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  • L'école d'Alain Walder, maire de Bardonnex

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    Il y a 25 ans, ayant quitté temporairement le journalisme pour la haute fonction publique, j'ai été pendant trois ans  adjoint à la Mairie de Bardonnex. La maire d'alors, Marie-Louise Barthassat, avait un souci: bâtir une nouvelle école. La commune avait acheté dans ce but la ferme Garin et le verger attenant pour quelque 2 millions de francs si ma mémoire est bonne.

    Deux raisons rendaient ce projet urgent. L'exiguïté des classes de l'école plantée là en 1900 qui n'atteignaient pas la norme des 80 m2 et le souhait ou la nécessité d'ajouter quelques classes  pour répondre à la croissance de la population, permettant de supprimer un pavillon scolaire provisoire mais toujours utilisé aujourd'hui pour y accueillir les activités parascolaires. 

    La revanche du Kulturkampf

    L'école de 1900 érigée à Compesières est un pur produit de l'architecte Camoletti, qui en a construit plusieurs en ville de Genève. Jouxtant le château, symbole du pouvoir civil et militaire, l'église, symbole du pouvoir divin et clérical, et la ferme, symbole de l'exploitation de la nature, le nouveau bâtiment scolaire semblait affirmer jusque dans son architecture le primat de l'école républicaine, celle des lumières et de la connaissance salvatrice, contre l'obscurantisme d'une commune qui avait tenu tête au pouvoir radical, lors du Kulturkampf. Un épisode fameux, à Compesières même, avait défrayé la chronique de cette lutte de culture, en 1875, une génération plus tôt, le baptême de l'enfant Maurice.

    Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Un siècle plus tard d'autres Kulturkampf sont menés: pour ou contre l'islam, pour ou contre le communisme d'Etat, pour ou contre la dictature patriarcale de l'hétérosexualité, pour ou contre le relativisme... 

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    Le Baptême à la baïonnette

    Le baptême de l'enfant Maurice vaut d'être conté. On en trouve la recension dans les ouvrages historiques d'un ancien maire de Bardonnex, Jacques Delétraz, et, plus critiques à l'encontre des émeutiers, dans le Journal de Genève du 21 janvier 1875 notamment, dont les archives sont entièrement disponibles en ligne.

    Maurice était de Carouge. Le père voulait laver son enfant nouveau-né du péché originel, comme il est de tradition dans la religion chrétienne, par un prêtre catholique libéral ou national, salarié de l'Etat, qui avait prêté serment d'allégeance à la République radicale, tandis que les clercs restés fidèles à Rome s'y refusaient (d'où entre autres la distinction catholique chrétien et catholique romain). Les églises et l'Etat n'étaient alors pas séparés et il y avait donc, comme dans le canton de Vaud aujourd'hui encore, un conseiller d'Etat chargé de la gestion des cultes, des curés et des pasteurs. Il faut dire que l'église avait jeté de l'huile sur le feu en décrétant cinq ans plus tôt, durant le concile Vatican I, le dogme de l’infaillibilité (lire aussi ici et ). 

    Devant le refus des autorités municipales de Bardonnex de donner la clef de l'église de Compesières au prêtre catholique chrétien, le maire, alors nommé par le Conseil d'Etat, fut destitué. Rien n'y fit. Son successeur soutenu par son conseil municipal refusa aussi. Il fallut pour sauver l'honneur de la République genevoise, bafouée par les rebelles de Bardonnex, faire monter la troupe et percer le mur de l'église pour officier le baptême. L'événement est connu sous le nom de baptême à la baïonnette.

    Bien baïonnette, l'arme affûtée, pas Bayenet, du nom de cet habitant Charrot, qui a loué une chambre en ville de Genève pour briguer la succession de son camarade de parti Rémy Pagani à la maire de Genève. Étrange renversement de l'histoire qui voit un ci-devant citoyen de Bardonnex vouloir faire la loi dans la "Rome protestante" (ou ce qu'il en reste de protestant).

    En représailles de cette désobéissance civile, le régime Carteret fit fermer l'église de Compesières en 1878, ainsi que d'autres dans le canton, jusqu'en 1893. Ce qui conduisit les catholiques du cru, alors très majoritairement fidèles à Rome dans cette ancienne commune savoyarde, rattachée à la Rome protestante en 1816, à bâtir une chapelle de secours. Elle fut construite sur un terrain agricole de la famille du cardinal Mermillod originaire de Carouge, à trois cents mètres de Compesières, en direction de Bardonnex.

    Noël à la chapelle de Compesières

    Après le retour au calme religieux, peu avant la fin du XIXe siècle, et la séparation à Genève des églises et de l'Etat en 1907, la chapelle servit longtemps de salle communale. On y donna des pièces de théâtre. A l'époque, la chorale de Compesières qui, jusqu'au début des années 1950, englobait l'actuelle paroisse de Plan-les-Ouates, avait une section littéraire. A Noël, les enfants de l'école laïque présentaient jouaient, en toute innocence et sans susciter la moindre querelle, la naissance de l'enfant Jésus... J'en fut un des derniers acteurs. Mais pas l'ange dans nos campagnes.

    C'est à cet emplacement que fut érigée vers 1975 l'actuelle salle communale de Compesières. L'architecte Malnati avait imaginé une construction originale, sur un plan hexagonal ou octogonal. La commission cantonale des sites refusa cet audacieux projet et imposa un bâtiment plus simple avec un toit à deux pans plus proche du style paysan. Il faut s'en souvenir. Car c'est la même raison, mais inverse, qui mobilisa la clique des architectes modernistes 20 ans plus tard, en 1997, à s'opposer au projet de nouvel école: le projet vainqueur du concours d'architectes d'alors avait pourtant été validé par un architecte de renommée mondiale, qui, la même année, était fait docteur honoris causa de l'Université de Genève, l'italien Giancarlo de Carlo  (et ici), dont l'oeuvre magistrale, un projet pour Urbino, la ville où il a enseigné, est aujourd'hui exposée au musée Beaubourg à Paris...

