La Constituante, le MCG et le 13 mars (mercredi, 02 mars 2011)

stroumpf-grognon.jpgEt si le sondage lancé lundi sur le site internet de la Tribune sur les élections municipales reflétait l'état de l'opinion publique genevoise? Au soir du 13 mars prochain, le MCG serait le premier parti de la Ville avec vingt-trois conseillers municipaux sur quatre-vingts. Il serait suivi des Verts libéraux avec quinze élus, puis viendraient les radicaux-libéraux avec treize élus, les socialistes onze, l'UDC dix et les Verts huit. Le PDC et Ensemble à gauche et son magistrat Pagani seraient éjectés de la scène politique.

Un scénario farfelu, révolutionnaire? Personne ne s'est demandé jusqu'à présent quelle pourrait bien être l'impact des révolutions arabes sur le scrutin municipal genevois?

sondage 13 mars 2.jpgCertes le sondage n'a pas la prétention d'être représentatif. Et, même si, à la surprise générale, le MCG est devenu le deuxième parti du Grand Conseil en octobre 2009, les élections municipales ne sont pas le reflet de l'opinion générale. Les particularités locales y jouent souvent un rôle déterminent. En ville de Genève, une gauche discordante domine la scène politique depuis des lustres. Elle devrait normalement conserver cette position. Mais rien n'est sûr en ces temps d'indignation, où la rue semble dicter leur gouvernance à des pays que l'on croyait figer dans la dictature.

Le 13 mars risque donc bien de réserver quelques surprises de taille.

Tel n'est pour l'heure pas le cas de la Constituante genevoise, qui, ce mercredi soir à Onex et demain soir à Versoix, invite les Genevois à ses deuxième et troisième cafés politiques dans le cadre de la grande consultation populaire. La première édition, organisée à la salle communale de Plainpalais, a été bien fréquentée. Les débats ont été nourris voire vifs, animés par quelques antinucléaires.

Aucune révolution n'est à attendre de cette grande consultation qui court jusqu'au 25 mars prochain. Chaque camp, chaque association va décortiquer l'avant-projet sorti douloureusement d'une année de débats acrimonieux et pointer du doigt ce qu'il ne lui convient pas. Haro sur le baudet! La Constituante est le bouc-émissaire commode d'une société sans repère, sans joie ni désir.

Jusqu'au Conseil d'Etat qui, bien mal conseillé par sa chancelière, devrait soudain se mobiliser et manifester à ces impudents constituants qu'ils ne sauraient réduire son pouvoir ni celui - surtout celui - de son administration.  Décidément notre petite république, qui n'est pas plus grande que cinq arrondissements de Paris, ressemble au village des Stroumpfs, sans même la perspective d'un sorcier, dont la menace serait seule en mesure de fédérer ses citoyens rouspéteurs!

La note que la chancelière a adressée au Conseil d'Etat et dont la Tribune s'est fait l'écho le 21 février dernier ne manque pas d'intérêt. On se demande seulement pourquoi le Conseil d'Etat ne s'intéresse qu'à son pouvoir un peu trop écorné au goût de son administration par les 80 élus. Le Conseil d'Etat a raté le coche de la Constituante depuis le début. Depuis qu'une certaine association pour une nouvelle constitution - aujourd'hui assoupie - s'est mise en branle et a forcé la nomeklatura politique par un vote populaire à réviser complètement le texte de 1847.

Au lendemain du plébiscite populaire du 24 février 2008 en faveur d'une révision comlplète de la constitution, la moindre des politesse démocratique aurait voulu que le Conseil d'Etat et son administration se mettent en quatre pour favoriser les travaux de cette assemblée historique. Rien de tel n'a eu lieu. Au contraire, le gouvernement et son administration n'ont eu de cesse de mettre les bâton dans les roues de la Constituante.

Le Conseil d'Etat et son administration auraient pu profiter de ces quatre années pour revivifier la démocratie genevoise, pour lancer des actions de sensibilisation auprès des citoyennes et des citoyens, pour faire évoluer les mentalités face aux défis de la gouvernance de la région, pour réduire les multiples déficits démocratiques du système actuel (que des minorités souvent infimes, un quartier, un voisinage, quelques propriétaire, une commune détiennent pratiquement un droit de veto et empêche ou entrave si sérieusement la construction de logements, alors que le bien commun du canton et de la région le réclame est juste sidérant) de cet événement).

L'Etat de Genève aurait pu lancer une vaste campagne d'instruction civique auprès des jeunes, mais aussi de tous les habitants, revaloriser la fonction des élus, revaloriser aussi l'acte citoyen des votations et élections, auquel le vote par correspondance a ôté son caractère républicain, quasi "religieux". Il aurait pu aussi lancer des études sur la bonne manière de faire évoluer les structures communales héritées du 19e siècle, sur la bonne manière d'intégrer les habitants du Grand-Genève dans la démocratie cantonale, sur la bonne manière de gouverner les régies publiques, en les flaquant par exemple chacune d'une assemblée générale représentative de tous leurs usagers.

Rien de tout cela n'est intervenu. Le Conseil d'Etat est donc bien mal venu, alors que la galère constituante est prête de faire naufrage ou de ne livrer qu'un texte que n'importe quelle commission d'experts aurait mis six mois à pondre, de venir donner des conseils et pousser des cris d'orfraie.

Une constituante demande à chacun de placer l'intérêt commun avant son intérêt propre. Et renvoie à cette question qui sans doute doit empêcher quelques constituants de dormir: quelle est la meilleure forme de gouvernement pour la Genève du XXIe siècle. Il est sans doute trop tard pour ce la poser. Une autre question doit interpeller les politologues: une démocratie peut-elle se réformer sans heurts?

PS: La constituante permet de répondre à sa grande consultation en ligne

 

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