeune président de la République qui s'est allié avec une extrême-droite plus inquiétante que notre UDC nationale. 

    Aux Etats-Unis, Trump a mis le parti républicain à sa botte et les démocrates n'ont pas de leader.

    Les partis politiques sont comme les journaux: disruptés. Au bord de l'éclatement sous les coups des mouvements populaires (populistes) à expression directe, dans la rue et sur la toile, eux aussi souvent sans leader et souvent sans programme ni perspectives.

    Les idées et les projets, la solidarité, la justice, l'égalité, la liberté, la prospérité, bref le bien commun n'existent pas si les humains et les partis ne les portent pas, ne se battent sans relâche pour leur mise en oeuvre. 

    Les partis dépendent aussi beaucoup des systèmes électoraux. Le système majoritaire favorise les individus, le système proportionnel implique la création de partis. Dans tous les cas, en démocratie, il faut être capable de forger des majorités. Pas de développement durable dans l'anarchie.

    Le PPE section genevoise

    Je ne crois pas que l'affaire Maudet va déboucher sur l'implosion du PLR local. Cependant il sera intéressant de voir où les OVNI politiques vont atterrir.

    Il est peut-être temps pour le PDC d'innover et de devenir la section genevoise du Parti populaire européen.

    Forgé autour des chrétiens démocrates allemands, le PPE rassemble assez largement ce qui devrait permettre - l'hypothèque religieuse locale du Kulturkampf enfin soldée - de rassembler les enfants de James Fazy et les enfants de Gaspard Mermillod* ou, pour prendre des références plus récentes, les enfants de Ducret (Robert) et ceux de Fontanet (Guy). Viendraient naturellement s'y agglomérer les Verts libéraux, les Évangélistes, le PBD et pourquoi pas les Orsini, mère et fils... et les enfants égarés au MCG.

     

    PS: * Saviez-vous que Mermillod fut à l'origine de la Brasserie du Cardinal