    La nouvelle nouvelle école de Compesières

    C'est donc sur ce terrain de la chapelle de la persécution, qui appartient désormais à la commune de Bardonnex depuis le 31 octobre 2019, suite à un désenchevêtrement long et laborieux des biens paroissiaux et des biens communaux à Compesières, que le maire actuel, Alain Walder, et future, Béatrice Guex-Crosier, veulent construire une nouvelle école.

    Elle sera en bois - tous les programmes des trois partis en lice le 15 mars prochain le promettent - chauffée au bois et pas faite pour des Pinocchio de bois. Y seront enseignées les vérités scientifiques sans langue de bois, qu'il faut croire aussi fermement que, naguère, la résurrection des corps.

    Quant à la ferme de Compesières, le PDC et Entente communale n'en dit mot, le Parti libéral radical dit que ce n'est pas une urgence et donc que cette ruine peut le rester encore des lustres et Bardonnex Alternative tel le phénix sauvé des flammes (de l'enfer climatique) veut en faire une ferme pédagogique, histoire de perpétuer le mythe du paradis terrestre, où le loup couchera avec l'agneau et les humains en tout genre, devenus vegans et chamans, auront cessé de pulluler et donc de polluer Gaia. 

    A suivre: Refaire la commune de Compesières, voire plus si affinité

  • Compesières: 1,35 million pour étudier une école préfabriquée en bois

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    Certains cantons* ou communes connaissent en Suisse la pratique du référendum financier obligatoire. Elle oblige les autorités à soumettre au vote populaire des crédits d’investissement dès lors que ceux-ci dépassent un certain montant. C'est un moyen d'impliquer le peuple souverain dans les choix stratégiques et une obligation pour les porteurs de projet d'informer la population pour obtenir une majorité. 

    Genève ne connaît pas cette institution - la Constituante s'est bien gardée de l'introduire mais a néanmoins introduit quelques Genferei** -  et s'en tient au référendum facultatif dont ses citoyens usent et parfois abusent. C'est ainsi que la construction des trams, l'extension de l'aéroport, la prison de Champ-Dollon, les constructions universitaires, les hôpitaux n'ont qu'à de très légères exceptions jamais été soumis au vote populaire. En revanche, les infrastructures culturelles et sportives sont plus souvent contestées.

    L'école de Compesières ne sera pas soumise au vote populaire oblgatoire. Fera-t-elle l'objet d'un référendum facultatif? La Mairie de Bardonnex demande 1,35 million pour seulement étudier la construction d'un bâtiment de 12 classes, en bois voire préfabriqué, à l'emplacement de la salle communale, un projet de 14 millions. 

    Un projet important nécessite à l'évidence des études à foison. La législation ne cesse de grossir qui impose, souvent avec la meilleure volonté du monde du législateur, telles ou telles études avant de planter un clou. Pour les bureaux d’ingénieurs, cette inflation est une formidable aubaine, surtout quand, comme à Genève, les collectivités publiques ne manquent pas de moyens et appliquent avec zèle le principe de précaution. 

    Pour les opposants aussi, c'est une aubaine. Ils veillent au grain et sont prêts à dénoncer un projet dès lors que viendrait à manquer une pièce au dossier ou que la procédure d'autorisation ne respecterait pas le code.

    C'est ainsi qu'à Compesières, le projet de construire une nouvelle école à l'emplacement de la ferme, projet qui, après un relevé critique du site, des études approfondies et un concours d'architectes en bonne et due forme (lire le Journal de Genève 1997), en était à l'autorisation de construire, fut stoppé net par le recours d'architectes mécontents. La commune, confiante dans la promesse du canton - à l'époque Christian Grobet - de procéder à la mise en conformité de la zone agricole dans laquelle le site de Compesières était bien en zone permettant la création d'une école, fut condamné en 2004 par le Tribunal fédéral parce que, au moment du dépôt de la demande d'autorisation, le site était encore en zone agricole. Or, le changement de zone exige une loi, laquelle peut être contestée par un référendum populaire. En n'ayant pas attendu la réalisation de cette étape, la commune avait violé les droits populaires. 

    Une victoire pour les défenseurs du patrimoine partout en Suisse car le jugement de Compesières fit jurisprudence dans le pays. Une défaite pour les écoliers que l'on devait loger dans des bâtiments provisoires: le premier date de 1982, il héberge aujourd'hui les activités parascolaires. Le dernier, quatre classes bâties à la va-vite en zone agricole près du hangar, fête cette année sa onzième rentrée. Il devait durer 8 ans avait promis le maire d'alors. 

    Bref, l'affaire de la construction de l'école sur l'emplacement de la ferme coûta, si mes souvenirs, sont bons un bon million de francs à la commune, addition jusqu'au coup d'arrêt infligé par le TF des études et des plans devenues inutiles. C'est que la Mairie abandonna l'idée même de construire une école dans le périmètre du site historique.

    En 2010, elle relança le dossier en recherchant un point de chute pour l'école. C'est ainsi que, du giratoire de Compesières (emplacement ancré dans le plan directeur communale de 2009) au projet de bâtir l'école de Compesières à Charrot, entre le stade et le village, la Commune revint à la case départ, soit une construction à l'emplacement du centre communal, bâti lui-même en 1975 sur le site de la chapelle de la persécution, érigée durant le Kulturkampf par les catholiques restés fidèles à Rome sur un parcelle donnée à la paroisse par la famille du cardinal Mermillod.  


