Hani Ramadan et Aasia Bibi (mercredi, 22 décembre 2010)

aasia bibi.jpgConversation philosophico-théologico-politique avec Hani Ramandan ce matin autour d'un café. Passionnant comme d'habitude. Le recteur de la mosquée des Eaux-Vives est fidèle à lui même. Son fondamentalisme personnel est son droit. Il ne l'est plus dès lors qu'il entend l'imposer à la société au travers des lois qui nous gouvernent.

Je lui dis que, pour moi, blasphémer Dieu est un droit autant que d'affirmer que sa foi en Dieu, dès lors que dans les deux cas. Il s'insurge évidemment... J'affirme que le relativisme est la condition nécessaire pour instaurer la paix civile. Il prétend que le relativisme est un dogme comme les autres, qui a ses fondamentalistes.

Certes chacun peut être convaincu à un moment ou à un autre de fondamentalisme, de cette dérive qui tend à imposer à tous sa vérité. Les catholiques l'ont été, les protestants aussi moins longtemps, les marxistes l'ont été et les bouddhistes tibétains le sont d'une certaine manière. les Verts ont leur fondamentalisme. Tous se rejoignent sur un défi qui prend notre société de consommation débridée en défaut: ça s'appelait autrefois l'ascétisme, ça se prononce aujourd'hui sobriété ou décroissance.

Pour revenir au blasphème, j'explique à mon interlocuteur que ce n'est plus un crime en Occident, en Suisse en tout cas. Tel n'est pas le cas dans beaucoup d'autres pays du monde. Que j'aimerais bien le lire sur l'affaire qui défraye la chronique actuellement. Cette histoire d'Aasia Bibi, chrétienne illetrée, condamnée à la pendaison au Pakistan pour, si l'on en croit la presse, avoir refusé de se convertir à l'islam (Un article de The Independent de Londres, du Daily Times du Pakistan et de la Tribune de Genève).

Et que j'aimerais bien lire sous sa plume un propos de tolérance à ce sujet.

Sa première ligne de défense est classique. Elle consiste, comme dans le cas des attentats du 11 septembre, à douter de la véracité de l'information officielle. N'y a-t-il pas complot aujourd'hui au Pendjab comme hier à New-York? Vous qui êtes journaliste, pouvez-vous me confirmer la véracité de cette affaire?

Sa deuxième ligne de défense est de refuser d'entrer dans ce relativisme, qui lui assure à Genève une pleine liberté d'expression, y compris - et c'est heureux - d'avoir conserver son gagne-pain au service de l'Etat de Genève, ce qui  fut pas le cas de communistes qui, dans ce pays, furent un temps exclus de la fonction publique ou des catholiques qui il y a un siècle, à Genève, furent discriminés et virent leurs lieux de culte fermés pendant près d'une génération.

Hani Ramandan craint de diluer sa foi dans le relativisme. Pourtant ce relativisme n'interdit à personne d'être fondamentaliste. La seule condition qu'il impose, c'est qu'il respecte le fondamentalisme (ou le relativisme même fondamentaliste) des autres. Ce relativisme là n'est pas un dogme, c'est une pratique, un simple moyen de vivre en paix.

A propos de l'affaire d'Aasia Bibi, Libération a envoyé  un journaliste sur place. De quoi lever les doutes d'Hani Ramadan?

 

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