Des tomates pour Leuthard (mardi, 13 juillet 2010)

bio suisse 2 pub 13 juillet 10.pngC'est le temps de la moisson. Le temps est beau. Les blés sont drus. Les épis s'inclinent vers la terre, signe qu'ils sont bientôt mûrs. Dans les campagnes, la grogne gronde pourtant. Les céréaliculteurs arborent un brassard noir au bras.

Ce matin, les céréaliculteurs ont convié la presse pour signaler leur mécontentement. Doris Leuthard a décidé d'appliquer au 1er juillet 2010 un accord qui aurait dû être mis en oeuvre il y a un an déjà. Cet accord abaisse la taxe prélevée à la frontière pour la farine de blé panifiable de 14 frs les 100 kg. Conséquence le pris de la farine diminue.

Les meuniers gueulent un peu, mais on ne les entend, car ils sont trop peu nombreux. Et de toute façon, qu'ils broient du grain importé ou du grain suisse, ils broient. D'autant que cette baisse de la protection à la frontière, c'est les paysans qui vont en sentir le coût. Le prix du blé va diminuer de 10% environ. Le prix du pain ne devrait pas bouger. La matière première compte pour moins de 10% dans la boulangerie.

Les paysans genevois vont-ils jeter des tomates, dont c'est la fête samedi à Carouge, sur la présidente de la Confédération? On n'est plus dans les années 60 où la guerre froide et le souvenir de la guerre assurait une protection du revenu des paysans. Ont-il raison les céréalicuteurs de dénoncer Leuthard? Oui et non

On a toujours raison de défendre son gagne-pain. Les céréaliculteurs on vu le prix du blé payé à la production tombé de un franc le kilo à moins de 50 centimes en quelques années. Les plus petites fermes ont déjà mis la clé sous la porte. Les grandes s'agrandissent, tentent de se diversifier, mais la corde est tendu. Pourtant le blé en Suisse est encore deux mieux payé aux paysans qu'en Europe. L'épisode du jour doit donc être saisi dans une vaste politique qui a commencé en 1993 et qui devrait s'achever en 2019. A cette date, l'agriculture suisse devrait être euro-compatible. Les paysans suisses qui auront survécu devraient pouvoir lutter à armes égales avec leurs collègues français, allemands, italiens.

Une théorie que les paysans genevois ont de la peine à admettre.

S'ils ne vont pas jeter des tomates sur le Palais fédéral, c'est aussi que la profession est divisée. Les producteurs de lait, qui tirent aussi la langue, car la surproduction fait chuter les prix à la production, réclament une baisse des prix des céréales fourragères. Tout se tient en agriculture, la baisse du prix des céréales fourragère n'incite pas les agriculteurs à semer de l'orge, du maïs, des pois ou des blés fourragers. D'où la baisse du prix de la farine qui devrait réduire l'incitation à semer cet automne du blé panifiable au profit de davantage de céréales fourragères.

Les céréaliculteurs mènent donc un combat d'arrière garde perdu d'avance.

Que peuvent-il faire?

PS: sous l'article que la Tribune consacre à la manifestation paysanne, je lis ce commentaire signé clever65: "On ne comprend toujours pas pourquoi la farine de 1 kg à la Migros ou à la coop coûte 1,3 francs, alors que la même farine en France ou en Allemagne coûte 30 ct soit 45 centimes, cherchez l'erreur ! Et après on s'étonne que les biscuits suisses sont les plus chers du monde ! et cela vaut pour tous les produits : les pommes de terres, les chips, les frites, les légumes surgelés, l'huile, le beurre, la viande, les bonbons, les Corn flakes etc....

 

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