    A lire: Mandat du concours d'idées 2020 pour une école sur la parcelle Mermillod, au lieu-dit Les Remparts***


    Avec le recul, quand on y réfléchit, on tombe à la renverse. Comment se fait-il qu'on ne puisse pas au XXIe siècle, à Genève, bâtir une école à côté d'un bâtiment scolaire ouvert en 1900? La sauvegarde des vieilles pierres serait-elle plus importante que la formation de nos enfants?

    Tout ça pour dire aux nouveaux élus de ma commune, désignés ce printemps par le suffrage populaire, que je continue à trouver saugrenue l'idée de bâtir une nouvelle école de Compesières, à 300 mètres du site historique, sans que l'on sache ce que va devenir l'école actuelle ni qu'on ait un projet pour la ferme de Compesières et sans doute au prix de la démolition du centre communal inauguré en 1977. 

     

    * Zurich a supprimé le référendum financier en 1998, lit-on dans un article du Temps, sous prétexte que ça multipliait les scrutins sans véritables enjeux. A la même époque, les Verts vaudois voulaient réintroduire cette pratique. En vain. A Fribourg, la constitution limite le référendum financier aux  "actes du Grand Conseil qui entraînent une dépense nette nouvelle supérieure à 1 % du total des dépenses des derniers comptes arrêtés par le Grand Conseil". Au plan suisse, le référendum financier a aussi disparu. Sauf en quelques rares exception comme ce 27 septembre 2020 où les Suisses étaient invités à plébisciter l'achat d'avions de combat.

     

    ** C'est ainsi que si les Genevois ont bien voté sur le CEVA en 2009, ce n'était qu'à l'occasion d'un ajustement du crédit initial qui avait explosé de 950 millions à 1,45 milliard en sept ans. Ce fut l'occasion pour les habitants de Champel et quelques autres, qui ne s'étaient pas réveillés lors du vote du premier crédit en juin 2002, de lancer un référendum. Les articles 65 à 67 de la Constitution genevoise de 2012 précise les cas où un référendum peut être organisé, notamment si deux tiers des députés l'exigent.

     

    *** J'ai enfin trouvé (merci Google) le document établi par la commune de Bardonnex pour le concours d'idées. je l'avait réclamé à la Mairie au lendemain de la présentation publiques des résultats le 2 septembre. Sans réponse, malgré deux rappels.

  • La retraite à 67 ans et plus d'heures à l'école

    romain jean.pngL'Octodurien Pascal Couchepin s'était fait une pub d'enfer en proposant la retraite à 67 ans. Tollé général dans le landernau! Le 7 mars prochain les Suisses pourraient abaisser le taux de conversion du capital de leur retraite, c'est-à-dire réduire les rentes versées dès 2016. Pourraient car les Suisses sont déboussolés. UBS, le chômage, le secret bancaire, la Libye et une classe politique incapable de proposer un cap clair au pays devraient conduire une majorité à conserver l'acquis encore un peu. Un niet sur les retraites ne mettrait pas le système en péril. Une façon de signifier son désarroi.

    Sur le fond, ce que Couchepin n'a pas obtenu d'une main, les caisses de retraite le réclament de l'autre. Elles finiront par l'obtenir. Le pire serait d'augmenter les cotisations. Car il y a un fait irréductible: la durée de la vie augmente, ce qui s'avère n'être au fond pas une bonne nouvelle. Pour personne. Ni pour les assurances sociales, ni pour les très vieux - à part quelques Erni, combien de vieillards impotants? - ni pour les jeunes qu'on va taxer toujours plus.

    Les radicaux genevois marchent ces jours sur les traces de Couchepin. Ils proposent d'allonger la durée du travail... des élèves genevois.

    Une conférence de presse est convoquée mardi 2 mars. On y entendra les propositions du député valaisan Jean Romain.

    Sur son blog "Et si on en parlait!" André Duval a offert l'hospitalité à l'écrivain et reproduit la dernière chronique publiée dans le Nouvelliste. En bref le député radical y conteste un projet de loi libéral genevois - il y a du tirage dans le mariage libéral radical - qui propose de fixer l'âge de la matu à 18 ans à Genève, comme dans les autres cantons suisses. Avant d'abaisser l'âge de la matu, argumente Romain, il faudrait augmenter le nombre d'heures de travail des potaches genevois. Il travaillerait selon ses calculs 135 jours de moins que les petits Valaisans.

    Parlons en en effet!

    A lire ici

  • Mercredi matin à l'école: un test de 21 ans....


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    On votera en mars sur le mecredi matin à l'école. Ce matin, mon journal préféré publie un reportage sur la seule école (publique) genevoise qui va en cours le mercredi matin. Et qui est contre l'école le mercredi matin à l'école. Etonnant, non!

    Dans le même cahier, j'apprends qu'une école (privée) de Lancy va doter tous ses élèves et ses profs d'iPad. Evident, non!

     

    Dams le cas de l'école des Eaux-Vives, l'école le mercredi entre dans un horaire continu. les élèves dès 13 heures sont pris en charge dans des structure périscolaire, sports, musique, art et autre. Fun non! Au point qu'il voudrait que tous les Genevois profitent de ce modèle dit allemand. mais voilà paraît que pour des raisons de moyens, on ne peut pas copier coller le test des Eaux-Vives, un test vieux de 21 ans! Francement j'ai quelque peine à comprendre que Genève qui figure parmi les régions les plus riches du monde ne serait pas capable ce qui serait largement répandu en Allemagne. Quelqu'un peut-il m'expliquer ce paradoxe? Où est-ce une genevoiserie de plus?

    Le piquant c'est que les Eaux-viviens refusent le mercredi à l'école pour tous. Il risque en effet d'y perdre sinon leur latin du moins leurs privilèges. Ce qui serait injuste.

    Sur la tablette, ce sera l'objet d'un billet très prochain...

