Le care et Rappaz (mercredi, 21 juillet 2010)

chanvre-3a69e.jpgSage ou scandaleuse? La décision du Tribunal fédéral d'assigner le chanvrier Bernard Rappaz à domicile met provisoirement (?) fin à un macabre feuilleton estival dont l'issue fatale aurait été un véritable scandale. Sage ou scandaleuse? La décision ne laisse personne indifférent. Ainsi, peut penser le quidam, il suffit de mettre sa vie en danger pour bénéficier d'un allègement de sa peine?

Skander Vogt, 30 ans, n'a pas eu cette chance. Incarcéré depuis dix ans au pénitencier de Bochus, il est mort le 10 mars asphyxié après avoir mis le feu à son matelas, sans que les gardiens ne réagissent, la faute, ont-ils dit, au règlement.

La mort scandaleuse de Skander ne laisse pas indemne le système carcéral vaudois.

 

On ne sait pas dans quelle réforme, l'affaire Rappaz engagera le Valais ou la Suisse peut-être.

La décision des juges de Lausanne sauve la mise à la conseillère d'Etat socialiste Esther Weber-Kalbermatten coincée entre son obligation de traiter Rappaz comme n'importe quel condamné et la détermination du prisonnier de contester sa condamnation et d'y échapper au besoin par le suicide.

Quoi avec le care? Bonne question qui renvoie à qu'est-ce que le care? Impossible à traduire en français nous disent les spécialistes qui tentent les mots soin, solidarité, sollicitude, mais étonnamment ne nous proposent tout simplement et tout aussi court que l'anglais le mot français aide. Tombé en désuétude l'aide? Il nous faut toujours trouver outre-atlantique ce que nous avons chez nous. Nous sommes bien des sous-préfets au regard de l'empire américain.

Or donc care ou désormais aide, c'est cette prédisposition de l'humain de porter secours, de prendre soin, de faire preuve d'empathie, de porter assistance, de violer parfois la loi et les convenances pour sauver son prochain, même et surtout si ce prochain se met en danger pour des raisons que notre raison ignore ou réfute.

C'est bien le cas de Rappaz, chanvrier dont la production de chanvre était vouée au commerce présentement illégal sous nos cieux suisses. Notons que cette illégalité varie en fonction des frontières et tout comme les Valaisanes venaient à Genève voir les faiseuses et faiseurs d'ange, le chanvrier Rappaz n'aurait sans doute pas été condamné à 5 ans de prison au bout du Léman. Ce relativisme du droit et de son application fait le charme de ce petit pays et permet d'être relatif et songeur quand une élue socialiste reste droite dans ses bottes de justice.

Aider Rappaz qui n'a tué personne ne fait pas une grande entorse au droit. Aider Skander lui aurait évité de mourrir asphyxier dans sa cellule.

Facile me direz-vous de juger quand on n'est ni gardien de prison, ni conseiller d'Etat. Evidemment.


 

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