Bernard Favre lance un Kulturkampf via Facebook (lundi, 30 novembre 2009)

Favre.jpgBernard Favre m'invite à participer au groupe "Né un 30 novembre", qu'il vient de créer sur Facebook. Ancien journaliste à la Tribune de Genève, ancien secrétaire général du parti radical genevois, ce Valaisan est actuellement secrétaire adjoint du Département de la Solidarité et de l'Emploi et, à ce titre, homme des missions spéciales de François Longchamp. Le conseiller d'Etat radical deviendra le 7 décembre président du gouvernement genevois. Comment interpréter l'action de son bras droit?

Comme une action citoyenne lancée dans l'émotion d'un vote populaire. Bernard Favre lance un Kulturkampf pour la laïcité. Il propose de corriger aussi vite que possible le vote des Suisses contre les minarets de ce dimanche. Un vote certes honteux, un vote contraire à notre Etat de droit et à la Convention européenne des droits de l'homme. Un vote de peur, mais aussi un vote protestation.

Protestation des Suisses, qui ont saisi l'occasion sans frais, d'exprimer leur avis contre une pensée figée et inégalitaire. Protestation des femmes surtout, qui, peut-être plus que les hommes - les analyses sociologiques du vote nous le diront - ont exprimé le ras-le-bol du double langage des leaders musulmans, mais aussi des hommes musulmans qui continuent de tenir les, leur(s) femmes pour quantité négligeable.

"Les Suisses qui ont voté l'interdiction des minarets ont donné la mauvaise réponse à la mauvaise question, écrit Bernard Favre. Probablement parce que le gouvernement, les partis et les organisations économiques ne se sont pas assez engagés pour expliquer l'enjeu. Vous voulez relancer immédiatement le débat sur la laïcité, la liberté religieuse et l'intégration? Ce groupe vise à créer une association pour lancer une initiative populaire pour remettre en question le vote du 29 novembre. Et trouver de vraies pistes pour l'intégration et la tolérance."

Une bien belle initiative à laquelle je ne peux qu'adhérer. Encore que ce Kulturkampf pour la laïcité ne me paraît pas répondre aux inquiétudes que les Suisses ont majoritairement exprimées ce dimanche dans les urnes. Il y a un siècle et demi les radicaux étaient à la tête d'un autre Kulturkampf dont la cible était les adeptes du culte catholique romain.

Le minaret est certainement l'arbre qui cache la forêt. Plutôt que de dénoncer un vote aveugle, les leaders politiques confis dans leurs convictions feraient mieux d'analyser l'inquiétude des Suisses. Anamnèse délicate car elle porte sur la nature-même de l'islam et plus particulièrement de la lecture fondamentaliste du Coran qui domine actuellement le monde.

Les Suisses s'inquiètent de ces prétentions qui sont celles des imams de s'arroger le droit de modeler la sphère publique et de stigmatiser les adeptes qui ne choisiraient pas les comportements et des tenues vestimentaires orthodoxes. C'est le cas des femme qui sont tenues en état de sujétion par rapport à l'homme.

Cet esclavage qui ne dit pas son nom nie un des fondements de notre culture issue du christianisme et des philosophes et qui charpente désormais le vivre ensemble en Europe.

L'islam doit se réformer. Mais seuls les musulmans pourront le réformer. Je doute qu'une nouvelle initiative change quelque chose à cette lecture de l'islam par les musulmans eux-mêmes. Pire elle risque de mettre les musulmans modérés dans une situation périlleuse.

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