  • Deviendrons-nous chinois?

     

    Un ami qui a pris une année sabbatique et s'est allé s'employer à Shanghai histoire de mesurer in situ le monde de demain a tourné cette vidéo dans une école primaire.

     

    Banale au fond, sauf qu'on se demande quelle serait la réaction de l'opinion publique genevoise (ou plutôt des faiseurs de l'opinion) si un maître principal d'une de nos écoles primaires se mettait en tête d'organiser ce genre d'entrée en classe? (Cliquez sur l'image pour lancer la vidéo)

     

     

  • Marcos, le retour?

    Quelques réflexions tirées de la lecture de la Tribune:

    "Hormis Marcos, aucun président ne s'est soucié de la paysannerie" Le constat sort de la bouche du professeur Jean-Luc Maurer. Le professeur du développement genevois livrait hier son analyse de la crise alimentaire qui frappe les Philippines, un pays de bientôt 100 millions d'habitants. Combien de politiques - dictateurs ou démocratiquement élus - sont dans le même cas que la présidente philippine Arroyo, responsables comme elle par leur imprévoyance de la faim dont souffrent nombre de leur concitoyens? Les spéculateurs et autres marchands de la faim qui s'enrichissent sur le dos des consommateurs sont de commodes bouc-émissaires.

    L'UEFA reçoit un stade de Genève dernier cri. Le libéral Mark Muller, qui n'a pas déplacé les foules hier soir à la salle de Plainpalais ("c'est la preuve que les Genevois ne sont pas mécontents de notre action" a-t-il déclaré ce matin à la radio romande) aura au moins autant fait que son collègue socialiste Moutinot pour doter Genève d'un stade à la hauteur de ses ambitions. Ses ambitions? Encore faut-il ressusciter le FC Servette. Lä, les deniers publics sont moins prompts à être libérés. Je demeure convaincu que si Genève avait osé construire son stade en France voisine, la perspective pour Servette de jouer contre les grands du Championnat de France aurait libéré des fonds privés qui n'ont aujourd'hui aucun intérêt à s'investir dans un championnat suisse trop étriqué.

    Les écoles privées genevoises forment 15% des élèves genevois. Le budget du Département de l'Instruction publique (2,2 milliards de francs) économise ainsi grosso modo deux cents millions de francs par année. Sans compter que les écoles privées offrent une diversité de parcours pédagogiques à faire pâlir l'école publique. Et que le numerus clausus, c'est l'école publique qui l'instaure en se montrant incapable d'offrir des matus bilingues en nombre suffisant.

  • A Bardonnex, on vote. Mais pour quels projets?

    Creffield Frey.jpgL'adjoint PLR sortant, Conrad Creffield, ou l'ancien conseiller municipal de Bardonnex Alternative et ancien député socialiste, Christian Frey, lequel sera le second adjoint de la maire Béatrice Guex-Crosier, élue tacitement, et de son premier adjoint, Daniel Fischer, qui a franchi la barre des 50% le 15 mars dernier? La pandémie rend le choix bien futile. Pourtant la démocratie est essentielle. C'est un peu comme la santé, c'est quand on la perd, qu'on en mesure le prix. 

    La logique voudrait que Christian Frey l'emporte. Pour Olivier Emery, ancien conseiller municipal PDC Entente communale, il n'y a pas photo. 


    Lire aussi: Le retour de Bardonnex Alternative avec les résultats nominatifs détaillés


    Bardonnex Alternative a gagné six sièges, au détriment du PDC, mais Christian est sorti avant-dernier. Le PLR a perdu un siège et Conrad Creffield est arrivé bon dernier. La démocratie serait-elle ingrate? Les électeurs PDC Entente, dont les dirigeants n'ont cessé de casser du sucre sur le dos de l'adjoint radical, vont-ils voter Frey?

    J'espère qu'ils se souviendront que le génie helvétique consiste en politique à distribuer les responsabilités exécutives entre les principaux partis y compris les partis d'avis opposés.

    Au-delà des hommes, examinons les programmes. Il faut ici bien constater que le programme ou les promesses du candidat PLR - "Les pieds sur terre, le soleil en tête" - sont plus substantielles que celles du candidat BA, dont le recto du tract électoral est.. vierge (comme la forêt). Sage stratégie? Et coup double: il évite les promesses qui fâchent et la langue de bois. Un coup d'oeil sur le site de BA nous en dit heureusement un peu plus.

    Précisons à ce stade que les communes genevoises n'ont pratiquement plus de compétences et encore moins de pouvoirs. C'est une spécialité genevoise. D'où cette tendance à valoriser la moindre action comme si elle allait modifier l'axe de la terre. Dans les autres cantons, les communes pèsent jusqu'à 50% des dépenses publiques des collectivités publiques cantons et communes additionnés. A Genève, c'est 18% pour les communes.

    Chez nous, les compétences municipales se limitent véritablement à la culture et aux sports, deux tâches qui se résument pour l'essentiel à la mise à disposition d'infrastructures et au soutien financier des associations. Toutes les autres tâches publiques, sécurité, santé, formation, social, environnement, mobilité, affaires étrangères dépendent du canton et de la Confédération ou sont strictement encadrées par eux.

    A noter encore qu'en mai 2019, les Genevois ont plébiscité le transfert au canton de la coordination des politiques culturelles communales. Leur marge de manœuvre devrait donc encore se réduire. Quant aux grands équipements sportifs (stade, patinoire, piscine), les communes ont depuis longtemps montré leur incapacité de travailler de concert ou à se reposer sur la plus grande d'entre elles, la ville de Genève. 

    Quelle école communale?

    La grande question qui devrait occuper les nouveaux élus de Bardonnex est la construction d'une nouvelle école communale. Bizarrement aucun parti politique n'a fait campagne sur ce projet. Sans doute parce qu'il s'agit d'un serpent de mer qui remonte au milieu des années 90, quand un concours d'architectes, réalisé en bonne et due forme, fut sabordé pour une petite erreur de procédure, précipitant la commune dans une longue errance.

    Trop confiante dans les autorités cantonales qui avaient promis de procéder au classement de Compesières (alors en zone agricole) en zone affectée à des bâtiments publics, la Maire d'alors avait entamé les démarches en vue de démolir la ferme de Compesières et d'y construire la nouvelle école. Un quarteron d'architectes, déçu que le jury n'ait pas primé une école cubique, jura alors qu'eux-vivants, le projet ne se ferait pas. (Voir ici et là)

    Résultat: un million de francs d'études passé par pertes et profits. Et vingt ans de tergiversations pour trouver le lieu idéal où implanter la nouvelle école: au sud du giratoire de Compesières, à Charrot, sur la salle communale. C'est finalement ce dernier emplacement qui tient la corde aujourd'hui, emplacement que la Mairie des années 90 avait écarté, considérant avec le DIP - on était alors en pleine pédagogie de la rénovation, qui prônait l'autonomie des élèves, le décloisonnement des classes - difficile le maintien de deux sites scolaires (l'école de 1900 et la nouvelle école) distants de 300 mètres. Et la commune n'avait pas encore racheté le terrain de la salle communale.

    La rénovation de l'école est désormais de l'histoire ancienne. Chacun est rentré dans sa classe. Et voilà que, coronavirus  oblige, l'école se fait à la maison, sous diverses formes qu'on invente à la va-vite, faute d'avoir su à Genève implanter la formation assistée par ordinateur et smartphone dans le cursus normal des élèves. La crise actuelle aura-t-elle des effets durables sur la manière d'acquérir des connaissances, des compétences, de connaître ses devoirs et ses droits de citoyen? Dans ce cas l'école (primaire en l'occurrence mais la question se pose pour tous les âges), comprise comme système de gardiennage, de socialisation et d'apprentissage, doit-elle être pensée autrement?

    J'attends avec beaucoup d'intérêt, avant de glisser mon vote dans l'enveloppe, de connaître l'avis de notre socialiste Frey et du radical Creffield, leur parti respectif ayant toujours fait cause commune au sujet de l'école, estimant que la République devait arracher les enfants à l'emprise de leurs parents, des prêtres et des pasteurs pour en faire des travailleurs et citoyens libérés des chaînes de la religion. 

    A ce propos, Émilien Grivel m'a rappelé tantôt l'histoire de son grand-père, Jules Balthazar, radical bon teint, qui fut nommé régent principal de Compesières en 1901 contre l'avis unanime du Conseil municipal d'alors. On était alors au lendemain du Kulturkampf et il fallait faire savoir aux gens d'ici qui commandait dans le Canton. 

    La nouvelle école de Compesières sera donc construite à l'emplacement de la salle communale de Compesières. Que la moitié - et d'ici la fin de la législature 60% - de la population de la commune habite La Crois-de-Rozon, à 1,5 km, ne semble pas avoir effleuré nos élus. Qu'en pensent les Verts, si attachés à la proximité? Ne devrait-on pas construire l'école à La Croix-de-Rozon ou comme je l'ai suggéré dans une récente note, conserver l'école de Compesières et construire une deuxième école à Rozon, en y intégrant, dans le cadre d'un accord du Grand Genève, l'accueil d'une, deux ou trois classes d'élèves frontaliers? (Lire aussi ici)

    Quel avenir pour le site de Compesières?

    La construction de l'école à l'emplacement de la salle communale (projet qui ne semble susciter aucune opposition) pose la question de l'avenir du site historique de Compesières. La question paraît si délicate qu'aucun des trois partis n'en parle dans son programme électoral. 

    Bardonnex Alternative évoque bien l'idée de reconstruire une ferme modèle à vocation pédagogique, mais on ne voit pas pourquoi la commune de Bardonnex devrait s'investir dans pareil puits sans fond. Le PDC est muet sur la question. Quant au PLR, il estime, sans doute sagement, que 1) la ferme n'est pas une priorité et que 2) s'il faut démolir l'auberge communale pour construire la nouvelle école, il ne faudrait pas reconstruire d'auberge, ce qui était le plan du maire sortant qui avait présenté un projet de 30 millions à cet effet. 

    J'ai pour ma part une autre ambition pour Compesières. Dès lors que la nouvelle école sera construite que fera-t-on de l'école de 1900. Va-t-on la démolir comme l'ont suggéré quelques architectes, histoire d'enlever cette verrue urbaine dans le site de Compesières? Et que faire de la ferme?

    Mon projet (qui n'est sans doute pas sans défaut) tient en quelques mots: faire de Compesières un centre culturel et cultuel d'intérêt cantonal voire national.

    L'école 1900 est dévolue à l'administration communale (tant qu'elle demeure) 

    La commanderie devient un centre interactif des Suisses de l'étranger (actuellement hébergé au château de Penthes) et des étrangers qui ont fait la Suisse (à créer)

    Le ferme devient une maison pour artiste en résidence en lien avec le CISE

    Le hangar conserve sa vocation d'espace de fête

    L'église - dont l'orgue fait l'objet d'un projet avancé de reconstruction par l'association des Musicales de Compesières - s'ouvre aux cérémonies et rites de passage de diverses religions et laïcs et à des manifestations culturelles.

    Le tout est géré par une fondation ou par une association. 

     

    D'autres choses sur le programme de législature? A suivre si le temps le permet...

     

     

     

  • Ecole communale: Presinge, Pâquis, Compesières

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    Quelle est la plus petite école du canton? Presinge, 28 élèves. Et quelle est la plus grande? Pâquis Centre 420 élèves. Sécheron héberge 400 élèves. Compesières forme 230 élèves dont presque deux classes de Saconnex-d'Arve, commune de Plan-les-Ouates, et une classe d'élèves frontaliers *, dont la plupart des parents travaillent à Plan-les-Ouates où ils paient l'impôt à la source. Cherchez l'erreur.

    230 élèves c'est peu ou prou la moyenne des écoles genevoises. Mais que signifie une moyenne? La question vaut son pesant de controverses, d'initiatives et de directives dans notre Instruction publique cantonale.

    Combien d'élèves pourra accueillir la future nouvelle école de Compesières dont on parle depuis 25 ans? Existe-t-il un document public sur l'état de ce projet crucial pour Bardonnex et les intentions des autorités? Je n'en ai pas trouvé sur www.bardonnex.ch. Le plan directeur officiel de la commune date de 2009 et prévoit un centre scolaire dans le quart sud du giratoire de Compesières. Un projet depuis longtemps abandonné.

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    Je suis donc en train de relire les PV du Conseil municipal de Bardonnex. J'en suis à mai 2018. Pas un mot sur la nouvelle école n'a été consigné dans ces documents depuis lors. Sauf tout récemment, à propos du désenchevêtrement des biens communaux et paroissiaux signés le 31 octobre 2019, d'un concours d'idées qui devait être lancé en septembre 2019 (mais ne l'a pas été), en vue d'une école à l'emplacement de la chapelle de la persécution remplacée en 1975 par l'actuel centre communal, et de l'annonce, le 19 juin 2019, de l'adoption par le Grand Conseil du déclassement de Compesières, jusqu'alors en zone agricole, en zone permettant la construction de l'école **.

    On pourrait donc régler l'affaire de l'école en priant Plan-les-Ouates de scolariser les élèves habitant Saconnex-d'Arve et en réclamant que les élèves frontaliers soient scolarisés dans la commune de travail de leurs parents.


    A lire dans ce blog: L'école d'Alain Walder


    Lorsque l'école de Compesières fut construite en 1900, l'église et l'Etat n'étaient pas séparés. L'église et l'Etat à Compesières, c'était pratiquement les doigts d'une même main. Et ce n'est qu'en 1952 que la paroisse catholique de Plan-les-Ouates fut créée. Jusqu'à cette date les catholiques "du bas" montait à Compesières. Il n'y avait en outre pas de bus entre Bardonnex Charrot et Plan-les-Ouates. C'est donc par proximité que les habitants de Saconnex-d'Arve ont envoyé leurs enfants à Compesières. Le bus 46 peut depuis longtemps transporter les élèves de Saconnex dans leur école communale de Plan-les-Ouates. 

    Quand la commune de Bardonnex fut créée en 1851 suite au divorce des gens du bas de la commune de Compesières et la création de la commune de Plan-les-Ouates (profitant de l'arrivée des radicaux au pouvoir en 1847, les gens du bas voulaient récupérer la manne que constituait le paiement par l'Etat de Genève pour exercer la troupe genevoise au Pré-du-camp. Depuis Plan-les-Watches, qui figure parmi les communes les plus riches du canton grâce à sa zone industrielle, a su faire fructifier ses intérêts. Au milieu de XIXe siècle, les gens de Saconnex-d'Arve voulaient aussi créer leur propre commune, comme d'autres villages dans le canton. Fazy dut mettre le holà pour éviter un émiettement municipal. 

    Bardonnex population sept 2019.jpgComme le graphique ci-contre le montre (cliquez sur l'image pour l'agrandir), plus d'un habitant sur deux de la commune de Bardonnex vit à La Croix-de-Rozon. Parions que si ce village était une commune, son école communale hébergerait plus d'élèves que Presinge, Laconnex ou Soral (60 élèves chacune).

    D'où cette seconde idée qui mériterait d'être étudiée. Les grandes communes ont naturellement plusieurs écoles. Or, dans ces communes, on compte plusieurs établissements plus petits que Compesières. Donc la proposition suivante: plutôt que d'inviter les élèves de Croix-de-Rozon à devoir aller à l'école de la salle communale, pourquoi ne pas construire une deuxième école communale à La Croix-de-Rozon? 

    La création d'un tel établissement, par exemple dans le quart ouest du carrefour, permettrait d'offrir un espace public agréable à la population.

    Qu'en pensent les candidats au Conseil municipal? Qu'en pense Madame le maire?


    Autres notes sur le sujet: Comment conserver la poste de Rozon. Bardonnex par le petit bout de la lorgnette.


    * Au cours de l'année 2018-2019, lit-on dans le PV du 29 janvier 2019 p 361, 214 élèves ont fréquenté l’école de Compesières en cette année scolaire 2018-2019 (+8/2017-2018), 146 enfants habitent la commune (+13/2017-2018), 36 résident sur la commune de Plan-les-Ouates (-2/2017-2018), 19 viennent de France (-6/2017-2018) et 13 proviennent d’autres communes genevoises.

    ** Pour la petite mais aussi la grande histoire, on se souviendra que cette question de déclassement est l'unique raison qui a fait capoter le projet de démolition-reconstruction de la ferme de Compesières (lire ici), projet qui avait fait l'objet de nombreuses études et d'un concours d'architectes en bonne et due forme au milieu des années 90. Il aura donc fallu attendre plus de 20 ans pour ce qui naguère relevait d'un toilettage.

  • Montée à Jérusalem: la laïcité en question

    fête des rameaux.jpgEntre onze heures et midi le dimanche des Rameaux la météo résume le temps de l'année. Un vieux dicton que me rappelait ma grand mère quand elle ramenait des brassées de buis coupé dans le petit bois du voisin. Depuis j'observe le ciel de ce dimanche d'un regard mi intrigué mi curieux de cette trace d'animisme qui forgeait encore le vécu de nos ancêtres naguère.

    Un jour avant cette fête religieuse qu'une infime minorité de Genevois honorera de sa présence, le très laîc Département de l'Instruction publique rouvre le dossier chaud de la religion à l'école. "Quelle place pour les questions religieuses dans l'école laïque?" sera le thème d'un débat que les courageux citoyens - seront-ils plus nombreux que les chrétiens - convoqué en l'auditoire Jean Piaget d'Uni-Dufour ce samedi 4 avril de 9h30 à 12h.

    C'est le Groupe citoyen "culture religieuse et humaniste à l'école laïque" qui organise la manifestation. L'occasion de faire le point sur l'évolution du paysage religieux en Suisse et à Genève, ainsi que sur les travaux engagés pour renforcer un enseignement laïque du fait religieux dans le respect des croyances et des traditions de chaque élève. Ouf, il fallait le dire. A Genève, tout particulièrement, il faut prendre des gants dès que l'on aborde le fait religieux.

    Les questions sont connus et mille fois ressassées: Comment mieux prévenir les risques de dérives communautaristes dans un canton aussi multiculturel que Genève, où cohabitent des hommes et des femmes de cultures religieuses et de traditions très différentes? Pourquoi les élèves doivent-ils acquérir une meilleure connaissance des faits religieux en tant que réalités culturelles et historiques? De quoi les enseignant-e-s doivent-ils être pourvus pour être en mesure d'informer et de former les élèves dans le respect des croyances et des traditions de chacun-e?

    On entendra donc sous la houlette d'Isabelle Moncada, journaliste à la TSR, Charles Beer, le patron de l'Instruction publique,Shafique Keshavjee, écrivain et professeur de théologie œcuménique et théologie des religions à l'Université de Genève, Nicole Durisch Gauthier, ancienne directrice du Centre intercantonal d'Information sur les croyances (CIC), professeure formatrice en didactique de l'histoire et des sciences des religions à la Haute école pédagogique du canton de Vaud et Andrea Rota, assistant de recherche à la chaire de Science des Religions de l'Université de Fribourg et collaborateur du programme national de recherche "collectivités religieuses, Etat et société".

  • Une seule formation pour les enseignants romands!

    emery-torracinta guiraud 2014.pngLes policiers genevois vont se former avec les Vaudois et les Valaisans. La Haute école en administration publique vient d'être intégrée à l'Université de Lausanne. Les journalistes se forment depuis toujours à Lausanne dans une structure paritaire, et depuis peu à l'Université de Neuchâtel. La plupart des certificats de capacité sont fédéraux. La formation des infirmières et de très nombreux métiers d'ingénieurs sont gérés par la Haute école supérieure de Suisse occidentale sous la maîtrise de la Confédération. Il reste un métier coincé derrière les murs des cantons: la formation des enseignants.

    Ce jour, dans la Tribune, l'enseignante d'histoire devenue patronne du DIP, réagit à l'audit de la Cour des comptes sur l'IUFE. "Nous avons anticipé et nous n'allons pas tout bouleverser", dit-elle. Bref, circulez, y a rien à voir. Triste cantonalisme d'une socialiste qui ne sait plus ce qu'est l'internationale. 

    Madame Emery Torracinta, si vous voulez travailler pour le bien commun des Genevois et des Suisses, faites une seule école pédagogique avec les autres cantons romands. Libérez-vous! Libérez-nous! Instaurer la libre circulation des profs entre nos cantons! Et introduisez dans cette formation un stage de six mois minimum en immersion linguistique de tous les profs.

  • Le tableau noir démocratisé

    La tablette à l'école (iPad ou autres), c'est une évidence. Qui a touché à ce tableau noir miniature ne peut que rêver le voir diffusé dans toute la société. Bien sûr, c'est encore un peu coûteux - quoique - et pour l'heure ça fait le beurre du fime américaine. Au fait qu'en pensent les profs. En ont-ils envie. Y en a-t-il qui déjà testé l'outil en secret?

    Imaginons que Charles Beer ait soudain les thunes pour étendre à tous les écoliers du canton ce qu'offre une école privée de Lancy? Quelle serait la réaction des enseignants et des pédagogues?

     

    Quant aux thunes, c'est une question de choix politique. Tout comme dans mon précédent billet je m'étonnais que Genève n'ait pas les moyens d'adopter le modèle allemand de la journée continue, l'équipement en iPad (ou autres) des écoles genevoises ne représente pas une fortune.

    A raison de maximum 500 francs par élèves et sans doute moins, l'investissement ne dépasserait pas 13 millions pour l'enseignement primaire, 8 millions pour le CO et 10 millions pour l'enseignement secondaire. Même si on double ces sommes pour prendre en compte l'équipement des profs et la formation, ça ne fait jamais que 60 à 70 millions de francs.

    Cette évaluation me fait penser à un petit calcul que j'avais couché sur un blog voisin pour illustrer le coût du CEVA et le problème dit de l'éviction (si on investit dans un objet, le CEVA en l'occurrence, à quoi renonce-t-on?). Le CEVA un investissement de 1,5 milliard. Rien que les intérêts de cette somme compté à 2 coûteront aux usagers et aux contribuables 30 millions et des annuitées de .

  • Beer, ses clients et les députés

    Placez sur les gradins d’Uni Mail 150 élèves de 6 à 20 ans, représentatifs (?) de l’école publique genevoise. Casez en rang d’oignons, en bas à droite, sept députés au Grand Conseil et la volubile Catherine Gaillard d’A Gauche toute! Saupoudrez l’assemblée d’une vingtaine d’enseignants silencieux, dont quelques responsables syndicaux, et d’autant de plantes vertes et panneaux promotionnelles d'une télévision citoyenne. Illuminez le tout de quelques projecteurs. Apportez une bonne dose de Décaillet. Servez chaud et en direct durant une heure trente. Page de pub. Silence, on tourne!
    De gauche à droite, les députés Clairet (MCG), Reymond (UDC), Barrillier (rad), Leuenberger (Verts), Thion (ps), Mettan (DC), Weiss (Lib) et Charles Beer.

    Le show télévisuel servi vendredi par Léman bleu et le DIP est le point d’orgue d’une démarche citoyenne, préparée depuis six mois dans l’ensemble de l’enseignement genevois. La confrontation élèves-députés sert aussi un autre but. Après le vote contre la 7e année hétérogène et la baffe du retour des notes à l'école, l'enseignement genevois doit se refaire une beauté. Quoi de mieux que de faire entendre par les députés et les citoyens les doléances des élèves! D'autant que les élèves tiennent peu ou prou le même langage que les syndicats enseignants. A quoi sert l'école? La pédagogie, n'est-ce pas prendre un enfant par la main et en faire un citoyen, rappelle le régent Décaillet au député UDC Reymond, lequel aimerait moins de jeunes bardés de diplômes et plus de travailleurs sachant lire, écrire et compter correctement à 15 ans.
    Dans le grand hall d’Uni Mail, le silence est très relatif, mais les élèves restent bien sages. C’est parti! Soufyan Outaleb (photo) du CO de la Golette s’inquiète de la violence qui déboule dans les écoles. La députée Verte Leuenberger et le PDC Mettan débitent de courtes réponses convenues. Décaillet lance: Et le racket? Silence dans les gradins. Le chevelu Philippe Chervet (photo), président des enseignants du CO, remplit le vide: «Il y a peu de racket dans les établissements, rappelle-t-il.Et on n’en parle pas facilement en public.» On n’y reviendra pas.
    Julia Collela (tenant le micro, 9e Golette, et ses camarades Sara Velez, 3e Aimée Stitelmann, Bullin Ibrahimi, 9e Golette, Iman Fasih, 4e Cayla) s’inquiète de la dégradation de son Cycle: «Il y a des trous dans les pupitres.» Le député radical Barrillier évoque la longueur des procédures et des millions qu’on n’a pas. Leuenberger s’emporte.
    Stéphanie Fontanet du collège Emilie Gourd a dû renoncer à la maturité bilingue faute de place. Le député Weiss trépigne, répond en allemand, mais n'apporte pas de solution. Décaillet questionne: «Combien d’élèves parlent-ils une autre langue à la maison?» Une forêt de mains se lève. «La moitié, c’est conforme à la réalité», me souffle Laurent Duruz. Stéphanie aurait dû choisir une maman lusophone.
    Talat Seyithan de l’Ecole de commerce Aimée Stitelmann dénonce les titres des médias sur les trop nombreux échecs scolaires. Les employeurs s’en souviennent, dit-il. «Même les profs baissent les bras», ajoute Sara Velez qui dénonce le sexisme et le favoritisme dont elle a été témoin. Lui veut faire la Haute école de gestion, elle une maturité bancaire. Ces deux-là ne manquent pas d’aplomb. Comme la plupart des jeunes présents, ils sont des délégués élus de leur école. Ils resteront un peu sur leur faim. Les politiciens ont de la peine à parler la langue des élèves.
    Le député Barrillier répond que ce n'est pas la faute des élèves mais celle du système. Philippe Chervet boit du petit lait. Catherine Gaillard rebondit en appelle aux mânes de Chavanne, dénonce les propos des députés UDC et libéraux qui réclament une meilleure promotion des métiers manuels. Olivier Baud, président de la société pédagogique romande qui vient d'arriver, déclenche les applaudissements. Décaillet l'interrompt et demande. Qui connaît André Chavanne? Personne ne lève la main!
    Laurent Duruz, consultant en développement collectif et gestion de crise, Olivier Baud, président de la SPG, Philippe Chervet.
    "A quand la maturité à 18 ans", demande Arnaud Campi, 4e Emile Gourd? Pierre Weiss déclenche les applaudissements du public en déclarant qu'll le réclame depuis 15 ans et que les Genevois sont aussi intelligents que les Vaudois. Le député socialiste Thion dénonce le risque d'une maturité au rabais. "On ne pourra pas tenir le taux de 30% de maturité gymnasiale, le plus élevée de Suisse", dit-il.
    "Est-ce vrai que l'année prochaine, nous devrons aller à l'école le mercredi matin", demande une élève de l'école primaire? Sylvia Leuenberger n'en sait rien et dévie sur l'horaire continue. Charles Beer souffle la réponse. Ce sera vrai non pas en 2008 mais en 2012. Etes-vous pour ou contre l'horaire continue, interroge l'animateur? Une majorité de bras se lève. Iman Fasih en profite: "Quand on sortira de l'école à 12h15 je pourrai aller travailler et me faire un peu d'argent pour m'acheter des trucs avant d'aller au football." Hésitation dans la salle. Quel âge as-tu, demande Décarillet? 14 ans!
    Le show tire à sa fin. Encore dix minutes demande le journaliste à la régie. Accordé. On parle des notes à coefficient, de la sélection à la sortie de la 6e année. On tente un duplex avec l'école d'Hugo de Senger. Le MCG aimerait imposer des uniformes griffés par Gucci ou Lagesfeld. Qui aimerait un uniforme? Décaillet tout sourire obtient la réponse attendue: personne.
    C'est fini. Charles Beer clôt brièvement la séance. Il n'y a rien à rajouter. On regrettera toutefois le manque de questions sur l'informatique à l'école, les jeux vidéo et la télévision qui captent l'attention des élèves et concurrence l'école, la mode des vêtements de marque, les loisirs que tout le monde ne peut se payer. Et cette lancinante question que l'instruction publique ne sait pas comment manier